et du processus qui s’impose
Traduction de On the Data Vigilantes par Lawrence Lessig sur Substack, le 15 septembre 2026.

Francesca Gino est une spécialiste des sciences comportementales. Elle était professeure titulaire à la Harvard Business School (HBS). En juillet 2021, Data Colada a informé la HBS qu’elle avait détecté des anomalies dans les données étayant quatre études présentées dans quatre articles de Mme Gino. Elle a menacé la HBS de rendre publiques ces allégations si celle-ci ne prenait pas de mesures à l’encontre de Mme Gino. (Data Colada affirme qu’elle avise ses cibles à l’avance; elle n’a pas tenu sa promesse dans le cas de Mme Gino.) La HBS a répondu aux exigences de Data Colada en lançant un processus qui aurait fait rougir Kafka. Cela a abouti à la décision de Harvard — pour la première fois de son histoire — de congédier une professeure titulaire.
Je connais Francesca depuis plus d’une décennie. Je n’ai eu connaissance de cette affaire que lorsqu’elle a été rendue publique (des années après que les accusations aient été portées contre elle). J’ai pris contact avec elle et avec des amis qui la soutenaient. J’ai consacré plus de temps que je n’en avais à essayer de comprendre la nature des preuves. Je me suis convaincu que les accusations portées contre elle étaient fausses. Elle a intenté une poursuite contre l’école de commerce pour avoir enfreint ses propres procédures. Je n’ai pas participé à cette poursuite; en effet, j’ai publiquement critiqué la décision d’inclure Data Colada dans cette poursuite. Ce litige s’est poursuivi tandis que Harvard engageait la procédure visant à lui retirer sa permanence. En janvier 2025, un comité d’audition de l’université a recommandé que sa permanence soit révoquée.
À ce stade, j’ai pris l’initiative de rédiger l’appel contre la décision du comité d’audition. Cet appel a été adressé au recteur de l’université. Au cœur de cet appel se trouvait une affirmation d’innocence. Mais ce qui importait bien davantage pour l’université et la communauté universitaire en général, c’était l’argument concernant la procédure qui avait mené à cette décision. Personne, croyais-je alors et j’en suis aujourd’hui encore plus fermement convaincu, ne pouvait affirmer en toute honnêteté que cette procédure avait été équitable ou conforme aux règles de l’école de gestion et de l’université; et personne reconnaissant honnêtement cette inéquité ne pouvait ignorer à quel point elle avait directement influencé le jugement sur la culpabilité de Francesca.
Cet automne, j’exposerai ces arguments lors d’une conférence sur le campus de Harvard. J’inviterai les membres du corps professoral de Harvard (et toute autre personne intéressée) à cette conférence afin de mettre en lumière à quel point la procédure ayant conduit au renvoi de Francesca était manifestement inappropriée. Cela devrait revêtir une importance particulière pour les membres du corps professoral (et le milieu universitaire en général), car cela met en évidence à quel point la protection offerte par la permanence est devenue fragile. (Pour être informé de la date et du lieu, inscrivez-vous ici.)
Évidemment, au fur et à mesure que cette affaire a évolué, elle a fait l’objet d’une couverture médiatique incessante, tant dans les médias traditionnels que sur les médias sociaux. Je n’ai pas eu le temps de m’intéresser à cette couverture. J’ai plutôt décidé de décortiquer les arguments de l’affaire aussi minutieusement que possible dans un balado. Cela m’a pris beaucoup plus de temps que prévu. Les deux premiers épisodes ont été diffusés en août 2025. Le dernier épisode a été diffusé en mai 2026. Au fil des neuf épisodes, mon objectif était de répondre aux constatations et à la conclusion du comité d’audition qui avait recommandé la révocation de la permanence de Francesca.
Ce comité avait un mandat simple : ses membres devaient déterminer s’il existait des « preuves claires et convaincantes » que Francesca s’était rendue coupable d’inconduite universitaire. Mon argument, développé au cours des neuf épisodes, était qu’aucun enquêteur impartial ne pourrait croire qu’il existait des « preuves claires et convaincantes » étayant une conclusion de culpabilité.
Au fur et à mesure que je développais cet argument, j’ai reçu de nombreux commentaires de la part d’un public qui suivait l’affaire. La plupart étaient encourageants. Certains exprimaient l’indignation. « Ne croyez-vous pas à l’intégrité académique?! », m’a demandé un membre du corps professoral. En effet, je crois en « l’intégrité académique ». Je crois d’abord que la fraude est répréhensible et doit faire l’objet de poursuites. Je crois, ensuite, que l’intégrité exige qu’une université poursuivant une telle fraude le fasse de manière équitable. Et je crois, troisièmement, que lorsque l’inéquité de ce processus sape la conclusion de culpabilité, l’intégrité académique exige que cette vérité soit reconnue.
Ma critique de ce processus n’est donc pas une critique de l’idée selon laquelle la fraude doit faire l’objet de poursuites — pas plus que ma critique de l’ICE n’est une critique de l’idée selon laquelle les personnes en situation irrégulière aux États-Unis doivent être expulsées. Mais dans les deux cas, l’essence même du droit est d’exiger que la procédure soit équitable afin que les résultats soient intègres. Francesca s’est vu refuser une procédure équitable; aucun juge impartial n’aurait pu conclure que cette procédure inéquitable avait produit des « preuves claires et convaincantes » de sa culpabilité. C’est ce que j’ai tenté d’expliquer de la manière la plus exhaustive possible dans mon balado en 9 épisodes.
Peu après le début du balado, un collègue m’a interpellé dans le couloir pour m’interroger sur l’affaire. Il avait manifestement été touché par l’histoire racontée jusqu’alors, mais il s’intéressait davantage à ce qui avait déclenché tout cela : les « justiciers des données », comme il les décrivait. « Qui sont-ils? Pourquoi font-ils cela? Quel genre de personnes sont-ils? »
Ce n’était pas vraiment un aspect sur lequel je m’étais attardé. Encore une fois, comme je l’ai dit dès le tout début de mes écrits publics sur cette affaire, j’avais été un admirateur de Data Colada par le passé. Au fur et à mesure que les épisodes du balado étaient diffusés, on m’a rapporté d’autres histoires qui auraient dû m’amener à porter un regard différent sur Data Colada. (Je n’ai aucun élément me permettant de juger de la véracité de ce qui m’a été rapporté, même si j’ai été déçu que, bien que j’aie invité Data Colada à deux reprises à se joindre à la conversation dans le balado, ils n’aient même pas pris la peine de répondre à mes courriels.) Quoi qu’il en soit, mon analyse ne portait pas sur ce qu’ils avaient fait. Mon analyse portait sur le travail du comité d’audience. La seule question que j’abordais était de savoir si la conclusion du comité, selon laquelle Francesca était coupable, était étayée par des « preuves claires et convaincantes ». Ce n’était manifestement pas le cas.
Mais récemment, plusieurs personnes m’ont interrogé au sujet d’une suggestion formulée non pas par Data Colada, mais par un autre justicier des données : avais-je utilisé l’IA pour parvenir à ma conclusion quant à l’innocence de Francesca?
L’idée était à première vue absurde — ne serait-ce que parce que la majeure partie du travail avait été effectuée bien avant que les modèles ne soient même suffisamment performants pour évaluer quoi que ce soit. Mais lorsque j’ai cherché sur le Web pour tenter de trouver la source de cette suggestion, j’ai découvert un bel exemple d’un autre type de fraude auquel j’ai été contraint de consacrer trop de temps : la diffamation par clickbait.
Tel est le titre d’un essai rédigé par Kelsey Piper, publié sur la plateforme Substack, The Argument. Le titre et le sous-titre suggéraient clairement que j’avais utilisé l’IA pour déterminer que Francesca était innocente. Quelle belle absurdité cela aurait été, et comme il est donc merveilleux (pour certains) de croire que c’est effectivement ce qui s’est passé. Un professeur de droit de Harvard piégé par l’IA au point de croire que son amie était innocente!
Mais comme toute bonne diffamation de type « clickbait », le texte réel auquel le titre fait référence est plus nuancé. Car en réalité, comme Piper le reconnaît, je n’ai pas utilisé l’IA pour évaluer la culpabilité de Gino. Comme je le décris sur la page Web qui comprend une section consacrée à l’IA, après avoir passé neuf mois à élaborer les neuf épisodes du balado, chacun décortiquant et critiquant les conclusions du comité d’audition, j’ai utilisé l’IA pour rendre cette saison du balado plus accessible. La page sur l’IA est structurée de manière à offrir au lecteur intéressé une introduction facile à l’argumentation du balado. Elle commence par un bref résumé textuel de la saison; chaque niveau devient plus approfondi. La page présente finalement un cahier Gemini afin de permettre à quiconque d’analyser le balado et son contenu. Mais hélas, il faudrait être un lecteur attentif et perspicace du Substack de Piper pour bien saisir ce point. La plupart des gens ne retiendraient que ce que laisse entendre le titre.
Il est impossible de lire l’article de Piper sans s’abonner à *The Argument* (d’où le modèle d’affaires du « clickbait »). (Voici un lien perma.cc vers l’article.) Mais ce qui m’a frappé après avoir payé pour m’abonner à Substack, c’est à la fois un manque de rigueur dans l’argumentation et une hypocrisie bizarre dans ses affirmations.
D’abord, l’hypocrisie. Après avoir faussement laissé entendre que j’avais utilisé l’IA pour déterminer si Francesca était innocente, Piper invoque l’IA pour affirmer que Francesca était coupable! Comme l’écrit Piper :
J’ai constaté que si l’on demande plutôt à l’IA de lire la défense de Lessig ainsi que les allégations initiales contre Gino, sans oublier les échanges juridiques en cours, elle arrive à la conclusion exactement opposée : il est extrêmement probable que Gino soit coupable.
J’ai été surpris par cette affirmation — ne serait-ce que parce que je savais qu’il était impossible qu’elle ait eu accès aux « échanges juridiques en cours », sans même se demander si l’IA serait capable de l’évaluation qu’elle prétendait lui avoir demandée. Je lui ai donc demandé un lien vers le fil de discussion sur l’IA. Elle m’a répondu qu’elle l’avait fait « en Claude Code » et « je ne pense donc pas que cela produise un résultat partageable ». (Ce n’est pas vrai.) Mais elle a tout de même rédigé une nouvelle requête d’IA la veille au soir avant de répondre à ma demande. Cette requête concluait qu’il était « nettement plus probable que Francesca Gino ait personnellement commis une faute de recherche intentionnelle dans au moins une des études ».
Mais bien sûr, et je le répète, la question que j’explorais était de savoir s’il existait des « preuves claires et convaincantes » de la culpabilité de Gino, et non s’il était plus probable qu’improbable qu’au moins l’un des quatre articles démontre sa culpabilité. J’ai donc repris exactement la même requête que celle utilisée par Piper et je l’ai soumise au(x) même(s) modèle(s) (ou famille de modèles). Et — surprise, surprise! — ce modèle a conclu qu’il n’y avait pas de « preuves claires et convaincantes » de la culpabilité de Francesca.
J’ai fait part de ce fait à Piper. Elle n’a pas ajouté cette réponse à son article. (En effet, l’article ne mentionne jamais le critère « clair et convaincant ».) Au lieu de cela, sa réponse à mon égard a été extraordinaire :
Hum, distinguons les arguments liés à la procédure de la question de la culpabilité probable. J’ai trouvé les preuves claires et convaincantes [sic] quant à savoir si elle s’était rendue coupable de fraude scientifique. Je conviens que si l’on considère les preuves plus anciennes comme ~inadmissibles, on ne pourrait alors pas arriver à cette conclusion. Je comprends les raisons procédurales qui justifient de traiter les preuves plus anciennes comme inadmissibles de cette manière. Mais je ne suis pas un tribunal, et je me soucie beaucoup de savoir si une recherche est frauduleuse. Et je suis convaincue que celle de Gino l’est. Il arrive parfois qu’une personne coupable soit acquittée à juste titre. Peut-être s’agit-il ici d’un cas où la personne coupable devrait néanmoins être acquittée devant un tribunal. Mais le reste d’entre nous peut tout de même tirer ses propres conclusions.
Mais la question n’est pas de savoir ce qui se passerait devant « un tribunal ». La question que j’abordais — et pour laquelle son article me critiquait, moi, le professeur, comme elle me décrivait, « qui a été adjoint du juge Antonin Scalia et qui a depuis pris l’habitude récurrente de défendre des causes à contre-courant qui ont tendance à se retourner contre moi » (oui, c’est tout à fait vrai, ma critique en 2021 de l’inaction de Harvard face aux liens de Larry Summers avec Epstein m’a valu toutes sortes de haine, tout comme mon travail contre l’influence corruptrice de l’argent en politique, tout comme mon travail au Centre EJ Safra où je dirigeais le laboratoire sur la corruption institutionnelle (y compris dans le milieu universitaire), et contre le collège électoral, et contre la persécution des soi-disant « faux grands électeurs », et surtout! Libérez Mickey!!) — portait sur la question de savoir s’il existait, au sein du comité d’audition, des « preuves claires et convaincantes » de culpabilité.
Et ici, ce qui est étonnant, c’est qu’elle concède que « si l’on considère [les] preuves plus anciennes comme ~inadmissibles, alors on ne pourrait pas arriver à cette conclusion [de culpabilité] ».
Ouah.
Tout d’abord, clarifions le point de l’« inadmissibilité ». L’un des « arguments procéduraux » que j’avais avancés était que les propres règles de Harvard interdisent de donner suite à des accusations de faute professionnelle universitaire datant de plus de six ans. Cette règle ne régit pas l’« admissibilité ». Elle détermine si l’accusation peut faire l’objet d’une « enquête ». Et c’est là la bonne règle — car tout l’enjeu du respect des principes de procédure régulière concernant les accusations anciennes réside dans le fait que les preuves s’estompent, et pas nécessairement de manière équitable. La protection que cette règle vise à offrir est donc une protection contre l’« enquête ».
Si elle avait été appliquée correctement, cette règle aurait empêché Harvard de mener une enquête (l’université ne peut bien sûr pas contrôler Data Colada, ni Kelsey Piper) sur les seules allégations qui, selon Piper, justifient sa déclaration de culpabilité. Ainsi, selon la propre interprétation des preuves faite par Piper, il n’y a pas suffisamment de preuves pour déclarer Francesca coupable sans tenir compte des allégations que les règles interdisent à Harvard de prendre en considération.
Un avocat plus compétent que moi s’arrêterait là, CQFD, et passerait à autre chose.
Mais je tiens à revenir sur le point soulevé par mon collègue : quel genre de personnes sont ces justiciers des données? Car ce qui me frappe le plus dans toute cette affaire, c’est à quel point la mission de ces justiciers peut être partiale.
La carrière de Francesca a été ruinée. Pourtant, selon le propre récit de Piper, le seul chef d’accusation qui permettrait de tirer cette conclusion (et ce, sans même reposer sur des « preuves claires et convaincantes ») est un chef d’accusation qui, selon les propres règles de Harvard, n’aurait pas dû être porté. Cela ne devrait-il pas déranger le justicier? Car nous comprenons tous, n’est-ce pas, que lorsqu’il est question d’accusations datant de plus d’une décennie, fondées sur des dossiers qui n’existent plus, il y a une profonde injustice à détruire la carrière de quelqu’un sur la base d’une anomalie dans les données — du moins lorsque ces anomalies pourraient s’expliquer par le genre d’erreurs que l’enquête de Harvard n’a pas cherché à élucider.
Encore une fois, j’ai consacré des dizaines d’heures à démontrer non seulement qu’elle a été injustement poursuivie, mais aussi qu’elle est innocente. Mais mon argument ici est plus restreint : compte tenu des conséquences des accusations, est-il juste d’ignorer les « arguments fondés sur la procédure »? On ne peut pas tenir un mois à la faculté de droit sans que ce point évident ne soit martelé : il n’existe pas de « procédure juste », car toute procédure relève du fond. Et ici en particulier, c’est précisément la procédure qui explique pourquoi le fond était si vicié. Le justicier peut-il donc simplement ignorer cette procédure? Est-ce moral? Ou juste?
Nombreux sont ceux qui ont été accusés exactement du même type d’anomalies dans les données que celles pour lesquelles Francesca a été condamnée. Je suis sûr que certaines sont le fruit d’une fraude. Mais je suis encore plus sûr que la grande majorité résulte du système de recherche qui caractérisait ce domaine à cette époque. Les chercheurs en sciences du comportement dirigent de véritables usines de recherche; ils emploient des dizaines d’assistants de recherche. À l’époque, les données étaient partagées sur des clés USB, et parfois par courriel. La traçabilité est approximative; il est presque impossible de reconstituer qui a modifié quoi et quand. « Comment est-ce possible? », pourriez-vous demander. Mais la réponse est évidente : rien de tout cela ne relevait de la science au service des voyages spatiaux. Aucune auto n’a été conçue ni aucun bâtiment construit à partir de ces données. Les résultats de ces recherches étaient intéressants et suggestifs; rien de tout cela n’allait nuire à qui que ce soit dans le monde ni changer quoi que ce soit qui puisse nuire à qui que ce soit dans le monde. Ce qui signifie qu’il était facile pour les gens de faire preuve de négligence. Et la preuve en est que de nombreuses personnes dans ce domaine ont fait preuve de négligence — du moins, de « négligence » par rapport aux normes des chercheurs en médecine ou des ingénieurs nucléaires. Mais encore une fois, pourquoi cela devrait-il être la norme?
À la fin de 2024, Daniel Engber a rédigé un article brillant sur cette affaire et cette question, Le scandale des écoles de commerce qui ne cesse de prendre de l’ampleur. L’article fait appel à d’autres chercheurs du domaine de Francesca, qui lui décrivent les problèmes soulevés par son cas. Engber met ensuite au jour des problèmes dans les données étayant les travaux de l’une des personnes interviewées. Comme il l’écrit vers la fin, cette universitaire « avait mis au jour un autre cas apparent de fraude scientifique. Et cette fois-ci, c’était elle-même qui s’était dénoncée ». Engber l’a donc pressée de questions : s’était-elle elle-même livrée à la falsification de données? Tout le monde, même ceux chargés de détecter la fraude, était-il coupable de fraude?
Ce qui me frappe dans tout ce passage, c’est qu’il ignore le rasoir de Hanlon : « N’attribuez jamais à la malveillance ce qui s’explique suffisamment par la stupidité. » Ou, à défaut de stupidité, par la négligence. Je ne sais pas pourquoi ce domaine regorge de données erronées. Ce que je sais, c’est que parmi toutes les personnes qui ont été accusées d’anomalies comme celles de Francesca, elle est la seule à avoir vu sa permanence révoquée. (Et le « elle » dans cette phrase est-il surprenant?)
Dans son dernier message à mon intention, Piper a écrit :
L’article de The Argument ne prend pas vraiment position sur les congédiements — seulement sur sa culpabilité et l’utilité de l’IA pour la déterminer — mais lorsque j’étais chez Vox, j’ai écrit que je pensais que ce congédiement était un bon signe indiquant que les universités cessaient peut-être de balayer la fraude sous le tapis (comme cela avait été fait avec Ariely, par exemple), je pense donc qu’il est juste de m’accuser de défendre Harvard, même si, si la procédure s’est déroulée comme le prétend Gino, Harvard a gravement échoué.
Si, en effet, l’article ne « prend pas vraiment position sur les congédiements », alors je ne suis pas sûr de comprendre exactement pourquoi il était nécessaire de m’utiliser comme appât à clics. Mon travail portait entièrement sur « les congédiements ».
Je ne suis pas non plus certain de comprendre en quoi l’article traitait de « l’utilité de l’IA pour déterminer cela » — à moins que la fausse interprétation du titre (suggérant que j’ai utilisé l’IA pour établir l’innocence de Gino) ne soit le sens voulu, ce qui, encore une fois, serait, disons, faux.
Mais quelle qu’ait été l’intention, la plupart des lecteurs interpréteront cet article comme une défense des congédiements de Harvard. Ce qu’il est tout à fait légitime de faire — après s’être réellement penché sur les procédures adoptées par Harvard et les règles qu’elle a imposées à Francesca pour parvenir à sa conclusion de culpabilité. Ce que cet article ne fait pas.
Enfin, quant à ma calomnie selon laquelle l’essai serait « négligent ».
L’article de Piper affirmait initialement que j’avais
« défendu la décision d’un administrateur du MIT d’accepter anonymement de l’argent de Jeffrey Epstein, puis poursuivi le New York Times pour “diffamation par appât à clics” lorsque celui-ci avait titré un article : “Un professeur de Harvard enfonce le clou : si vous acceptez l’argent d’Epstein, faites-le en secret.” »
J’ai contesté cette interprétation. Je n’ai défendu la décision de personne d’accepter l’argent d’Epstein, et j’ai explicitement déclaré qu’il était répréhensible d’accepter l’argent d’Epstein de manière anonyme. Il a fallu une poursuite en justice pour que le New York Times modifie son titre erroné (ce qu’il a fait, en le conformant au titre qu’il avait initialement utilisé dans la version non « clickbait » de l’article : la version imprimée).
À la suite de ma contestation, Piper a alors modifié l’article pour lui donner sa forme actuelle :
[I]l a défendu la décision d’un administrateur du MIT de garder anonyme une contribution de Jeffrey Epstein, puis a poursuivi le New York Times pour « diffamation par piège à clics » lorsque celui-ci a titré un article : « Un professeur de Harvard enfonce le clou : si vous acceptez l’argent d’Epstein, faites-le en secret. »
Encore une fois, c’est faux, et si c’est faux après avoir été corrigé, alors c’est, à tout le moins, de la négligence.
Comme je l’ai dit à l’époque, « c’était une erreur d’accepter [l’argent d’Epstein], même de manière anonyme » et, comme je l’ai clairement indiqué, « Joi a eu tort » d’accepter l’argent d’Epstein. En aucun cas je n’ai « défendu la décision d’un administrateur du MIT [sic] de garder anonyme une contribution de Jeffrey Epstein ». Joi a eu tort d’accepter cet argent. Le MIT a eu tort de lui demander d’accepter cet argent. Et ce n’est pas que je sois là pour défendre le New York Times, mais il me semble un peu injuste de laisser entendre qu’ils ont publié un titre affirmant — à tort — que j’avais « enfoncé le clou » en soutenant que « si vous acceptez l’argent d’Epstein, faites-le en secret ». C’est ce qu’ils ont fait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Mais ce n’est là qu’une chicane personnelle. La question importante est celle qui figure en haut de l’article. La fraude universitaire est répréhensible et devrait faire l’objet de poursuites. Des groupes comme Data Colada peuvent contribuer à ces poursuites. Mais il est imprudent de le faire en ignorant les contraintes habituelles de la procédure. Il est tout à fait acceptable que des justiciers soulèvent des préoccupations. Mais lorsqu’ils s’impliquent dans les poursuites — comme l’a fait Data Colada en continuant de faire pression sur la HBS pour qu’elle donne suite à ses renseignements —, ils ne peuvent alors ignorer les règles qui distinguent les gens honnêtes de l’ICE.
Liste évolutive des articles traduits par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de l’auteur.e et de Gilles
