une richesse, le vieillissement

Beau petit topo de Jean Carette, dénonçant les discours catastrophistes faisant du vieillissement la cause de tous les maux d’aujourd’hui et de demain.

Le vieillissement accéléré est un phénomène inévitable et que d’autres pays ont déjà traité avec audace et courage; qu’on songe à certains états d’Europe, comme les Pays-bas et autres pays plus au Nord, où la proportion des plus de 60, 65, 75 ou 85 ans dépasse depuis belle lurette nos prévisions québécoises pour les 30 prochaines années. Ces pays sont-ils en faillite ? Sclérosés ? En panne de développement ? Ont-ils décidé une euthanasie collective des plus âgés ? Ou une institutionnalisation massive, ce qui pourrait y ressembler ? Au contraire, cherchent-ils à faire de leurs aînés non seulement une nouvelle clientèle de leur marché intérieur, mais un atout sur le plan des services communautaires et de la vie citoyenne ? S’attachent-ils à éviter toute forme d’âgisme et à développer le sens de la participation et la valorisation de l’expérience et de la maturité des aînés ? [Extrait de Les Manies-tu la peur]

optimiste ou pessimiste ?

Ridley (The Rational Optimist) mène sa bataille contre les pessimistes, avec raison dans la mesure où toutes les prédictions de fin du monde se sont avérées fausses, mais il a tendance à oublier à quel point les histoires de peur ont pu amener, accélérer les changements nécessaires : la peur et le catastrophisme sont peut-être nécessaires pour faire bouger les « masses » ou les systèmes politiques démocratiques ?

Je n’ai pas aimé ses pointes régulières contre les « gouvernements bureaucratiques », qui font trop échos aux diatribes antigouvernementales républicaines américaines… même s’il s’est timidement racheté à la fin, convenant que les gouvernements font aussi de bonnes choses !

J’ai par ailleurs apprécié non seulement le coup d’oeil sur l’évolution millénaire de l’échange comme moteur du développement… mais aussi son point de vue sur la nécessaire poursuite du développement – à l’encontre des prophètes du minimalisme et de la croissance négative. Sa critique des « solutions écologiques », genre faire du fuel avec le maïs ou le sucre, avec les effets sur les prix de la nourriture et en terme de terres affermées, je l’ai trouvée rafraichissante. L’utilisation de l’énergie fossile restera encore la solution la plus économique et écologiquement et socialement responsable pour beaucoup de sociétés en développement.

Powering the world with such renewables [parcs éoliens, bio-fuels…] now is the surest way to spoil the environment. (Of course, coal mining and oil drilling can and do spoil the environment, too, but compared with most renewables their footprints are surprisingly small for the energy they yield.) [tiré de The Rational Optimist, page 343]

L’énergie nucléaire de nouvelle génération, une taxe sur le carbone (qui saurait éviter d’enrichir les spéculateurs, la corruption et le soutien des fausses solutions – biofuels – ce qui est en soi un défi), réduction des subventions au secteur de l’agriculture en Europe et Amérique du Nord, création de zones de libre échange et consolidation des droits informels (non documentés) de propriété actuellement poussés vers les franges illicites ou illégales en Afrique… Quelques-unes des pistes de solution envisagées par Ridley pour soutenir sa vision optimiste de l’avenir. Son crédo final ? Libérer (ou préserver des contraintes) les échanges et l’innovation et l’humanité trouvera des solutions à ses problèmes.

Je qualifierais sa position d’optimisme économique politiquement naïf. Il est relativement facile de dire que les États doivent cesser de subventionner l’agriculture. Mais pourquoi cela se fait-il encore ? Parce que les structures politiques des États du nord sont encore basées sur des territoires où les populations agricoles, même en petits nombres, ont un pouvoir disproportionné. Parce que les structures politiques sont encore marquées par les structures claniques ou corporatives… alors il ne suffit pas d’identifier les solutions rationnelles mais bien de les négocier, de les concrétiser à partir des matériaux disponibles, qui ne sont pas des métaux malléables à souhait mais plutôt des tissus sociaux formés par l’histoire, porteurs de sentiments et ressentiments. Matériaux foncièrement irrationnels, même s’ils sont la source de seules décisions rationnelles possibles.

Incidemment, le blogueur JF Lisée poursuit sa publications d’extraits ( premier, deuxième, troisième, quatrième) de son bouquin « Imaginer l’après-crise ». De nombreuses pistes de solutions politiques sont suggérées, allant de changements à la fiscalité internationale (disparition des paradis fiscaux, imposition du prix écologique…) à de nouvelles règles de responsabilisation des corporations. Mais pourquoi de telles bonnes idées ne sont-elles pas sur le programme de tous les partis politiques de la planète ? Parce que les partis politiques nationaux (ou provinciaux) gèrent la passivité ou l’inconscience des populations beaucoup plus qu’ils ne mobilisent l’action ou la conscience de leurs commettants. Parce que les « populations » sont composées d’hommes et de femmes aux horizons plutôt restreints : trouver un emploi, prendre sa retraite, payer sa maison ou encore l’éducation de ses enfants… quand ce n’est pas la prochaine épicerie.

Autre lecture : Cinq clés pour une gestion européenne de la crise (Le Monde).

le pouvoir, l’argent et…

En lisant en parallèle ce tome de Fukuyama (The origins of political order,retraçant l’origine des structures politiques) et cet autre de Ridley, The rational optimist, qui met l’accent sur les échanges (et la division du travail qu’ils favorisaient) comme condition d’émergence des sociétés humaines…… je me suis dit que ni l’un ni l’autre ne met assez l’accent sur cet autre élément structurant des échanges et rapports sociaux  : le sexe. C’est Fukuyama qui m’y a fait penser en soulignant que les échanges (et conflits) entre tribus portaient parfois sur les échanges (ou vols) de femmes (et dotes).

Ridley n’en a pratiquement pas parlé, et je suis rendu à moitié de son livre. Pourtant, dans le monde tribal des chasseurs-cueilleurs, l’obligation d’exogamie imposait des relations avec des groupes, ou tribus éloignés.  Ces échanges se faisaient entre des groupes plus ou moins étrangers, et de manière plus ou moins volontaire ou égales. Bien que dans un contexte de relative stabilité des relations, les échanges de femmes et de dotes devaient s’équivaloir, puisque la dote reçue avec la fille de tel clan, sera bientôt donnée en retour pour marier sa propre fille.

L’importance de cette dimension d’échanges d’épouses accompagnées de dotes, dans les pratiques économiques et politiques des sociétés primitives me semble sous-estimée (jusqu’ici dans ma lecture des deux bouquins). Le pouvoir, l’argent et le sexe : trois sources de conflits mais aussi trois puissants vecteurs de l’action.

lecture d’été – retour de vacances

Une nouvelle revue : Good (site web : www.good.is) où j’apprend que le Guardian a réalisé une carte corrélant la pauvreté à Londre et les émeutes récentes. Le numéro de cette revue, achetée à l’aéroport, portant sur le thème : The Data Issue. Quelques graphiques humoristiques m’ont accroché. Les thèmes des numéros précédents donnent le ton : l’énergie, Los Angeles, le travail, la Nouvelle Orléans, l’eau, le transport… Une thématique de sujets bien américains, pour soutenir le moral, le « feel good » américain, en ces périodes de reconstruction, de transformation. Me faudrait jeter un coup d’oeil sur ces contenus pour voir si ce qui est annoncé, dans les paragraphes de présentation des numéros précédents (pas d’accès aux articles), comme une approche potentiellement critique tout en étant divertissante… si elle est vraiment « livrée ».

Un autre article, trouvé cette fois-ci avec le module « GoodFinder » (composé de propositions issues de lecteurs), sur la page d’accueil de la revue : un article de la revue Salon, Income inequality isn’t great for rich people either. Cet article en suggère plusieurs autres sur le sujet, dont cette présentation par Kate Pickett, co-auteure en 2009, avec Richard Wilkinson de The Spirit Level.

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Le blogueur Lisée nous sert, en ces jours de retour de vacances, des extraits de son dernier bouquin : Imaginer l’après-crise. Extrait de ces extraits :

il s’agit en quelque sorte de couper les cordes qui le lient depuis 30 ans à des montgolfières financières gonflées artificiellement, pour la remettre sur ses fondations réelles, solides, quantifiables : la production (…)
Le ressort principal du système voulant qu’un capitaliste – individu ou compagnie – ne s’engage dans la production de biens que pour en tirer un profit, même raisonnable, entraîne nécessairement une croissance constante de la production, au-delà même de ce qu’impliquerait la satisfaction des besoins individuels et collectifs. (voir article de Margaret Atwood auquel réfère Lisée) (…)

Un beau petit billet, qui donne le goût d’aller rechercher le bouquin au fond de ma bibliothèque… mais qui, aussi, donne l’impression que le livre est un peu dépassé par l’ampleur de la crise elle-même : l’incapacité des États à reprendre le dessus, à trouver les compromis capables de mobiliser les sociétés. La paralysie récente de l’appareil politique américain, dont on n’a pas fini de ressentir les contre-coups, et la quasi paralysie de l’Europe nous disent que les structures politiques sont de plus en plus faibles et incapables de générer la confiance minimale nécessaire à l’établissement de perspectives suffisamment stables pour établir des règles à la hauteur des défis, écologiques, économiques mais aussi, au premier chef, politiques.

Qu’est-ce qui pouvait nous faire croire que la poursuite du profit à court terme (le capitalisme) puisse être compatible avec des transformations économiques majeures nécessaires devant lesquelles les ajustements budgétaires et conjoncturels des dernières années nous sembleront de piètres atermoiements…

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L’appauvrissement des classes moyennes (Can the Middle Class Be Saved?); les émeutes de Londres vues par un commentateur des quartiers londoniens. Voir aussi, sur ce thème : The Riot Psychology.

FaceTime

J’ai fait un premier essai de FaceTime sur mon portable Mac, dont je viens de mettre à jour le système d’opération vers OS X version Lion. Je n’avais pas remarqué au début cette nouvelle application…  C’est agréable de pouvoir rejoindre en face-à-face toute personne ayant un iPhone. Mais il faut y penser avant : je n’avais pas encore pris ma douche et j’avais les cheveux plutôt en bataille ! Ce qui ne serait pas apparu au simple téléphone !

équilibre budgétaire et dépenses militaires

Ces Américains qui ne veulent pas payer plus de taxes, alors qu’ils sont parmi les moins taxés de l’OCDE, aux côtés des Corée du Sud, Turquie, Chili et Mexique. J’ai toujours eu un malaise…

Mais ne peut-on les comprendre, d’un certain angle ? Chaque dollar de taxe payé par le travailleur américain se trouve investi, à  35-40 % (mon hypothèse de départ) dans les dépenses militaires… Celles d’un gendarme du monde de plus en plus décrié. En 2010 les dépenses militaires américaines représentaient 43 % des dépenses militaires mondiales, loin en avant du deuxième pays (Chine) avec 7 % des dépenses !(Voir aussi la page Wikipedia sur les forces armées américaines.)

Alors ou bien on laissera le géant s’écraser, les vautours et autres hyènes cherchant à tirer leur pitance dans la tragédie… Ou bien ne pourrait-on renverser la situation ? Aider le redressement américain en acceptant de prendre à charge une juste partie de la dépense militaire ! Ce serait une force internationale permanente dirigée à partir des institutions internationales plutôt que de l’aile ouest de la Maison blanche.

Bon, mais même dans ce monde virtuel… il n’est pas sûr que la pression ainsi levée des épaules du payeur de taxes états-unien l’amène à une vision plus sociale ou responsable du rôle de l’État. Devrait-on simplement compter sur le bon sens et l’impact de l’exemple du plus grand nombre ? Hmmm. Par ailleurs n’est-ce pas le genre de contrainte que la Banque mondiale peut imposer aux pays auxquels elle vient en aide, que de demander d’accroître les taxes ? Dans ces cas, il me semble que c’est plutôt pour assurer le paiement des intérêts et du capital de ces prêts consentis et non pour augmenter la couverture en services et biens sociaux. Il me semble que ces banquiers internationaux viennent plutôt demander de sabrer dans les services, pour garantir le service de la dette.

Tout de même, ne serait-il pas préférable de donner un certain sens collectif, politique aux efforts de sortie de crise qui devront être consentis, encore. Sans une telle action les négociations se limiteront aux échanges de billets et de promesses basées sur des équilibres plus que précaires – et donc des tractations d’autant plus opaques. Qui décidera de la portée et de l’orientation des prochaines années ? Les banquiers, chinois en premier lieu, qui ont prêté sans contrainte ni condition ?

On peut toujours faire semblant que chaque pays est indépendant… que c’est chacun pour soi. Ce qui est loin d’être le cas, notamment en Europe. Les grandes décisions et mouvements qui ont déchiré la scène internationale des dernières décennies ont souvent été le fait de leaders américains (les guerres Bush) mais aussi la conséquence de processus souterrains lents ayant conduit à l’effritement de formations sociales (effondrement de l’URSS, printemps arabe). On aura beau questionner, condamner les agissements du « gendarme américain », il a agi d’autant plus librement que les solutions alternatives étaient muettes ou désorganisées.

Ce serait intéressant de voir la part de l’endettement américain actuel qui relève de ses engagements militaires dans le monde.  Je trouve ce billet sur un blog du Monde.fr  – La dette des Etats-Unis : le Congrès de la Honte :

Faut-il rappeler que dans les 14.000 milliards de dollars de dette publique la seule guerre en Irak atteint un montant de 3.000 milliards de dollars ? Que la guerre en Afghanistan représente plus de 1.000 milliards ?

L’auteur ne se prive pas de fustiger les congressistes et sénateurs :

L’hypocrisie est totale : on vote un budget et on bloque les autorisations d’emprunt de ce budget. Il est irresponsable de voter un budget et de ne pas donner au Gouvernement les moyens de le financier. Ce double langage est  proprement scandaleux.

Pour évaluer le poids des dépenses militaires dans le budget américain, il y a plusieurs façon de présenter la chose (le contraire eut été surprenant !). Selon Wikipedia, les dépenses militaires représentent 20 % du budget 2010 totalisant 3,5 mille milliards $. Mais ce budget étant largement déficitaire, on reporte souvent les dépenses militaires sur les revenus de taxe prévus.

The U.S. Department of Defense budget accounted in fiscal year 2010 for about 19% of the United States federal budgeted expenditures and 28% of estimated tax revenues. Including non-DOD expenditures, defense spending was approximately 28–38% of budgeted expenditures and 42–57% of estimated tax revenues.

Une autre façon de voir est celle de la War Resisters League, qui additionne les dépenses militaires actuelles au poids des dépenses militaires passées (soutien aux vétérans, et intérêts sur la dette – 80% – créée par les dépenses militaires passées). Ce qui portait le total à 54 % du budget, pour l’année 2009.

Finalement je n’étais pas très loin du vrai, en pensant spontanément que 35-40% de chaque dollar de taxe payé par un travailleur américain allait aux dépenses militaires… Y’a de quoi développer une allergie, même irrationelle, aux taxes !!

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Bon, c’était un billet de circonstances, et de vacances ! En vrac… comme d’habitude !