un été chaud…

Je ne savais pas que Musk avait relayé et encouragé la violence récente à Belfast… Non que cela me surprenne ! C’est Laurens Hof qui me l’apprend, ce matin dans un billet plutôt politique que techno, pour ce défenseur d’un Web social ouvert. J’ai traduit son billet : Pas de changement. Ce qui me convainc de l’importance d’appeler nos politiciens à SORTIR DE « X ». À défaut de punir les agissements irresponsables du propriétaire de cette plateforme (X), nous devrions au moins demander, exiger de nos représentants qu’ils n’utilisent plus ce réseau.

Pour rester sur le thème de la fascisation de nos démocraties, Josée Blanchette dans Le Devoir de ce matin, et c’est sa dernière chronique avant les vacances, me fait connaître ce message vidéo de à la fois humoristique et très pédagogique :

open source et IA

Quelques articles soulèvent la question de l’utilisation de l’IA en développement de solutions logicielles open source.

On oublie souvent, quand on se plaint de certains défauts des systèmes en code ouvert, comparés aux logiciels fermés offerts comme services (SaaS) : la différence en terme de ressources affectées au soutien et à la maintenance. Donnons à l’open source des moyens comparables, et on en reparlera. Aussi l’annonce européenne d’un investissement dans le domaine promet des développements importants, même si limités.

Dans le cadre de l’annonce d’un train de mesures par la Commission européenne, il y a quelques jours, le troisième axe (sur quatre) se lit Renforcer l’autonomie numérique grâce à l’open source.

Comme le souligne cet article Comment le train de mesures de l’UE sur la souveraineté technologique met enfin l’open source à l’épreuve par Nicholas Gates et al. dans TechPolicy.Press :

[L]’UE dépense 264 milliards d’euros par an en produits et services informatiques, et ceux-ci sont en grande partie propriétaires. (…)

[L]a capacité de maintenance [est la] défaillance centrale du marché, faisant du financement de la maintenance une exigence fondamentale. (…)

[L]es niveaux de financement proposés pour l’ensemble des activités open source qu’il couvre sont les bienvenus, mais insuffisants. L’enveloppe proposée de 2 milliards d’euros sur sept ans […] laisse relativement peu de place au défi central de la maintenance. (…)

L’enveloppe de 2 milliards d’euros, répartie sur sept ans entre un large éventail d’activités, ne suffira probablement pas à elle seule à combler le déficit de dépendance de 264 milliards d’euros identifié.

Dans Le vibe coding et l’open-source : quand le code fermé devient un plafond, Pierre Boivin souligne :

« Avec un projet open-source, un assistant IA peut explorer, comprendre et modifier directement le code. Avec un SaaS (software as a service) propriétaire, il bute sur les mêmes murs que l’humain.

Prenons l’exemple de TYPO3, un système de gestion de contenu open-source que nous utilisons régulièrement. Une agence web qui l’intègre pour un client peut pointer son assistant IA directement vers le code source, explorer comment une fonctionnalité précise est construite, comprendre pourquoi un comportement se produit, et proposer une modification adaptée au contexte. L’IA devient un guide dans un territoire qu’on peut réellement parcourir.

Avec un SaaS équivalent, la même équipe de développeur se retrouve à naviguer la documentation officielle, les forums communautaires (Stack Overflow inclus) et les options de configuration disponibles. L’IA peut aider à s’y retrouver, mais elle bute sur les mêmes murs que l’humain. Même les agents IA les plus capables ne peuvent pas analyser ce qu’ils ne peuvent pas voir.

Moi qui ne suis pas codeur, j’ai pu assez bien comprendre cet article de Boivin. Par ailleurs, si vous êtes codeur, vous comprendrez sans doute mieux que moi cet autre article par un australien : Pourquoi l’open source ne s’intéresse pas à l’IA (ma traduction). On y parle des outils qu’utilisent (depuis longtemps) les codeurs de l’open source qui sont, parfois, propriétaires… ce qui ressemble assez à la situation où les codeurs utilisent Claude ou d’autres modèles pour déboguer et développer des projets open, contribuant de ce fait à approfondir la puissance de ces modèles IA sans pour autant que les profits et retombées soient « open », sauf le (petit) projet sur lequel le codeur travaille. La conclusion de l’article australien :

Il existe une version cohérente de l’argument en faveur de l’IA qui dit : les fournisseurs d’IA sont des fabricants d’outils, pas des propriétaires de plateformes. Jugez-les à l’aune de ce que leurs utilisateurs produisent. Et ce qu’ils produisent ici est massivement plus open source, plus rapide.

La plupart des contributeurs que je connais utilisent déjà ces outils. La vraie question est de savoir ce qui permettrait aux responsables de maintenance de l’admettre publiquement sans avoir l’impression de céder sur l’ensemble du débat — et la réponse, quand on y réfléchit, s’avère être une liste assez courte. Des justificatifs, la suppression de la régurgitation, et une conversation politique honnête sur le transfert de productivité. C’est tout.

La Stratégie L’IA pour tous lancée par le gouvernement Carney la semaine dernière annonce un soutien pour une IA ouverte. Comment une telle IA « ouverte » permettra-t-elle de contrer la domination tous azimuts de la Big Tech ? Comment nos efforts en matière d’open source ici, au Québec et au Canada, peuvent-ils profiter des avancées en la matière en Europe ? Est-ce que cette IA ouverte participera d’une une pile d’IA plus verte : des modèles plus petits et à usage spécifique, alimentés par des centres de données hyperlocaux comme le souhaite Maroussia Lévesque dans The Walrus Le Canada dispose enfin d’une stratégie nationale en matière d’IA. Les experts la détestent?


lutter contre l’IA ou contre la domination ?

La longue citation qui suit, tirée d’un billet que tous les fans de Dune devraient lire,1Merci à sentiers.media pour la référence ! met le doigt sur ce qui fait la force de l’encyclique de Léon XIV : ce n’est pas la machine qui est le problème mais bien l’usage qu’on en fait, et le pouvoir qu’elle sert.

Magnifica Humanitas est précieux précisément parce qu’il ne commet pas l’erreur grossière actuellement projetée sur le fictif Jihad butlérien. Il ne traite pas la machine pensante ni comme un démon, ni comme une conscience se cachant à l’intérieur des circuits. Il ne voit pas non plus l’IA comme une espèce rivale dont l’émergence doit être combattue par une violence sacrée.

Il demande simplement quelle vision de la personne humaine est élevée par le biais de la machine pensante. Et il met en garde contre les concentrations de pouvoir et les structures de domination mêmes qui hantaient l’œuvre de Frank Herbert.

Je ne suis pas catholique, mais en tant que gauchiste et admirateur d’Herbert, je crois que le mème culturel du Jihad butlérien a encore un réel pouvoir pour freiner la course effrénée vers l’intelligence artificielle générale menée par nos seigneurs de la technologie. Mais je supplie le lecteur de ne pas mal interpréter sa véritable signification.

Dans la spiritualité islamique, le Jihad du conflit martial est considéré comme le « Petit Jihad ». Le « Grand Jihad » est ce que l’on vit lorsqu’on réalise que chaque homme est une petite guerre. Que la maîtrise de soi est une lutte plus grande que la maîtrise de l’homme.

Si nous voulons habiller notre lutte contre les forces inhumaines qui conspirent pour nous dominer, nous surveiller et nous opprimer du symbolisme du Jihad, alors ce doit être ce Grand Jihad. Nous devons lutter contre cette partie de nous-mêmes qui veut céder notre jugement, notre attention, nos conflits et notre humanité aux machines.

La question brûlante concernant l’IA n’est pas de savoir si les machines sont mauvaises. C’est de savoir si les êtres humains permettront aux machines de devenir des instruments par lesquels d’autres êtres humains concentreront le pouvoir. Un Jihad butlérien bien conçu doit viser la technocratie, et non la technologie. [les gras sont de GB]

Le djihad butlérien a commencé

Ma première lecture de l’encyclique de Léon me laissait avec l’impression que le pape était, finalement, technophile. Peut-être cette impression était due à la conférence prononcée à la veille de l’annonce du Vatican devant les évêques du Pays de Galles relatée ici qui m’avait laissé avec cette idée qu’en tant qu’une des « religions du Livre » (juive, chrétienne et musulmane) on pouvait comprendre son intérêt pour une technologie capable de résumer, retrouver, citer dans le texte l’ensemble des savoirs accumulés dans des livres, sermons et évangiles depuis des millénaires.

En fait je me demandais si l’appel à plus de contrôle sur les excès du capitalisme et de sa concentration n’était pas voué à l’échec. C’est à la propriété qu’il faut s’attaquer, et en ce sens l’appel du sénateur Sanders pour que la moitié des actions des grands de l’IA soit versée dans un fonds public me semble un premier pas.

Daron Acemoglu2Lauréat du prix Nobel d’économie 2024 et professeur titulaire de l’Institut d’économie au MIT, est coauteur (avec James A. Robinson) de Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity and Poverty(Profile, 2019) et coauteur (avec Simon Johnson) de Power and Progress: Our Thousand-Year Struggle Over Technology and Prosperity (PublicAffairs, 2023). publiait récemment Le pape aurait dû aller plus loin sur l’IA (ma traduction). Il reconnaît que l’encyclique est un pas en avant.

Léon devance la plupart des commentateurs en soulignant que « la technologie n’est jamais neutre, car elle prend les traits de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent ». (…)

Léon a raison d’appeler à une clarté morale et à un débat sérieux à l’échelle de la société. Mais la conversation doit aller au-delà des exhortations pour aboutir à des choix concrets : des mesures antitrust contre les plateformes dominantes, des investissements publics dans une IA complémentaire à l’humain, la réglementation de la surveillance et des armes autonomes, ainsi que des droits significatifs pour les travailleurs et les citoyens sur les données dont dépendent ces systèmes.

L’intervention de Léon rend une telle réponse un peu plus probable qu’auparavant. Mais nous devons tous, nous aussi, défendre l’humanité. (C’est GB qui souligne)

Le pape aurait dû aller plus loin sur l’IA

Il n’y a rien d’inévitable dans la venue de l’IA. Comme Acemoglu l’a défendu dans son article et aussi dans son livre Power and Progress: Our Thousand-Year Struggle over Technology and Prosperity, les conséquences des avancées technologiques relèvent d’un choix et non d’une fatalité.

Il semble bien, cependant, que les gouvernements de l’Europe autant que du Canada se soient convaincus de l’inévitabilité de cette IA, et aient décidé de plonger dans la course, en se donnant quelques outils pour ne pas être totalement dépendants des forces dominantes actuelles. Comme je le soulignais dans le billet précédent (Course à l’IA et open source), l’Europe investit pour accroître son autonomie en matière de semi-conducteurs et d’infonuagique tout en soutenant le développement de l’open-source et de l’énergie. Pour sa part le Canada annonçait la semaine dernière un plan en six axes favorisant l’adoption d’une IA souveraine qui soit open source. Le discours canadien présume que l’adoption de l’IA est une condition du maintien (ou du développement) de la compétitivité du pays.

IA pour tous - 6 piliers
Les six piliers de la stratégie canadienne d’Intelligence artificielle

Alors que nos services de santé peinent à répondre à la demande de services de première ligne, que l’adoption d’un dossier de santé numérique au Québec rencontre d’importantes résistances, et que les données recueillies par l’institut canadien d’information sur la santé présentent encore des incompatibilités entre le Québec et le reste du Canada on nous présente l’adoption de l’IA comme quelque chose qui résoudra quasi magiquement les problèmes, bien humains, de luttes de pouvoir entre corporations et syndicats, de conflits de juridiction entre compétences provinciales et fédérales…

On donne l’impression de vouloir pousser sur tous les fronts en même temps : développer la littératie par la formation à l’utilisation chez les étudiants, la population et les PME… alors que les agents IA disponibles ne nous appartiennent pas et sont loin d’être sûrs; soutenir une adoption rapide de l’IA par les entreprises alors que l’IA souveraine et respectueuse de la vie privée et de la démocratie sont encore à venir… Ne risque-t-on pas alors d’approfondir la dépendance à l’endroit des modèles dominants, chinois ou américains ? Des modèles qui ne sont pas ouverts ni axés sur les valeurs et la culture d’ici.

La Stratégie canadienne en matière d’IA met l’accent sur les alliances qui se développent avec l’Europe et d’autres pays. C’est sans doute le seul moyen de faire face à la puissance des « hyperscalers » qui ont plusieurs longueurs d’avance. De telles alliances ne devraient pas se limiter au seul domaine de l’IA. La mise en commun des ressources pour développer un « commun numérique » capable de nous libérer de la dépendance quasi totale à l’égard des grands de la technologie américaine en matière de bureautique, de gestion infonuagique est de première importance. Le Canada à lui seul ne peut pas développer de solutions open source capables de remplacer les suites bureautiques actuellement omniprésentes. Mais si les pays alliés se divisent le travail tout en s’assurant de l’interopérabilité des modules, on peut imaginer une suite d’applications open qui serait soutenue par un écosystème partagé de développement et de maintenance. La stratégie de l’UE en matière d’open source devrait nous inspirer.

Ce n’est pas le génie des programmeurs américains qui a assuré leur domination, ce sont les lois assurant le caractère intouchable des codes qui ont été imposées par les gouvernements américains depuis trente ans dans le cadre des ententes de « libre-échange » et la puissance financière que cette position monopoliste a permis d’acquérir, leur permettant d’acheter la concurrence et l’innovation quand elles se présentaient. La construction d’un commun numérique de qualité, soutenu par des ressources suffisantes affectées au développement et à la maintenance devrait s’arrimer à la Stratégie canadienne en matière d’IA. Il n’y a pas de IA souverain sans souveraineté numérique. Et pas de souveraineté numérique sans un commun numérique soutenu et partagé à l’échelle internationale.

Notes

Course à l’IA et open source

Cinquante pages bien ficelées pour justifier de se lancer dans la course de l’IA. Des investissements dans l’infrastructure, des mesures pour l’adoption…

Six piliers (liens vers les chapitres du document officiel) :

Mais pousser pour l’adoption de l’IA, même souveraine, n’est-ce pas s’élancer dans une course vers plus de machinisme, d’extractivisme, d’exploitation ? Même si le pilier 1 promet de sécuriser les processus…

Comparant avec le « train de mesures sur la souveraineté technologique afin de renforcer l’autonomie et la résilience numériques de l’Europe » qui comprend :

Quatre initiatives européennes

    Le pilier 6 de la stratégie canadienne vise (entre autre) à Développer l’IA de source ouverte pour offrir une résilience et des choix. Alors que la politique open source européenne est plus large. Peut-on imaginer une adoption de l’IA de source ouverte alors que tous les logiciels et plateformes utilisés par ailleurs sont propriétaires et fermés, appartenant aux géants américains ?

    À propos de la stratégie Open Source de l’UE, ce commentaire éclairant dans Tech Policy Press (ma traduction) Comment le train de mesures de l’UE sur la souveraineté technologique met enfin l’open source à l’épreuve.


    Intéressant ce commentaire sur Radio-France, le 4 juin, qui note que c’est le Vatican qui a développé l’analyse la plus rigoureuse des enjeux actuels dans son Magnifica Humanitas.

    IA : « En accélérant, on est en train de revenir en arrière », disent Gilles Gressani et Ramona Bloj (Le Grand Continent) (Radio-France; entrevue de 20 min.)

    en attendant l’IA canadienne

    Quelques articles autour de la sortie imminente d’une politique canadienne en matière d’Intelligence artificielle (IA). Le rapport du Canadian Anti-Monopoly Project, publié aujourd’hui (Parting Clouds: Creating a Competitive Marketplace for Compute), est cité dans un article du Devoir (Amazon, Microsoft et Google détiennent 85% du marché infonuagique au Canada) et un autre sur ici-radio-canada (Infonuagique et IA : comment se protéger d’un nouvel oligopole?).

    Par ailleurs Michael Geist, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de l’Internet et du commerce électronique à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, prévient, dans le Globe and Mail d’aujourd’hui, que la prochaine politique IA risque de faillir avant même d’être adoptée. Canada’s AI strategy is set to fail before it even launches, que j’ai traduit ici : La stratégie canadienne en matière d’IA est vouée à l’échec avant même son lancement.

    Le rapport du Projet anti-monopole canadien souligne l’importance de l’interopérabilité, « les grandes plateformes utilisent des technologies propriétaires, des contrats complexes et des coûts de migration élevés qui rendent difficile le passage à un autre concurrent. » Les gouvernements peuvent, doivent exiger dans leurs contrats avec les fournisseurs que la migration soit facilitée par une plus grande interopérabilité.

    L’article de radio-can souligne que de faire affaire avec des entreprises canadiennes ne suffit pas, considérant que celles-ci finissent souvent par être rachetées par les grands du secteurs.

    Le mois dernier, une division de la banque américaine Goldman Sachs a acheté QScale, une entreprise de Lévis spécialisée en centres de donnée IA. Une autre entreprise québécoise du secteur, Enovum, a été avalée par la société américaine Bit Digital en 2024.

    « Une véritable souveraineté numérique, ce n’est pas juste de posséder des serveurs sur le sol canadien, c’est la liberté de changer de fournisseur de manière beaucoup moins complexe qu’actuellement. » De là l’idée de « s’aligner à d’autres pays et utiliser ensemble leur pouvoir d’achat pour exiger certaines normes et négocier de meilleurs contrats ».

    L’article de Geist soulève, quant à lui, la fragilité des politiques visant à imposer des normes aux grands du numérique en rappelant les menaces de déménagement (ou de blocage à la Meta pour les liens vers les journaux) déjà mises en œuvre. « Le mois dernier le CRTC a triplé les contributions et les dépenses obligatoires pour les services de streaming étrangers, les portant à 15 % de leurs revenus canadiens ». De même la vérification d’identité mise de l’avant pour protéger les jeunes risque de se transformer en « pièce d’identité pour tous ». Pour Geist, une stratégie canadienne « ne pourra aboutir tant que le gouvernement continuera à promouvoir des politiques qui font du pays un endroit plus risqué, plus coûteux et moins accueillant pour développer et utiliser cette technologie. »

    Il me semble que c’est en voulant être accueillant pour les technologies et capitaux étrangers que nous en sommes arrivés là, c’est-à-dire dans une position de dépendance totale (85% des services cloud aux 3 grands – la moyenne internationale est de 66%) et de soumission à des règles sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

    Ajout : « Donner la priorité à la suppression des contraintes imposées par l’ACEUM en matière de réglementation du marché numérique lors des renégociations de 2026 », c’est le conseil donné par le CAMP.

    survivre à la surcharge informationnelle

    Non, je ne vais pas demander à l’IA de choisir pour moi, ou de résumer le flot d’infos.

    Oui, je sais, j’ai trop de fils RSS dans mon agrégateur Inodeader. Et trop de lettres Substack et autres formes de newsletters qui m’arrivent chaque jour. Sans compter les 34 groupes dont je fais partie sur Passerelles. Je pourrais sans doute éliminer certaines sources, ce que je fais de temps en temps. Mais je prends garde à ne pas éliminer uniquement parce que certaines opinions me déplaisent ! Je ne veux pas m’enfermer dans une « bulle ».

    Et puis toutes ces sources ne sont pas toujours actives : plusieurs fils RSS (ou groupes Passerelles) sont silencieux de longs moments.

    Ce qui a changé dernièrement : j’ai cessé de vouloir rattraper les jours passés. Je n’hésite pas à passer par dessus des piles nouvelles que je n’ai pu lire au cours des derniers jours. Je ne suis pas un filtre responsable de ne manquer aucune information… Je suis conscient de ne pas pouvoir tout lire, aussi je me contente de ce que je peux saisir dans les flots que je peux traverser avec l’attention et l’intuition limitées dont je dispose.

    Avec d’autres, sur Passerelles/Praxis, avec les abonnés au groupe Google du RQIIAC, et les lecteurs de mon blogue… je joue ma partition d’une jazz session qui suit l’actualité tout en soutenant la construction d’un savoir collectif nourri par ces « sources » qui prennent diverses formes mais qui sont toutes d’origine humaine. Je pense à ce Bill McKibben, dont je lis presque tous les billets de sa lettre Substack The Crucial Years sur les questions climatiques. Chaque fois il me surprend par l’ampleur de ses références, la qualité de son écriture. Je vous recommande son dernier Just my imagination, que j’ai traduit : Ce n’est que mon imagination. Les remarques qu’il y fait à propos de la publicité pour les véhicules électriques sont tellement justes.

    Parmi ceux et celles dont les lettres Substack m’apprennent toujours quelque chose : Lawrence Lessig, ce prof de droit très pédagogue quand il décrit l’évolution de la corruption chez nos voisins (Les multiples facettes de notre corruption); Philippe Fournier, de QC125.CA, avec son dernier billet Les Québécois sont les plus favorables à l’immigration; Patrick Déry et sa critique sans merci dans Avez-vous voté pour ça ?.

    Je pense aussi à Michelle Monette, contributrice infatigable à de multiples groupes Passerelles…

    Oui, je l’avoue, certains jours j’ai l’impression d’être submergé d’information. Mais quand je regarde la qualité des contributions de ces militants, citoyens et professeurs je ne puis qu’être reconnaissant d’être partie prenante, humblement, de cette conscience collective.

    quelques nouvelles

    Sélectionnées à la main

    Extraites de mes fils RSS et de mes furetages


    Quelques articles traduits récemment

    Titre (et lien)ThèmesMinutes
    Ce n’est que mon imaginationClimat24
    L’IA à l’urgence de l’hôpital… IA 6
    Le piège de la quantification Techno 5
    L’IA en tant que technologie sociale IA 70
    Pourquoi les philanthropes ne créent-ils plus rien ? Philo36
    Quelques paradoxes de la vie domestique.Anthropo12
    Que faire alors que le monde s’écroule : un cadre d’actionPolitique37

    Pour la liste évolutive des traductions que je fais pour ma propre facilité de lecture.


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    Modifié le 29.05.2026

    Une IA pro-sociale et catholique ? ou pas ?

    Quelques jours avant le lancement de la première encyclique du pape Léon XIV Magnifica Humanitas je traduisais une conférence donnée devant une assemblée d’évêques du Pays de Galles et d’Angleterre : La réalité de l’IA et la crise du sens. Le conférencier terminait son intervention en annonçant que l’après-midi serait consacrée à des démonstrations d’utilisations positives de l’IA.

    J’avais bien hâte de lire l’encyclique sous-titrée « Sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». Une lecture que je n’ai pas encore terminée (245 paragraphes sur le site du Vatican, 134 pages en format PDF). Mais déjà la critique de l’appropriation privée de cette technologie, rendant difficile le contrôle dans l’intérêt public et l’orientation vers le bien commun me semble bienvenue. Incidemment, je trouve, parmi mes abonnements, des commentaires d’intérêt, notamment de la part d’une personne présente lors du lancement de l’ouvrage : Eli Pariser, co-directeur de New_Public1(Je rendais compte de son webinaire tenu il y a deux semaines : des réseaux sociaux renouvelés par l’IA ?). Il reproduit dans sa lettre Substack son intervention lors de cette vénérable assemblée Ce qu’Eli a déclaré au Vatican au sujet de l’IA.

    Pariser est un fervent défenseur des technologies mises au service des communautés : c’est son organisation qui développe, notamment, Roundabout. Aussi je n’ai pas été surpris de sa déclaration : Nous avons donc besoin d’une IA prosociale pour nous aider à rester unis face aux bouleversements provoqués par l’IA. C’était dans le ton du discours papal, même de la part d’un « juif agnostique [de] Brooklyn ».

    Samuel Mercier, prof de littérature au cégep Saint-Laurent, dans sa lettre Des nouvelles du Père Duchesne, m’informait (Faudra-t-il briser les machines ?) du lancement, le jour même de la parution de l’encyclique, de l’appel à boycottage de l’IA dans le monde de l’éducation : Manifeste d’objection de conscience face à l’intelligence artificielle générative en éducation au Québec.

    Face à un phénomène qui nous dépasse mais dont nous savons qu’il est mortifère, nous choisissons d’opposer un refus net, indiscutable, et politique parce qu’il est partagé : nous ne les utiliserons pas, à moins d’y être expressément contraint·es, dans nos cours, dans nos communications, dans nos recherches, dans nos activités administratives.

    Si nous ne voulons pas que les étudiant-e-s utilisent l’IA pour tricher ou éviter de faire le travail exigé, la seule posture conséquente est que les professeur-e-s refusent aussi d’employer ces machines et de soutenir leur expansion.

    Mercier revient un peu sur l’histoire des Luddites et sur la difficulté de se libérer complètement de cette technologie qui traverse de plus en plus notre quotidien : identifier une plante ou un oiseau avec son téléphone, c’est utiliser l’IA. Mes traductions sont grandement facilitées par l’IA.2(Je me déculpabilise un peu en me disant que DeepL est un produit allemand et non américain :-/) Il fait aussi le lien avec l’encyclique, qui appelle à une reprise de contrôle sur ce qui est aujourd’hui entre quelques mains privées. Et puis, même le Manifeste n’est pas « puriste » :

    Nous sommes par ailleurs conscient·es que le terme « IAg » recouvre des applications très diverses, dont certaines sont déjà largement intégrées à nos pratiques, telles que la traduction ou la transcription automatique. S’il n’est pas réaliste de tout remettre en cause, il s’agit au moins de stopper ce qui peut encore l’être.

    Face à l’IA générative, l’objection de conscience

    Finalement, avec l’engouement que je constate déjà dans le monde communautaire (qui veut encore prendre les notes durant les réunions quand l’IA peut le faire ?), je me demande si nous pourrons résister longtemps à la déferlante. À moins que les coûts ne deviennent prohibitifs… comme cela semble de plus en plus évident. La stratégie de vendre à bas prix pour rendre dépendant puis les augmenter par la suite a fait ses preuves, notamment avec le cloud

    Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’IA, c’est toute la chaine de dépendance technologique qu’il faut remettre en question… même si ça fait mal.

    Notes

    Les catholiques et l’IA : un discours aux évêques d’Angleterre et du Pays de Galles

    John Naughton, un prof de Cambridge dont je lis la lettre Memex 1.1 sur Substack, suggérait cette semaine une lecture en soulignant à quel point il est difficile en ce moment d’aborder le sujet.

    En ce moment, je consacre beaucoup de temps et d’énergie à chercher des moyens de parler de l’IA à des personnes et à des groupes qui sont perplexes, enthousiastes ou inquiets à ce sujet. Le débat public sur cette technologie étant particulièrement confus, ce n’est pas une tâche facile.

    Il semblait lui-même surpris de l’origine de cette référence : un discours prononcé devant la conférence des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles. Intitulée The reality of AI and the crisis of meaning que j’ai traduit : La réalité de l’IA et la crise du sens (7 300 mots, 40 minutes de lecture). 

    L’auteur, Matthew Harvey Sanders, souligne d’entrée de jeu que les gens, en particulier les jeunes hommes, sont en quête de sens et sont (re)venus en grand nombre à l’église lors des récentes célébrations pascales. 

    Je ne sais pas si le phénomène se présente ici aussi, et je ne partage nécessairement pas la croyance, professée par Sanders, en la « friction sanctifiante du Christ. » Je ne crois pas non plus que tout le travail pénible sera de sitôt réalisé par des machines… Mais je crois en l’importance de construire des alternatives humaines et vivantes qui puissent répondre à la quête de sens qui traverse notre temps, particulièrement pour les jeunes… que ces alternatives s’enracinent dans nos réseaux communautaires, paroissiaux, régionaux ou syndicaux. L’appel à utiliser autrement l’IA, comme un outil plutôt qu’à être utilisé par lui peut inspirer…

    Un discours qui vaut son trois-quart d’heure de lecture ! Et lundi prochain (25 mai), le pape Léon XIV livrera son encyclique Magnifica Humanitas qui devrait renchérir sur cette question de l’IA vue par l’institution catholique. 

    La réalité de l’IA et la crise du sens