Modifier l’infrastructure économique et numérique d’Internet pour promouvoir la liberté d’expression
Traduction de Protocols, Not Platforms: A Technological Approach to Free Speech par Mike Masnick, publié le 21 août 2019 sur Knight First Amendment Institute

Après une dizaine d’années où l’opinion générale était favorable à Internet et aux médias sociaux, considérés comme un moyen de favoriser la liberté d’expression et d’améliorer le marché des idées, le point de vue a radicalement changé ces dernières années — il semble désormais que presque personne ne soit satisfait. Certains estiment que ces plateformes sont devenues des repaires de trolls, de sectarisme et de haine.1Zachary Laub, Les discours haineux sur les médias sociaux : comparaisons mondiales, Conseil des relations étrangères (7 juin 2019), https://www.cfr.org/backgrounder/hate-speech-social-media-global-comparisons. D’autres, quant à eux, estiment que ces plateformes sont devenues trop intrusives dans leur contrôle du langage et qu’elles réduisent systématiquement au silence ou censurent certains points de vue..2Tony Romm, Les républicains ont accusé Facebook, Google et Twitter de partialité. Les démocrates ont qualifié l’audience de « stupide ». , Washington Post (17 juillet 2018), https://www.washingtonpost.com/technology/2018/07/17/republicans-accused-facebook-google-twitter-bias-democrats-called-hearing-dumb/?utm_term=.895b34499816. Et cela sans même aborder la question de la vie privée et de ce que ces plateformes font (ou ne font pas) de toutes les données qu’elles recueillent.
La situation a donné lieu à une sorte de crise, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces entreprises. Celles-ci ont constamment du mal à assumer leur nouveau rôle d’arbitres de la vérité et de la bienveillance en ligne, alors qu’elles se sont historiquement présentées comme les défenseurs de la liberté d’expression. Entre-temps, les politiciens des deux principaux partis politiques s’en prennent sans relâche à ces entreprises, bien que pour des raisons complètement différentes. Certains se plaignent de la façon dont ces plateformes auraient pu permettre une ingérence étrangère dans nos élections.3Une conversation avec Mark Warner : la Russie, Facebook et la campagne de Trump, Radio IQ|WVTF Music (6 avril 2018), https://www.wvtf.org/post/conversation-mark-warner-russia-facebook-and-trump-campaign#stream/0 (déclaration du sénateur Mark Warner (D-Va.) : « J’ai dénoncé pour la première fois Facebook et certaines plateformes de médias sociaux en décembre 2016. Pendant les six premiers mois, ces entreprises ont en quelque sorte ignoré ces allégations, mais celles-ci se sont avérées vraies : la Russie a utilisé leurs plateformes de médias sociaux avec de faux comptes pour diffuser de la désinformation, et elle a payé pour de la publicité politique sur leurs plateformes. Facebook affirme que ces tactiques ne sont plus autorisées — qu’ils ont banni cette entreprise de leur site —, mais je pense qu’ils ont beaucoup d’explications à fournir. »). D’autres se sont plaints de la manière dont ces plateformes ont été utilisées pour diffuser de la désinformation et de la propagande.4Nicholas Confessore et Matthew Rosenberg, Les retombées de l’affaire Facebook brisent l’alliance de longue date entre les démocrates et la Vallée du Silicium, N.Y. Times (17 nov. 2018) , https://www.nytimes.com/2018/11/17/technology/facebook-democrats-congress.html (citant une déclaration du sénateur Jon Tester (D-Mont.) : « M. Tester, le chef sortant de la branche électorale des démocrates au Sénat, considérait les entreprises de médias sociaux comme Facebook comme des plateformes de propagande susceptibles de coûter à son parti les élections de 2018, selon deux adjoints du Congrès. Si des agents russes lançaient une campagne de désinformation comme celle qui venait de contribuer à l’élection de M. Trump, a-t-il déclaré à M. Schumer, “nous perdrons tous nos sièges” »). Certains ont accusé ces plateformes d’être tout simplement trop puissantes.5Julia Carrie Wong, #Breaking Up Big Tech : Elizabeth Warren affirme que Facebook vient de lui donner raison, The Guardian (11 mars 2019), https://www.theguardian.com/us-news/2019/mar/11/elizabeth-warren-facebook-ads-break-up-big-tech (déclaration de la sénatrice Elizabeth Warren (D-Mass.)) (« Vous vous demandez pourquoi je pense que FB a trop de pouvoir? Commençons par sa capacité à étouffer tout débat sur la question de savoir si FB détient trop de pouvoir. Merci d’avoir rétabli mes publications. Mais je veux un marché des médias sociaux qui ne soit pas dominé par un seul censeur. #BreakUpBigTech.») . D’autres ont attiré l’attention sur des suppressions inappropriées de comptes et de contenu,6Jessica Guynn, Ted Cruz menace de réglementer Facebook, Google et Twitter en raison d’allégations de partialité anti-conservatrice, USA Today (10 avril 2019), https://www.usatoday.com/story/news/2019/04/10/ted-cruz-threatens-regulate-facebook-twitter-over-alleged-bias/3423095002/ (déclaration du sénateur Ted Cruz (R-Tex.)) (« Ce qui rend la menace de censure politique si problématique, c’est le manque de transparence, l’invisibilité, la capacité d’une poignée de géants de la technologie à décider si un intervenant particulier est mal vu »). tandis que certains ont fait valoir que ces tentatives de modération constituent une discrimination à l’égard de certains points de vue politiques.7Communiqué de presse, Louie Gohmert, député américain, Gohmert présente un projet de loi visant à supprimer les protections en matière de responsabilité civile pour les entreprises de médias sociaux qui utilisent des algorithmes pour masquer, promouvoir ou filtrer le contenu des utilisateurs (20 décembre 2018) (déclaration du député Louie Gohmert (R-Tex.) : « Des employés de certaines de ces entreprises ont fait part de leur aversion pour les conservateurs et ont discuté des moyens d’utiliser les plateformes de médias sociaux et les algorithmes pour réduire au silence les conservateurs et les priver de revenus.»).
Ce qui est clair, c’est qu’il n’existe pas de solution simple à ces défis, et la plupart de celles qui sont habituellement proposées ont tendance à ne pas tenir compte de la réalité des problèmes ni à comprendre les défis techniques et sociétaux qui les rendent probablement impossibles à mettre en œuvre.
Certains ont plaidé en faveur d’une surveillance beaucoup plus stricte du contenu en ligne, et des entreprises comme Facebook, YouTube et Twitter ont évoqué l’embauche de milliers de personnes pour renforcer leurs équipes de modération.8April Glaser, Envie d’un travail épouvantable? Facebook et Google pourraient embaucher, Slate (18 janvier 2018), https://slate.com/technology/2018/01/facebook-and-google-are-building-an-army-of-content-moderators-for -2018.html (expliquant que les grandes plateformes ont embauché ou ont annoncé leur intention d’embaucher des milliers, voire dans certains cas plus de dix mille, nouveaux modérateurs de contenu). D’un autre côté, les entreprises investissent de plus en plus dans des outils technologiques de plus en plus sophistiqués, comme l’intelligence artificielle, pour tenter de repérer les contenus litigieux plus tôt dans le processus.9Tom Simonite, L’IA a commencé à nettoyer Facebook, mais pourra-t-elle aller jusqu’au bout?, Wired (18 déc. 2018), https://www.wired.com/story/ai-has-started-cleaning-facebook-can-it-finish/. D’autres ont fait valoir que nous devrions modifier l’article 230 de la Loi sur la décence dans les communications (CDA), qui donne aux plateformes carte blanche pour déterminer comment elles modèrent (ou ne modèrent pas) leurs contenus.10Communiqué de presse de Gohmert, supra, note 7 (« Les entreprises de médias sociaux bénéficient de protections juridiques spéciales en vertu de l’article 230 de la Loi sur les communications de 1934, protections dont ne bénéficient pas les autres médias. Au lieu d’agir comme les plateformes neutres qu’elles prétendent être pour obtenir leur immunité, ces entreprises ont transformé l’article 230 en un permis leur permettant potentiellement de frauder et de diffamer en toute impunité… Comme il ne semble toujours pas y avoir d’effort sincère pour mettre fin à ce comportement déconcertant, il est temps que les entreprises de médias sociaux soient tenues responsables de tout comportement partial et contraire à l’éthique de leurs employés, au même titre que n’importe quelle autre entreprise médiatique. Si ces entreprises veulent continuer à agir comme un média partial et à faire valoir leurs propres intérêts au détriment d’autrui, elles doivent en être tenues responsables »); Eric Johnson, Les jours de l’autoréglementation de la Vallée du Silicium « devraient probablement être » , selon Nancy Pelosi, Vox (11 avril 2019), https://www.recode.net/podcasts/2019/4/11/18306834/nancy -pelosi-présidente-chambre-des-représentants-technologie-réglementation-antitrust-230-immunité-kara-swisher-podcast-decode (déclaration de la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi (D-Cal)) (« L’article 230 est un cadeau qui leur est offert, et je ne pense pas qu’elles le traitent avec le respect qu’il mérite. […] Je pense donc que cela pourrait être remis en question et menacé. … Le privilège de l’article 230 doit s’accompagner d’un sens des responsabilités accru, et il n’est pas exclu qu’il puisse être supprimé.») . D’autres encore ont suggéré qu’aucune modération ne devrait être autorisée — du moins pour les plateformes d’une certaine envergure —, celles-ci étant considérées comme faisant partie de la sphère publique.11Robert Burnson, Twitter l’emporte dans un procès pour censure intenté par un nationaliste blanc banni, Bloomberg (23 août 2018), https://www.bloomberg.com/news/articles/ 24 août 2018/twitter-beats-censorship-lawsuit-by -banned-white-advocate (Jared Taylor, qui se présente lui-même comme un « défenseur des Blancs », a fait valoir que son exclusion de Twitter constituait une violation de ses droits, mais une cour d’appel de l’État de la Californie a rejeté cet argument).
Comme cet article tentera de le mettre en évidence, la plupart de ces solutions ne sont pas seulement inapplicables; bon nombre d’entre elles aggraveront les problèmes initiaux ou auront d’autres effets tout aussi pernicieux.
Cet article propose une approche tout à fait différente — une approche qui peut sembler contre-intuitive, mais qui pourrait en réalité constituer un plan viable permettant une plus grande liberté d’expression, tout en minimisant l’impact du trolling, des discours haineux et des campagnes de désinformation à grande échelle. En prime, elle pourrait également aider les utilisateurs de ces plateformes à reprendre le contrôle de leur vie privée. Et pour couronner le tout, elle pourrait même offrir une toute nouvelle source de revenus à ces plateformes.
Cette approche : créer des protocoles, pas des plateformes.
Pour être clair, il s’agit d’une approche qui nous ramènerait à ce qu’était l’Internet à ses débuts. Les débuts de l’Internet impliquaient de nombreux protocoles différents — des instructions et des normes que n’importe qui pouvait alors utiliser pour créer une interface compatible. Le courriel utilisait le SMTP (Simple Mail Transfer Protocol). Le clavardage se faisait via l’IRC (Internet Relay Chat). Usenet servait de système de discussion distribué utilisant le NNTP (Network News Transfer Protocol). Le World Wide Web lui-même constituait son propre protocole : le HyperText Transfer Protocol, ou HTTP.
Au cours des dernières décennies, cependant, plutôt que de créer de nouveaux protocoles, Internet s’est développé autour de plateformes contrôlées appartenant à des entités privées. Celles-ci peuvent fonctionner de manière apparemment similaire aux protocoles antérieurs, mais elles sont contrôlées par une seule entité. Cela s’explique par diverses raisons. De toute évidence, une entité unique contrôlant une plateforme peut alors en tirer profit. De plus, le fait qu’une seule entité soit aux commandes permet souvent de déployer beaucoup plus rapidement de nouvelles fonctionnalités, des mises à jour, des corrections de bogues et autres, ce qui contribue à élargir la base d’utilisateurs.
En effet, certaines plateformes actuelles tirent parti des protocoles ouverts existants, mais ont érigé des barrières autour d’elles, emprisonnant ainsi les utilisateurs, plutôt que de se contenter de fournir une interface.12Par exemple, le service Gmail de Google , dont le service Gmail repose sur des protocoles de courriel ouverts comme SMTP et IMAP, mais auxquels s’ajoutent des fonctionnalités supplémentaires. Facebook utilise le protocole Signal pour assurer le chiffrement de bout en bout de ses services WhatsApp et Facebook Messenger. Cela met en évidence qu’il ne s’agit pas ici d’un choix binaire entre plateformes et protocoles, mais plutôt d’un continuum. Cependant, l’argument présenté ici est que nous devons évoluer beaucoup plus vers un monde de protocoles ouverts, plutôt que de plateformes.
Passer à un monde où les protocoles, et non les plateformes propriétaires, dominent résoudrait de nombreux problèmes auxquels Internet est actuellement confronté. Plutôt que de compter sur quelques plateformes géantes pour contrôler les discours en ligne, il pourrait y avoir une concurrence généralisée, dans laquelle n’importe qui pourrait concevoir ses propres interfaces, des filtres et des services supplémentaires, permettant ainsi aux solutions les plus efficaces de s’imposer, sans avoir à recourir à une censure pure et simple à l’égard de certaines voix. Cela permettrait aux utilisateurs finaux de déterminer leur propre seuil de tolérance envers différents types de discours, tout en facilitant grandement pour la plupart des gens le fait d’éviter les propos les plus problématiques, sans réduire personne au silence ni laisser aux plateformes elles-mêmes le soin de décider qui a le droit de s’exprimer.
En bref, cela déplacerait le pouvoir et la prise de décision vers les extrémités du réseau, plutôt que de les centraliser entre les mains d’un petit groupe d’entreprises très puissantes.
Parallèlement, cela mènerait probablement à l’émergence de nouvelles fonctionnalités plus innovantes ainsi qu’à un meilleur contrôle des utilisateurs finaux sur leurs propres données. Enfin, cela pourrait contribuer à l’avènement d’une série de nouveaux modèles d’affaires qui ne se concentrent pas exclusivement sur la monétisation des données des utilisateurs.
Historiquement, Internet s’est de plus en plus orienté vers un monde de plateformes centralisées plutôt que de protocoles décentralisés, en partie à cause de la structure d’incitation propre à l’ancien Internet. Les protocoles étaient difficiles à monétiser. De ce fait, il était difficile de les maintenir à jour et d’y intégrer de nouvelles fonctionnalités de manière convaincante. Des entreprises sont souvent intervenues pour « prendre le relais », créant une plateforme plus centralisée, y ajoutant leurs propres fonctionnalités (et en y intégrant leurs propres modèles d’affaires). Elles ont pu consacrer davantage de ressources à ces plateformes (et à ces modèles d’affaires), créant ainsi un cercle vertueux (et une certaine base d’utilisateurs captifs) pour la plateforme.
Cependant, cela a entraîné ses propres difficultés. Le contrôle s’est accompagné d’exigences en matière de responsabilité, notamment une surveillance toujours plus stricte du contenu hébergé sur ces plateformes. Cela a également suscité des inquiétudes concernant les bulles de filtrage et les biais.13Alex Hern, « Comment les bulles de filtrage et les algorithmes des médias sociaux influencent les élections », The Guardian (22 mai 2017), https://www.theguardian.com/technology/2017/may/22/social-media-election-facebook-filter-bubbles. De plus, cela a conduit à la position dominante de quelques entreprises du Web, ce qui (à juste titre) met beaucoup de gens mal à l’aise.14Tout le monde veut régner sur le monde, The Economist (27 novembre 2014), https://www.economist.com/briefing/2014/11/27/everybody-wants-to-rule-the-world.
Revenir à une approche axée sur les protocoles plutôt que sur les plateformes peut résoudre bon nombre de ces problèmes. D’autres développements récents suggèrent que cette approche pourrait permettre de surmonter bon nombre des écueils antérieurs des systèmes basés sur des protocoles, créant ainsi potentiellement le meilleur des mondes : des services Internet utiles, où la concurrence stimule l’innovation, qui ne sont pas contrôlés uniquement par des sociétés géantes, mais qui sont financièrement viables, offrant aux utilisateurs finaux davantage de contrôle sur leurs propres données et leur vie privée — et laissant bien moins de place à la désinformation et à l’information erronée pour semer le chaos.
Les problèmes initiaux liés aux protocoles et les atouts des plateformes
Alors que les débuts d’Internet étaient dominés par une série de protocoles plutôt que par des plateformes, les limites de ces premiers protocoles expliquent pourquoi les plateformes ont fini par s’imposer. Il existe de nombreuses plateformes différentes, chacune ayant ses propres raisons qui expliquent pourquoi elles ont connu le succès pendant un certain temps et pourquoi elles ont échoué (ou non); mais pour illustrer les enjeux abordés ici, nous limiterons notre comparaison à Usenet et à Reddit.
Sur le plan conceptuel, Usenet et Reddit sont assez similaires. Les deux reposaient sur un ensemble de forums généralement organisés autour d’un sujet particulier. Sur Usenet, on les appelait des groupes de discussion. Sur Reddit, ce sont des sous-reddits.15À propos d’Usenet : Renseignements sur Usenet et Usenet.nl, Usenet.il, https://en.usenet.nl/usenet/; La conversation commence ici, Reddit, https://www.redditinc.com. Chaque groupe de discussion ou sous-reddit avait généralement des modérateurs habilités à mettre en place différentes règles. Les utilisateurs pouvaient publier de nouveaux messages au sein de chaque groupe, ce qui donnait lieu à des réponses en fil de discussion de la part des autres membres du groupe, créant ainsi une sorte de discussion.
Cependant, Usenet était un protocole ouvert (techniquement, le Network News Transfer Protocol, ou NNTP) auquel n’importe qui pouvait se connecter à l’aide de diverses applications. Reddit est une plateforme centralisée entièrement contrôlée par une seule entreprise.
Pour accéder à Usenet, il fallait d’abord disposer d’une application cliente de lecture de groupes de discussion (il en existait plusieurs), puis se connecter à un serveur Usenet. À l’origine, de nombreux fournisseurs d’accès Internet offraient leur propre serveur (lorsque j’ai commencé à utiliser Internet en 1993, j’utilisais Usenet via un serveur de nouvelles de mon université, avec le lecteur Usenet fourni par celle-ci). À mesure que le Web gagnait en popularité, de plus en plus d’organisations ont tenté de proposer une interface Web pour Usenet. À ses débuts, ce secteur était dominé par Deja News Research Service, qui a fourni l’une des premières interfaces Web pour Usenet; l’entreprise a par la suite ajouté toute une série de fonctionnalités supplémentaires, notamment (ce qui était très utile) un moteur de recherche complet.
Bien que Deja News ait expérimenté divers modèles d’affaires, son service de recherche a finalement été fermé. Google a acquis l’entreprise en 200116Michelle Delio, « Google Buys Deja Archive », Wired (12 février 2001), https://www.wired.com/2001/02/google-buys-deja-archive/, y compris ses archives Usenet, qu’il a utilisées comme élément clé de Google Groupes (qui offre toujours des listes de diffusion de type courriel exclusives à la plateforme Google, ainsi qu’une interface Web donnant accès à une grande partie d’Usenet et de ses groupes de discussion).
Une grande partie d’Usenet était compliquée et peu claire (surtout avant l’avènement généralisé des interfaces Web). Une blague courante sur Usenet à l’époque était que chaque septembre, le service était envahi par des « débutants » désorientés, inévitablement des étudiants de première année d’université qui venaient de se voir attribuer de nouveaux comptes et n’avaient qu’une vague idée des pratiques en vigueur et de l’étiquette à respecter pour utiliser le service. Septembre était donc généralement la période où de nombreux habitués se retrouvaient à « corriger » avec frustration le comportement de ces nouveaux venus jusqu’à ce qu’ils se conforment aux normes du système.
Dans le même esprit, la période qui a suivi septembre 1993 a été immortalisée par les aficionados de la vieille école d’Usenet sous les noms de « septembre qui ne finissait jamais » et « Éternel septembre ». C’est à ce moment-là que la plateforme propriétaire America Online (AOL) a ouvert ses portes à Usenet, entraînant un afflux massif d’utilisateurs qui n’étaient pas si faciles à dompter.17Éternel septembre, Tv Tropes, https://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/EternalSeptember (« Puis, en 1993, AOL a ouvert à tous ses clients le forum alors dominant du Web, Usenet, et Usenet a été submergé. La structure sociale qui avait bien fonctionné pour intégrer une poignée relative de nouveaux venus s’est avérée inefficace dans un monde où les nouveaux arrivants surpassaient largement en nombre la vieille garde. Pire encore, pour chaque novice qu’on parvenait à civiliser ou à chasser, de plus en plus d’autres prenaient immédiatement sa place. C’est ce qu’on appelle l’Eternal September, l’ère dans laquelle vit désormais Internet; la plupart des anciens sont partis, ont disparu ou ont formé des communautés en ligne plus modestes au sein de l’Internet dans son ensemble. »).
Comme il existait de nombreux serveurs Usenet différents, le contenu n’est pas hébergé de manière centralisée, mais se propage à travers les divers serveurs. Cela présente des avantages et des inconvénients, notamment le fait que différents serveurs peuvent traiter différents contenus de différentes façons. Tous les serveurs Usenet ne sont pas tenus d’héberger tous les groupes. Mais cela signifie également qu’il n’existe pas d’autorité centrale chargée de gérer les activités perturbatrices ou de trolls. Toutefois, certains serveurs pouvaient choisir de bloquer certains groupes de discussion, et les utilisateurs finaux pouvaient utiliser des outils tels que les fichiers « kill » pour filtrer divers contenus indésirables selon des critères qu’ils avaient eux-mêmes définis.18Fichier « kill », Jargon File, http://catb.org/jargon/html/K/kill-file.html ( « Fichier(s) propre(s) à chaque utilisateur utilisé(s) par certains programmes de lecture Usenet (à l’origine rn(1) de Larry Wall) pour rejeter sommairement (sans les présenter à la lecture) les articles correspondant à certains modèles particulièrement inintéressants (ou indésirables) de sujet, d’auteur ou d’autres lignes d’en-tête. Ainsi, ajouter une personne (ou un sujet) à son fichier d’exclusion revient à faire en sorte que cette personne soit ignorée par son lecteur de nouvelles à l’avenir. »).
Un autre inconvénient majeur de l’Usenet d’origine était qu’il n’était pas particulièrement adaptable ni flexible, surtout en ce qui concerne les changements à grande échelle. Comme il s’agissait d’un ensemble décentralisé de protocoles, un processus de consensus complexe exigeait l’accord d’un large éventail de parties avant que toute modification du protocole puisse être mise en œuvre. Même les changements les plus mineurs nécessitaient souvent un travail considérable et, même dans ce cas, n’étaient pas toujours reconnus universellement. La création d’un nouveau groupe de discussion était un processus assez complexe. Pour certaines hiérarchies, il existait un processus d’approbation, mais d’autres catégories « alt » étaient beaucoup plus faciles à mettre en place (bien qu’il ne fût pas garanti que tous les serveurs Usenet diffusent ce forum).19Moderated Newspaper, Archive.Today, https:// archive.is/20120804234307/http:/www.big-8.org/wiki/Moderated_Newsgroups%23Who_can_force_the_moderators_to_obey_the_group_charter.3F#Who_can_force_the_moderators_to_obey_the_group_charter.3F. En comparaison, il est facile de créer un nouveau subreddit. Reddit dispose d’une équipe produit et d’ingénierie capable d’apporter toutes les modifications qu’elle souhaite — mais la communauté d’utilisateurs a beaucoup moins son mot à dire sur la manière dont ces changements sont mis en œuvre.
Le plus gros problème de l’ancien système était peut-être l’absence d’un modèle d’affaires évident. Comme l’a montré la disparition de Deja News, l’exploitation d’un serveur Usenet n’avait jamais été particulièrement rentable. Au fil du temps, on a assisté à l’essor de serveurs Usenet « professionnels » dont l’accès est payant, mais ceux-ci ont eu tendance à apparaître beaucoup plus tard, ne sont pas très importants comparativement à une plateforme Internet comme Reddit, et sont généralement considérés comme axés sur le commerce de contenu contrefait.20Mike Isaac et Cecilia Kang, « Facebook s’attend à une amende pouvant atteindre 5 milliards de dollars de la part de la FTC pour des problèmes de confidentialité », New York Times (24 avril 2019), https://www.nytimes.com/2019/04/24/technology/facebook-ftc-fine-privacy.html.
Les problèmes actuels des grandes plateformes
Au cours des deux dernières décennies, l’essor des plateformes Internet — Facebook, Twitter, YouTube, Reddit et autres — a plus ou moins supplanté les systèmes basés sur des protocoles utilisés auparavant. Avec ces plateformes, une seule entreprise (généralement à but lucratif) gère les services destinés aux utilisateurs finaux. Ces services sont généralement financés d’abord par du capital de risque, puis par la publicité (souvent très ciblée).
Les plateformes sont toutes construites sur le World Wide Web et sont généralement accessibles via un navigateur Web traditionnel ou, de plus en plus, par l’entremise d’une application pour appareil mobile. Les avantages de concevoir un service sous forme de plateforme sont assez évidents : le propriétaire exerce un contrôle absolu sur cette plateforme et est donc bien mieux placé pour la monétiser par le biais de la publicité sous une forme ou une autre (ou d’autres services connexes). Cela incite toutefois ces plateformes à recueillir une quantité toujours plus grande de données auprès de leurs utilisateurs afin de mieux les cibler.
Cela a suscité des préoccupations légitimes et une opposition tant de la part des utilisateurs que des organismes de réglementation, qui craignent que les plateformes n’agissent pas de manière équitable ou ne « protègent » pas adéquatement les données des utilisateurs finaux qu’elles ont recueillies.21Emily Bell, La modération sur Facebook relève de l’intérêt public. Elle devrait être de notoriété publique, Colum. Journalism Rev. (23 mai 2017), https://www.cjr.org/tow_center/facebook-moderation-guardian.php.
Un deuxième problème auquel sont confrontées aujourd’hui les plus grandes plateformes est que, à mesure qu’elles prennent de l’ampleur et occupent une place de plus en plus centrale dans la vie quotidienne, les préoccupations à l’égard des exploitants de ces plateformes s’intensifient concernant le contenu qu’ils ont permis de publier — ainsi que les responsabilités que ces exploitants pourraient avoir en matière de surveillance ou de blocage de ce contenu.22Veronica Rocha, Brian Ries et Amanda Willis, « Mark Zuckerberg témoigne devant le Congrès », CNN (11 avril 2018), https://www.cnn.com/politics/live-news/mark-zuckerberg-testifies-congress/index.html. Ces derniers ont fait face à une pression croissante, tant de la part des utilisateurs que des politiciens, pour qu’ils surveillent ce contenu de manière plus proactive.23Tony Romm, Les républicains ont accusé Facebook, Google et Twitter de partialité. Les démocrates ont qualifié l’audience de « stupide »., Wash. Post (17 juillet 2018), https://www.washingtonpost.com/technology/ 2018/07/17/republicans-accused-facebook-google-twitter-bias-democrats-called-hearing-dumb/?utm_term=.895b34499816. Dans certains cas, des lois ont été adoptées qui exigent plus explicitement des plateformes qu’elles suppriment certains contenus, érodant progressivement l’immunité dont elles bénéficiaient auparavant (p. ex., la Loi sur la décence dans les communications, article 230, aux États-Unis, ou la directive sur le commerce électronique dans l’Union européenne) dont bénéficiaient de nombreuses plateformes quant à leurs choix en matière de modération.
De ce fait, les plateformes se sont senties raisonnablement obligées non seulement d’être plus proactives, mais aussi de témoigner devant divers organismes législatifs, d’embaucher des milliers d’employés comme modérateurs de contenu potentiels et d’investir massivement dans les technologies de modération. Pourtant, malgré ces obligations réglementaires et ces investissements humains et techniques, il n’est toujours pas certain qu’une plateforme puisse réellement faire un « bon » travail de modération de contenu à grande échelle.
Une partie du problème réside dans le fait que toute décision de modération prise par une plateforme va mécontenter quelqu’un. Évidemment, ceux dont le contenu a été modéré ont tendance à ne pas s’en réjouir, mais il en va de même pour d’autres qui souhaitaient voir ou partager ce contenu. Parallèlement, dans bien des cas, une décision de ne pas modérer un contenu peut également susciter le mécontentement. Actuellement, les plateformes font l’objet de nombreuses critiques concernant leurs choix de modération, y compris des accusations (pour la plupart non étayées par des preuves, certes) selon lesquelles ces choix de modération seraient motivés par des préjugés politiques. Alors que les plateformes subissent des pressions pour assumer davantage de responsabilités, chaque choix qu’elles font en matière de modération de contenu les place dans une situation délicate. Supprimer un contenu contesté — c’est susciter la colère de ceux qui l’ont créé ou qui le soutiennent; s’abstenir de supprimer un contenu contesté — c’est susciter la colère de ceux qui le trouvent problématique.
Cela place les plateformes dans une situation sans issue. Elles peuvent continuer à investir de plus en plus d’argent dans ce problème et poursuivre le dialogue avec le public et les politiciens, mais on ne voit pas comment cela pourrait aboutir à ce qu’un nombre suffisant de personnes soient « satisfaites ». Il n’est pas difficile, n’importe quel jour, de trouver des gens mécontents de plateformes comme Facebook, Twitter et YouTube lorsqu’elles ne suppriment pas certains contenus — qui peuvent immédiatement être remplacés par ceux qui sont mécontents des plateformes lorsqu’elles finissent par supprimer ces contenus.
Cette situation est frustrante pour toutes les parties concernées, et il peu probable que la situation s’améliore de sitôt.
Les protocoles à la rescousse
Dans cet article, je propose que nous revenions à un monde où ce sont les protocoles, plutôt que les plateformes, qui dominent Internet. Il y a des raisons de croire que le passage à un système de protocoles pourrait résoudre bon nombre des problèmes associés aux plateformes d’aujourd’hui, tout en minimisant les problèmes inhérents aux protocoles d’il y a quelques décennies.
Bien qu’il n’y ait pas de solution miracle, un système de protocoles pourrait permettre de mieux de protéger à la fois la vie privée des utilisateurs et la liberté d’expression, tout en minimisant l’impact des comportements abusifs en ligne et en créant de nouveaux modèles d’affaires convaincants, mieux alignés sur les intérêts des utilisateurs.
La clé du succès réside dans le fait que, bien qu’il existe des protocoles spécifiques pour les différents types de plateformes que nous connaissons aujourd’hui, il y aurait alors de nombreuses implémentations d’interface concurrentes de ce protocole. La concurrence proviendrait de ces implémentations. La réduction des coûts de changement d’une implémentation à une autre limiterait le verrouillage, et la possibilité pour quiconque de créer sa propre interface et d’accéder à l’ensemble du contenu et des utilisateurs sur le protocole sous-jacent réduit considérablement les barrières à l’entrée pour la concurrence. Il n’est pas nécessaire de créer un tout nouveau Facebook si l’on a déjà accès à tous ceux qui utilisent le « protocole de réseau social » et qu’il suffit de fournir une interface différente, ou meilleure, pour celui-ci.
On en voit déjà un exemple, dans une certaine mesure, dans le domaine du courriel. Conçus à partir de normes ouvertes telles que SMTP, POP3 et IMAP,24Protocoles de courriel – Tutoriel sur POP3, SMTP et IMAP, Siteground, https://www.siteground.com/tutorials/email/protocols-pop3-smtp-imap/ (fournissant une description des protocoles). il existe de nombreuses implémentations différentes du courriel. Les systèmes de courriel populaires des années 1980 et 1990 reposaient sur une configuration client-serveur dans laquelle le fournisseur de services (qu’il s’agisse d’un fournisseur d’accès Internet commercial, d’une université ou d’un employeur) hébergeait les courriels seulement brièvement sur un serveur, jusqu’à ce qu’ils soient téléchargés sur l’ordinateur de l’utilisateur via un logiciel client, comme Microsoft Outlook, Eudora ou Thunderbird. Les utilisateurs pouvaient également accéder à ces courriels par l’entremise d’une interface textuelle, comme Pine ou Elm.25Comparaison des clients de courriel, Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Comparison_of_email_clients (fournissant une longue liste de clients de courriel) .
La fin des années 1990 a vu l’essor de la messagerie Web, d’abord avec Rocketmail (racheté par la suite par Yahoo, devenant ainsi Yahoo Mail) et Hotmail (racheté par Microsoft, devenant des années plus tard Outlook.com). Google a lancé son propre service, Gmail, en 2004, ce qui a marqué le début d’une nouvelle vague d’innovation, car Gmail offrait un espace de stockage nettement plus important pour les courriels ainsi qu’une interface utilisateur considérablement plus rapide.26Les premières acquisitions de Yahoo (les années 1990), SEO by the Sea, http://www.seobythesea.com/2006/01/early-yahoo-acquisitions-the-1990s/; Google + courriel = Gmail, CNN Money (1er avril 2004), https://money.cnn.com/2004/04/01/technology/google_email/.
Cependant, grâce à ces normes ouvertes, la flexibilité est grande. Un utilisateur peut utiliser une adresse courriel autre que Gmail au sein de l’interface de Gmail. Ou bien il ou elle peut utiliser un compte Gmail avec un client entièrement différent, tel que Microsoft Outlook ou Apple Mail.27Consulter les courriels d’autres comptes, Aide Gmail, https://support.google.com/mail/answer/21289? co=GENIE.Platform%3DDesktop&hl=en (proposant la configuration de Gmail Fetcher comme moyen d’utiliser une adresse non-Gmail avec l’interface de Gmail). De plus, il est possible de créer de nouvelles interfaces par-dessus Gmail lui-même, par exemple à l’aide d’une extension Chrome.28Brady Gavin, Les meilleures extensions Chrome pour améliorer Gmail, How-To-Geek (27 février 2019), https://www.howtogeek.com/402035/the-best-chrome-extensions-for-making-gmail-better/ (fournissant un exemple du nombre de modules complémentaires pour les systèmes de courriel disponibles aujourd’hui qui fonctionnent avec plusieurs implémentations de courriel).
Cette configuration présente de nombreux avantages pour l’utilisateur final. Même si une plateforme — comme Gmail — devient beaucoup plus populaire sur le marché, les coûts liés au changement sont bien moindres. Si un utilisateur n’apprécie pas la façon dont Gmail gère certaines fonctionnalités ou s’il s’inquiète des pratiques de Google en matière de protection de la vie privée, il lui est beaucoup plus facile de passer à une autre plateforme, sans pour autant perdre l’accès à tous ses anciens contacts ni la possibilité d’envoyer des courriels à qui que ce soit (même aux contacts qui restent des utilisateurs de Gmail).
Il convient de noter que cette flexibilité constitue une forte incitation pour Google à veiller à ce que Gmail traite bien ses utilisateurs; Google est moins susceptible de prendre des mesures qui pourraient entraîner un exode massif. La situation est différente sur une plateforme entièrement propriétaire comme Facebook ou Twitter, où quitter ces plateformes signifie que l’on ne communique plus de la même manière avec les personnes qui s’y trouvent et que l’on ne peut plus accéder facilement à leur contenu et à leurs communications. Avec un système comme Gmail, il est facile d’exporter ses contacts et même ses anciens courriels, puis de repartir à zéro avec un autre service, sans perdre la possibilité de rester en contact avec qui que ce soit.
De plus, cela ouvre beaucoup plus le champ de la concurrence. Même si Gmail est un service de courriel particulièrement populaire, d’autres acteurs sont en mesure de développer des services de courriel importants — comme Outlook.com ou Yahoo Mail — ou de créer des services de courriel en démarrage qui connaissent du succès et qui ciblent différents marchés et créneaux — comme Zohomail ou Protonmail.29Rahul Biswal, Les 10 meilleurs fournisseurs de services de courriel gratuits en 2019, Ecloudbuzz (31 déc. 2018), https://www.ecloudbuzz.com/best-free-email-service-providers/ (présente des listes de services de courriel populaires comprenant un éventail de grandes entreprises reconnues comme Google, Microsoft, AOL et Yahoo, ainsi que des startups). Cela ouvre également la voie à d’autres services pouvant s’appuyer sur l’écosystème de courriel existant, sans craindre autant de dépendre d’une seule plateforme qui pourrait les exclure. Par exemple, Twitter30Christina Warren, « La mise à jour de l’API de Twitter coupe l’oxygène aux clients tiers », Mashable (16 août 2012) , https://mashable.com/2012/08/16/twitter-api-big-changes/. et Facebook31Amy Gesenhues, « Facebook coupe l’accès à sa plateforme API à des “centaines de milliers” d’applications inactives », Marketing Land (1er août 2018), https://marketingland.com/facebook-cuts-off-access-to-api-platform-for-hundreds-of-thousands-of-inactive-apps-245265. ont tendance à changer d’orientation de leurs produits et à bloquer l’accès aux applications tierces, mais dans le domaine de la courriel, il existe un marché florissant de services et d’entreprises comme Boomerang, SaneBox et MixMax, qui offrent chacune des services supplémentaires compatibles avec diverses plateformes de courriel.32Planifier l’envoi d’un courriel plus tard. Rappels de courriel faciles, Boomerang pour Gmail, https://www.boomeranggmail.com.
Il en résulte une concurrence accrue visant à améliorer le service, tant entre les services de courriel qu’au sein même de ceux-ci, ainsi que de fortes incitations pour que les principaux fournisseurs agissent dans le meilleur intérêt de leurs utilisateurs, puisque la dépendance nettement moindre donne à ces derniers la possibilité de partir.
Protéger la liberté d’expression, tout en limitant l’impact des comportements abusifs
La question la plus controversée dans les discussions sur la modération de contenu est peut-être celle de savoir comment traiter les comportements « abusifs ». Presque tout le monde reconnaît que de tels comportements existent en ligne et qu’ils peuvent être destructeurs, mais il n’y a pas de consensus sur ce qu’ils englobent réellement. Les comportements qui préoccupent les gens peuvent relever de nombreuses catégories différentes, allant du harcèlement aux discours haineux, en passant par les menaces, le trolling, l’obscénité, le doxxing, le pourriel et bien d’autres encore. Or, aucune de ces catégories ne dispose d’une définition exhaustive, et leur interprétation dépend en grande partie du point de vue de chacun. Par exemple, la tentative d’une personne d’exprimer fermement son opinion peut être perçue par le destinataire comme du harcèlement. Aucune des deux parties n’a nécessairement « tort » en soi, mais laisser à chaque plateforme le soin de trancher ces questions est une tâche impossible, surtout lorsqu’il s’agit de traiter des centaines de millions de contenus par jour.
Actuellement, les plateformes constituent l’autorité centralisée ultime pour traiter ces questions. Bon nombre d’entre elles ont abordé le problème en mettant en place des ensembles de « règles » internes de plus en plus complexes » (dont les « décisions » ne sont souvent pas évidentes pour les utilisateurs finaux), qui est ensuite confiée à un grand nombre d’employés (souvent sous-traitants touchant des salaires relativement bas), à qui l’on accorde très peu de temps pour se prononcer sur des milliers de contenus.33Nick Hopkins, Révélation : le règlement interne de Facebook sur le sexe, le terrorisme et la violence, The Guardian (21 mai 2017), https://www.theguardian.com/news/2017/may/21/revealed-facebook-internal-rulebook-sex-terrorism-violence.
Dans un tel système, les erreurs de type I (« faux positif ») et de type II (« faux négatif ») ne sont pas seulement courantes; elles sont inévitables. Des contenus qu’une grande partie de la population estime devoir être retirés restent en ligne,34Parker Molloy, En ne bannissant pas Alex Jones, Twitter fait un choix politique, The Verge (8 août 2018), https://www.theverge.com/2018/8/8/17662140/twitter-infowars-alex-jones-apple-facebook-spotify-pinterest-ban (expliquant les critiques dont Twitter a fait l’objet pour avoir attendu bien plus longtemps que la plupart des autres plateformes Internet avant de supprimer le compte du théoricien du complot Alex Jones). tandis que des contenus que beaucoup de gens estiment devoir rester en ligne sont retirés.35Sam Levin, Julia Carrie Wong et Luke Harding, Facebook revient sur la censure de la « Napalm Girl » et rétablit la photo, The Guardian (9 septembre 2016), https://www.theguardian.com/technology/2016/sep/09/facebook-reinstates-napalm-girl-photo. Plusieurs modérateurs de contenu peuvent percevoir un contenu sous des angles totalement différents, et il est pratiquement impossible pour eux de tenir compte du contexte (en partie parce qu’une grande partie du contexte peut ne pas leur être accessible ou évidente, et en partie parce que le temps nécessaire pour examiner chaque situation en profondeur rend cette tâche impossible à réaliser de manière rentable). De même, aucune solution technologique ne peut tenir compte correctement du contexte ou de l’intention — un ordinateur ne peut pas reconnaître des éléments tels que la satire ou l’hyperbole, même à un niveau qui serait évident pour n’importe quel lecteur humain.
Un système fondé sur des protocoles, en revanche, décentralise une grande partie de la prise de décision en la transférant des nœuds centraux vers les extrémités du réseau. Plutôt que de s’en remettre à une seule plateforme centralisée, avec tous les biais et incitatifs internes que cela implique, n’importe qui serait en mesure de créer son propre ensemble de règles —notamment pour déterminer quels contenus il ne souhaite pas voir et lesquels il aimerait voir mis en avant. Comme la plupart des gens ne souhaiteraient pas gérer manuellement l’ensemble de leurs préférences et de leurs niveaux de modération, cette tâche pourrait facilement être confiée à divers tiers — qu’il s’agisse de plateformes concurrentes, d’organismes d’intérêt public ou de communautés locales. Ces tiers pourraient créer les interfaces de leur choix, avec les règles de leur choix.
Par exemple, ceux qui s’intéressent aux questions de libertés civiles pourraient s’abonner à des filtres de modération ou même à des services complémentaires offerts par l’ACLU ou l’EFF. Une personne très engagée en politique pourrait choisir un filtre proposé par son parti politique (bien que cela soulève évidemment certaines préoccupations quant à une augmentation des « bulles de filtrage », il y a des raisons de croire que l’impact de tels éléments serait limité, comme nous le verrons).
Des tiers entièrement nouveaux pourraient voir le jour, dont l’objectif serait uniquement d’offrir une meilleure expérience. Cela ne se limiterait pas nécessairement au filtre de modération du contenu, mais concernerait l’expérience utilisateur dans son ensemble. Imaginez une interface concurrente de Twitter qui serait préréglée (et constamment mise à jour) pour filtrer le contenu provenant de comptes de trolls, et pour mieux mettre en avant des articles plus réfléchis et suscitant la réflexion, plutôt que les commentaires sensationnalistes traditionnels destinés à attirer les clics. Ou encore, une interface pourrait offrir une meilleure mise en page pour les conversations. Ou pour la lecture des nouvelles.
L’essentiel serait de s’assurer que les « règles » soient non seulement partageables, mais aussi totalement transparentes et sous le contrôle de tout utilisateur final. Ainsi, je pourrais choisir d’utiliser les contrôles librement accessibles de l’EFF pour Twitter, via une interface fournie par un nouvel organisme à but non lucratif, tout en pouvant ajuster les paramètres si je préfère, par exemple, voir davantage de contenu sur l’UE. Ou si je souhaite utiliser le réseau principalement pour lire les nouvelles, je pourrais utiliser une interface fournie par le New York Times. Ou si je veux clavarder avec des amis, je pourrais utiliser une interface spéciale conçue pour faciliter la communication au sein de petits groupes d’amis.
Dans un tel monde, nous pourrions laisser un million de systèmes de modération de contenu traiter le même corpus général de contenu — chacun adoptant une approche entièrement différente — et voir lesquels fonctionnent le mieux. Les plateformes centralisées ne seraient plus l’arbitre unique de ce qui est autorisé et de ce qui ne l’est pas. Au contraire, de très nombreux individus et organismes pourraient adapter le système à leur propre niveau de confort et partager ces réglages avec d’autres — permettant ainsi à la concurrence de s’exercer au niveau de la mise en œuvre, plutôt qu’au niveau du réseau social sous-jacent.
Cela n’empêcherait pas totalement les utilisateurs de la plateforme de s’exprimer, mais si les interfaces et les filtres de modération de contenu les plus populaires choisissaient, de manière entièrement volontaire, de ne pas les inclure, la portée et l’impact de leurs propos seraient plus limités. Il s’agit donc d’une approche plus démocratique, dans laquelle le marché des filtres est en mesure de se faire concurrence. Si les gens estiment qu’une interface ou un fournisseur de filtres en particulier ne fait pas bien son travail, ils peuvent en choisir une autre ou ajuster eux-mêmes les paramètres.
On obtient ainsi moins de contrôle centralisé, moins de motifs de dénoncer une « censure », davantage de concurrence, un éventail plus large d’approches et un contrôle accru confié aux utilisateurs finaux — tout en minimisant probablement la portée et l’impact des contenus que beaucoup jugent abusifs. En effet, l’existence d’un large choix de filtres différents modifierait probablement la portée de tout individu proportionnellement au degré de problématique que beaucoup attribuent à ses propos.
À titre d’exemple, la manière dont les plateformes ont géré le compte d’Alex Jones, l’animateur qui dirige InfoWars et qui a régulièrement soutenu diverses théories du complot, a suscité une controverse considérable. Les utilisateurs ont exercé une pression énorme sur les plateformes pour qu’elles le bloquent, et lorsque celles-ci l’ont finalement fait, elles ont dû faire face à une réaction correspondante de la part de ses partisans, qui affirmaient qu’elles avaient choisi de le retirer de leurs plateformes uniquement en raison d’un parti pris contre ses opinions politiques.36Eli Rosenberg, Facebook veut réduire la désinformation. Alors pourquoi ne fait-il rien contre InfoWars?, Wash. Post (14 juill. 2018), https://www.washingtonpost.com/news/the-intersect/wp/2018/07/14/facebook-wants-to-cut-down-on-misinformation-so-why-isnt-it-doing-anything -about-infowars/?utm_term=.eacf34e87542.
Dans un système fondé sur des protocoles, ceux qui ont toujours estimé que Jones n’était pas un acteur honnête l’auraient probablement bloqué bien plus tôt, tandis que d’autres fournisseurs d’interfaces, fournisseurs de filtres et particuliers auraient pu décider d’intervenir en cas d’acte particulièrement flagrant. Même si ses plus fervents partisans ne le couperaient probablement jamais, sa portée globale serait limitée. Ainsi, ceux qui ne souhaitent pas être importunés par ses absurdités n’ont pas à s’en préoccuper; ceux qui souhaitent les consulter y ont toujours accès.
Le marché des nombreux filtres et interfaces différents (et la possibilité de personnaliser le sien) permettrait une granularité bien plus grande. Les théoriciens du complot et les trolls auraient plus de difficulté à être repérés par les filtres « grand public », mais ne seraient pas complètement réduits au silence aux yeux de ceux qui souhaitent les entendre. Plutôt que le système centralisé d’aujourd’hui, où toutes les voix sont plus ou moins égales (ou complètement bannies), dans un monde axé sur les protocoles, les opinions extrémistes auraient tout simplement moins de chances de trouver un écho auprès du grand public.
Protection des données et de la vie privée des utilisateurs
Un avantage secondaire de cette approche est qu’un système fondé sur des protocoles renforcerait presque certainement notre vie privée. Dans un tel système, les plateformes de type médias sociaux n’auraient pas besoin de recueillir et d’héberger toutes vos données. Au contraire, tout comme les décisions de filtrage pourraient être décentralisées, il en serait de même pour le stockage des données. Bien que cela puisse prendre différentes formes, une méthode assez simple consisterait à ce que les utilisateurs finaux créent simplement leurs propres « bases de données » via des applications qu’ils contrôlent. Comme il est peu probable que nous revenions à un monde où la plupart des gens stockeraient leurs données localement (d’autant plus que nous utilisons de plus en plus divers appareils, notamment des ordinateurs, des téléphones intelligents et des tablettes), il pourrait tout de même être judicieux d’héberger ces données dans le nuage, mais celles-ci resteraient entièrement sous le contrôle de l’utilisateur final.
Dans un tel contexte, vous pourriez faire appel à une entreprise spécialisée dans le stockage de données, qui hébergerait vos données dans le nuage sous forme de blob chiffré auquel le fournisseur d’espace de stockage n’aurait pas accès — mais auquel vous pourriez vous-même accorder un accès de manière sélective, à toutes fins utiles, à tout moment. Ces données pourraient également servir d’identité unique. Ainsi, si vous souhaitez utiliser le protocole de type Twitter, vous pourriez simplement autoriser l’accès à votre base de données pour que ce protocole puisse accéder à ce qui est nécessaire. Vous seriez en mesure de définir ce à quoi il est autorisé (et non autorisé) d’accéder, et vous pourriez également voir quand et comment il a accédé à vos données ainsi que ce qu’il en a fait. Cela signifie que vous pourriez interrompre l’accès à tout moment si quelqu’un en abusait. Dans certains cas, les systèmes pourraient être conçus de telle sorte que, même lorsqu’un service accède à vos données, il serait incapable de recueillir des données spécifiques vous concernant, ne recevant que des informations agrégées ou sommaires sous forme hachée, ce qui offrirait une couche supplémentaire de protection de la vie privée.
De cette manière, les utilisateurs finaux pourraient toujours utiliser leurs propres données pour divers outils de médias sociaux, mais plutôt que de voir ces données enfermées dans des silos opaques, sans accès, sans transparence et sans contrôle, le contrôle reviendrait entièrement aux utilisateurs finaux. Les intermédiaires seraient incités à adopter le meilleur comportement possible pour éviter d’être exclus. L’utilisateur final comprend mieux comment ses données sont réellement utilisées, et la possibilité de s’inscrire à d’autres services, voire de transférer des données en toute sécurité d’une entité à une autre (ou à plusieurs autres), est améliorée, ce qui permet également de bénéficier de nouvelles fonctionnalités puissantes.
Bien qu’on puisse craindre que, dans un tel système, les divers intermédiaires continuent de chercher à aspirer toutes vos données, cela ne serait pas nécessairement le cas, et ce, pour plusieurs raisons clés. Premièrement, étant donné la possibilité d’utiliser le même protocole et de changer de fournisseur d’interface ou de filtre, tout fournisseur qui deviendrait trop « avide » à l’égard de vos données courrait le risque de rebuter les utilisateurs. Deuxièmement, en séparant le stockage de données du fournisseur d’interface, l’utilisateur final bénéficie d’une transparence bien plus grande. L’idée est que vous stockeriez vos données dans un service de stockage de données ou un service en nuage sous forme chiffrée, de sorte que l’hébergeur n’y ait aucun accès. Le fournisseur d’interface devrait demander l’accès, et des outils et services pourraient être développés pour vous permettre (1) de déterminer quelles plateformes de données seraient autorisées à y accéder, pour combien de temps et à quelles fins, et (2) de suspendre cet accès si vous n’étiez pas à l’aise avec la façon dont il était utilisé.
Bien qu’il soit possible pour un exploitant d’interface ou de filtre d’abuser de ses privilèges pour recueillir et conserver vos données, il existe également des moyens techniques pour contourner ce problème, notamment en concevant le protocole de manière à ce qu’il ne récupère vos données pertinentes qu’en temps quasi réel à partir de votre entrepôt de données. S’il ne le fait pas et qu’il accède à son propre entrepôt contenant vos données, des avertissements pourraient être déclenchés pour signaler que vos données sont conservées contre votre gré.
Enfin, comme expliqué ci-dessous dans la section consacrée au modèle d’affaires, les fournisseurs d’interfaces auront des incitatifs beaucoup plus forts à respecter les souhaits des utilisateurs finaux en matière de vie privée, car leurs revenus seront probablement liés plus directement à l’utilisation qu’à la monétisation des données. Et le fait de mécontenter leur base d’utilisateurs pourrait les pousser à partir, ce qui nuirait aux intérêts économiques mêmes des fournisseurs d’interfaces.
Favoriser une plus grande innovation
Un système de protocole, de par sa nature même, conduirait probablement à beaucoup plus d’innovation dans ce domaine, notamment en permettant à quiconque de créer une interface pour accéder à ce contenu. Ce niveau de concurrence mènerait presque certainement à diverses tentatives d’innovation, améliorant tous les aspects du service. Des services concurrents pourraient offrir un meilleur filtre, une meilleure interface, des fonctionnalités améliorées ou différentes, et bien plus encore.
À l’heure actuelle, nous n’avons qu’une concurrence inter-plateformes, qui existe dans une certaine mesure mais qui est assez limitée. Il est clair que le marché peut accueillir quelques géants; ainsi, bien que Facebook, Twitter, YouTube, Instagram et quelques autres puissent se faire concurrence ici ou là pour attirer l’attention des utilisateurs, ils sont moins incités à améliorer leurs propres services.
Cependant, si quelqu’un pouvait proposer une nouvelle interface, de nouvelles fonctionnalités ou une meilleure modération, la concurrence au sein d’un protocole spécifique (auparavant une plateforme) pourrait soudainement devenir féroce. Diverses idées pourraient être testées puis écartées, mais le laboratoire qu’est le monde réel montrerait probablement en peu de temps comment ces services pourraient innover et offrir davantage de valeur beaucoup plus rapidement. Actuellement, de nombreuses plateformes offrent des API qui permettent à des tiers de développer de nouvelles interfaces, mais ces API sont contrôlées par les plateformes centrales — et celles-ci peuvent les modifier sur un coup de tête. En effet, Twitter est connu pour avoir modifié à maintes reprises sa politique de soutien aux API et aux développeurs tiers — mais dans le cadre d’un système de protocole, l’API serait ouverte, avec l’idée que n’importe qui puisse s’en servir comme base, et il n’y aurait pas d’entreprise centrale capable de couper l’accès à un développeur.37À propos des API de Twitter, Centre d’aide de Twitter, https://help.twitter.com/en/rules-and-policies/twitter-api.
De plus, cela créerait probablement des domaines d’innovation entièrement nouveaux, notamment dans les services auxiliaires, comme les entreprises qui se concentrent sur la fourniture de meilleurs outils de modération de contenu ou les banques de données concurrentes évoquées plus haut, qui serviraient simplement à héberger l’accès à vos données chiffrées, sans avoir à y accéder ni à y effectuer d’actions spécifiques. Ces services pourraient se faire concurrence sur la vitesse et la disponibilité plutôt que sur des fonctionnalités supplémentaires.
Par exemple, dans un monde de protocoles ouverts et de bases de données privées, il est possible qu’une entreprise florissante se développe sous la forme d’« agents » faisant le lien entre vos entrepôts de données et divers services, automatisant certaines tâches et apportant une valeur ajoutée. Une version simplifiée de ce concept pourrait être un agent chargé de parcourir divers protocoles et services à la recherche de nouvelles pertinentes sur un sujet ou une entreprise en particulier, puis de vous envoyer une alerte dès qu’il trouve quelque chose.
Créer de nouveaux modèles d’affaires
L’une des principales raisons pour lesquelles les protocoles des débuts d’Internet ont perdu de leur importance face aux plateformes centralisées tient à la question du modèle d’affaires. Posséder sa propre plateforme (si elle connaît le succès) s’est avéré être un modèle très lucratif pour les entreprises. Cependant, la mise en place et le maintien d’un protocole ont longtemps constitué un véritable défi. La majeure partie du travail était généralement effectuée par des bénévoles, et on savait que, avec le temps, les protocoles finissaient par s’atrophier faute d’attention. Par exemple, OpenSSL, un protocole de sécurité essentiel sur lequel reposait une très grande partie d’Internet, s’est avéré en 2014 présenter une faille de sécurité majeure connue sous le nom de Heartbleed. À cette époque, on a constaté que le soutien à OpenSSL faisait presque entièrement défaut. Il y avait un groupe informel de bénévoles et une seule personne à temps plein travaillant sur OpenSSL. La fondation qui en assurait historiquement la gestion n’avait reçu que des subventions assez modestes.38Jon Brodkin, Les géants de la technologie, remis à leur place par Heartbleed, acceptent enfin de financer OpenSSL, Ars Technica (24 avril 2014), https://arstechnica.com/information-technology/2014/04/tech-giants-chastened-by-heartbleed-finally-agree -to-fund-openssl/ (« La bibliothèque logicielle cryptographique libre sécurise des centaines de milliers de serveurs Web et de nombreux produits vendus par des entreprises valant plusieurs milliards de dollars, mais elle fonctionne avec un budget très restreint. Le président de l’OpenSSL Software Foundation, Steve Marquess, a écrit dans un billet de blogue la semaine dernière qu’OpenSSL reçoit généralement environ 2 000 $ de dons par année et ne compte qu’un seul employé travaillant à temps plein sur le code libre. »).
Il existe de nombreux exemples de ce genre. Comme mentionné précédemment, Deja News n’a pas réussi à développer une activité significative à partir d’Usenet, et a donc été vendue à Google. Le courriel n’a jamais été considéré comme un protocole particulièrement lucratif, et il était généralement offert gratuitement avec un compte de FAI39Fournisseur d’accès Internet. Quelques entreprises pionnières ont tenté de créer des plateformes Web autour du courriel, mais deux exemples notables ont rapidement été rachetés par de plus grandes entreprises (Rocketmail par Yahoo, Hotmail par Microsoft) pour les intégrer à des offres plus vastes.40Samuel Gibbs, Comment le courriel est-il passé de simples messages entre universitaires à une « épidémie » mondiale?, The Guardian (7 mars 2016), https://www.theguardian.com/technology/2016/mar/07/email-ray-tomlinson-history. Finalement, Google a lancé Gmail, ce qui a largement contribué à intégrer le courriel à sa propre plateforme, mais ce service a rarement été considéré comme une source majeure de revenus. Néanmoins, le succès remporté respectivement par Google et Microsoft avec Gmail et Outlook démontre que les grandes entreprises peuvent créer des services très performants en s’appuyant sur des protocoles ouverts. Si Google venait à vraiment gâcher Gmail ou à prendre des mesures problématiques concernant ce service, il ne serait pas difficile pour les utilisateurs de migrer vers un autre système de courriel tout en conservant l’accès à toutes leurs personnes de contact.
Nous avons déjà évoqué la concurrence entre les différentes implémentations d’interfaces et de filtres visant à offrir un meilleur service, mais il y aurait probablement aussi une concurrence au niveau des modèles d’affaires. On assisterait probablement à des expérimentations avec différents types de modèles d’affaires impliquant à la fois les services de stockage de données — qui pourraient facturer un accès et un stockage haut de gamme (ainsi que la sécurité) — à l’instar de ce que font aujourd’hui des services comme Dropbox et Amazon Web Services. Il pourrait également y avoir toute une gamme de modèles d’affaires différents articulés autour des implémentations et des filtres. On pourrait voir apparaître des offres d’abonnement pour des services ou des fonctionnalités haut de gamme, ou encore d’autres formes de paiement.
Et bien qu’il existe — à juste titre — concernant le dispositif de surveillance des données du marché publicitaire actuel sur les plateformes de médias sociaux d’aujourd’hui, il y a des raisons de croire qu’un modèle publicitaire moins gourmand en données pourrait prospérer dans le monde décrit ici. Encore une fois, les données et les niveaux de confidentialité étant entre les mains des utilisateurs finaux, la collecte plus agressive de toutes les données ne serait pas aussi viable ni utile. Au contraire, il est possible que quelques types différents de modèles publicitaires se développent.
Premièrement, il pourrait y avoir un modèle publicitaire reposant sur des données beaucoup plus limitées, mettant davantage l’accent sur l’appariement des intentions ou sur la publicité de marque pure. Pour avoir un aperçu de cette possibilité, repensez au modèle publicitaire original de Google, qui ne reposait pas tant sur le fait de tout savoir de vous, mais plutôt sur la connaissance du contexte de vos recherches sur Internet à ce moment précis. Ou bien, nous pourrions revenir à un monde de publicité de marque plus traditionnelle, où les annonceurs endémiques rechercheraient les communautés appropriées. Par exemple, un constructeur automobile chercherait à faire de la publicité au sein de microcommunautés sur une plateforme dont les membres ont un intérêt déclaré pour les autos.
Par ailleurs, compte tenu du niveau de contrôle dont disposeraient les utilisateurs finaux sur leurs données, un modèle d’affaires de type « encan inversé » pourrait voir le jour, dans le cadre duquel les utilisateurs finaux eux-mêmes pourraient proposer leurs données en échange d’un accès ou d’offres de la part de certains annonceurs. L’essentiel est que ce soit l’utilisateur final — plutôt que la plateforme — qui détienne le contrôle.
Ce qui est peut-être le plus intéressant, il existe de nouvelles possibilités grâce auxquelles les protocoles pourraient en fait être beaucoup plus viables. Au cours des dernières années, avec le développement des cryptomonnaies et des jetons, il est devenu théoriquement possible de créer un protocole utilisant une cryptomonnaie ou un jeton auquel est associée une certaine valeur, la valeur de ces éléments augmentant parallèlement à leur utilisation.41Tom Simonite, L’Internet décentralisé est là, avec quelques ratés, Wired (5 mars 2018), https://www.wired.com/story/the-decentralized-internet-is-here-with-some-glitches/. Pour simplifier, on peut considérer qu’une cryptomonnaie basée sur des jetons équivaut à des actions d’une entreprise — mais plutôt que d’être liée à la réussite financière de l’entreprise, la valeur d’un jeton cryptographique est liée à la valeur de l’ensemble du réseau.
Sans entrer dans les détails techniques de leur fonctionnement, ces formes de monnaie ont une valeur qui leur est propre et sont liées au protocole qu’elles soutiennent. À mesure que de plus en plus de personnes utilisent le protocole, la monnaie ou le jeton lui-même prend de la valeur. Dans bien des cas, l’utilisation de la monnaie ou du jeton peut être nécessaire au fonctionnement du protocole lui-même — ainsi, à mesure que le protocole est de plus en plus utilisé, la demande pour la monnaie ou le jeton augmente, tandis que l’offre demeure constante ou s’accroît selon un plan de croissance établi au préalable.
Cela incite davantage de personnes à appuyer et à utiliser le protocole afin d’accroître la valeur de la monnaie associée. On tente actuellement de mettre en place des protocoles dans lesquels l’organisation responsable du protocole conserve un certain pourcentage de la monnaie tout en distribuant le reste. En théorie, dans le cadre d’un tel système, s’il venait à s’imposer, l’appréciation de la valeur des jetons ou de la monnaie pourrait contribuer à financer l’entretien et l’exploitation continus du protocole — éliminant ainsi efficacement le problème historique du financement des protocoles ouverts qui ont contribué à la création de l’Internet moderne.
De même, il pourrait exister des moyens permettant aux différents implémenteurs d’interfaces, de filtres ou d’agents de tirer profit de l’augmentation de la valeur des jetons. Différents modèles pourraient en découler, mais diverses implémentations pourraient se voir attribuer une part spécifique de jetons, et à mesure qu’elles contribueraient à accroître l’utilisation du réseau, la valeur de leurs propres jetons augmenterait également. En effet, la distribution des jetons pourrait être liée au nombre d’utilisateurs au sein d’une interface particulière afin de créer des incitatifs alignés (moyennant toutefois un mécanisme permettant d’éviter que le système ne soit exploité par de faux utilisateurs). Ou bien, comme décrit ci-dessus, l’utilisation des jetons pourrait constituer un élément indispensable au fonctionnement de l’architecture même des systèmes, de la même manière que la monnaie Bitcoin est un élément clé du fonctionnement de son registre ouvert de la chaîne de blocs.
À bien des égards, cette configuration aligne davantage les intérêts des utilisateurs du service sur ceux des développeurs des protocoles et des concepteurs d’interfaces. Dans un système basé sur une plateforme, les incitations consistent soit à facturer directement les utilisateurs (ce qui met quelque peu en conflit les intérêts de la plateforme et ceux de l’utilisateur) soit de recueillir davantage de données sur eux à des fins publicitaires. Théoriquement, une « bonne » publicité pourrait être perçue comme utile pour les utilisateurs finaux, mais dans la plupart des cas, ces derniers estiment que les intérêts de la plateforme et ceux des utilisateurs ont tendance à diverger lorsque la plateforme recueille autant de données dans le but de leur proposer des publicités ciblées.
Dans un système tokenisé, par contre, le principal facteur moteur consiste à accroître l’utilisation afin d’augmenter la valeur des jetons. Cela pourrait, évidemment, créer d’autres défis en matière d’incitatifs — on s’inquiète déjà du fait que les plateformes accaparent trop de temps, et tout service fait face à des défis lorsqu’il prend trop d’ampleur — mais là encore, un protocole encouragerait la concurrence pour offrir de meilleures interfaces utilisateur, de meilleures fonctionnalités et une meilleure modération, minimisant ainsi ce défi. En effet, une interface pourrait se démarquer en offrant une expérience plus restreinte et en se vantant de sa capacité à limiter la surcharge d’information.
Néanmoins, la capacité d’aligner les incitatifs du réseau lui-même sur un avantage financier crée une occasion plutôt unique que plusieurs explorent présentement.
Ce qui pourrait ne pas fonctionner
Cela ne signifie pas pour autant qu’un système fondé sur des protocoles résoudrait définitivement tous les maux. Une grande partie de ce qui est suggéré ci-dessus relève de la spéculation — et, en effet, l’histoire nous a déjà montré que les plateformes ont pris le pas sur les protocoles, tandis que ces derniers avaient une capacité limitée à prospérer.
La complexité est un frein
Il est tout à fait possible qu’un système fondé sur des protocoles ait tendance à être trop compliqué et trop lourd pour attirer une base d’utilisateurs suffisamment importante. Les utilisateurs ne veulent pas avoir à bidouiller une multitude de paramètres ou à jongler avec différentes applications pour que les choses fonctionnent. Ils veulent simplement découvrir en quoi consiste le service et pouvoir l’utiliser sans trop de difficulté. Les plateformes ont toujours su mettre l’accent sur l’expérience utilisateur, en particulier lors de l’intégration de nouveaux utilisateurs.42Yoav Vilner, « Les bourses de cryptomonnaies s’améliorent en matière d’expérience utilisateur et de liquidité », Forbes (14 juillet 2018), https://www.forbes.com/sites/yoavvilner/2018/07/14/cryptocurrency-exchanges-are-getting-better-in-user-experience-and-liquidity/#20d5744b37f3.
On pourrait espérer que, si l’on devait tenter de mettre en place un nouveau régime fondé sur des protocoles, celui-ci puisse tirer les leçons du succès des plateformes actuelles et s’appuyer sur celles-ci. De même, la concurrence intra-protocole au niveau des services pourrait créer des incitatifs plus importants pour offrir une meilleure expérience utilisateur — et il en irait de même pour la valeur d’une cryptomonnaie associée, dont la valeur est littéralement liée à la création d’une meilleure expérience utilisateur. En effet, offrir l’interface la plus simple et la plus conviviale pour accéder au protocole constituerait probablement un domaine clé de la concurrence.
Enfin, l’une des raisons pour lesquelles les plateformes ont historiquement pris le dessus est que le fait que tout soit contrôlé par une seule entité entraîne également un gain de performance évident. Dans un monde de protocoles dotés de bases de données et d’interfaces distinctes, on dépendrait beaucoup plus de la capacité de multiples entreprises à s’interconnecter sans délai. Les géants de l’Internet comme Google, Facebook et Amazon ont véritablement perfectionné l’interopérabilité de leurs propres systèmes, et l’introduction de multiples tiers dans ce système comporterait un risque accru. Cependant, des progrès technologiques généralisés ont été réalisés dans ce domaine (et, en effet, les grandes entreprises de plateformes ont rendu open source certaines de leurs propres technologies qui ont permis cela). De plus, les vitesses de l’Internet à large bande ont augmenté et devraient continuer de le faire, ce qui pourrait réduire au minimum cet obstacle technique potentiel.
Les plateformes existantes sont trop grandes et ne changeront jamais
Un autre obstacle potentiel réside dans le fait que les plateformes existantes — Facebook, YouTube, Twitter, Reddit et autres — sont déjà si imposantes et si bien établies qu’il serait pratiquement impossible de les détrôner avec une approche fondée sur les protocoles. Cette critique présuppose que la seule façon d’y parvenir serait la création d’un tout nouveau système reposant sur des protocoles. Cela pourrait fonctionner, mais les plateformes elles-mêmes pourraient également envisager d’utiliser des protocoles.
La réaction de plusieurs face à l’idée que les plateformes pourraient agir ainsi sera de se demander pourquoi elles le feraient, puisque cela signifierait inévitablement renoncer au contrôle monopolistique dont elles jouissent actuellement sur l’information présente dans leur système et permettre que ces données reviennent sous le contrôle de l’utilisateur final et soient utilisées sur des services concurrents utilisant le même protocole. Cependant, plusieurs raisons laissent croire que certaines plateformes pourraient en fait être disposées à accepter ce compromis.
Tout d’abord, à mesure que la pression sur ces plateformes s’intensifie, elles devront de plus en plus reconnaître que ce qu’elles font actuellement ne fonctionne pas et a peu de chances de fonctionner un jour. Le mode de fonctionnement actuel ne fera qu’entraîner une pression toujours plus forte pour « résoudre » des problèmes qui semblent insolubles. À un certain moment, le passage à un système de protocoles pourrait permettre aux plateformes existantes de se libérer du fardeau insurmontable que représente la gestion de toutes les activités de chaque utilisateur sur leur plateforme.
Deuxièmement, poursuivre leurs pratiques actuelles deviendra de plus en plus coûteux. Facebook a déjà promis récemment d’embaucher 10 000 modérateurs supplémentaires; YouTube a également promis d’embaucher des « milliers » de modérateurs.43Anita Balakrishnan, « Facebook s’engage à doubler son effectif de 10 000 employés chargés de la sûreté et de la sécurité d’ici la fin de 2018 », CNBC (31 oct. 2017), https://www.cnbc.com/2017/10/31/facebook-senate-testimony-doubling-security-group-to-20000-in-2018.html. L’embauche de toutes ces personnes représentera également un coût croissant pour ces entreprises. Le passage à un système fondé sur des protocoles permettrait de délocaliser la modération aux extrémités des réseaux ou vers des tiers concurrents, ce qui soulagerait les grandes plateformes de cette charge financière.
Troisièmement, les plateformes existantes pourraient envisager l’utilisation de protocoles comme un moyen efficace de rivaliser avec d’autres grandes plateformes Internet dans des domaines où leur capacité de concurrence est bien moindre. Par exemple, Google a tenté à plusieurs reprises de créer un réseau social à la manière de Facebook, avant d’y renoncer.44Claire Cain Miller, Une nouvelle tentative de Google pour rivaliser avec Facebook, N.Y. Times (28 juin 2011), https://www.nytimes.com/2011/06/29/technology/29google.html. Toutefois, s’il continue de croire qu’il devrait exister un réseau social alternatif à Facebook, il pourrait reconnaître l’attrait d’offrir un système ouvert basé sur des protocoles. En effet, le fait de reconnaître qu’il serait peu probable de pouvoir créer sa propre solution propriétaire ferait de l’offre d’un système à protocoles ouverts une alternative attrayante, ne serait-ce que pour éroder la position de Facebook.
Enfin, s’il s’avère que l’approche fondée sur les jetons ou les cryptomonnaies fonctionne comme méthode pour soutenir un protocole performant, il pourrait même s’avérer plus judicieux de concevoir ces services sous forme de protocoles, plutôt que de plateformes centralisées et contrôlées.
Cela aggravera le problème de la « bulle de filtrage »
Certains ont fait valoir que cette approche ne ferait en réalité qu’aggraver certains des problèmes liés aux contenus abusifs en ligne. L’argument est que permettre à des individus malveillants — qu’il s’agisse de simples trolls ou d’horribles néonazis — d’avoir la possibilité d’exprimer leurs opinions posera un problème. Et pour aller plus loin, ils soutiendraient qu’en autorisant des services concurrents, on finirait par créer des zones insalubres sur Internet, où le pire du pire continuerait de se rassembler sans entrave.
Bien que je sois sensible à cette possibilité, cela ne semble en aucun cas inévitable. Un argument contre cette critique est que ces personnes infestent déjà les divers réseaux sociaux, et rien n’a jusqu’à présent réussi à s’en débarrasser. Mais l’argument principal est que cela permettrait probablement de les isoler dans une certaine mesure, car leur contenu aurait moins de chances d’atteindre les implémentations et les services les plus utilisés sur le protocole. Autrement dit, bien qu’ils puissent continuer à se livrer à leurs agissements ignobles dans leurs recoins obscurs, leur capacité à infecter le reste d’Internet et (surtout) à rechercher et à recruter d’autres personnes serait sévèrement limitée.
Dans une certaine mesure, nous avons déjà pu observer ce phénomène à l’œuvre. Lorsqu’ils ont été contraints de se regrouper dans leurs propres recoins d’Internet après avoir été bannis de sites comme Facebook et Twitter, les services alternatifs qui s’adressent exclusivement à ces utilisateurs n’ont pas particulièrement réussi à prendre de l’ampleur ou à se développer au fil du temps. Il y aura toujours des gens aux idées farfelues — mais leur accorder leur propre petit espace où ils peuvent se livrer à leurs folies pourrait mieux protéger l’Internet dans son ensemble, plutôt que de devoir constamment les expulser de toutes les autres plateformes.
Gérer les contenus plus objectivement problématiques
Une hypothèse clé dans tout cela est qu’une grande partie du contenu « répréhensible » qui pose problème ici se situe dans un large spectre « gris », plutôt que dans un monde « noir et blanc ». » Cependant, certains contenus — souvent ceux qui enfreignent diverses lois — sont beaucoup plus clairs et ne se situent pas au milieu de ce spectre. Il existe des raisons légitimes de s’inquiéter de la façon dont ce système pourrait permettre la formation de communautés autour de phénomènes tels que la pornographie juvénile, la pornographie de vengeance, le harcèlement criminel, le doxing, ou d’autres activités criminelles.
Bien sûr, la réalité est que ce genre de communautés se forme déjà — souvent sur le Web noir — et qu’on y fait face aujourd’hui principalement par le biais des forces de l’ordre (et parfois grâce au journalisme d’investigation). Il semble fort probable qu’il en serait de même dans le cadre de cette configuration. Il y a peu de raisons de croire que, dans un monde axé sur les protocoles, ce problème serait très différent de ce qui existe actuellement.
De plus, avec un système de protocoles ouverts, il y aurait en fait une plus grande transparence, et certains (comme les groupes de la société civile qui surveillent les groupes haineux ou les organismes d’application de la loi) pourraient même créer et déployer des agents chargés de surveiller ces espaces et de déclencher des alertes en cas de commentaires particulièrement graves nécessitant un examen plus approfondi. Une personne victime de harcèlement, plutôt que de devoir suivre directement son harceleur, pourrait faire appel à un agent numérique pour analyser l’ensemble des protocoles afin de déterminer s’il existe du contenu suscitant des inquiétudes, puis alerter directement la police ou d’autres interlocuteurs pertinents.
Exemple concret / Comment cela se passerait-il dans la pratique
Comme décrit ci-dessus, cela pourrait se dérouler de nombreuses façons. Les services existants pourraient constater que les contraintes liées au fait d’être une plateforme centralisée deviennent trop coûteuses et chercher ainsi un modèle alternatif — et une approche fondée sur la tokenisation ou les cryptomonnaies pourrait même rendre cela financièrement viable.
Par ailleurs, de nouveaux protocoles pourraient être créés pour permettre cela. Il existe déjà un certain nombre de tentatives à divers niveaux. Des services comme IPFS (InterPlanetary File System) et son offre connexe Filecoin posent déjà les bases et l’infrastructure d’un ensemble de services distribués reposant sur leur protocole et leur monnaie.45Lancement de Go-Filecoin 0.2.2, Filecoin (17 mai 2019), https://filecoin.io/blog/go-filecoin-0.2.2-release/. L’inventeur du World Wide Web lui-même, Tim Berners-Lee, travaille sur un système appelé Solid, désormais hébergé au sein de sa nouvelle entreprise Inrupt, qui contribuerait à rendre l’Internet plus décentralisé.46L’évolution de Solid, Solid, https://solid.inrupt.com/about. D’autres projets, tels qu’Indieweb, rassemblent des personnes pour mettre en place de nombreux éléments susceptibles de contribuer à un monde futur fondé sur des protocoles plutôt que sur des plateformes.47Qu’est-ce que l’IndieWeb?, IndieWebcamp, https://indieweb.org/.
Dans les deux cas, si un protocole était proposé et commençait à gagner du terrain, nous nous attendrions à observer plusieurs éléments clés : de multiples implémentations ou services basés sur le même protocole, offrant aux utilisateurs le choix du service à utiliser, plutôt que de les limiter à un seul. Nous assisterions probablement aussi à l’émergence d’un nouveau secteur d’activité lié au stockage sécurisé des données, car les utilisateurs cesseraient de mettre librement leurs données à la disposition des plateformes et exerceraient un plus grand contrôle sur celles-ci. Il est probable que d’autres nouveaux services et débouchés verraient également le jour en conséquence, d’autant plus que la concurrence s’intensifierait pour offrir un ensemble de services de meilleure qualité aux utilisateurs.
Conclusion
Au cours du dernier demi-siècle d’informatique en réseau, le balancier a oscillé entre l’informatique côté client et l’informatique côté serveur. Nous sommes passés des ordinateurs centraux et des terminaux passifs à de puissants ordinateurs de bureau, puis aux applications Web et au nuage. Peut-être commencerons-nous à observer un mouvement de balancier similaire dans ce domaine également. Nous sommes passés d’un monde où les protocoles dominaient à un monde où les plateformes centralisées contrôlaient tout. Un retour vers un monde où les protocoles l’emportent sur les plateformes pourrait être extrêmement bénéfique à la liberté d’expression et à l’innovation en ligne.
Une telle évolution pourrait nous ramener à la promesse initiale du Web : créer un espace où des personnes partageant les mêmes idées peuvent échanger sur divers sujets partout dans le monde et où quiconque peut découvrir de l’information utile sur une multitude de thèmes sans qu’elle soit polluée par les abus et la désinformation. Parallèlement, cela pourrait favoriser une plus grande concurrence et innovation sur Internet, tout en donnant aux utilisateurs finaux davantage de contrôle sur leurs propres données et en empêchant les grandes entreprises de détenir trop de données sur un utilisateur en particulier.
Passer aux protocoles, et non aux plateformes, constitue une approche favorable à la liberté d’expression au XXIe siècle. Plutôt que de s’en remettre à un « marché des idées » au sein d’une plateforme unique — qui peut être détournée par des personnes mal intentionnées —, les protocoles pourraient mener à un marché des idéaux, où la concurrence s’exercerait pour offrir de meilleurs services qui minimiseraient l’impact des personnes mal intentionnées, sans pour autant les priver entièrement de leur liberté d’expression.
Cela représenterait un changement radical, mais qui mérite d’être examiné sérieusement.
Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.
Notes
- 1Zachary Laub, Les discours haineux sur les médias sociaux : comparaisons mondiales, Conseil des relations étrangères (7 juin 2019), https://www.cfr.org/backgrounder/hate-speech-social-media-global-comparisons. ↩︎
- 2Tony Romm, Les républicains ont accusé Facebook, Google et Twitter de partialité. Les démocrates ont qualifié l’audience de « stupide ». , Washington Post (17 juillet 2018), https://www.washingtonpost.com/technology/2018/07/17/republicans-accused-facebook-google-twitter-bias-democrats-called-hearing-dumb/?utm_term=.895b34499816. ↩︎
- 3Une conversation avec Mark Warner : la Russie, Facebook et la campagne de Trump, Radio IQ|WVTF Music (6 avril 2018), https://www.wvtf.org/post/conversation-mark-warner-russia-facebook-and-trump-campaign#stream/0 (déclaration du sénateur Mark Warner (D-Va.) : « J’ai dénoncé pour la première fois Facebook et certaines plateformes de médias sociaux en décembre 2016. Pendant les six premiers mois, ces entreprises ont en quelque sorte ignoré ces allégations, mais celles-ci se sont avérées vraies : la Russie a utilisé leurs plateformes de médias sociaux avec de faux comptes pour diffuser de la désinformation, et elle a payé pour de la publicité politique sur leurs plateformes. Facebook affirme que ces tactiques ne sont plus autorisées — qu’ils ont banni cette entreprise de leur site —, mais je pense qu’ils ont beaucoup d’explications à fournir. »). ↩︎
- 4Nicholas Confessore et Matthew Rosenberg, Les retombées de l’affaire Facebook brisent l’alliance de longue date entre les démocrates et la Vallée du Silicium, N.Y. Times (17 nov. 2018) , https://www.nytimes.com/2018/11/17/technology/facebook-democrats-congress.html (citant une déclaration du sénateur Jon Tester (D-Mont.) : « M. Tester, le chef sortant de la branche électorale des démocrates au Sénat, considérait les entreprises de médias sociaux comme Facebook comme des plateformes de propagande susceptibles de coûter à son parti les élections de 2018, selon deux adjoints du Congrès. Si des agents russes lançaient une campagne de désinformation comme celle qui venait de contribuer à l’élection de M. Trump, a-t-il déclaré à M. Schumer, “nous perdrons tous nos sièges” »). ↩︎
- 5Julia Carrie Wong, #Breaking Up Big Tech : Elizabeth Warren affirme que Facebook vient de lui donner raison, The Guardian (11 mars 2019), https://www.theguardian.com/us-news/2019/mar/11/elizabeth-warren-facebook-ads-break-up-big-tech (déclaration de la sénatrice Elizabeth Warren (D-Mass.)) (« Vous vous demandez pourquoi je pense que FB a trop de pouvoir? Commençons par sa capacité à étouffer tout débat sur la question de savoir si FB détient trop de pouvoir. Merci d’avoir rétabli mes publications. Mais je veux un marché des médias sociaux qui ne soit pas dominé par un seul censeur. #BreakUpBigTech.») ↩︎
- 6Jessica Guynn, Ted Cruz menace de réglementer Facebook, Google et Twitter en raison d’allégations de partialité anti-conservatrice, USA Today (10 avril 2019), https://www.usatoday.com/story/news/2019/04/10/ted-cruz-threatens-regulate-facebook-twitter-over-alleged-bias/3423095002/ (déclaration du sénateur Ted Cruz (R-Tex.)) (« Ce qui rend la menace de censure politique si problématique, c’est le manque de transparence, l’invisibilité, la capacité d’une poignée de géants de la technologie à décider si un intervenant particulier est mal vu »). ↩︎
- 7Communiqué de presse, Louie Gohmert, député américain, Gohmert présente un projet de loi visant à supprimer les protections en matière de responsabilité civile pour les entreprises de médias sociaux qui utilisent des algorithmes pour masquer, promouvoir ou filtrer le contenu des utilisateurs (20 décembre 2018) (déclaration du député Louie Gohmert (R-Tex.) : « Des employés de certaines de ces entreprises ont fait part de leur aversion pour les conservateurs et ont discuté des moyens d’utiliser les plateformes de médias sociaux et les algorithmes pour réduire au silence les conservateurs et les priver de revenus.») ↩︎
- 8April Glaser, Envie d’un travail épouvantable? Facebook et Google pourraient embaucher, Slate (18 janvier 2018), https://slate.com/technology/2018/01/facebook-and-google-are-building-an-army-of-content-moderators-for -2018.html (expliquant que les grandes plateformes ont embauché ou ont annoncé leur intention d’embaucher des milliers, voire dans certains cas plus de dix mille, nouveaux modérateurs de contenu). ↩︎
- 9Tom Simonite, L’IA a commencé à nettoyer Facebook, mais pourra-t-elle aller jusqu’au bout?, Wired (18 déc. 2018), https://www.wired.com/story/ai-has-started-cleaning-facebook-can-it-finish/. ↩︎
- 10Communiqué de presse de Gohmert, supra, note 7 (« Les entreprises de médias sociaux bénéficient de protections juridiques spéciales en vertu de l’article 230 de la Loi sur les communications de 1934, protections dont ne bénéficient pas les autres médias. Au lieu d’agir comme les plateformes neutres qu’elles prétendent être pour obtenir leur immunité, ces entreprises ont transformé l’article 230 en un permis leur permettant potentiellement de frauder et de diffamer en toute impunité… Comme il ne semble toujours pas y avoir d’effort sincère pour mettre fin à ce comportement déconcertant, il est temps que les entreprises de médias sociaux soient tenues responsables de tout comportement partial et contraire à l’éthique de leurs employés, au même titre que n’importe quelle autre entreprise médiatique. Si ces entreprises veulent continuer à agir comme un média partial et à faire valoir leurs propres intérêts au détriment d’autrui, elles doivent en être tenues responsables »); Eric Johnson, Les jours de l’autoréglementation de la Vallée du Silicium « devraient probablement être » , selon Nancy Pelosi, Vox (11 avril 2019), https://www.recode.net/podcasts/2019/4/11/18306834/nancy -pelosi-présidente-chambre-des-représentants-technologie-réglementation-antitrust-230-immunité-kara-swisher-podcast-decode (déclaration de la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi (D-Cal)) (« L’article 230 est un cadeau qui leur est offert, et je ne pense pas qu’elles le traitent avec le respect qu’il mérite. […] Je pense donc que cela pourrait être remis en question et menacé. … Le privilège de l’article 230 doit s’accompagner d’un sens des responsabilités accru, et il n’est pas exclu qu’il puisse être supprimé.») . ↩︎
- 11Robert Burnson, Twitter l’emporte dans un procès pour censure intenté par un nationaliste blanc banni, Bloomberg (23 août 2018), https://www.bloomberg.com/news/articles/ 24 août 2018/twitter-beats-censorship-lawsuit-by -banned-white-advocate (Jared Taylor, qui se présente lui-même comme un « défenseur des Blancs », a fait valoir que son exclusion de Twitter constituait une violation de ses droits, mais une cour d’appel de l’État de la Californie a rejeté cet argument). ↩︎
- 12Par exemple, le service Gmail de Google , dont le service Gmail repose sur des protocoles de courriel ouverts comme SMTP et IMAP, mais auxquels s’ajoutent des fonctionnalités supplémentaires. Facebook utilise le protocole Signal pour assurer le chiffrement de bout en bout de ses services WhatsApp et Facebook Messenger. ↩︎
- 13Alex Hern, « Comment les bulles de filtrage et les algorithmes des médias sociaux influencent les élections », The Guardian (22 mai 2017), https://www.theguardian.com/technology/2017/may/22/social-media-election-facebook-filter-bubbles. ↩︎
- 14Tout le monde veut régner sur le monde, The Economist (27 novembre 2014), https://www.economist.com/briefing/2014/11/27/everybody-wants-to-rule-the-world. ↩︎
- 15À propos d’Usenet : Renseignements sur Usenet et Usenet.nl, Usenet.il, https://en.usenet.nl/usenet/; La conversation commence ici, Reddit, https://www.redditinc.com. ↩︎
- 16Michelle Delio, « Google Buys Deja Archive », Wired (12 février 2001), https://www.wired.com/2001/02/google-buys-deja-archive/ ↩︎
- 17Éternel septembre, Tv Tropes, https://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/EternalSeptember (« Puis, en 1993, AOL a ouvert à tous ses clients le forum alors dominant du Web, Usenet, et Usenet a été submergé. La structure sociale qui avait bien fonctionné pour intégrer une poignée relative de nouveaux venus s’est avérée inefficace dans un monde où les nouveaux arrivants surpassaient largement en nombre la vieille garde. Pire encore, pour chaque novice qu’on parvenait à civiliser ou à chasser, de plus en plus d’autres prenaient immédiatement sa place. C’est ce qu’on appelle l’Eternal September, l’ère dans laquelle vit désormais Internet; la plupart des anciens sont partis, ont disparu ou ont formé des communautés en ligne plus modestes au sein de l’Internet dans son ensemble. »). ↩︎
- 18Fichier « kill », Jargon File, http://catb.org/jargon/html/K/kill-file.html ( « Fichier(s) propre(s) à chaque utilisateur utilisé(s) par certains programmes de lecture Usenet (à l’origine rn(1) de Larry Wall) pour rejeter sommairement (sans les présenter à la lecture) les articles correspondant à certains modèles particulièrement inintéressants (ou indésirables) de sujet, d’auteur ou d’autres lignes d’en-tête. Ainsi, ajouter une personne (ou un sujet) à son fichier d’exclusion revient à faire en sorte que cette personne soit ignorée par son lecteur de nouvelles à l’avenir. »). ↩︎
- 19
- 20Mike Isaac et Cecilia Kang, « Facebook s’attend à une amende pouvant atteindre 5 milliards de dollars de la part de la FTC pour des problèmes de confidentialité », New York Times (24 avril 2019), https://www.nytimes.com/2019/04/24/technology/facebook-ftc-fine-privacy.html. ↩︎
- 21Emily Bell, La modération sur Facebook relève de l’intérêt public. Elle devrait être de notoriété publique, Colum. Journalism Rev. (23 mai 2017), https://www.cjr.org/tow_center/facebook-moderation-guardian.php. ↩︎
- 22Veronica Rocha, Brian Ries et Amanda Willis, « Mark Zuckerberg témoigne devant le Congrès », CNN (11 avril 2018), https://www.cnn.com/politics/live-news/mark-zuckerberg-testifies-congress/index.html. ↩︎
- 23Tony Romm, Les républicains ont accusé Facebook, Google et Twitter de partialité. Les démocrates ont qualifié l’audience de « stupide »., Wash. Post (17 juillet 2018), https://www.washingtonpost.com/technology/ 2018/07/17/republicans-accused-facebook-google-twitter-bias-democrats-called-hearing-dumb/?utm_term=.895b34499816. ↩︎
- 24Protocoles de courriel – Tutoriel sur POP3, SMTP et IMAP, Siteground, https://www.siteground.com/tutorials/email/protocols-pop3-smtp-imap/ (fournissant une description des protocoles). ↩︎
- 25Comparaison des clients de courriel, Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Comparison_of_email_clients (fournissant une longue liste de clients de courriel) . ↩︎
- 26Les premières acquisitions de Yahoo (les années 1990), SEO by the Sea, http://www.seobythesea.com/2006/01/early-yahoo-acquisitions-the-1990s/; Google + courriel = Gmail, CNN Money (1er avril 2004), https://money.cnn.com/2004/04/01/technology/google_email/. ↩︎
- 27Consulter les courriels d’autres comptes, Aide Gmail, https://support.google.com/mail/answer/21289? co=GENIE.Platform%3DDesktop&hl=en (proposant la configuration de Gmail Fetcher comme moyen d’utiliser une adresse non-Gmail avec l’interface de Gmail). ↩︎
- 28Brady Gavin, Les meilleures extensions Chrome pour améliorer Gmail, How-To-Geek (27 février 2019), https://www.howtogeek.com/402035/the-best-chrome-extensions-for-making-gmail-better/ (fournissant un exemple du nombre de modules complémentaires pour les systèmes de courriel disponibles aujourd’hui qui fonctionnent avec plusieurs implémentations de courriel). ↩︎
- 29Rahul Biswal, Les 10 meilleurs fournisseurs de services de courriel gratuits en 2019, Ecloudbuzz (31 déc. 2018), https://www.ecloudbuzz.com/best-free-email-service-providers/ (présente des listes de services de courriel populaires comprenant un éventail de grandes entreprises reconnues comme Google, Microsoft, AOL et Yahoo, ainsi que des startups). ↩︎
- 30Christina Warren, « La mise à jour de l’API de Twitter coupe l’oxygène aux clients tiers », Mashable (16 août 2012) , https://mashable.com/2012/08/16/twitter-api-big-changes/. ↩︎
- 31Amy Gesenhues, « Facebook coupe l’accès à sa plateforme API à des “centaines de milliers” d’applications inactives », Marketing Land (1er août 2018), https://marketingland.com/facebook-cuts-off-access-to-api-platform-for-hundreds-of-thousands-of-inactive-apps-245265. ↩︎
- 32Planifier l’envoi d’un courriel plus tard. Rappels de courriel faciles, Boomerang pour Gmail, https://www.boomeranggmail.com. ↩︎
- 33Nick Hopkins, Révélation : le règlement interne de Facebook sur le sexe, le terrorisme et la violence, The Guardian (21 mai 2017), https://www.theguardian.com/news/2017/may/21/revealed-facebook-internal-rulebook-sex-terrorism-violence. ↩︎
- 34Parker Molloy, En ne bannissant pas Alex Jones, Twitter fait un choix politique, The Verge (8 août 2018), https://www.theverge.com/2018/8/8/17662140/twitter-infowars-alex-jones-apple-facebook-spotify-pinterest-ban (expliquant les critiques dont Twitter a fait l’objet pour avoir attendu bien plus longtemps que la plupart des autres plateformes Internet avant de supprimer le compte du théoricien du complot Alex Jones). ↩︎
- 35Sam Levin, Julia Carrie Wong et Luke Harding, Facebook revient sur la censure de la « Napalm Girl » et rétablit la photo, The Guardian (9 septembre 2016), https://www.theguardian.com/technology/2016/sep/09/facebook-reinstates-napalm-girl-photo. ↩︎
- 36Eli Rosenberg, Facebook veut réduire la désinformation. Alors pourquoi ne fait-il rien contre InfoWars?, Wash. Post (14 juill. 2018), https://www.washingtonpost.com/news/the-intersect/wp/2018/07/14/facebook-wants-to-cut-down-on-misinformation-so-why-isnt-it-doing-anything -about-infowars/?utm_term=.eacf34e87542. ↩︎
- 37À propos des API de Twitter, Centre d’aide de Twitter, https://help.twitter.com/en/rules-and-policies/twitter-api. ↩︎
- 38Jon Brodkin, Les géants de la technologie, remis à leur place par Heartbleed, acceptent enfin de financer OpenSSL, Ars Technica (24 avril 2014), https://arstechnica.com/information-technology/2014/04/tech-giants-chastened-by-heartbleed-finally-agree -to-fund-openssl/ (« La bibliothèque logicielle cryptographique libre sécurise des centaines de milliers de serveurs Web et de nombreux produits vendus par des entreprises valant plusieurs milliards de dollars, mais elle fonctionne avec un budget très restreint. Le président de l’OpenSSL Software Foundation, Steve Marquess, a écrit dans un billet de blogue la semaine dernière qu’OpenSSL reçoit généralement environ 2 000 $ de dons par année et ne compte qu’un seul employé travaillant à temps plein sur le code libre. »). ↩︎
- 39Fournisseur d’accès Internet ↩︎
- 40Samuel Gibbs, Comment le courriel est-il passé de simples messages entre universitaires à une « épidémie » mondiale?, The Guardian (7 mars 2016), https://www.theguardian.com/technology/2016/mar/07/email-ray-tomlinson-history. ↩︎
- 41Tom Simonite, L’Internet décentralisé est là, avec quelques ratés, Wired (5 mars 2018), https://www.wired.com/story/the-decentralized-internet-is-here-with-some-glitches/. ↩︎
- 42Yoav Vilner, « Les bourses de cryptomonnaies s’améliorent en matière d’expérience utilisateur et de liquidité », Forbes (14 juillet 2018), https://www.forbes.com/sites/yoavvilner/2018/07/14/cryptocurrency-exchanges-are-getting-better-in-user-experience-and-liquidity/#20d5744b37f3. ↩︎
- 43Anita Balakrishnan, « Facebook s’engage à doubler son effectif de 10 000 employés chargés de la sûreté et de la sécurité d’ici la fin de 2018 », CNBC (31 oct. 2017), https://www.cnbc.com/2017/10/31/facebook-senate-testimony-doubling-security-group-to-20000-in-2018.html. ↩︎
- 44Claire Cain Miller, Une nouvelle tentative de Google pour rivaliser avec Facebook, N.Y. Times (28 juin 2011), https://www.nytimes.com/2011/06/29/technology/29google.html. ↩︎
- 45Lancement de Go-Filecoin 0.2.2, Filecoin (17 mai 2019), https://filecoin.io/blog/go-filecoin-0.2.2-release/. ↩︎
- 46L’évolution de Solid, Solid, https://solid.inrupt.com/about. ↩︎
- 47Qu’est-ce que l’IndieWeb?, IndieWebcamp, https://indieweb.org/. ↩︎
