Traduction de Scotland Is Pointing the Way to a New Economy, par Neil Mclnroy, 12 mars 2026, dans Project Syndicate.
Alors que de plus en plus de personnes dans le monde sont confrontées à des échecs économiques et à des perturbations climatiques, le changement systémique deviendra de plus en plus attrayant. Le nouveau projet de loi écossais sur la création de richesse communautaire peut servir d’exemple de cadre politique favorisant une large participation, la prise de décision collective et la reconfiguration du pouvoir économique.
OBAN – Dans de nombreux pays, la hausse du coût de la vie et de la pauvreté infantile, l’augmentation des déplacements climatiques, la concentration croissante de la propriété foncière et l’insécurité grandissante ont mis en évidence les limites du modèle économique dominant, qui repose sur une croissance alimentée par les énergies fossiles et la théorie du ruissellement de la richesse. Poursuivre dans cette voie ne fera qu’amplifier les inégalités structurelles actuelles. C’est pourquoi l’Écosse a décidé de prendre une voie différente, sous la forme du projet de loi sur la création de richesse communautaire ( Community Wealth Building CWB) adopté par le Parlement écossais.
Le CWB place la propriété élargie, la prise de décision collective et la circulation de la richesse au centre de la conception économique – une approche lancée il y a deux décennies par The Democracy Collaborative (où je travaille) à Cleveland, avant de s’étendre à d’autres villes des États-Unis. Elle a ensuite été importée au Royaume-Uni, où elle a d’abord été mise en œuvre à Preston, puis dans le North Ayrshire, en Écosse.
Au fil du temps, la CWB s’est transformée en une stratégie cohérente pour un changement économique systémique, reposant sur trois piliers : des mouvements et des réseaux qui réclament une économie plus juste et plus équitable ; des exemples concrets et pratiques de ce à quoi cela pourrait ressembler ; et des politiques publiques et une législation favorables. Si l’un de ces piliers vient à manquer, la transformation économique devient beaucoup moins probable.
Le nouveau projet de loi écossais sur la CWB a considérablement renforcé le pilier politique et législatif de ce mouvement plus large. Ce cadre habilitant ne transformera pas l’économie du jour au lendemain, mais il permettra aux conseils municipaux et autres organismes publics de préparer et de mettre en œuvre des plans de CWB, le gouvernement écossais étant tenu de suivre les progrès réalisés. En fournissant une orientation et des moyens, le projet de loi sur la CWB peut apporter un réel changement.
La législation a mis longtemps à voir le jour. Au cours de la dernière décennie, des communautés et des groupes locaux à travers l’Écosse ont pris des mesures conformes au modèle des cinq piliers du CWB. Il s’agit notamment d’efforts visant à augmenter le nombre d’entreprises sociales, de coopératives et d’entreprises détenues par leurs employés ; de la création de la Fair Work Convention, un comité consultatif indépendant auprès des ministres écossais ; de programmes visant à aider les organisations à utiliser des méthodes démocratiques pour lever des fonds ; et d’initiatives qui soutiennent la gestion des terres et les achats progressifs.
De plus, le Centre d’excellence du CWB, hébergé par l’Economic Development Association of Scotland (Association pour le développement économique de l’Écosse), a contribué à la croissance du mouvement en fournissant des conseils et en partageant des ressources. Le projet de loi s’appuie sur ces travaux pour créer les conditions nécessaires à la mise à l’échelle des initiatives existantes et à l’amélioration de la coordination entre divers programmes et organisations
Certains affirment que le projet de loi n’est pas assez radical. Mais cette critique reflète une incompréhension fondamentale de la manière dont les économies se transforment. Malgré une surabondance de visions grandioses et de déclarations ambitieuses sur un avenir post-capitaliste, la reconfiguration du pouvoir économique nécessite un travail de terrain avec les communautés locales. Il ne suffit pas d’imaginer un monde meilleur, il faut prendre des mesures concrètes pour atteindre cet objectif.
La CWB précise quelles pourraient être ces mesures : soutenir les achats locaux, développer les actifs communautaires, renforcer les coopératives de crédit, réorienter les investissements traditionnels et exiger de meilleures conditions de travail, entre autres. Le projet de loi de la CWB soutiendra ces efforts et veillera à ce qu’ils soient reconnus comme courants, plutôt que marginaux.
Les détracteurs les plus virulents du néolibéralisme partent souvent du principe qu’il s’effondrera sous le poids de ses propres contradictions ou à la suite d’un changement radical imposé par le haut. Mais les changements durables ont tendance à émerger de mouvements ascendants soutenus par des cadres politiques – comme le projet de loi CWB – qui aident les communautés et les institutions à développer les outils et les capacités nécessaires pour réaliser des progrès significatifs.
Cette approche ascendante a été adoptée à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, des villes comme Saint-Louis ont commencé à développer une économie ancrée dans la communauté. Le CWB a gagné du terrain aux Pays-Bas, en Pologne, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Corée du Sud. Un mouvement mondial, basé sur des modèles qui placent les populations locales – et non les investisseurs lointains – au centre de la vie économique, prend de l’ampleur.
Dans ce contexte, le projet de loi écossais sur la CWB peut servir d’exemple, en traçant une voie progressiste composée d’étapes pratiques et réalisables. Il envoie un message important aux personnes qui luttent pour une nouvelle économie : la bataille ne sera pas gagnée dans les institutions élitistes ou les groupes de réflexion, mais dans les communautés locales, grâce à une action coordonnée et à des succès progressifs.
Les progrès prendront du temps, et il y aura des revers ainsi que des avancées. Mais à mesure que de plus en plus de personnes seront confrontées à des échecs économiques et à des perturbations climatiques, la CWB deviendra encore plus attrayante. Lorsque cela se produira, l’Écosse sera en mesure de montrer au reste du monde par où commencer
Les traductions de 2026 (.xlsx) – celles de 2025 – par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.
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L’auteur de cet article, Neil McInroy, est président de l’Economic Development Association Scotland. Il présente dans cette vidéo le CWB :
