Le problème du communisme, du point de vue des communs
Traduction de A Commoners’ Manifesto 1: commons, not communism, part 2 par Dave Darby, le 12 avril 2026
Table des matières
- La surproduction et la tendance à la baisse du taux de profit (TRPF)
- Matérialisme historique
- La prise de contrôle de l’État
- Croissance et progrès
- La classe ouvrière, vecteur du changement
- La planification centrale
- Les derniers écrits de Marx
- Conclusion
Cet article fait partie d’une série de 24 que j’espère rassembler dans un livre – titre provisoire : Le Manifeste des communards : Ni capitalisme, ni communisme. Voici une introduction à la série. Les commentaires sont les bienvenus, y compris les désaccords et les débats. Je souhaite présenter les biens communs comme une alternative décentralisée à ces deux systèmes de pouvoir centralisé. Lorsque j’utilise les termes « capitalisme » et « communisme » (sauf indication contraire), je fais référence à ce qu’ils ont incarné dans la réalité, plutôt qu’à leur théorie.
Dans l’article précédent, j’ai examiné ce que Marx avait vu juste, d’un point de vue des biens communs. Les partisans des biens communs et les marxistes partagent de nombreuses valeurs. Marx a compris que le capitalisme devait être remplacé, et non réformé, et il a démystifié les mythes capitalistes selon lesquels les paysans s’installaient volontairement dans les bidonvilles urbains et les usines, et selon lesquels les premiers capitalistes s’étaient enrichis grâce à leur travail acharné.
Voici les principaux points que j’aborderai dans cet article :
- L’idée de Marx selon laquelle la baisse du taux de profit inhérente au capitalisme entraînerait son effondrement ne s’est pas concrétisée, car l’État intervient pour garantir les profits.
- Il considérait le capitalisme (et par conséquent l’enclosure des biens communs) comme une étape historique nécessaire sur la voie du communisme.
- Aussi formidable que puisse être le communisme « pur », le renversement violent de l’État signifie qu’un Staline ou un Mao finira par surgir. La dictature du prolétariat ne peut jamais être « temporaire ».
- Le communisme favorise la croissance et le « développement des forces productives » qui détruisent la biosphère.
- Le vecteur du changement chez Marx était un prolétariat qui est en voie de disparition en Occident et qui, de toute façon, a rejeté le marxisme.
- Au cours de ses dernières années, Marx a produit des travaux s’apparentant davantage à la conception des biens communs, susceptibles de jeter des ponts entre les défenseurs des biens communs et les communistes.
La surproduction et la tendance à la baisse du taux de profit (TBP)
Les marxistes décrivent ces deux tendances à la crise au sein du capitalisme qui l’affaibliront et rendront la révolution plus probable et plus facile à réaliser.
TBP : La concurrence encourage le surinvestissement. Les entreprises investissent massivement dans la machinerie – qui est plus rapide, moins coûteuse et plus fiable que le travail humain – afin de devancer leurs rivaux. Comme toutes les entreprises agissent de la même manière, le marché devient saturé, et le profit par unité de capital tend à diminuer. La question de savoir si le taux de profit global a baissé au fil du temps fait l’objet d’un débat, et des facteurs tels que la réduction des coûts des intrants grâce aux nouvelles technologies, les profits tirés des instruments financiers plutôt que de la production, ainsi que l’expansion mondiale ouvrant de nouveaux marchés ont jusqu’à présent empêché l’effondrement du capitalisme. L’intervention de l’État a également joué un rôle majeur (voir ci-dessous).
Surproduction : je pense que Marx est sur un terrain plus solide à cet égard. Cela ne signifie pas réellement qu’il existe d’énormes stocks de marchandises invendues – ce que cela signifie dans le monde réel, c’est la récession et le chômage. Les capitalistes tentent constamment a) de réduire leur charge salariale et b) de persuader le public de consommer davantage. Ces deux objectifs se contredisent. Si les salaires baissent, les gens ont moins d’argent pour acheter ce qui est produit. La richesse est concentrée entre les mains d’un nombre restreint de personnes, et il y a une limite au nombre d’articles de luxe que les super-riches peuvent acheter (combien de jets privés faut-il vraiment?). Cet argent est donc investi, ce qui entraîne une augmentation de la production, ce qui aggrave le problème de la surproduction. Lénine critiquait les syndicats parce qu’ils augmentaient les salaires et contribuaient ainsi à résoudre le problème de la surproduction et à sauver le capitalisme.
La réponse initiale a consisté à étendre les marchés aux pays pauvres, pour les aider à « se développer » (à devenir capitalistes). Mais le capitalisme est désormais le système dominant, et il reste peu de nouveaux marchés à conquérir.
Les capitalistes affirment que le problème a été surmonté dans la pratique – mais ce n’est que parce que les « solutions » causent encore plus de problèmes au capitalisme.
Premièrement, l’explosion du crédit, accompagnée d’une baisse des taux d’intérêt pour encourager l’emprunt. La consommation augmente, mais l’inflation entraîne une hausse des taux d’intérêt, le crédit est restreint, il y a un resserrement du crédit, une récession, des faillites qui effacent la dette – et le manège des hauts et des bas se poursuit.
Deuxièmement, l’État intervient pour injecter de l’argent dans l’économie et sauver le capitalisme. Outre les prestations sociales, les travaux publics, les dépenses militaires et divers « nouveaux pactes », après chaque « récession » du cycle d’expansion et de récession, l’État met en place l’assouplissement quantitatif, le renflouement des banques et divers autres programmes d’aide aux entreprises que nous finançons. La théorie de l’offre et de la demande pure (TRPF) ne s’applique que dans un marché véritablement libre (ce que nous n’avons pas), c’est pourquoi elle ne s’applique pas aujourd’hui.
Le matérialisme historique
La conception de l’histoire de Marx est souvent appelée « matérialisme historique ». L’histoire humaine a évolué depuis les bandes de chasseurs-cueilleurs, en passant par les sociétés esclavagistes, jusqu’au féodalisme, puis au capitalisme, et mènera au socialisme et au communisme. La transition entre chaque étape est provoquée par des contradictions et des conflits entre différents groupes et forces au sein de la société. Ainsi, par exemple, le passage du féodalisme au capitalisme est attribuable au conflit entre les seigneurs féodaux et la classe marchande en pleine expansion. Les corporations médiévales avaient déjà attiré les paysans vers les villes, où ils pouvaient échapper aux liens féodaux, mais les privilèges et obligations féodaux freinaient encore le développement économique capitaliste. Une lutte s’est déroulée à travers la Guerre civile anglaise, la « Révolution glorieuse » et la Révolution française. Le capitalisme a finalement pris le dessus sur le féodalisme grâce à ses forces de production supérieures, et à mesure que les capitalistes s’enrichissaient et devenaient ainsi plus puissants que les seigneurs féodaux, ils ont pu imposer le changement en prenant le contrôle de l’État.
Marx n’a pas dit que ces transitions étaient inévitables, mais qu’elles nécessitaient une lutte politique. Ses idées se sont forgées à partir de la dialectique – une façon d’envisager le changement à travers les contradictions et les tensions qui poussent les systèmes à se transformer en quelque chose de nouveau. Marx a été influencé par Hegel, mais la pensée dialectique remonte à la Grèce antique et à la Chine. La réalité est dynamique, et non statique. En termes simples, une « thèse » est contredite par une « antithèse », et la lutte entre les deux aboutit à une « synthèse ». Ainsi :
Thèse : le capitalisme industriel.
Antithèse : la croissance du prolétariat (la classe ouvrière).
Synthèse : le socialisme.
Marx considérait le capitalisme comme une étape nécessaire dans la progression de l’humanité vers le communisme. Les capitalistes développeront l’industrie et les infrastructures dont hériteront les communistes. Le « progrès », ici, ne signifie pas « moralement meilleur ». Il désigne un dépassement dû à l’évolution des circonstances.
Or, si le capitalisme est une étape nécessaire, et s’il n’a pu prendre son essor qu’après que les paysans eurent été chassés des terres communes vers les nouvelles usines par le biais des enclosures, alors, du point de vue de Marx, il s’ensuit logiquement (n’est-ce pas?) que les enclosures étaient elles aussi nécessaires, afin de permettre le développement industriel et l’éradication du « retard » pour ouvrir la voie au socialisme. Grâce aux terres communes, les paysans pouvaient gagner de justesse leur subsistance et dire « non merci » aux bidonvilles urbains, aux usines et au choléra. C’est pour moi l’indication la plus claire que l’approche marxiste est, en fin de compte, anti-biens communs – bien que Marx ait qualifié les enclosures de « terrorisme impitoyable » (mais un terrorisme impitoyable nécessaire?).
On peut tirer des conclusions encore pires du matérialisme historique – à savoir que le colonialisme, l’esclavage et le génocide étaient également des étapes nécessaires sur la voie du communisme. Cela peut amener des marxistes à écrire des choses comme : « L’esclavage, en son temps, représentait un énorme bond en avant par rapport à la barbarie. C’était une étape nécessaire dans le développement des forces productives, de la culture et de la société humaine. » Dieu seul sait ce qu’ils entendent par « barbarie » – peut-être les petites fermes et la production artisanale. Quoi qu’il en soit, je suis presque certain qu’aucun esclave n’a jamais pensé que l’esclavage était « nécessaire » ou constituait un « bond en avant ».
Le colonialisme était lui aussi nécessaire, car les pays occidentaux ont apporté le capitalisme à des pays « arriérés » comme l’Inde, et les ont fait sortir de leur « état végétatif » (!). Peu importe que, si l’on considère les « forces productives », l’économie indienne représentait environ 25 % de l’économie mondiale à l’arrivée des Britanniques, et environ 2 % après leur départ. L’accent qu’il mettait sur le progrès par le biais du prolétariat l’a amené à sous-estimer ou à négliger les peuples colonisés, les paysans, la culture autochtone, les travailleurs non rémunérés (principalement des femmes), les chômeurs et la nature. Je dirais que c’est une liste d’omissions assez importante. Silvia Federici affirme (dans Caliban and the Witch) que Marx n’aurait jamais suggéré que le capitalisme constituait une étape vers la libération humaine s’il avait été une femme.
Le capitalisme dans les Amériques est né de l’esclavage des Africains et du génocide des « barbares » qui s’y trouvaient déjà. Tout cela est toutefois acceptable, car le capitalisme est une étape nécessaire. Pour être juste, Marx a bel et bien critiqué le génocide et l’esclavage, mais il s’en est tenu à son récit des « étapes ». Les Européens avaient pour mission de civiliser le reste du monde (et de s’approprier ses ressources au passage). Les petits agriculteurs doivent être chassés de leurs terres et poussés vers les ateliers d’exploitation – sinon, comment pourrions-nous atteindre la terre promise socialiste?
Pour moi, c’est l’aspect le moins convaincant de l’œuvre de Marx. Si le capitalisme est une étape nécessaire, alors le monde entier doit être soumis au cauchemar de la centralisation du pouvoir, de l’exploitation, de l’enclosure et de la destruction de l’environnement.
Lewis Mumford (dans Technics and Civilisation; The City in History; et The Myth of the Machine) a montré comment nous aurions pu nous développer technologiquement sans passer par une phase capitaliste. Les premières sociétés humaines ont développé l’agriculture, l’artisanat, la métallurgie, les moulins à vent, les moulins à eau et les infrastructures urbaines sans le capitalisme. Rien n’empêchait que le développement technologique se poursuive jusqu’aux téléphones intelligents et à l’intelligence artificielle. Cela se serait peut-être fait plus lentement, mais cela aurait certainement été une bonne chose : une innovation au service des besoins humains au sein des communautés aurait pu éviter les bouleversements sociaux, la concentration des richesses, la corruption des grandes entreprises et la destruction de l’environnement qu’entraîne le développement capitaliste.
La technologie s’est développée ainsi parce que le pouvoir s’est concentré entre les mains des capitalistes, dont l’objectif était la maximisation du profit, et non les besoins humains. Et cela n’était certainement pas inévitable. Si l’État n’avait pas créé les premières sociétés (les Compagnies néerlandaise et britannique des Indes orientales) et ne leur avait pas accordé d’énormes avantages depuis lors, le monde se serait développé de manière très différente. La mise en œuvre du capitalisme a nécessité un niveau considérable de coercition étatique. L’État a adopté de nombreuses lois dites « d’association » pour punir les travailleurs, par exemple lorsqu’ils se rassemblaient pour réclamer de meilleures conditions de travail, mais pas les employeurs qui s’unissaient pour les mettre sur liste noire pour cette raison. Dès les débuts du capitalisme, l’État a mobilisé une force policière et un système judiciaire puissants pour empêcher les travailleurs d’offrir de l’aide caritative à leurs pairs, de diffuser de l’information et des opinions, ou, de manière générale, de se montrer rebelles. Cela s’est d’abord produit au Royaume-Uni et en Europe, puis dans les colonies, avec le même résultat. Nous y reviendrons dans de prochains articles, mais en attendant, voici de quoi vous mettre en appétit.
S’emparer de l’État
Marx a constaté que les États sont toujours pris en otage par les plus puissants de la société et utilisés pour servir leurs intérêts. Ainsi, sous le capitalisme, les États servent les capitalistes – on ne peut guère contester cela. Dans Le Manifeste communiste (1848), Marx et Engels ont été les premiers à identifier le prolétariat comme une classe révolutionnaire ayant pour mission de s’emparer de l’État.
Je reviendrai sur ce qui s’est réellement passé en Russie en 1917 dans le prochain article, mais s’agit-il d’un bon plan? Même si vaincre la puissance militaire occidentale était réaliste, l’idée d’un renversement violent rebute presque tout le monde. Cela nécessite que des hommes violents s’emparent du pouvoir, après quoi celui-ci n’est jamais redistribué. Les hommes violents n’abandonnent pas le pouvoir de leur plein gré. Si un gouvernement est renversé, il y aura le chaos, une opposition massive et probablement une guerre civile. Il n’est jamais possible de rallier tout le monde à sa cause, et la tentation est toujours grande d’abandonner ses principes pour conserver le pouvoir.
Les discours sur le renversement du pouvoir font naître un sentiment d’insécurité chez les gens – à juste titre. En Occident, tant que vous ne faites pas de vagues, vous bénéficiez de la protection et de certains avantages matériels offerts par un empire puissant. Cela a toujours été ainsi avec les empires à travers l’histoire. De nos jours, vous n’avez même plus besoin de prêter serment d’allégeance; et la plupart des gens ne sont pas fidèles à l’empire – celui-ci assure simplement leur sécurité, à une époque où ils peuvent voir ce qui arrive aux régimes qui ne se conforment pas. Ce ne sont pas de mauvaises personnes ; elles considèrent simplement que la soumission est un prix raisonnable à payer pour obtenir cette protection. La plupart des gens ne comprennent pas les dommages causés à la biosphère, et même s’ils le comprenaient, l’effondrement semble encore lointain; ne pas faire de vagues en échange de du pain et des jeux leur paraît donc une bonne affaire. Cela dit, je suis d’accord avec Benjamin Franklin, qui a déclaré : « Ceux qui renonceraient à une liberté essentielle pour acquérir un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité » .
Même en cas de succès, cependant, les marxistes ne peuvent renverser qu’un État à la fois, après quoi ce pays se retrouvera instantanément en concurrence avec le capitalisme mondial et son appareil militaire. Mais avec les biens communs, nous commençons partout, et nous nous fédérons. La force pourrait s’avérer nécessaire à un moment donné pour défendre les acquis des communautés, mais pas pour s’emparer du pouvoir centralisé. Les marxistes considèrent la démocratie économique et politique comme une perspective d’avenir, dont l’évolution vers cet objectif serait menée par une avant-garde et introduite par un événement violent. Les partisans des biens communs ne voient pas la nécessité d’attendre tout cela. C’est quelque chose que nous pouvons faire dès maintenant – tous ensemble. Les marxistes comprennent qu’une réforme (ou du moins une réforme suffisante) ne sera pas possible par l’intermédiaire d’un État sous l’emprise du capitalisme. Les réformes d’État socialistes sont de toute façon fragiles, car elles ne durent que jusqu’à ce qu’un autre parti arrive au pouvoir. Mais les biens communs ne visent pas à réformer l’État; il s’agit de bâtir de nouvelles institutions dotées d’une protection intégrée contre la cooptation.
Après la révolution, Marx envisageait une « dictature du prolétariat » temporaire, afin de consolider le contrôle des travailleurs, de démanteler les institutions capitalistes et de garantir que les intérêts établis – qu’ils soient capitalistes, aristocratiques ou des forces extérieures – ne puissent pas arracher le pouvoir aux travailleurs. Lénine en précise clairement les implications dans Les tâches immédiates du gouvernement soviétique (1918) : « la révolution exige, dans l’intérêt du socialisme, que les masses obéissent sans réserve à la volonté unique des dirigeants du processus de travail ».
Mais les moyens dictent les fins. Nous avons besoin de moyens participatifs, décentralisés et autonomes pour atteindre ces mêmes fins. Les méthodes hiérarchiques, uniformes et centralisées mènent à une société hiérarchique, uniforme et centralisée et étouffent la spontanéité et l’innovation, alors qu’en réalité, nous pouvons disposer d’une pluralité de modèles pour la nouvelle société des biens communs. Un État puissant n’est pas un vecteur de liberté – c’est ce dont nous devons nous libérer.
Sous les dictatures, les dissidents sont emprisonnés (ou pire). En général, ils ne font qu’écrire et diffuser des idées – mais les marxistes sont censés être matérialistes, alors où est le problème? Les idées ne vont rien changer! Le capitalisme n’emprisonne généralement pas les gens pour leurs idées (bien que cela soit peut-être en train de changer), car il sait qu’il détient la base économique. Dans une société des biens communs, n’importe qui peut écrire ce qu’il veut, et j’espère qu’un monde des biens communs n’aura pas de prisons (même si elles appartiennent aux biens communs).
Certains marxistes influents ont rejeté la dictature du prolétariat. Rosa Luxemburg a écrit (dans La Révolution russe, 1918) : « Toute la masse du peuple doit prendre part à la vie économique et sociale. Sinon, le socialisme sera décrété derrière quelques bureaux officiels par une douzaine d’intellectuels… La corruption devient inévitable ».
Le communisme des conseils, qui s’est développé après la Première Guerre mondiale, rejetait le contrôle étatique centralisé et mettait l’accent sur les conseils ouvriers en tant qu’agents du changement. Cela a influencé les autonomistes (à partir des années 1960). De nombreux marxistes ont abandonné cette croyance et se sont tournés vers des solutions anarchistes en raison de l’autoritarisme de Staline – à l’instar de Murray Bookchin, qui a joué un rôle influent dans l’expérience du Rojava. Ce phénomène s’est accéléré après l’effondrement de l’Union soviétique, bien qu’aucun de ces mouvements n’ait atteint l’ampleur de ceux du communisme marxiste-léniniste.
Cependant, lorsque Marx a utilisé le terme « dictature du prolétariat », il ne pensait pas à un régime autoritaire. Au XIXe siècle, le mot « dictature » se rapprochait davantage de son sens romain d’origine : qui détient le pouvoir dans la société. Il pensait à la Commune de Paris, où le pouvoir était détenu – bien que brièvement – par les travailleurs, par l’intermédiaire de délégués élus et révocables.
L’interprétation de Lénine n’était donc pas la seule interprétation possible de Marx. Et Marx peut être interprété selon une approche inspirée des biens communs; je critique donc les interprétations autoritaires, plutôt que Marx lui-même.
Croissance et progrès
Je suppose que vous savez qu’il est impossible d’avoir une croissance économique perpétuelle sur une planète aux ressources limitées sans détruire la biosphère – mais si ce n’est pas le cas, j’aborderai ce sujet dans un prochain article, et vous pourrez débattre avec moi. Mais dans cet article, je m’intéresse à la position de Marx sur la croissance et le concept de « progrès », en partant du principe et en comprenant que la croissance du PIB ne peut être dissociée de la consommation de matières premières et d’énergie.
Le matérialisme historique de Marx nécessite une phase capitaliste sur la voie menant au socialisme, mais le capitalisme est soumis à un « impératif de croissance » : il doit continuer de croître, à l’instar d’un cancer, détruisant son hôte – la biosphère de la seule planète dont nous sommes certains qu’elle en possède une. En fait, Marx a été le premier à voir que la croissance perpétuelle est systémique et inévitable dans le capitalisme, et qu’elle ne résulte pas uniquement de décisions politiques.
Dans Le Capital, tome 1, Marx expose sa formule générale du capital : M—C—M’. L’argent (M) est investi dans la production de marchandises (C) afin de générer davantage d’argent (M’). Le problème réside dans ce petit « ’ » après le deuxième M. Chaque capitaliste doit réinvestir ses profits, accroître sa productivité, adopter des machines permettant d’économiser de la main-d’œuvre et élargir ses marchés. S’ils ne le font pas, ils seront évincés par la concurrence. La croissance n’est donc pas facultative sous le capitalisme – elle ne peut être stabilisée. Les écologistes avaient prédit que cela entraînerait des dommages considérables à la biosphère, ce qui est exactement ce qui se produit.
Les biens communs ne sont pas soumis à cet impératif de croissance; une économie des biens communs peut donc exister en harmonie avec la nature.
Marx était aussi attaché à la quête de la croissance que n’importe quel capitaliste. Il croyait que le socialisme naîtrait de l’industrialisation et de la croissance du prolétariat, et que les paysans devaient être chassés de leurs terres pour permettre l’introduction d’une agriculture mécanisée à grande échelle et mettre en production les « terres en friche ». Le communisme a besoin de croissance pour « développer les forces productives » et abolir la pauvreté. Les contradictions du capitalisme seront éliminées, ce qui facilitera la croissance et l’industrialisation. Le développement industriel est un objectif, pas un problème, et le communisme l’accélérera.
Il est allé plus loin : « Tout comme le sauvage doit lutter contre la nature pour satisfaire ses besoins, pour maintenir et reproduire la vie, l’homme civilisé doit en faire autant » (Le Capital, vol. III, chap. 48), et Engels a fait de même : sous le communisme, « l’homme […] devient pour la première fois le véritable maître conscient de la nature » (Socialisme : utopique et scientifique, chap. 3).
Nous ne pouvons que perdre un combat contre la nature, même si nous pensons être en train de gagner. À quoi ressemblerait une « victoire » contre la nature? Cela semble anachronique aujourd’hui, mais c’est toujours l’objectif de nombreux marxistes. Il n’est pas surprenant que les discours sur les « sauvages » et la « conquête de la nature » suscitent un sentiment antimarxiste au sein des cultures autochtones – « Le marxisme, à l’instar d’autres formes de société industrielle, cherche à “rationaliser” tous les peuples par rapport à l’industrie – une industrie maximale, une production maximale. C’est une doctrine qui méprise la tradition spirituelle des Autochtones d’Amérique, nos cultures, nos modes de vie ».
Marx a donné la priorité à l’émancipation humaine plutôt qu’à la protection de l’environnement, mais il a laissé entendre (de manière un peu incohérente) que la croissance perpétuelle détruirait le métabolisme entre les humains et la nature, même dans ses premiers écrits : « la forêt, les gisements minéraux, les sources d’eau, les forces mêmes de la nature, sont traités comme de simples instruments de production […] sans se soucier de leur renouvellement. » (Le Capital, vol. 1, chap. 13), bien que l’écologie ne fût pas encore une science bien développée à son époque. Les marxistes modernes n’ont pas cette excuse, et en effet, certains (par exemple John Bellamy Foster) ont combiné Marx et l’écologie pour soutenir que la croissance perpétuelle est incompatible avec des systèmes naturels finis. D’autres (par exemple Aaron Bastani, Fully-automated Luxury Communism) prônent le techno-optimisme et la croissance perpétuelle, sans tenir compte de la biosphère (ou du moins pas suffisamment). Comme pour Marx, j’applaudis la critique du capitalisme formulée par Bastani, mais je ne suis pas certain qu’il appuierait les biens communs.
Je ne suis pas contre la technologie (bien que je sois un luddite) – je ne veux simplement pas que ce soient les milliardaires capitalistes qui la possèdent et la contrôlent. Je veux qu’elle soit sous contrôle démocratique – mais sous le communisme, elle ne le sera pas plus qu’elle ne l’est sous le capitalisme, et ce que nous obtiendrons, ce sont des armes nucléaires et la guerre dans l’espace.
La classe ouvrière, vecteur du changement
Selon les marxistes, ce sont les travailleurs qui apporteront le changement révolutionnaire. Les travailleurs ne possèdent pas les moyens de production (entreprises, usines, terres, actions, etc.), mais doivent travailler pour un salaire afin de mettre de la nourriture sur la table. C’est un peu flou, car de nombreux médecins et avocats doivent travailler pour se nourrir, mais on ne les qualifierait guère de classe ouvrière (j’ai entendu récemment qu’un bon moyen de déterminer si l’on appartient à la classe ouvrière est de savoir si l’on prend sa douche avant ou après le travail). Il y a des gens qui gagnent leur argent a) grâce aux profits, aux dividendes, aux gains en capital, aux intérêts et aux loyers (ceux que Marx appelait la bourgeoisie); b) en travaillant pour ces gens-là (le prolétariat); ou c) en facilitant ce qui précède (la classe moyenne). Le prolétariat est de loin plus nombreux que les deux autres groupes à l’échelle mondiale, et même dans les pays plus riches; ainsi, s’il s’organise, il devient imparable, selon les marxistes.
Ont-ils raison? Eh bien, pour s’organiser, il faudrait qu’ils soient en contact étroit – dans les usines, les mines, les fonderies, les quais, etc. Mais en Occident du moins, ces institutions sont en train de disparaître. Au Royaume-Uni, l’emploi dans le secteur manufacturier est passé de 8,6 millions en 1970 à 3 millions en 2016, et il y a moins de 300 mineurs de charbon, contre 247 000 en 1976 et 1,2 million en 1920. Et la révolution ne se produit que lorsque les gens sont désespérés, mais les filets de sécurité sociale en Occident, aussi fragiles soient-ils, empêchent le genre de situations extrêmes que l’on observe dans de nombreuses régions du Sud global, où les conditions de vie et de travail sont telles que les soulèvements de la classe ouvrière sont plus probables, mais restent fragmentés, liés à des industries ou à des groupes démographiques spécifiques, et incluent souvent des mouvements de jeunesse ou des cultures de protestation urbaines, et non seulement les syndicats traditionnels.
Les syndicats sont également plus forts dans le Sud global (l’adhésion syndicale représente moins de 20 % de la population dans la plupart des pays occidentaux), mais ils se préoccupent généralement davantage de réclamer une plus grande part du gâteau capitaliste que de cuire un nouveau gâteau. Or, même si des soulèvements ouvriers se produisent dans le Sud global, ils se heurtent toujours aux mêmes problèmes liés à la prise de contrôle de l’État et à l’autoritarisme.
Mon père était un conservateur issu de la classe ouvrière qui, je suppose, serait aujourd’hui un partisan du Parti réformiste s’il était encore en vie. Il détestait le marxisme – ce qui explique pourquoi j’y ai été attiré (interprétez cela comme bon vous semble). J’ai lu tout ce que je pouvais, mais j’en suis venu peu à peu (et à contrecœur) à croire exactement ce qu’il disait à propos de Marx : que sa critique du capitalisme était valable, mais que les solutions qu’il proposait étaient désastreuses.
Le prolétariat décrit par Marx se trouvait principalement en Europe et en Amérique du Nord, et voit aujourd’hui sa taille et son influence diminuer en raison de la disparition des emplois traditionnels de la classe ouvrière, ainsi que de l’essor de l’économie des petits boulots, du précariat, de l’IA, des véhicules autonomes, des robots et des caisses libre-service. L’économie britannique ressemble désormais en grande partie à un casino et n’a pratiquement plus rien à voir avec la production. Et il est difficile de susciter une solidarité au sein de la classe ouvrière alors que bon nombre de ses membres ne souhaitent même pas en faire partie. S’ils entrevoient des issues (l’éducation et la création d’entreprise étant les plus probables), ils les saisissent. Qui rêve, dès l’enfance, de travailler dans une usine toute la journée, tous les jours? Pas vous, et pas la plupart des gens.
Quiconque pense que la classe ouvrière occidentale va se soulever et se libérer de ses chaînes ne connaît pas la classe ouvrière. Cet article paru dans The Communist, par exemple, traite d’une exposition sur la culture pop à la Galerie Saatchi qui explore l’importance des idées révolutionnaires, comme si cela allait galvaniser la classe ouvrière. En Occident, la classe ouvrière est généralement rebutée par les idées marxistes. Pour chaque marxiste issu de la classe ouvrière (selon l’adhésion à des partis marxistes), on compte des centaines, voire des milliers de partisans du Parti réformiste. Ils sont bien plus susceptibles d’être divisés par le soccer que d’être unis par le socialisme. Parler de révolution communiste risque davantage de diviser la classe ouvrière que de la unir contre le capitalisme.
Les affirmations des universitaires selon lesquelles Marx écrivait pour les travailleurs ne me convainquent pas. Ses idées sont très difficiles à saisir pour les non-universitaires. Conduire ou poser des briques toute la journée, puis lire Marx toute la soirée, cela n’existe vraiment que dans les fantasmes des marxistes. Les critiques marxistes pourraient faire leur retour et remplacer la fausse opposition vide et malhonnête de la droite à « l’establishment » – la classe ouvrière continue de croire que les salaires sont trop bas, que les prix sont trop élevés, que le système est truqué en faveur des riches et que les grandes entreprises sont corrompues. Mais je ne vois aucun terrain fertile pour des solutions marxistes.
Les biens communs doivent bien sûr servir les travailleurs, et nous aurons besoin de franchisés, d’employés et de clients issus de la classe ouvrière – mais nous les gagnerons en nous montrant utiles, et non en leur faisant la leçon. La classe des militants qui nous mènera à ce point n’a aucune importance. Le prolétariat n’est pas le seul vecteur du changement. Les chômeurs, les personnes au foyer, les petits agriculteurs, les propriétaires de petites entreprises, les travailleurs autonomes, les membres de coopératives, les étudiants, les retraités, les artistes, les hippies et la classe moyenne ont tous un rôle à jouer. Chacun peut être un membre actif des biens communs, en tant que client, employé ou investisseur.
Le renversement de la ploutocratie n’est pas possible, non seulement parce qu’elle est trop puissante, mais aussi parce que la classe ouvrière rêve de faire partie de la classe moyenne, que la classe moyenne rêve de devenir ploutocrate, et que les étudiants « radicaux » se destinent à des carrières dans le domaine ESG. Non, la seule façon de contester la ploutocratie est d’empêcher l’extraction, et donc de s’attaquer à la source même de son pouvoir. Et la seule façon dont je vois de le faire est de bâtir les biens communs.
Les marxistes qualifient de « pessimistes » les anticapitalistes qui ne voient pas la révolution ouvrière comme la voie du changement. Mais ce n’est pas du pessimisme. C’est du réalisme.
Planification centrale
Une autre critique à l’égard de l’approche marxiste : l’économie planifiée ne fonctionne tout simplement pas. L’information sur l’économie — préférences, conditions locales, besoins, compétences, etc. — est répartie entre des millions de personnes. Les planificateurs ne peuvent jamais la recueillir ni la traiter dans son intégralité. Certaines informations, comme le savoir-faire pratique, ne peuvent tout simplement pas être recueillies. Et les choses changent constamment — les planificateurs centraux ne peuvent pas suivre le rythme. Un plan quinquennal peut être complètement désuet en l’espace de quelques années, surtout dans un monde numérique.
Cet argument est avancé tant par la droite (Hayek, Mises) que par la gauche (E. F. Schumacher, Ivan Illich) et par la (plupart des) anarchistes. C’est un vaste sujet, que j’aborderai dans un chapitre ultérieur consacré aux biens communs et aux marchés.
Les derniers écrits de Marx
Il y avait une grande différence entre les idées contenues dans le Manifeste communiste (1848) et les travaux ultérieurs de Marx, après 1870 et jusqu’à sa mort en 1883, dans lesquels il m’apparaît (du moins à mes yeux) davantage comme un défenseur des biens communs que comme un communiste. Trois ouvrages portant sur les derniers écrits de Marx ont attiré mon attention : *Marx at the Margins: On Nationalism, l’ethnicité et les sociétés non occidentales et The Late Marx’s Revolutionary Roads de Kevin B. Anderson, ainsi que Marx in the Anthropocene: Towards the Idea of Degrowth Communism de Kohei Saito.
Anderson examine ses œuvres inédites, portant sur l’Inde, l’Indonésie, la Chine, l’Algérie et d’autres régions, dans lesquelles Marx se montrait moins eurocentrique et plus critique à l’égard du colonialisme, qu’il ne considérait pas comme un moyen d’éliminer le « retard ». Il s’est également éloigné d’une voie de développement unique, allant du féodalisme au socialisme en passant par le capitalisme, pour se concentrer sur différentes formations sociales, notamment la propriété communautaire et les communautés autochtones, sans renversement violent de l’État.
Il a étudié la propriété collective des terres (le système du mir) en Russie et a déclaré (dans une lettre à Vera Zasoulitch) que la Russie n’avait pas nécessairement à passer par un développement capitaliste complet, et que les structures communautaires existantes pourraient potentiellement devenir un point de départ pour le socialisme, si elles étaient associées à un changement révolutionnaire plus large. La préface de 1882 au Manifeste communistestipule explicitement : « Si la révolution russe devient le signal d’une révolution prolétarienne en Occident, de sorte que les deux se complètent, la propriété commune actuelle de la terre en Russie pourrait servir de point de départ à un développement communiste. » C’est là que les partisans de la propriété commune pourraient établir des liens avec les marxistes.
Dans ses Notes sur la critique de l’économie politique et ses Cahiers ethnologiques (qui portent sur le sol, l’agriculture et les sociétés non occidentales), il a développé des idées sur la « rupture métabolique » – la perturbation des cycles naturels par le capitalisme. Il met l’accent sur les limites environnementales, la durabilité et une critique de la croissance et du productivisme.
Marx a été fortement influencé par la Commune de Paris, et sa vision ultime était celle d’une société sans gouvernement central ni politiciens professionnels, où les décisions seraient prises démocratiquement au sein des communautés, dans les assemblées de travail (usines et fermes) et les conseils locaux, qui enverraient des délégués à des conseils couvrant des zones plus vastes. Là encore, je n’ai rien à redire : c’est exactement ce que j’aimerais voir le mouvement des biens communs réaliser.
Certains mouvements inspirés par Marx se sont développés dans les pays du Sud et s’inscrivent bien dans la pensée des biens communs – comme le mouvement zapatiste au Mexique, ou le système Ujamaa en Tanzanie (par la suite détruit par l’État).
Mais même si je partage largement les idées de Marx de ses dernières années, en réalité, les révolutions communistes ont impliqué la prise du pouvoir d’État, le contrôle centralisé par le parti, une industrialisation rapide et une collectivisation forcée. Ses écrits tardifs étaient moins connus et contredisaient le discours du « socialisme scientifique »; ils ont donc souvent été mis de côté.
En Chine et au Vietnam, après leurs révolutions, il existait de solides bases paysannes, une organisation au niveau des villages et une autonomie locale, mais celles-ci ont rapidement été supplantées par le contrôle de l’État. Avec le communisme, on finit par avoir un Staline; avec le capitalisme, on finit par avoir un Trump. Dans un monde fondé sur les biens communs, ce genre de personnes serait tenu bien à l’écart du pouvoir.
Conclusion
Je m’oppose au communisme tel qu’il a été mis en œuvre dans le monde réel, en m’appuyant sur les premiers travaux de Marx, plutôt qu’à Marx lui-même. Blâmer Marx pour le stalinisme revient à blâmer Jésus pour l’Inquisition espagnole. Le capitalisme supprime les biens communs par l’extraction, le communisme par la collectivisation forcée et l’écrasement de la société civile. Ne répétons pas cette erreur. Les communistes qui affirment que l’Union soviétique « n’était pas du vrai communisme » n’ont pas plus de sens que les capitalistes qui prétendent que le système actuel n’est pas du vrai capitalisme. C’est ce qui se passe dans le monde réel qui compte, plutôt que la théorie.
La sagesse acquise par Marx au fil des années l’a conduit à privilégier de bien plus hautement le développement des biens communs dans les failles du capitalisme plutôt que de pousser la classe ouvrière à s’emparer de l’État. Le marxisme libertaire était un courant du marxisme qui s’est développé du vivant de Marx et qui a divisé les marxistes après sa mort. Au lieu de la propriété d’État, les lieux de travail seraient gérés par les travailleurs eux-mêmes, et les décisions locales seraient prises démocratiquement en assemblées. Il n’y aurait pas d’élite politique gouvernant au nom des travailleurs. Cette tension a donné lieu à des développements du 20e siècle comme le communisme des conseils et, plus tard, l’autonomisme. La frontière semble floue entre ces courants libertaires du marxisme et l’anarchisme / les biens communs (plus d’informations dans le prochain article).
Les conditions pourraient bientôt changer, ce qui accroîtrait le désespoir et rendrait la révolution communiste plus probable – en particulier dans les pays du Sud, mais aussi dans les pays plus riches, à mesure que la hausse des températures s’accélère et que les guerres se propagent, provoquant des pénuries de ressources, des hausses de prix, des troubles civils et des migrations de masse. J’espère que les biens communs seront en place et en pleine expansion d’ici là, afin d’éviter des soulèvements violents qui pourraient aggraver la situation plutôt que de l’améliorer.
Mon objectif avec ces articles n’est pas de convaincre les marxistes purs et durs (si vous en avez déjà débattu avec un, vous saurez pourquoi). J’écris pour les anticapitalistes qui reconnaissent l’impuissance du système électoral et qui pourraient s’intéresser au communisme. J’aimerais orienter cette énergie révolutionnaire vers les biens communs.
Les marxistes ont un programme. Les biens communs n’en font pas partie, et ont tendance à être supprimés par les marxistes au pouvoir. On m’a conseillé de ne pas m’aliéner les marxistes, et je ne pense pas que je m’aliénerai les marxistes libertaires. Mais les marxistes sérieux et traditionnels ne contribueront pas à bâtir les biens communs. Ils veulent une révolte de la classe ouvrière, et mon message à leur intention est, en fin de compte : « Vous plaisantez? ».
Le pouvoir centralisé est en soi le problème, et l’a toujours été à travers l’histoire. Comme le communisme dans la réalité ne décentralise pas le pouvoir, on se retrouve simplement avec une autre forme d’autoritarisme – comme l’a si clairement démontré le 20e siècle. Le parti d’avant-garde devient la nouvelle élite, et les élites ne renoncent pas à leur pouvoir. Une voie centralisée et hiérarchique menant à une société décentralisée et non hiérarchique ne fonctionnera pas. Nous devons bâtir un système dans lequel ceux qui désirent le plus le pouvoir sont les moins susceptibles de l’obtenir. Ce système, ce sont les biens communs.
Dans le prochain article, j’examinerai comment les bolcheviques l’ont emporté de justesse, et comment les choses auraient pu se dérouler très différemment au 20e siècle s’ils n’avaient pas gagné.
Et d’ailleurs, si vous faites partie de ces anticapitalistes qui cherchent à déterminer la meilleure façon de contribuer à son remplacement, n’hésitez pas à communiquer avec moi pour discuter de la manière dont vous pourriez y contribuer par le biais des biens communs.
Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.
