Les médias sociaux sont défaillants. Voici comment y remédier.

Le protocole AT expliqué aux profanes.

Traduction de Social Media is Broken. Here’s How to Fix It. Par Joe Basser, le 7 novembre 2025.


Voici le premier article1Le second article est ici de mon blogue Interlinked consacré à l’Internet social ouvert, à la technologie, à la culture et à la société. Dans cet article, j’explique comment le protocole AT (le Web social ouvert sur lequel fonctionnent Bluesky et d’autres applications) peut résoudre les problèmes structurels qui rendent les médias sociaux d’aujourd’hui si exploiteurs. Je peux utiliser les termes « protocole AT », « ATProto » ou « Web social ouvert » de manière interchangeable.

Je veux expliquer pourquoi ATProto est important en langage simple – sans jargon technique, sans qu’il soit nécessaire de savoir ce que signifient un « réseau fédéré » ou la « souveraineté des données ». La plupart des gens savent simplement que les médias sociaux semblent empirer d’année en année : plus d’angoisse, moins de liens. Cet article s’adresse à tous ceux qui ne savent peut-être pas ce que sont Bluesky, Spark (ce que je suis en train de développer) ou le protocole AT, mais qui ressentent à quel point le système actuel est devenu toxique. Il ne s’agit pas ici d’une analyse approfondie de chaque aspect du protocole AT — juste ce qu’il faut pour expliquer pourquoi je crois qu’il résout les problèmes fondamentaux des médias sociaux d’aujourd’hui. C’est ma réponse à la question : en quoi est-ce réellement différent? C’est quelque chose que je peux montrer à des amis qui ne veulent pas simplement une autre application sociale.

Le prochain article explorera ce que cela donne concrètement, en examinant les possibilités de conception d’un Internet social qui ne vous fait pas vous détester.

Si vous souhaitez des informations plus techniques, je vous recommande vivement ces articles de Dan Abramov :

Open Social — overreacted
Le protocole, c’est l’API.

Where It’s at:// — overreacted
Des identifiants à l’hébergement.

Les applications sociales actuelles posent un double problème :

1. Les structures d’incitation — comment elles génèrent des revenus.

2. L’enfermement — comment elles vous retiennent prisonnier.

Analysons cela en détail.

1. Les structures d’incitation

Meta, TikTok, Snapchat, X : ce sont des entreprises publicitaires. Leur modèle est simple : capter l’attention, la vendre, répéter. Vous êtes le produit. Leurs algorithmes ne sont pas conçus pour que vous vous sentiez bien ou bien informé. Ils sont conçus pour vous faire faire défiler le fil d’actualité le plus longtemps possible — car plus vous passez de temps sur l’application, plus il y a de publicités, et plus il y a de publicités, plus les revenus sont élevés.

Ça fonctionne. Les plateformes optimisent leur fonctionnement jusqu’à frôler la dépendance. Elles vous montrent juste assez de vos amis pour vous garder accro, puis inondent le fil d’actualité de contenu conçu pour déclencher la peur, la colère, l’envie et le désir. La surstimulation se marie parfaitement au divertissement, et l’indignation stimule de façon fiable la dopamine, la rétention et le temps passé devant l’écran. Ces mêmes dynamiques ont également tendance à favoriser les autoritaires — des dirigeants qui élaborent des messages pour exacerber la colère et semer la division, en utilisant précisément les leviers émotionnels que ces algorithmes apprennent à récompenser.

Cory Doctorow appelle cela l’« enshittification » — la lente dégradation des plateformes à mesure qu’elles passent du service aux utilisateurs à leur exploitation. Dans la quête sans fin de l’engagement et de la rétention, tout s’effondre : le produit, l’expérience, la culture. Des communautés autrefois dynamiques se transforment en fermes d’engagement stériles. La créativité devient du contenu. L’expression devient des données. Internet ressemblait autrefois à une bibliothèque; aujourd’hui, c’est un casino — pas d’horloge, pas de sortie, juste un bruit incessant et des lumières clignotantes.

Le contenu généré par l’IA en est la dernière étape : une bouillie jetable et infinie, peu coûteuse à produire et juste assez captivante pour vous garder rivé à l’écran. Ce n’est ni de l’art ni de l’expression, mais de la restauration rapide numérique. Sora 2 n’est rien d’autre qu’un coup publicitaire. Ce n’est pas le remède contre le cancer promis par OpenAI — mais bon, qui en a besoin quand on peut avoir un cancer numérique à la place?

Le capitalisme exige une croissance infinie de la part d’esprits finis. Il fait ce qu’il a toujours fait — extraire, s’étendre, exploiter — non pas jusqu’à ce que la ressource s’épuise, mais jusqu’à ce que l’hôte soit mort. Là où les empires coloniaux traversaient autrefois les océans pour s’emparer de terres et de main-d’œuvre, les empires actuels des géants de la technologie naviguent sur les mers numériques pour coloniser nos esprits. En utilisant des algorithmes plutôt que des armées – chaque défilement, chaque « j’aime » et chaque notification est un nouvel acte d’extraction. Attention : chaque seconde où votre téléphone n’est pas dans votre main est une occasion manquée pour Meta. Leur prochain coup de génie dans leur quête pour monétiser chacune de vos pensées éveillées? C’est simple : il suffit de vous attacher l’écran au visage.

2. L’enfermement

Comme si cela ne suffisait pas, ils ont rendu le départ difficile. Vous ne pouvez pas emporter vos abonnés ni vos publications avec vous. Vous ne pouvez pas envoyer de message privé à un ami de TikTok depuis Instagram ni voir les stories d’Instagram sur X. Chaque application est un jardin clos. Imaginez une cuisine remplie d’appareils électroménagers qui ont chacun besoin d’une prise différente, ou des trains qui circulent sur des voies incompatibles. Ces barrières sont délibérées. Elles vous maintiennent dans un état de dépendance. Partir signifie abandonner votre contenu, vos amis et votre historique. Les économistes appellent cela des « coûts de changement élevés ». C’est pourquoi les gens se plaignent d’Instagram tout en continuant à faire défiler les Reels chaque matin, pris dans une spirale de désespoir.

Les géants de la technologie savent jusqu’où ils peuvent aller avant que vous ne défectiez. Ils optimisent leur stratégie jusqu’à cette limite, testant votre tolérance tout en vous offrant juste assez de reconnaissance pour que vous restiez. Si vous supprimez vos comptes ou vous déconnectez, vous en payez le prix : l’exil culturel. Les mèmes, les blagues, les tendances musicales, l’actualité, les moments marquants de vos amis, tout se passe là-dedans. Partir peut donner l’impression de perdre votre passeport pour la conversation mondiale.

Ces applications confondent exploitation et identité. Vos amitiés et votre travail créatif vivent à l’intérieur des murs de quelqu’un d’autre. Vous pouvez « exporter » vos données, mais ces données sont mortes. Les relations, la visibilité et les effets de réseau restent enfermés à l’intérieur.

Mais s’il existait un autre endroit où aller? Et si l’Internet social nous appartenait, plutôt qu’à quelques grandes entreprises?

Alors, qu’est-ce que le protocole AT, au juste?

Si vous avez entendu parler de Bluesky, vous avez déjà vu le protocole AT en action. C’est la base sur laquelle repose Bluesky, mais c’est bien plus qu’une simple application. Bluesky est une plateforme de microblogage qui ressemble à Twitter (ou X). Certains la décrivent comme un « Twitter libéral », mais en réalité, elle représente quelque chose de bien plus profond : un premier aperçu du Web social ouvert, et la première d’une multitude d’applications construites sur le même réseau interconnecté. Au sein de ce réseau, les utilisateurs partagent une vision globale de l’espace social. Vous pouvez vous connecter à plusieurs applications avec le même compte, emportant ainsi vos publications, vos abonnés et votre identité de façon transparente où que vous alliez.

Considérez ATProto comme une infrastructure publique pour les médias sociaux. À l’instar des routes, des lignes électriques ou d’Internet lui-même, n’importe qui peut s’appuyer dessus, et tout se connecte grâce à des normes communes.

ATProto est open source, ce qui signifie que son code est public. N’importe qui peut l’examiner, l’améliorer ou créer sa propre application en s’en servant. Pas d’algorithmes cachés, pas de pipelines de données secrets — juste un code transparent que n’importe qui peut vérifier. Cette ouverture est importante. Elle empêche le pouvoir de se concentrer entre les mains d’une seule entreprise. Si une plateforme devient toxique ou ferme ses portes, les développeurs peuvent copier le code, créer quelque chose de nouveau, et les utilisateurs peuvent s’y transférer sans perdre leur identité, leurs abonnés ou leur contenu.

C’est la différence entre être piégé dans un parc d’attractions et vivre dans une ville. L’un est une propriété privée. L’autre est partagé, ouvert et vivant.

Comment en sommes-nous arrivés là : le Web 1.0, le Web 2.0 et au-delà

Pour comprendre pourquoi cela est important, il est utile d’expliquer certains mots à la mode historiques que vous avez peut-être déjà entendus :

Le Web 1.0, les débuts d’Internet, était ouvert et décentralisé. Il fonctionnait selon des normes partagées comme le protocole Internet (IP). N’importe qui pouvait héberger un site Web, et aucune entreprise ne possédait le Web à elle seule. Les utilisateurs avaient le contrôle : on pouvait publier, mettre en ligne et héberger soi-même. C’était désordonné, bizarre et gratuit. (Les sites Web autonomes fonctionnent encore de cette façon).

Puis vint le Web 2.0, l’ère des réseaux sociaux. Le haut débit a facilité le partage de photos, de vidéos et de publications en temps réel. Cela a donné naissance à Facebook, YouTube, Instagram, TikTok — les plateformes qui ont connecté des milliards de personnes. Mais elles ont aussi fermé le Web. Chacune a construit son propre mini-Internet privé. Du jour au lendemain, vos données, votre identité et votre vie sociale se sont retrouvées entièrement hébergées sur leurs serveurs. Le Web a cessé d’être quelque chose que nous partagions pour devenir quelque chose qui leur appartenait.

Quand on parle du Web 3, on fait généralement référence à la cryptomonnaie — les chaînes de blocs, les jetons, les NFT —, c’est-à-dire la monétisation de tout. Il y a là une véritable innovation, mais il s’agit toujours d’un Web construit autour de l’argent, et non des gens.

ATProto se situe quelque part entre les deux. Il emprunte certaines primitives cryptographiques du Web 3 – l’identité vérifiable, la signature sécurisée et les données portables – tout en les combinant avec l’ouverture du Web 1.0 et les liens sociaux du Web 2.0. C’est un retour à l’esprit originel d’Internet : ouvert, interopérable et appartenant aux utilisateurs, reconstruit pour le monde social dans lequel nous vivons réellement.

Comment le protocole AT corrige les réseaux sociaux actuels.

D’un point de vue non technique, j’aime le décomposer en trois parties :

1. La propriété du compte

2. La modération

3. Les algorithmes

Ensemble, ces éléments rendent l’exploitation difficile à maintenir.

Propriété du compte

Sur les applications de réseaux sociaux traditionnelles, votre compte réside sur leurs serveurs (un serveur est essentiellement un ordinateur qui gère les ressources réseau et fournit des services à d’autres ordinateurs). Ces applications stockent et gèrent vos données, votre contenu, vos abonnés – tout. Si elles vous bannissent, ferment leurs portes ou vendent l’entreprise à un milliardaire souffrant d’un complexe du messie, votre compte et votre contenu disparaissent avec elles.

Sur ATProto, ces éléments sont séparés. Votre compte – votre identité, vos publications, etc. – peut exister indépendamment de n’importe quelle application. Votre compte réside sur ce qu’on appelle un serveur de données personnelles (PDS). Vous pouvez utiliser le même compte sur plusieurs applications, en toute transparence. Chaque application peut lire et écrire (avec votre autorisation) sur votre PDS, même si celui-ci est hébergé (exploité et géré) ailleurs. Cet article que vous lisez a été rédigé sur une application de blogue ATProto appelée Leaflet et est stocké sur mon PDS hébergé par Bluesky (aux côtés de différents types d’articles provenant d’autres applications ATProto). Ce ne sont pas les applications qui possèdent vos données, mais vous. Et c’est pour cette raison qu’elles sont obligées de bien se comporter et d’interagir entre elles.

À l’heure actuelle, si vous vous inscrivez sur Bluesky, votre compte est hébergé par défaut sur leur PDS — il en va de même si vous vous inscrivez sur Spark. Mais vous pouvez également choisir de l’héberger ailleurs — par exemple, avec une autre application, ou même sur votre propre nuage ou serveur résidentiel. Par exemple, mon collègue Roscoe héberge son compte sur un PDS installé dans son salon — ça, c’est ce qu’on appelle le contrôle.

Le meilleur dans tout ça? Vous pouvez transférer votre compte vers un autre PDS quand vous le souhaitez — sans autorisation, sans avoir à supplier le service à la clientèle, sans devoir « télécharger vos données et repartir à zéro ». Si une application se détériore — trop de publicités, trop de censure, ou si elle ferme tout simplement —, il vous suffit de changer. Vos abonnés, vos publications, votre identité vous suivent partout. Parce qu’ils ne résident pas à l’intérieur de cette application, ils sont avec vous.

C’est une issue crédible.

Cela élimine les obstacles au départ. Cela brise la chaîne psychologique sur laquelle s’appuient les géants de la technologie — le sentiment d’être coincé parce que votre vie sociale y est ancrée. Cela peut sembler insignifiant, mais c’est énorme : pour la première fois, les applications doivent mériter leurs utilisateurs au lieu de les piéger.

C’est également un changement profond pour les créateurs. Aujourd’hui, bon nombre d’entre eux gagnent leur vie sur des plateformes où ils ne sont pas propriétaires de leur contenu ni de leur public, et où un algorithme opaque ou une décision de modération peut tout bouleverser du jour au lendemain. Leur identité numérique est à la merci de systèmes qu’ils ne peuvent ni voir ni influencer. Comme l’a dit Joseph Gordon-Levitt, c’est comme « bâtir la maison de ses rêves sur un terrain loué. » Sur ATProto, les créateurs sont véritablement propriétaires de leur travail. Ils peuvent transférer leur contenu et leur public d’une application à l’autre qui partagent des graphes sociaux, sans friction. Les créateurs disposent également d’une sortie crédible — ce qui représente un renversement fondamental du rapport de force.

Modération

Dans l’univers de Meta, une seule entreprise décide de ce qui constitue un discours acceptable pour des milliards de personnes. C’est absurde. Aucune entreprise, aussi « axée sur sa mission » soit-elle, ne peut modérer équitablement l’ensemble de l’expérience humaine.

ATProto change la donne. Chaque application peut établir ses propres règles, et les utilisateurs peuvent s’abonner à des services de modération tiers qui viennent s’ajouter par-dessus — comme des étiquettes, des flux ou des listes de blocage qui filtrent le contenu ou les comptes nuisibles. Ces services peuvent être créés et gérés par les communautés mêmes qu’ils visent à protéger.

Une application peut adopter une approche stricte face aux discours haineux et à la désinformation. Une autre peut privilégier la liberté d’expression. Une troisième peut utiliser des filtres gérés par la communauté, conçus par et pour des groupes spécifiques — les utilisateurs noirs, les utilisateurs 2SLGBTQIA+ ou quiconque souhaite bénéficier d’espaces plus sécuritaires — sans attendre qu’un dirigeant de Menlo Park s’en préoccupe. Après tout, qui comprend mieux les besoins d’une communauté que les personnes qui en font partie?

Ce n’est pas du chaos; c’est de la nuance. Les gens peuvent choisir une modération adaptée à leur contexte, à leur communauté et à leurs valeurs – sans perdre de vue l’ensemble du réseau ni se replier dans des chambres d’écho. Toutes les applications partagent toujours le même réseau; chacune sélectionne simplement les contenus que ses utilisateurs voient.

Si vous n’aimez pas la façon dont une application gère la modération, vous n’avez pas à discuter avec un bot d’assistance. Vous pouvez ajouter un autre niveau de modération ou passer à une toute autre application – une qui correspond mieux à vos valeurs ou à votre communauté.

C’est là toute la puissance d’une sortie crédible.

Les algorithmes

Le troisième pilier, ce sont les flux — les algorithmes qui décident de ce que vous voyez.

Avec les applications dominantes, ces algorithmes sont secrets et centralisés. Ils reflètent les intérêts de l’entreprise, pas les vôtres. Sur TikTok, la page « Pour toi » n’est pas personnalisée pour vous de manière globale — elle est optimisée pour eux. C’est une machine à exploiter l’attention qui se soucie ni de la vérité, ni de la créativité, ni du bien-être. Elle ne se soucie que du temps qu’elle peut vous faire passer à regarder.

Sur ATProto, les flux sont ouverts. N’importe qui peut en créer et en gérer un. Vous pouvez choisir l’algorithme que vous utilisez, ou passer de l’un à l’autre comme pour des listes de lecture. Peut-être souhaitez-vous un flux qui n’affiche que les publications de vos amis. Ou un fil qui met en vedette des artistes indépendants. Ou encore un fil sélectionné par une personne en qui vous avez confiance, et non par une IA anonyme à la poursuite de l’engagement.

Ces fils s’intègrent de façon transparente dans toutes les applications du protocole AT; ils sont tout aussi accessibles que les fils par défaut créés par les applications elles-mêmes. Par exemple, je n’aime pas particulièrement les fils « Découverte » ou « Abonnés » par défaut de Bluesky, mais un utilisateur a créé un fil « Pour vous » personnalisé qui réussit bien mieux à mettre en avant le contenu qui m’intéresse vraiment. Le meilleur dans tout ça? Cet algorithme n’est ni conçu ni géré par Bluesky – il fonctionne sur l’ordinateur de jeu personnel du développeur.

Fils d’actualité Bluesky

Tout le monde peut créer et partager des fils d’actualité qui reflètent ses valeurs – qu’il s’agisse de développeurs, de créateurs, de journalistes ou de communautés entières. Ces fils peuvent être éducatifs, artistiques, politiques ou très spécialisés. Les motivations des créateurs de fils d’actualité peuvent différer complètement de celles des applications où leurs fils apparaissent – et cette séparation brise le monopole sur l’attention. Lorsque les réseaux s’ouvrent, l’information crédible a enfin sa chance. Des voix de confiance – des journalistes locaux aux curateurs indépendants – peuvent mettre en avant du contenu vérifié et de grande qualité en temps réel, sans être influencées par la recherche de profits ou les pièges d’engagement des algorithmes traditionnels. Ce changement ne se limite pas à améliorer la découverte de contenu : il renforce la démocratie. Il affaiblit les chambres d’écho, limite la portée des mauvais acteurs et donne aux utilisateurs le contrôle sur ceux qui façonnent leur vision du monde. ATProto rend cela possible : des plateformes comme Bluesky fournissent l’infrastructure, les curateurs orientent l’expérience, et les utilisateurs choisissent à quoi et à qui faire confiance. Il en résulte un écosystème social plus sain, où l’information circule librement, en toute transparence et à l’échelle humaine.

Aucune entité ne peut à elle seule manipuler en secret ce que des milliards de personnes voient. Aucun seigneur algorithmique ne peut orienter la culture à huis clos. C’est la transparence. C’est le choix. C’est le contrôle de votre propre expérience numérique.

Mais Joe, si certaines applications dépendent encore de la publicité, en quoi cela sera-t-il différent?

Tout d’abord, ATProto ouvre la voie à de nombreux modèles d’affaires : abonnements, pourboires, dons, coopératives. Chaque application devient une nouvelle fenêtre sur le flux social collectif, y ajoutant sa propre perspective et ses propres fonctionnalités. J’approfondirai ce sujet la prochaine fois, mais il est important de noter que chaque application peut innover librement tout en préservant ce qui fait fonctionner les réseaux sociaux : une identité unifiée et un réseau partagé.

Cela dit, il y aura toujours de la publicité. Bluesky n’en diffuse aucune aujourd’hui, mais même en tant que société d’intérêt public — légalement tenue de servir le bien commun —, cela pourrait changer. Spark, l’application que je développe, est axée sur la vidéo, et la vidéo coûte cher. Nous explorons plusieurs modèles d’affaires, mais la publicité jouera probablement un certain rôle, et cela ne me dérange pas. La publicité n’est pas mauvaise en soi; ce sont les incitatifs qui la sous-tendent qui le sont.

Lorsque la même entreprise est à la fois propriétaire de la plateforme et de la logique qui détermine ce qui s’affiche, tout est orienté vers le profit. Scandales, pièges à clics, contenu médiocre généré par l’IA : tout est optimisé pour vous faire défiler sans jamais vous satisfaire. C’est là le problème. La clé réside dans notre capacité à séparer les applications des algorithmes — à dissocier la propriété de la découverte — : ainsi, la publicité n’aura pas à gâcher l’expérience. Elle pourra mettre en avant des produits qui vous intéressent réellement et aider les créateurs à gagner leur vie sans transformer tout le monde en influenceurs. Dans un système bien conçu, la publicité peut financer la culture au lieu de la corrompre.

Sur Spark, les créateurs seront rémunérés pour du contenu pertinent. Bien sûr, vous n’aimerez pas toutes les publicités que vous verrez, mais comme vous disposez d’un choix algorithmique, c’est vous qui décidez de la quantité de publicité que vous êtes prêt à accepter en échange du contenu que vous aimez. Certaines applications pourraient opter pour un modèle entièrement par abonnement, sans aucune publicité – et c’est très bien ainsi. Les gens peuvent mélanger, combiner et expérimenter librement, sans craindre de perdre leur public ou leur identité.

En gros, nous intégrons à ces applications un mécanisme de protection qui nous empêche de nous « pourrir » nous-mêmes. C’est comme une muselière pour le capitalisme, une cage pour la partie de l’entreprise qui finit toujours par pourrir. Enfermez-la, jetez la clé, et remettez-vous à bâtir quelque chose de bien.

Les créateurs et les concepteurs de flux contrôlent leur propre logique publicitaire. Peut-être que les publicités sont créées par les utilisateurs, qu’elles sont créatives, voire drôles — parce que ce curateur privilégie la communauté plutôt que le profit. Leur réputation et leur goût comptent plus qu’un simple chèque de paie. Ce genre de culture axée sur les utilisateurs n’est possible que dans un système ouvert et partagé. Un seul créateur de flux ou curateur peut desservir 100 000 utilisateurs et gagner sa vie ainsi — en créant quelque chose d’humain et de réfléchi. Pour Meta, 100 000 utilisateurs ne représentent qu’une erreur d’arrondissement, mais dans un réseau social ouvert, c’est un moyen de subsistance viable. Les créateurs de flux peuvent monétiser leur travail indépendamment des incitatifs d’une application en particulier. Cette séparation redonne le pouvoir aux gens : les utilisateurs choisissent les flux qui leur font du bien, et non ce que la « boîte noire » de TikTok estime capable de les garder accrochés. Une saine concurrence préserve l’honnêteté de l’écosystème : les créateurs sont rémunérés, les utilisateurs se sentent mieux, et les incitatifs restent alignés.

À long terme, les applications fermées ne peuvent pas rivaliser. Embaucher des curateurs pour desservir des communautés de niche n’est pas évolutif. Les architectures fondées sur des algorithmes distribués et générés par les utilisateurs, elles, le permettent – et à mesure que la concurrence s’intensifie, l’expérience ne fait que s’améliorer, devenant meilleure que ce que TikTok ne pourra jamais offrir. Vous n’aimez pas ce qu’un fil d’actualité vous fait ressentir? Changez-le. C’est vous qui possédez vos données, pas eux.

Les applications sont les diffuseurs, tandis que les créateurs et les concepteurs de fils d’actualité sont les chaînes : ce sont eux qui choisissent ce qu’ils montrent, comment monétiser leur contenu et quel type d’expérience offrir. Sur les réseaux sociaux traditionnels, les plateformes possèdent tout et ne laissent qu’une part aux créateurs. Sur ATproto, c’est l’inverse. Une véritable propriété des créateurs et un réseau qui s’autoalimente parce que tout le monde partage la valeur qu’il crée.

Pourquoi c’est important

Mettez tout cela ensemble et vous obtenez une dynamique entièrement différente :

  • Les utilisateurs sont propriétaires de leurs données.
  • Les applications se font concurrence sur l’expérience, pas sur le verrouillage.
  • La modération est assurée par la communauté.
  • Les algorithmes sont ouverts et remplaçables.

Le système est ouvert par conception – aucune entreprise ne peut fermer l’accès à sa base d’utilisateurs. Ce simple choix architectural élimine toute incitation à la « merdification ».

Le meilleur dans tout ça? Les utilisateurs n’ont pas besoin de comprendre tout ça. Vous n’avez pas à savoir ce qu’est un PDS ni comment les autres composants d’ATProto fonctionnent en coulisses. Ce qui distingue le protocole AT des autres réseaux décentralisés, c’est son expérience utilisateur. L’inscription se fait exactement comme pour n’importe quelle autre application : un seul compte, des connexions transparentes et un partage de contenu sans effort d’une application à l’autre.

La concurrence est essentielle, non seulement entre les algorithmes, mais aussi entre les applications elles-mêmes. ATProto offre une véritable chance aux nouveaux développeurs. Les applications peuvent se connecter au réseau dès le premier jour, sans avoir à repartir de zéro. Elles bénéficient instantanément d’effets de réseau, ce qui bouleverse complètement l’économie des startups sociales. Les développeurs n’ont pas besoin de créer des applications destinées à des milliards d’utilisateurs. Ils peuvent s’adresser à des communautés plus petites et de niche tout en restant viables, car ils peuvent s’intégrer au réseau plus vaste sans friction. Ce qu’ils créent n’est limité que par leur créativité, ouvrant ainsi de nouvelles façons pour les gens de se connecter et de partager en ligne. Ces applications ne se contentent pas de se faire concurrence; elles interagissent entre elles. Les flux et les publications circulent librement d’une application à l’autre, créant des formes de collaboration et de partage de contenu que les systèmes fermés ne pourraient jamais permettre. Des barrières à l’entrée plus faibles signifient plus de concurrence, ce qui se traduit par de meilleurs produits, de meilleures idées et de meilleures expériences pour tout le monde. C’est ainsi que naît la véritable innovation : lorsque les gardiens ne peuvent plus s’accaparer les effets de réseau.

Au lieu de monopoles qui exploitent votre attention, nous obtenons des écosystèmes qui récompensent la créativité, l’authenticité et l’alignement sur de véritables valeurs humaines. Lorsque quitter une plateforme toxique ne signifie pas abandonner votre identité ou votre culture, vous n’avez pas à disparaître pour échapper à l’exploitation. Vous pouvez emporter votre identité numérique avec vous – et continuer à bâtir un Internet plus sain selon vos propres conditions.

Conclusion

Je crois qu’Internet est une force au service du bien – il a simplement été corrompu en cours de route. Ce n’est pas la technologie qui nous a laissé tomber, ce sont les systèmes axés sur le profit qui l’ont déformée. Internet a démocratisé la musique, le divertissement, le journalisme, l’éducation, l’art et bien plus encore. Il a créé de nouvelles économies et donné la parole à des gens qui n’y avaient jamais eu accès auparavant.

Je vis à l’autre bout du monde, loin de ma famille, et pouvoir voir leurs visages en tout temps est un miracle. Je partage des œuvres d’art, je ris avec des amis, je vois leur vie se dérouler, je découvre de la nouvelle musique, je tombe sur des idées qui changent ma façon de penser. J’ai vu à quel point les liens en ligne peuvent être magnifiques, mais ces moments s’estompent. Les gens le ressentent : l’utilisation des médias sociaux à l’extérieur des États-Unis est en baisse depuis 2022. La nouveauté s’est estompée. Nous en avons assez d’être exploités.

Les plateformes sociales ouvertes n’ont pas besoin de reproduire exactement le modèle d’affaires de Meta pour réussir. Elles peuvent soutenir des entreprises durables et concurrentielles tout en alignant les incitatifs sur ceux des utilisateurs et des créateurs, plutôt que de les exploiter. L’opportunité ne consiste pas à extraire le maximum de valeur possible de l’attention, mais à bâtir des systèmes où la confiance à long terme, la créativité et une participation saine sont les moteurs d’une croissance durable.

Les médias sociaux peuvent redevenir un pont. Un canal où la vérité perce le bruit ambiant. Où des jeunes, armés de leur cellulaire et de leur courage, dénoncent la corruption et le génocide tout en diffusant l’art, la joie et les liens humains. ATProto est intrinsèquement résistant à la censure : c’est vous qui choisissez ce que vous voyez, pas les grandes entreprises, ni les gouvernements, ni les régimes.

ATProto n’est pas seulement une alternative aux médias sociaux, c’est une infrastructure au service des liens humains. Il peut alimenter des applications dédiées aux événements, à la découverte locale, au commerce et à la culture — en valorisant les aspects significatifs de la vie qui se déroulent hors ligne. C’est une identité numérique qui complète votre identité réelle, sans la remplacer. Les médias sociaux ouverts ne régleront pas tous les problèmes du jour au lendemain. Mais voici la différence : cette fois-ci, vous pouvez partir. Vous pouvez emporter vos données, votre identité, vos amis, et vous diriger vers quelque chose de mieux. C’est l’avenir sur lequel il vaut la peine de miser — un avenir où Internet redevient humain. Où les gens créent parce qu’ils aiment créer, et non parce qu’un objectif trimestriel exige plus de temps passé devant l’écran.

Construisons quelque chose de mieux. Redonnons le sens du mot « social » aux médias sociaux.

Nous y travaillons déjà.


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Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.

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Notes