Bienvenue dans le monde multipolaire
Traduction de Power without Ideology, par Daniel Bessner, sur The Ideas Letter, 30 avril 2026. [Réf. The Syllabus]
La guerre menée par l’administration Donald J. Trump contre l’Iran a relancé le débat sur le rôle que les États-Unis devraient jouer dans le monde. Alors que, dans l’histoire récente des États-Unis, le soutien de l’opinion publique aux guerres menées par le pays était généralement élevé dès les premiers jours d’un conflit, seuls 41 % des Américains soutenaient la guerre contre l’Iran à son déclenchement, et ces chiffres sont restés faibles. Ce manque de soutien témoigne d’un changement profond de l’opinion publique américaine, qui s’éloigne d’un soutien instinctif à l’hégémonie : les Américains semblent désormais sceptiques vis-à-vis de leur empire.
Comme c’est souvent le cas, l’opinion publique a suivi la réalité concrète. Les statistiques sont sans équivoque : la puissance économique et militaire des États-Unis est en déclin. En 1980, les États-Unis représentaient 21,6 % du PIB mondial ajusté en parité de pouvoir d’achat (PPA) ; en 2016, ce chiffre était tombé à 15,9 % ; en 2025, il est tombé à 14,6 % ; et il devrait tomber à 13,9 % d’ici 2030. Il en va de même lorsque l’on examine la part du G7 dans le PIB mondial ajusté en fonction de la PPA. En 1980, les pays du G7 — les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et le Japon — représentaient 51,9 % du PIB mondial ajusté en fonction de la PPA ; en 2016, 32,3 % ; en 2025, 28,3 % ; et cette part devrait tomber à 26,2 % d’ici 2030. Au cours des deux dernières décennies, plusieurs pays d’Asie se sont imposés pour contester la puissance économique de l’Atlantique Nord. En 1980, la Chine ne représentait que 2,1 % du PIB mondial ajusté en fonction de la PPA ; en 2025, 19,6 % ; et ce chiffre devrait atteindre 20,4 % d’ici 2030. De son côté, l’Inde est passée de 2,7 % du PIB mondial ajusté en fonction de la parité de pouvoir d’achat en 1980 à 8,2 % en 2025, pour atteindre, selon les projections, 9,7 % en 2030. Tant en termes absolus que relatifs, les États-Unis et leurs plus proches alliés ont connu un déclin économique significatif.
Il en va de même pour la puissance militaire américaine. Bien que les États-Unis aient dépensé 954 milliards de dollars pour leur armée en 2025, le pays n’a pas réussi à remporter de victoires stratégiques depuis des décennies. Les talibans contrôlent actuellement l’Afghanistan ; l’Irak est une démocratie instable ; la Libye connaît des violences régulières ; et l’administration Trump a non seulement échoué à provoquer un changement de régime en Iran, mais a fourni à ce dernier un motif légitime de fermer le détroit d’Ormuz et de s’affirmer ainsi comme une véritable puissance régionale. Des événements spectaculaires tels que les assassinats d’Oussama ben Laden en 2011 et de Qasem Soleimani en 2020, ainsi que l’enlèvement de Nicolás Maduro en 2026, ne doivent pas nous faire oublier que l’armée américaine s’est révélée incapable de consolider une hégémonie en déclin.
Plus spectaculaire encore, les États-Unis ont perdu leur statut d’hégémon régional incontesté en Asie de l’Est. La Chine, dont les dépenses militaires ont augmenté de plus de 3 000 % entre 1990 et 2024 et qui s’est engagée dans des projets de modernisation militaire et de libéralisation économique s’étalant sur plusieurs décennies, conteste désormais sérieusement la puissance américaine dans la région. Selon le Lowy Institute, un groupe de réflexion non partisan basé en Australie qui publie un « Asia Power Index », en 2025, les États-Unis, bien qu’ils restent « la première puissance en Asie », ont également « enregistré la plus forte baisse de puissance globale parmi tous les pays inclus dans l’Asia Power Index, ramenant la puissance américaine à son niveau le plus bas depuis la création de l’indice en 2018 ». La Chine, en comparaison, « a enregistré une légère augmentation de sa puissance globale » et semble capable « de surmonter l’environnement géopolitique actuel et de résister aux politiques économiques coercitives des États-Unis ».
Les signes sont évidents. Que ce soit dans cinq, dix ou quinze ans, les États-Unis n’exerceront plus le même degré d’influence qu’ils ont eu depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Nous assistons à l’avènement d’un nouvel ordre mondial multipolaire qui se caractérisera par une structure pyramidale. À son sommet se trouveront deux superpuissances — les États-Unis et la Chine —, avec trois grandes puissances en dessous — l’Inde, la Russie et l’Union européenne —, et une série de puissances moyennes occupant la base : le Royaume-Uni, le Japon, Israël, l’Iran et la Corée du Sud, entre autres.
En d’autres termes, le globe s’effondre en plusieurs « sphères d’influence » de différentes échelles géographiques. Les États-Unis semblent destinés à dominer l’hémisphère occidental et le Moyen-Orient ; la Chine à dominer l’Asie de l’Est et du Sud-Est ; l’Inde à dominer l’Asie du Sud tout en luttant contre la Chine pour l’influence dans son voisinage proche ; la Russie à dominer son propre voisinage proche ; et l’Union européenne, menée par la France et l’Allemagne, à dominer l’Europe occidentale et centrale. De leur côté, les puissances moyennes s’aligneront probablement sur l’une des superpuissances — le Royaume-Uni et Israël l’ont fait avec les États-Unis, tout comme l’Iran avec la Chine — ou tenteront de monter les États-nations les plus puissants les uns contre les autres, comme l’Inde l’a fait avec les États-Unis et l’Union soviétique pendant la Guerre froide.
Ce nouvel ordre mondial multipolaire sera très différent du système bipolaire qui existait pendant la Guerre froide. Dans ce dernier conflit, les deux superpuissances, malgré des engagements diplomatiques et économiques occasionnels, opéraient largement de manière indépendante et consacraient des ressources considérables à se combattre dans des guerres par procuration au nom de projets idéologiques universalistes. Il ne ressemblera pas non plus à la période unipolaire, durant laquelle les États-Unis exerçaient une influence économique, militaire, politique et culturelle sans précédent sur les affaires mondiales. Enfin, il ne ressemblera pas non plus au Concert européen qui a duré du Congrès de Vienne de 1814-1815 jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Alors que durant cette dernière période, les États les plus puissants du monde opéraient au sein d’une culture diplomatique commune affinée par des siècles d’interaction, rien de tel n’existe aujourd’hui.
Surtout, nous entrons dans une ère où l’idéologie aura moins d’importance dans la compétition géopolitique qu’elle n’en avait aux XIXe, XXe et au début du XXIe siècle. Au cours des deux derniers siècles, les plus grandes puissances mondiales se sont battues au nom d’idéologies particulières telles que le libéralisme, le fascisme et le communisme, qu’elles considéraient comme applicables à l’échelle mondiale. Cette période est révolue. Au contraire, ce qui unit aujourd’hui les puissances mondiales, c’est qu’elles ne se battent pas en faveur de visions universalistes de la bonne société, mais qu’elles s’engagent plutôt dans la poursuite d’intérêts nationaux matériels. La nôtre est donc la première ère depuis deux siècles où la puissance brute est la seule finalité de la politique internationale.
Pour éviter le déclenchement d’une guerre majeure, nous devons affronter cette réalité ouvertement et honnêtement. Et un bon moyen d’y parvenir est de se tourner vers le passé, lorsque le président Franklin Delano Roosevelt envisageait un monde similaire à celui qui émerge actuellement.
Pour FDR, la Seconde Guerre mondiale ne se limitait pas à vaincre l’Allemagne nazie et le Japon impérial : il s’agissait de créer un ordre mondial qui empêcherait le déclenchement même des conflits entre grandes puissances. Au début du XXe siècle, des dirigeants comme le président Woodrow Wilson avaient insisté sur le fait qu’avec des arrangements institutionnels appropriés, la rationalité et le droit pourraient à la fois dompter la géopolitique et renforcer la puissance mondiale des États-Unis. Au milieu de la Seconde Guerre mondiale, cependant, l’histoire — et surtout l’incapacité de la Société des Nations à endiguer les conflits internationaux — semblait prouver que ce point de vue était erroné. C’est pourquoi Roosevelt rejeta l’idéalisme de son prédécesseur et adopta un réalisme qui affirmait que la seule façon d’ordonner la politique mondiale était de diviser le monde en sphères d’influence gouvernées par les grandes puissances.
Le 29 novembre 1943, Roosevelt rencontra le dictateur soviétique Joseph Staline lors de la Conférence de Téhéran réunissant les dirigeants des trois grandes puissances alliées. Roosevelt souhaitait discuter avec Staline d’un certain nombre de questions liées à la guerre ainsi qu’à l’organisation du monde d’après-guerre. À ce moment-là, les États-Unis progressaient en Italie et dans le Pacifique tandis que l’URSS repoussait les forces nazies qui avaient été vaincues à Stalingrad et à Koursk. Hitler ne l’aurait peut-être pas admis, mais les Alliés étaient sur la voie de la victoire. C’était le moment opportun pour négocier les relations entre les grandes puissances de l’après-guerre.
Les États-Unis et l’URSS avaient une histoire mouvementée. En 1918, Wilson avait envoyé des troupes américaines en Union soviétique pour aider les forces « blanches » anti-bolcheviques. Même après que les bolcheviks eurent consolidé leur pouvoir dans les années 1920, les États-Unis refusèrent de reconnaître l’Union soviétique. Ce n’est qu’en 1933, une fois Roosevelt au pouvoir, que des relations diplomatiques officielles furent établies entre les deux pays, créant des canaux qui serviraient plus tard à former une alliance à la suite de l’opération Barbarossa d’Hitler.
Heureusement, Roosevelt et Staline s’entendaient bien. Ce qui unissait les deux dirigeants, c’est qu’ils étaient tous deux, à leur manière, des réalistes : ils comprenaient tous deux l’importance du pouvoir dans la structuration des relations internationales et ne croyaient pas qu’il fût possible d’imposer leurs propres systèmes politico-économiques à l’ensemble du globe, même s’ils souhaitaient dominer leurs voisins.
Lorsqu’ils se sont rencontrés à Téhéran, Roosevelt a présenté un plan à Staline. Outre la création d’une organisation internationale baptisée « Nations Unies » d’après la coalition des alliés de la guerre, le président lança également l’idée de mettre en place un organe supplémentaire qu’il qualifia de « Quatre Gendarmes ». Ce groupe serait composé des États-Unis, de l’Union soviétique, du Royaume-Uni et de la Chine, et disposerait, expliqua Roosevelt, « du pouvoir de faire face immédiatement à toute menace pour la paix et à toute urgence soudaine » nécessitant une action concertée.
Face à l’idée de Roosevelt, Staline posa une question : le concept des « Quatre gendarmes » n’impliquerait-il pas « l’envoi de troupes américaines en Europe » ? Non, répondit le président — « il n’avait envisagé que l’envoi d’avions et de navires américains en Europe » ; sinon, ajouta-t-il, « l’Angleterre et l’Union soviétique devraient se charger des armées terrestres ».
Cela apaisa Staline, qui reconnut, comme l’a noté l’historien John Lewis Gaddis, que l’idée même des « Quatre gendarmes » « impliquait clairement l’existence » de sphères d’influence. Dans la vision géopolitique de Roosevelt, les États-Unis domineraient l’hémisphère occidental et certaines parties du Pacifique ; l’Union soviétique contrôlerait l’Europe de l’Est et les pays baltes ; le Royaume-Uni exercerait sa domination sur son empire d’outre-mer et l’Europe occidentale (avec l’aide des États-Unis) ; et la Chine exercerait une influence prépondérante en Asie de l’Est (là encore, sous l’égide significative des États-Unis).
En d’autres termes, Roosevelt était disposé à « céder » l’Europe au Royaume-Uni et à l’Union soviétique. En effet, lors de la conférence de Yalta quatorze mois plus tard, Gaddis écrit que Roosevelt « promit en substance le retrait des troupes américaines du continent dans les deux ans suivant la capitulation de l’Allemagne ».
Le président a ainsi articulé une vision non universaliste et non hégémonique des relations internationales, dans laquelle les quatre grandes puissances mondiales se partageraient le globe. Selon lui, les Nations unies ne seraient qu’un organe qui « se réunirait périodiquement en différents lieux, discuterait et ferait des recommandations à un organe plus restreint ». Les « quatre gendarmes » tireraient les ficelles, les États-Unis occupant la place de primus inter pares.
La vision de Roosevelt se reflétait en partie dans l’architecture du Conseil de sécurité de l’ONU, qui privilégiait les grandes puissances. Mais un monde ordonné par les « quatre gendarmes » ne vit jamais le jour, et lorsque le président mourut en avril 1945, cette vision mourut avec lui. Son successeur, Harry S. Truman, était bien plus anticommuniste que FDR. Truman adhérait également à une vision véritablement mondiale – et véritablement idéologique – de la puissance américaine qui présentait l’Union soviétique comme une menace illégitime et existentielle. Avec Truman au pouvoir, ce n’était qu’une question de temps avant que la Guerre froide n’éclate.
Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée en 1991, les États-Unis sont apparus comme l’hégémon économique, militaire, politique et culturel incontesté, capable de faire ce qu’il voulait, quand il le voulait, partout dans le monde, sans craindre de représailles existentielles. Ils ont passé une grande partie du quart de siècle suivant à promouvoir une forme néolibérale d’organisation politico-économique qui s’est répandue dans de nombreuses régions sur lesquelles les États-Unis exerçaient leur domination. Le libéralisme à l’américaine semblait triomphant, « le point d’aboutissement de l’évolution idéologique de l’humanité », comme l’a écrit Francis Fukuyama dans son essai de 1989 « La fin de l’histoire ? »
Mais rien ne dure éternellement, surtout pas un ordre mondial dont l’hégémon a commis de multiples erreurs stratégiques — de la déréglementation financière à la guerre mondiale contre le terrorisme — qui ont sapé son autorité et son pouvoir. Aujourd’hui, nous revenons à l’ordre international imaginé par Roosevelt, divisé en sphères d’influence régionales.
Avant tout, nous ne revivons pas la Guerre froide avec un nouveau rival existentiel. Malgré les discours sur une « nouvelle Guerre froide » avec la Chine, il existe plusieurs différences significatives entre la rivalité américano-chinoise de 2026 et la rivalité américano-soviétique tout au long de la Guerre froide, qui rendent les analogies simplistes au mieux trompeuses, au pire stupides.
Premièrement, les États-Unis et la Chine sont bien plus étroitement liés sur le plan économique que ne l’ont jamais été les États-Unis et l’Union soviétique. Même les guerres tarifaires de Trump n’ont pas empêché la Chine de rester le quatrième partenaire commercial des États-Unis en termes de marchandises, le quatrième marché d’exportation et la troisième source d’importations américaines. Et contrairement à l’Union soviétique, la Chine est un véritable leader technologique, en particulier dans les domaines de l’énergie verte et de l’intelligence artificielle. Elle contrôle également la chaîne d’approvisionnement du secteur minier mondial, ce qui signifie que tout pays souhaitant développer des technologies de pointe doit composer avec elle. Enfin, la Chine est en train de moderniser son armée, un effort qui a déjà porté ses fruits. Cela lui donnera à terme le pouvoir de tenter d’évincer complètement les États-Unis d’Asie de l’Est, ce qui obligera les dirigeants américains soit à accepter des pertes d’une ampleur qu’ils n’ont jamais eu à subir pendant la Guerre froide, soit à engager le pays dans une guerre dévastatrice avec la Chine qui pourrait déboucher sur un conflit nucléaire.
En ce qui concerne l’Europe de l’Est, les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont révélé deux choses. Premièrement, que les États-Unis n’étaient pas disposés à envoyer des troupes pour défendre l’Ukraine. Deuxièmement, que, à mesure que la guerre se prolongeait, tant l’opinion publique américaine que les responsables politiques ont perdu toute envie de fournir ne serait-ce que du matériel à ce pays. Depuis son accession à la présidence, Trump n’a pas demandé au Congrès de fonds pour envoyer une aide militaire à l’Ukraine. Les États-Unis se sont également retirés de leur position de leader au sein du Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine et ont exigé que les pays européens financent la nouvelle aide militaire américaine à l’Ukraine.
Il est intéressant de noter que certains éléments de l’administration Trump semblent comprendre la nouvelle réalité multipolaire. La Stratégie de sécurité nationale (NSS) de l’administration, publiée en novembre 2025, marque un tournant décisif par rapport à la vision mondiale qui a défini la politique étrangère américaine depuis 1945, et en particulier depuis la chute du mur de Berlin. Au lieu de poursuivre la « domination américaine permanente sur le monde entier », la NSS insiste sur le fait que les États-Unis se concentreront principalement sur deux régions : l’hémisphère occidental, où l’administration Trump « restaurera la prééminence américaine », et le Moyen-Orient, où l’administration fera tout « pour empêcher une puissance rivale de dominer ». En revanche, en ce qui concerne l’Asie, la stratégie proclame que les États-Unis « y mèneront une concurrence fructueuse » — une reconnaissance implicite que l’ère de l’hégémonie régionale américaine est révolue. Pour l’Europe, la stratégie affirme l’engagement à faire en sorte que le continent « vole de ses propres ailes » et assume « la responsabilité principale de sa propre défense ».
Bien que la NSS n’utilise pas ce langage, Trump et ses responsables de la politique étrangère envisagent un monde défini par des sphères d’influence. Il ne s’agit pas, il est important de le souligner, d’un monde défini par la paix, comme le révèlent l’enlèvement de Maduro par Trump et sa guerre avec Israël contre l’Iran. Il s’agit plutôt d’un monde dépourvu de prétentions idéologiques et de projets universalistes. C’est un monde organisé autour du pouvoir économique et militaire – et non culturel ni même politique.
La nouvelle structure multipolaire des relations internationales, fondée sur des sphères d’influence, a déjà eu des effets profonds sur la géopolitique. Le plus frappant est l’absence de réaction significative de la Chine face à l’enlèvement de Maduro par Trump ou à sa guerre contre l’Iran — cette dernière malgré le fait qu’en 2023, la Chine ait contribué à négocier un accord de normalisation entre l’Arabie saoudite et l’Iran —, ce qui indique que le principal concurrent des États-Unis a accepté la réalité des sphères d’influence, même s’il tente d’imposer la stabilité au Moyen-Orient en aidant à négocier la paix. On imagine que si la Chine venait à envahir Taïwan dans les années à venir, elle s’attendrait à ce que les États-Unis et leurs alliés la laissent faire. Et au fil du temps, Poutine ou un successeur ne s’attendrait pas non plus à une forte réaction de la part des États-Unis si la Russie affirmait son contrôle sur son « étranger proche », incluant peut-être même les États baltes.
En termes de politique de puissance, l’ordre mondial n’a pas été organisé de cette manière depuis la fin du XIXe siècle, lorsque les grandes puissances européennes se sont partagé de vastes portions du globe. Et bien sûr, ce système mondial a pris fin pendant la Première Guerre mondiale, au prix de millions de vies.
Pour éviter une issue aussi potentiellement catastrophique, il vaut la peine de réfléchir aux caractéristiques inédites de notre nouvelle structure géopolitique pyramidale. Ce n’est qu’en les identifiant que nous pourrons entamer le processus de création d’une architecture mondiale capable d’empêcher le déclenchement d’un conflit qui, compte tenu de sa nature potentiellement nucléaire, pourrait signifier la fin du monde.
La différence la plus significative entre la nouvelle multipolarité et les mondes unipolaires, bipolaires et multipolaires des époques passées réside dans sa nature non idéologique. Ici, je n’entends pas par « non idéologique » que les idées ne façonneront plus les affaires internationales. Je l’utilise plutôt pour indiquer que, dans un avenir prévisible, aucun État-nation ne se consacrera à promouvoir, exporter, voire défendre une idéologie universaliste sur la scène mondiale. Il s’agit d’une situation très différente de celle des périodes précédentes.
À l’époque de l’unipolarité, la puissance hégémonique américaine affirmait se battre au nom de la démocratie capitaliste libérale ; à l’époque de la bipolarité, les deux superpuissances articulaient des visions distinctes de l’économie politique que les deux camps jugeaient inconciliables ; et pendant le Concert européen, les empires européens, à savoir les empires britannique et français, présentaient leurs projets mondiaux comme explicitement libéraux. Si les grandes puissances ont toujours eu des raisons matérielles pour justifier leurs actions, elles les ont, au cours des deux derniers siècles, dissimulées sous un habit idéologique auquel de nombreux acteurs historiques adhéraient sincèrement : les Britanniques se sont réellement battus pour le libéralisme ; les nazis pour le nazisme ; les Soviétiques pour le communisme ; les Américains pour le capitalisme, et ainsi de suite.
L’idéologie, du moins au sens universaliste du terme, est bien moins importante dans la géopolitique actuelle. Dans « La fin de l’histoire ? », Fukuyama soutenait que le libéralisme serait l’idéologie finale en ce sens qu’après l’effondrement du communisme, il n’avait plus à faire face à un antagoniste d’une ampleur comparable. Il avait raison sur ce point. Mais Fukuyama avait tort lorsqu’il a présumé que le triomphe du libéralisme conduirait à « l’universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme ultime de gouvernement humain ».
Ce qui s’est réellement produit, c’est que, alors que la majorité des pays adoptaient des formes distinctes de capitalisme — le capitalisme libéral pour les États-Unis, le capitalisme oligarchique et autocratique pour la Russie, le capitalisme d’État pour la Chine —, c’est l’idéologie justificative du libéralisme elle-même qui s’est évanouie. Historiquement, le libéralisme a fourni un ancrage idéologique à l’essor du capitalisme démocratique dans le monde de l’Atlantique Nord aux XIXe et XXe siècles. Mais ce que la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle ont révélé, c’est que le capitalisme s’accordait parfaitement avec l’autocratie, l’oligarchie et d’autres formes de gouvernement. En dernière analyse, le libéralisme n’a pas conduit à « l’universalisation de la démocratie libérale occidentale » ; au contraire, il s’est dissipé. La Chine, la Russie, l’Arabie saoudite, Israël et d’autres pays sont sans aucun doute capitalistes — ce qu’ils ne sont pas, c’est libéraux.
Cela n’implique pas que, au sein des sphères d’influence, ou au sein des États et des sociétés eux-mêmes, l’idéologie — comprise comme une vision systématique du monde qui motive et justifie le comportement du gouvernement — n’exercera plus de force causale significative. Lorsque le gouvernement russe kidnappe des milliers d’orphelins et les « russifie » de force, il agit de manière idéologique ; lorsque le gouvernement chinois détient environ un million d’Ouïghours et d’autres minorités musulmanes au Xinjiang, il agit de manière idéologique ; et lorsque l’administration Trump arrête et expulse des militants pro-palestiniens, elle agit de manière idéologique.
Le fait est qu’en matière de géopolitique, les idéologies universalistes ont peu de chances de guider l’action des États au niveau mondial. Nous n’assisterons donc pas à une répétition de la Guerre froide, lorsque l’Union soviétique soutenait des régimes idéologiquement proches dans des pays comme la Corée du Nord et Cuba, et que les États-Unis faisaient de même au Sud-Vietnam et à Taïwan.
La complication la plus importante avec cette thèse réside dans la relation entre les États-Unis et l’Europe. La NSS de Trump a beaucoup insisté sur la « restauration de la confiance civilisationnelle de l’Europe et de l’identité occidentale », ce qui constituait une critique à peine voilée du cosmopolitisme et du supranationalisme de l’UE. L’administration articule clairement une idéologie fondée sur la race concernant le « caractère » du monde nord-atlantique. Pour de nombreux observateurs, cette rhétorique civilisationnelle suggère que l’Europe restera dans la sphère d’influence américaine.
Néanmoins, l’administration Trump souhaite atténuer la position des États-Unis au sein de l’OTAN et, plus largement, la responsabilité américaine en matière de défense européenne. La NSS déclare ainsi que les États-Unis s’engagent à « partager et transférer la charge », les « alliés et partenaires » américains « assumant la responsabilité principale de leurs régions » tandis que les États-Unis agissent principalement « en tant que rassembleur et soutien ». La tension ici est révélatrice : Trump et son entourage veulent que l’Europe occidentale et centrale soit racialement et culturellement américaine, mais stratégiquement européenne.
À terme, la logique de la multipolarité suggère que l’Europe suivra sa propre voie. Les pays européens s’engagent déjà dans cette direction. Un rapport publié par McKinsey souligne que depuis 2019, les « dépenses de défense de base » des nations européennes ont doublé. De plus, l’Allemagne a l’intention de doubler son budget de défense d’ici 2029 ; le président Emmanuel Macron a l’intention d’augmenter le nombre d’armes nucléaires dans l’arsenal français et de déployer temporairement des armes nucléaires dans des pays européens alliés ; et l’UE a adopté un plan « ReArm Europe » / « Readiness 2030 » qui fait évoluer le continent vers une « autonomie stratégique ». Tout cela suggère que c’est le pouvoir, et non l’idéologie, qui régira l’avenir des relations entre les États-Unis et l’Europe.
À mesure que la place centrale des idéologies universalistes dans la politique internationale s’est estompée, les intérêts matériels des États-nations ont pris le devant de la scène. Dans la récente NSS de l’administration Trump, par exemple, le terme « intérêts » et ses variantes sont mentionnés quarante-cinq fois, alors que « idéologie » et ses variantes ne le sont que six fois. Comparez cela à la NSS de 2006 de l’administration George W. Bush, qui n’utilisait le mot « intérêts » qu’une vingtaine de fois. Dans le même ordre d’idées, la NSS de Trump souligne que les « pouvoirs redoutables » du gouvernement américain « ne doivent jamais être utilisés à mauvais escient, que ce soit sous le prétexte de la « déradicalisation », de la « protection de notre démocratie » ou de tout autre prétexte ». Cela contraste fortement avec la NSS de Bush, qui insistait sur le fait que « la mesure la plus efficace à long terme pour la prévention et la résolution des conflits est la promotion de la démocratie ».
La même indifférence à l’égard de l’idéologie s’exprime dans les documents stratégiques récemment publiés par la Russie et la Chine. La toute première ligne de la « Stratégie de sécurité nationale de la Fédération de Russie », publiée en juillet 2021 — environ huit mois avant que la Russie n’envahisse l’Ukraine, alors que Poutine avait probablement déjà pris sa décision de partir en guerre — affirme l’importance « de renforcer les capacités de défense, l’unité interne et la stabilité politique, de moderniser l’économie et de développer les capacités industrielles ». L’idéologie n’est pratiquement pas abordée. De même, dans la version chinoise de la NSS de mai 2025, le terme « sécurité » est mentionné plus de 400 fois ; « idéologie » et ses variantes ne sont mentionnées que sept fois ; et « socialiste » et ses variantes ne sont mentionnées que treize fois.
En matière de géopolitique, nous vivons une « fin de l’idéologie ». C’est là la caractéristique la plus distinctive de la nouvelle multipolarité pyramidale. Les États-nations les plus puissants du monde ne se voient plus engagés dans de grands projets universels destinés à transformer d’autres sociétés en les encourageant à adopter un modèle particulier d’organisation politico-économique.
Même l’initiative chinoise « Belt and Road », souvent interprétée comme l’équivalent d’une promotion de la démocratie mais au service du capitalisme d’État autoritaire, n’est pas un véritable projet idéologique. La Chine a aidé tous les types de gouvernements — démocraties, États autoritaires, monarchies, pays socialistes — et a déclaré publiquement qu’« il est impératif de respecter les voies de développement choisies indépendamment par les peuples d’autres pays, de ne pas imposer sa volonté à d’autres pays et de ne pas s’ingérer dans leurs affaires intérieures ». Cela ne veut pas dire que la Chine agit avec bienveillance ; elle souhaite très clairement établir des relations de dépendance entre elle-même et les autres pays. Cela signifie qu’en dehors de sa sphère d’influence, la Chine n’est pas motivée par un programme universaliste qu’elle souhaite voir adopter par les autres pays.
Si Dieu est mort au XIXe siècle, l’idéologie est morte au XXIe.
Beaucoup sera perdu dans notre nouvelle ère de politique de puissance multipolaire et non idéologique. Si l’ordre international libéral n’a jamais fonctionné comme l’affirmaient ses promoteurs les plus idéalistes, il n’en restait pas moins une fiction utile. Sa désintégration aura probablement les effets les plus négatifs sur les nations les plus faibles, incapables de s’affirmer dans le nouveau système de sphères d’influence.
Dans les décennies qui ont suivi 1945, un « ordre international libéral » ou « ordre fondé sur des règles » a véritablement existé en Europe occidentale et centrale, où les grandes guerres appartenaient désormais au passé. Malheureusement, il ne fonctionnait pas en dehors de ces régions. La politologue Lindsey O’Rourke a constaté que, pendant la Guerre froide, les États-Unis ont tenté de renverser secrètement des régimes étrangers à 64 reprises, et que les régimes visés par les États-Unis étaient, selon les termes de O’Rourke, « moins susceptibles d’être démocratiques par la suite et plus susceptibles de connaître une guerre civile, des changements de régime défavorables ou des violations des droits de l’homme ». De plus, les politologues Monica Duffy Toft et Sidita Kushi ont analysé les chiffres et montré qu’entre 1946 et 2019, les États-Unis sont intervenus à l’étranger en recourant à « la menace, la démonstration ou l’usage direct de la force » à 216 reprises. Pour reprendre les mots de Voltaire, l’ordre international libéral n’était ni libéral, ni international, ni un ordre.
Néanmoins, il est également vrai que le langage du libéralisme a parfois permis à des groupes de faire valoir des revendications concrètes sur la scène mondiale, comme l’ont fait les Sud-Africains noirs lorsqu’ils ont combattu l’apartheid et comme l’ont fait les Palestiniens lorsqu’ils ont tenté de lutter contre l’oppression israélienne. Le fait que de nombreux partis politiques à travers le monde aient remplacé leurs discours libéraux précédemment déployés par un nationalisme ouvertement chauvin et ethnocentrique n’est pas un progrès mais un recul. Ils ont, en effet, retiré le masque libéral.
L’effondrement du fantasme d’un ordre international libéral ne signifie pas que la domination a pris fin, mais seulement que la nature de la domination a changé. En Asie de l’Est en particulier, la puissance américaine est déjà en train d’être remplacée par la puissance chinoise, et des nations comme le Japon, la Corée du Sud et les Philippines — sans parler de Taïwan — resteront sous la coupe d’une puissance supérieure. Il en va de même pour les pays du « voisinage proche » de la Russie. À mesure que l’ordre international libéral continue de se dissoudre, ce sont les nations les plus faibles qui peuvent s’attendre à souffrir le plus.
L’effondrement de cet ordre a d’autres conséquences négatives. Les armes de destruction massive risquent de proliférer. Historiquement, la concurrence entre États de puissance à peu près égale a favorisé la diffusion des technologies militaires. C’est un véritable miracle que, au cours des quatre-vingt-une dernières années, davantage de nations n’aient pas développé d’armes nucléaires, mais dans un environnement nouvellement concurrentiel, il y a de fortes chances que ce miracle prenne fin. De plus, l’émergence d’une multipolarité compétitive signifie que les problèmes d’action collective existants, notamment le changement climatique et les pandémies, seront encore plus difficiles à résoudre.
Dans la pratique, les organisations internationales telles que le Fonds monétaire international et les Nations unies ont vu leur capacité à façonner le monde limitée, car elles n’ont pas réussi à surmonter la réticence des nations puissantes à restreindre leur propre souveraineté : les États-Unis, par exemple, n’ont jamais adhéré à la Cour pénale internationale. Néanmoins, certaines organisations internationales peuvent se targuer de réalisations significatives, notamment l’Organisation mondiale de la santé, dont la campagne de vaccination contre la variole a contribué à éradiquer cette maladie, et l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui a aidé à limiter la prolifération nucléaire.
Mais alors que les nations se livrent à une lutte pour le pouvoir, elles sont moins enclines à coopérer entre elles pour résoudre les problèmes auxquels l’humanité dans son ensemble est confrontée. Si des organisations comme l’ONU continueront d’exister, leur impact sera réduit. Dans quelques décennies, nous pourrions considérer l’ère de l’unipolarité comme une occasion manquée, durant laquelle l’hégémon américain n’a pas su mettre son immense puissance au service du bien commun en établissant de nouvelles normes et de nouveaux groupes véritablement internationalistes.
En effet, il est probable que le monde qui émergera de l’ère de l’unipolarité américaine sera fragmenté et violent, en particulier au sein des sphères d’influence. La Russie est susceptible de poursuivre son avancée en Ukraine et pourrait même s’étendre vers les pays baltes ; la Chine tentera probablement de s’emparer de Taïwan ; les États-Unis affirmeront sans doute leur autorité sur l’Amérique latine ; et ainsi de suite. Et il y aura des régions du globe — la frontière sino-indienne et l’Afrique subsaharienne avant tout — qui ne relèveront pas strictement d’une sphère d’influence donnée. À court et moyen terme, la guerre restera bien présente parmi nous.
La vérité est que le Siècle américain n’a pas fonctionné. Le rêve de l’éditeur Henry Luce, selon lequel les États-Unis deviendraient « la puissance d’où les idéaux se répandraient à travers le monde et accompliraient leur mystérieuse œuvre consistant à élever la vie de l’humanité du niveau des bêtes à ce que le psalmiste appelait un peu moins que les anges », s’est transformé en cauchemar. Entre 1945 et 2026, les États-Unis ont causé d’énormes dégâts à l’étranger et se sont révélés incapables de mener uniquement de « bonnes » guerres. Pour chaque Japon, il y a une Indonésie ; pour chaque Corée du Sud, il y a un Sud-Vietnam ; pour chaque Kosovo, il y a une Libye ; pour chaque Ukraine, il y a une Gaza. D’une certaine manière, le démantèlement de l’empire américain et de l’ordre international libéral qu’il soutenait est une reconnaissance nécessaire du fait qu’il est impossible à un seul pays de régir les relations internationales, et que le projet même d’hégémonie est voué à s’effondrer dans la violence.
En orientant la politique mondiale et en pesant de tout son poids sur les équilibres régionaux, les États-Unis ont faussé les développements économiques et politiques locaux. Le retrait des forces américaines du monde entier pourrait donc avoir pour avantage de permettre aux régions de se développer de manière plus organique, selon des logiques internes non façonnées par des puissances extérieures — ou du moins, par des puissances très extérieures. Si la Chine est susceptible de dominer l’Asie de l’Est et la Russie certaines parties de l’Europe de l’Est, nous pourrions néanmoins assister, avec le temps, à une consolidation régionale en groupes à l’image de l’ASEAN et de l’Union africaine. Ce serait la première étape d’un processus qui pourrait aboutir à un ordre mondial issu de négociations entre sphères d’influence plutôt que de l’imposition par un État excessivement puissant. Comme un tel ordre serait fondé sur un engagement volontaire, il s’avérerait probablement plus durable — et plus efficace — que celui qui a prévalu après 1945.
De plus, le nouvel ordre multipolaire pyramidal connaîtra probablement moins de tentatives de changement de régime par des États extérieurs à leur sphère d’influence. Tenter un changement de régime dans un bloc qui n’est pas le sien risquerait de provoquer la colère d’autres gouvernements puissants ; c’est pourquoi le président Dwight D. Eisenhower a refusé d’aider les Allemands de l’Est en révolte en 1953 et les Hongrois en 1956. Un monde où les tentatives de changement de régime sont moins nombreuses constitue une évolution positive.
Il est également possible que le fait de dissocier la contestation idéologique des considérations géopolitiques permette aux États-nations d’interagir entre eux de manière plus pragmatique. Les États pourraient débattre d’intérêts — qui peuvent être conciliés — plutôt que d’idéologies — qui ne le peuvent pas. Cela pourrait permettre aux États-Unis, par exemple, de tirer parti des avancées de la Chine en matière de technologies vertes, et pourrait également offrir l’occasion de conclure des accords plus durables sur les armes de destruction massive, la gestion des pandémies et d’autres problèmes relevant du domaine public mondial. Parvenir à ces accords ne sera pas facile et exigera un leadership visionnaire tant de la part des États-Unis que de la Chine, mais c’est possible.
Les États-Unis sont également susceptibles de tirer d’importants avantages sur le plan intérieur à mesure que l’ordre international libéral s’efface. Un jour prochain, un président avisé reconnaîtra que la nation peut réduire ses dépenses militaires, ce qui libérera des ressources pour davantage de dépenses sociales et pourrait ralentir la militarisation croissante de la société américaine. De plus, l’histoire récente a démontré que la centralisation du pouvoir au sein du pouvoir exécutif, et en particulier au sein de la présidence – deux fonctions qui constituent le « leadership » mondial des États-Unis – a eu des conséquences néfastes. La réduction de la puissance mondiale des États-Unis pourrait contribuer à la redémocratisation de la société américaine.
Le nouvel ordre géopolitique sera similaire à celui que Roosevelt avait envisagé dans les années 1940. La tâche qui nous incombe, à nous qui gouvernerons ce nouveau monde multipolaire, est de construire, à partir des décombres du Siècle américain, quelque chose de plus solide : non pas un ordre international libéral qui n’était généralement pas très libéral, ni un monde défini uniquement par le pouvoir, mais une véritable multipolarité dans laquelle des régions très différentes du globe se rencontrent sur un pied d’égalité comme jamais auparavant. Et de ces rencontres pourrait un jour émerger un monde meilleur.
Daniel Bessner est professeur associé Anne H.H. et Kenneth B. Pyle en politique étrangère américaine à la Henry M. Jackson School of International Studies de l’université de Washington et coanimateur du podcast sur les affaires étrangères American Prestige.
Liste évolutive des traductions par Gilles en vrac
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.

« les idéologies universalistes ont peu de chances de guider l’action des États au niveau mondial. » Mais des formes différenciées, adaptées aux zones d’influence et aux cultures : capitalisme d’État asiatique; capitalisme dans les Amériques; capitalisme social-démocrate européen… communautaire-clanique africain…