en attendant l’IA canadienne

Quelques articles autour de la sortie imminente d’une politique canadienne en matière d’Intelligence artificielle (IA). Le rapport du Canadian Anti-Monopoly Project, publié aujourd’hui (Parting Clouds: Creating a Competitive Marketplace for Compute), est cité dans un article du Devoir (Amazon, Microsoft et Google détiennent 85% du marché infonuagique au Canada) et un autre sur ici-radio-canada (Infonuagique et IA : comment se protéger d’un nouvel oligopole?).

Par ailleurs Michael Geist, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de l’Internet et du commerce électronique à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, prévient, dans le Globe and Mail d’aujourd’hui, que la prochaine politique IA risque de faillir avant même d’être adoptée. Canada’s AI strategy is set to fail before it even launches, que j’ai traduit ici : La stratégie canadienne en matière d’IA est vouée à l’échec avant même son lancement.

Le rapport du Projet anti-monopole canadien souligne l’importance de l’interopérabilité, « les grandes plateformes utilisent des technologies propriétaires, des contrats complexes et des coûts de migration élevés qui rendent difficile le passage à un autre concurrent. » Les gouvernements peuvent, doivent exiger dans leurs contrats avec les fournisseurs que la migration soit facilitée par une plus grande interopérabilité.

L’article de radio-can souligne que de faire affaire avec des entreprises canadiennes ne suffit pas, considérant que celles-ci finissent souvent par être rachetées par les grands du secteurs.

Le mois dernier, une division de la banque américaine Goldman Sachs a acheté QScale, une entreprise de Lévis spécialisée en centres de donnée IA. Une autre entreprise québécoise du secteur, Enovum, a été avalée par la société américaine Bit Digital en 2024.

« Une véritable souveraineté numérique, ce n’est pas juste de posséder des serveurs sur le sol canadien, c’est la liberté de changer de fournisseur de manière beaucoup moins complexe qu’actuellement. » De là l’idée de « s’aligner à d’autres pays et utiliser ensemble leur pouvoir d’achat pour exiger certaines normes et négocier de meilleurs contrats ».

L’article de Geist soulève, quant à lui, la fragilité des politiques visant à imposer des normes aux grands du numérique en rappelant les menaces de déménagement (ou de blocage à la Meta pour les liens vers les journaux) déjà mises en œuvre. « Le mois dernier le CRTC a triplé les contributions et les dépenses obligatoires pour les services de streaming étrangers, les portant à 15 % de leurs revenus canadiens ». De même la vérification d’identité mise de l’avant pour protéger les jeunes risque de se transformer en « pièce d’identité pour tous ». Pour Geist, une stratégie canadienne « ne pourra aboutir tant que le gouvernement continuera à promouvoir des politiques qui font du pays un endroit plus risqué, plus coûteux et moins accueillant pour développer et utiliser cette technologie. »

Il me semble que c’est en voulant être accueillant pour les technologies et capitaux étrangers que nous en sommes arrivés là, c’est-à-dire dans une position de dépendance totale (85% des services cloud aux 3 grands – la moyenne internationale est de 66%) et de soumission à des règles sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Ajout : « Donner la priorité à la suppression des contraintes imposées par l’ACEUM en matière de réglementation du marché numérique lors des renégociations de 2026 », c’est le conseil donné par le CAMP.

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