Je découvre cette lettre, My Subschtick, par Sarah Stein Lubrano sur Substack. Son dernier billet, Some Paradoxes of Domestic Life, me fait découvrir ce philosophe de la bicyclette Kent’s Bike Blog qui, dans un billet de 2007, partageait un extrait de Ivan Illich à propos de la bicyclette. Que je décide de traduire : Ivan Illich et le vélo. Dans un commentaire au bas de ce billet quelqu’un souligne que Illich avait développé encore plus dans un texte Energy and Equity, qui n’est plus à l’adresse indiquée mais que je peux retrouver sur un blog de l’UBC. C’est un chapitre du livre Toward a History of Needs, publié en 1978. Énergie et équité, c’est aussi le titre d’un livre publié en français en 1975, au Seuil. Je trouve aussi dans un numéro de 2010 de la revue Esprit, consacré à Ivan Illich, l’article L’énergie, un objet social, par Illich, traduit par Jean Robert. Je ne suis malheureusement plus abonné à cette revue. Je trouve tout de même le texte, en deux parties, publié en 2022 dans une revue en ligne Topophile : L’énergie, un objet social 1/2 – L’énergie, un objet social 2/2. Il s’agit de l’allocution inaugurale du séminaire « Options fondamentales pour une société de bas profil énergétique », tenu au Collegio de Mexico en juillet 1983.
Les États-Unis vivent actuellement un deuxième Âge d’or. Mais contrairement aux magnats d’autrefois, les milliardaires d’aujourd’hui préfèrent faire des dons à des organisations existantes. Ils devraient plutôt créer des institutions durables.
En 1891, Leland Stanford avait 61 ans et une fortune qui équivaudrait aujourd’hui à environ 1,9 milliard de dollars. Il aurait pu financer une chaire à l’université Harvard, construire une aile d’hôpital ou faire de généreux dons aux associations caritatives de son époque. Au lieu de cela, lui et sa femme, Jane, ont consacré 8 180 acres de leur domaine équestre de Palo Alto à la fondation d’une université portant le nom de leur fils décédé. Pas un bâtiment ni un programme, mais une université à part entière qui, au cours du siècle suivant, allait devenir le moteur intellectuel de la Silicon Valley et peut-être le plus important incubateur d’innovation technologique de l’histoire de l’humanité. Stanford n’a pas fait de don à une institution. Il en a créé une.
Illustration de Ross MacDonald
Un beau retour historique, critique aussi : pas une célébration nunuche de la générosité. Une critique aussi de la tendance « vider les fonds plutôt que de créer des fondations permanentes ». Mais une chose n’est pas abordée : et si les milliardaires avaient assis leur fortune sur la destruction des institutions publiques ? Demander aux Google et Meta de ce monde de financer le journalisme… c’est un peu comme demander aux compagnies de tabac de soutenir les hôpitaux, non ? Mais ce n’est pas vraiment ce que Cone dit : elle ne parle pas de soutenir financièrement une ou l’autre cause ou institution mais bien de créer des institutions qui répondent aux défis d’aujourd’hui.
Je ne sais pas ce qui pourrait venir en aide aux médias et au journalisme en difficulté. Peut-être le problème vient-il de la dépendance à la publicité qu’avait développée les médias, bien avant la montée du numérique. Philippe de Grosbois dans La collision des récits, dont j’ai parlé ici, proposait une formule de financement public avec participation citoyenne… [Voir aussi casse-tête et médias sociaux; médias, réseaux et données]
Si Amazon a pu, à l’origine, profiter d’une certaine inertie du monde du livre pour monter son affaire, les GAFAM ont certainement bénéficié de protections sans égales imposées par les gouvernements américains à leurs partenaires commerciaux. Cory Doctorow le dénonçait avec verve dans son The Internet Con: How To Seize the Means of Computation (aujourd’hui traduit : Le rapt d’internet mais non disponible en format numérique au Canada !) :
« L’interdiction de contourner la gestion des droits numériques, ou DRM (digital right management), énoncée dans la section 1201 du DMCA, l’article 6 de l’EUCD et des lois similaires dans le monde, font du logiciel la classe d’œuvres la plus protégée par le droit d’auteur au monde. Les auteurs de logiciels (ou plutôt les entreprises qui les emploient) bénéficient de plus de restrictions en matière de droit d’auteur que le compositeur le plus talentueux, le sculpteur le plus brillant ou le plus grand écrivain. » Ma traduction (GB)
Je me demande pourquoi les entreprises ne se liguent pas, localement ou par secteur, pour offrir un tel service de livraison, associé à une plateforme commune ? Pour sauver les commerces locaux de la concurrence d’Amazon…
Ce serait un beau défi d’interopérabilité : unifier les catalogues de Canadian Tire, Rona, Réno-dépot… Si je ne me trompe, c’est sans doute un terrain propice à l’utilisation de l’IA ? Reste à voir s’il y a une volonté. Le contexte me semble encore favorable : désir de souveraineté numérique; sentiment anti-Amazon…
Oui les Canadiens ont appuyé le message autonomiste du premier ministre Carney à Davos. Oui ils sont avec lui quand il promeut des politiques pour un Canada fort… mais le Canada n’est pas UNE nation, c’est une fédération de provinces et territoires, qui comprennent plusieurs « premières nations » et deux nations fondatrices. Quand je lis, dans la Stratégie d’électrification, qu’il s’agit d’un « exercice d’édification de la nation« (souligné dans l’original), dans le contexte de discussions à venir avec les premières nations et le Québec, je me demande si on ne pourrait pas y aller mollo avec de tels slogans.
On pourrait parler d’un exercice d’édification du pays, de la fédération…
Le problème c’est que si le Québec est une nation et que le Canada est un pays multinational, comment nommera-t-on la nation canadienne « hors Québec » ? Le Canuk ? Le Cascadia ? Si elle souhaite continuer de s’appeler Canada, tout en reconnaissant que le pays est multinational, alors il faudrait trouver un nouveau nom pour le pays ? Le Canabec ?? Le Canavik ?
En attendant de statuer sur cette délicate question d’identité il serait judicieux d’éviter de parler des initiatives canadiennes en des termes qui supposent une unicité fictive. Je me rappelle que la Grande-Bretagne a eu un peu le même problème. En 1999, j’étais dans l’avion en direction de l’Écosse pour un colloque international sur le développement communautaire. Pour me mettre dans le bain j’avais acheté un exemplaire du Guardian dans lequel on annonçait que la BBC, l’équivalent de notre CBC/Radio-Canada ici, avait édicté une nouvelle règle pour ses journalistes : dorénavent le terme « nation » ne serait plus utilisé pour décrire les enjeux et politiques concernant la Grande-Bretagne par respect pour les nations écossaise et galloise.
Peut-on imaginer avoir un tel tact ici ? Ou si la nation canadienne est si peu sûre d’elle-même qu’il lui faut affirmer son identité en niant celles des autres nations constitutives de notre fédération ? Est-ce que ce serait moins fort de parler de Stratégie canadienne d’électrification plutôt que de Stratégie nationale ?? Je ne crois pas.
Une telle stratégie semble répondre (déjà ! 😉 à des questions que je me posais dans un billet le 9 mai dernier : comment soutenir les échanges d’électricité est-nord-ouest alors que les échanges principaux se font aujourd’hui avec le sud, les États-Unis, comme le montre bien cette carte tirée du document de Ressources naturelles Canada.
Sans avoir lu le détail de la nouvelle Stratégie d’électrification, je me demande si l’approche d’appel aux capitaux privés que privilégie la politique Carney n’ira pas à l’encontre de la propriété collective dans ce domaine, au moins pour le Québec. Incidemment, est-ce que les autres provinces et territoires canadiens ont un attachement aussi fort à la propriété collective en matière d’électricité ? La couleur différente donnée aux provinces sur la carte ci-dessus répond à cette question : seules deux provinces (Ontario et Alberta) ne sont pas à propriété publique.
Ce qui ne veut pas dire que les investissements et la mise à niveau des systèmes ont été fait de manière prospectives. Les compagnies d’électricité, qu’elles soient publiques ou privées1Comme souligné dans l’article du NYT auquel je référais dans électricité, patrimoniale ou autre, ont tendance à n’investir qu’en réponse-réaction à la demande plutôt qu’en prévision d’une demande future, d’autant moins s’il s’agit d’une demande future liée à un changement de paradigme. La gestion concervatrice de ces institutions publiques vise surtout à ne pas augmenter les tarifs, ou diminuer les transferts aux gouvernements…
Comment les nationalistes québécois joueront-ils la carte de l’identité et l’intérêt national du Québec dans ce contexte ? Le Québec est la province qui échange le plus d’électricité avec les EUA : 4 274 MW vendus et 4 169 MW achetés. Mais les nouveaux projets de génération au Labrador et la mise en service de sources solaires et éoliennes (et de nouveaux barrages ? centrales nucléaires ?) devraient inciter à développer les échanges Est-Ouest… Notamment parce que les sources d’énergie éoliennes et solaires suivent le passage du soleil… Comme l’explique Bill McKibben2Militant environnemenal, fondateur de 350.org mieux que moi dans Everyone Knows It’s Windy sur son excellent carnet The Crucial Years :
En fait, [le solaire et l’éolien]c’est un phénomène tout à fait complémentaire. Le long d’une côte, par exemple, comme il faut un certain temps au soleil pour réchauffer les molécules d’air qui produisent la brise, le vent a tendance à gagner en puissance en fin d’après-midi, alors que l’effet photovoltaïque commence à s’atténuer. Et plus on va vers le nord, plus le vent est fort, ce qui est utile puisque la Grèce bénéficie d’un ensoleillement plus important que la Norvège. De plus, les vitesses du vent ont tendance à être plus élevées en hiver qu’en été, grâce à des gradients de température plus marqués.
Pendant que les investissements dans le solaire et l’éolien (et l’électrification en général) semblent bloqués chez nos voisins, une stratégie nationale canadienne pourrait donner une logueur d’avance en matière d’équipements, de savoirs, d’innovation en matière de transport longue distance, etc. Les enjeux sont grands pour la mise à niveau de nos réseaux comme le soulevait le billet Solar Storms sur Lesswrong, que j’ai traduit partiellement : Tempêtes solaires.
Ces ressources ne peuvent être mobilisées du jour au lendemain. Le Canada doit dès maintenant envoyer des signaux clairs au marché pour montrer qu’il s’engage à investir sur 20 à 30 ans dans la construction d’infrastructures électriques. Cela rassurerait les investisseurs, les promoteurs commerciaux, les nations autochtones et l’industrie sur le fait que le Canada est déterminé à maintenir un réseau électrique fiable, peu coûteux et à faibles émissions de carbone face à une demande croissante.
Le gouvernement fédéral peut et doit tracer cette voie, et la stratégie fédérale en matière d’électricité jouera un rôle important. Mais ce sont les provinces qui doivent la mettre en œuvre.
Cela exigera un changement délibéré dans les approches provinciales en matière d’infrastructures électriques – passant d’une construction qui suit (ou qui est légèrement en retard sur) la demande, à une construction qui anticipe celle-ci.
En 2011, Eli Pariser, codirecteur de New_ Public1L’organisation à l’origine de Roundabout, a donné un nom à un concept que nous connaissons tous bien aujourd’hui : les bulles de filtrage. Il s’intéresse désormais à la manière dont l’IA va transformer notre rapport à l’information et nos interactions les uns avec les autres.
Quelle sera la prochaine étape, après les flux sociaux algorithmiques qui ont défini nos vies sociales numériques au cours de la dernière décennie ? Eli est ravi de partager les nouvelles recherches de l’équipe de New_ Public sur la manière dont l’IA va remodeler l’environnement de l’information – et de mettre en lumière certaines grandes opportunités pour façonner cet avenir de manière à ce qu’il soit bénéfique pour les communautés et pour une société saine.
Nous sommes ravis de partager nos réflexions à ce sujet avec vous lors d’un événement virtuel le 12 mai à 13 h (heure de l’Est). Eli sera accompagné de deux journalistes à la fine pointe de la manière dont l’IA façonne la culture et la société :
Ben Smith a consacré sa carrière à retracer la manière dont la technologie remodèle les médias et la vie publique, de Politico à BuzzFeed News et maintenant chez Semafor, où il occupe le poste de rédacteur en chef.
Jasmine Sun est une voix émergente dotée d’un grand talent pour la traduction et la synthèse en cette ère incertaine de l’IA, tant dans sa propre infolettre qu’à titre de rédactrice collaboratrice pour The Atlantic.
Pariser souligne la perte de confiance amenée par la multiplication du « slop » dans les productions visibles sur les réseaux sociaux. 51% du trafic sur internet en 2024 était généré par des « bots » ou l’IA.
La popularité, le nombre de like ou d’amis ne sont plus la valeur recherchée… c’est plutôt la confiance (trust) qui devient importante. Une confiance qui pourrait être accrue grâce à des environnements privés, facilement développés grâce à l’IA… Il donne en exemple une réplique de Strava développée grâce à Claude Code, pour les coureurs d’un voisinage.
Il devient possible financièrement de développer des micro-plateformes.
Abondance logicielle : les outils de développement basés sur l’IA réduisent les coûts et les efforts nécessaires à la création de nouveaux produits et de nouvelles plateformes. Il est désormais possible de créer et d’exploiter une plateforme communautaire destinée à 500 personnes pour quelques centaines de dollars par mois, au lieu de plusieurs millions. Cela rend viables les modèles d’abonnement, les modèles financés par les membres et les modèles gérés par la communauté à une échelle qui, auparavant, était trop modeste pour être économiquement viable.
Ces « micro-communautés » n’ont pas à être refermées sur elles-mêmes : les AT Protocol et ActivityPub permettent de transporter son identité d’une communauté à l’autre ou encore de fédérer plusieurs petites communautés…
Principes communautaires prosociaux
Orientation des produits
01. L’identité est clairement identifiable et les membres savent à qui ils s’adressent.
Adhésion et limites : invitations, rôles et contrôles de perméabilité qui permettent aux communautés de décider elles-mêmes qui en fait partie.
02. Les règles sont respectées et les normes communautaires ont un réel poids.
Règles et application : une gouvernance allégée avec des procédures d’escalade claires – une véritable responsabilisation sans bureaucratie.
03. La réputation se mérite. La confiance se construit au fil du temps, et non en fonction du nombre d’abonnés.
Contexte commun : un référentiel établi, des archives consultables et une mémoire institutionnelle qui survivent aux changements de direction.
04. Les incitations entre les membres et les modérateurs sont partagées, ce qui permet de créer un cadre de modération cohérent.
Une expérience utilisateur réfléchie : moins de mécanismes de viralité, plus de mécanismes axés sur l’intention. Concevoir pour favoriser le partage avec les autres, et non pas simplement pour consommer ce qu’ils ont produit.
La perspective présentée par Pariser ouvre sur la possibilité d’une gestion partagée IA-humaine. Il souligne à quel point nous sommes au début d’une nouvelle ère, et comme en 1999, les acteurs importants ne seront peut-être plus là demain…
Un article récent publié le 30 avril dernier dans la revue Science : Performance of a large language model on the reasoning tasks of a physician met en lumière les champs de performance de l’IA dans différents contextes cliniques. J’ai traduit la conclusion de l’article : L’IA à l’urgence de l’hôpital… Les auteurs sont bien conscients des limites de leur étude, notamment le fait que les « inputs » comparés sont uniquement textuels alors que les cliniciens ont accès à des informations non textuelles : détresse visible du patient, réponses non verbales…
Plusieurs études comparent actuellement l’IA seule à l’IA associée à des médecins, sur différents types de performances cliniques. Et l’IA [seule] a obtenu de meilleurs résultats que les médecins associés à l’IA. Ce n’était pas prévu. Tout était censé être hybride. (…) Les [médecins] moins performants sont plus enclins à accepter les contributions de l’IA, tandis que les experts rejettent les bonnes contributions de l’IA.
Alors que les auteurs de l’article de Science appellent à plus de recherche sur l’interaction IA-médecins afin de s’assurer que ces derniers utilisent correctement l’outil, je me demande si on ne peut prédire qu’une telle « collaboration » instituée conduira à une perte de compétence du côté humain. C’est en tout cas ce que laissent voir d’autres études auprès de codeurs, utilisant ou non les facilités de l’IA (sur la pente glissante de l’asistance par l’IA).
Au delà ou en deçà de l’IA souveraine (LLM, centres de données) il y a les infrastructures de communication, les logiciels utilisés quotidiennement dont nous devrions planifier la migration vers des solutions souveraines. Au premier rang desquels : le courrier. Open Courrier semble intéressant.
En attendant que nos gouvernements proposent des solutions publiques en créant une adresse numérique civique, permanente pour chaque citoyen que les hébergeurs et fournisseurs d’accès devraient servir et maintenir.
Pour ce qui est de mon rêve d’un câble sous-marin numérique traversant l’Arctique et reliant non seulement l’Est à l’Ouest et au Nord du pays, mais aussi l’Europe à l’Asie sans passer par les USA… la nouvelle de ce matin m’a un peu refroidi :
Ottawa to pull plug on Arctic naval facility
La base navale de Nanisivik, située au nord de l’île de Baffin, avait été initialement promise en 2007 par le gouvernement Harper, mais des mesures d’économie ont par la suite conduit à la transformation du projet en une simple station de ravitaillement estivale pour les navires de la marine.
Elle n’a finalement jamais été mise en service, en raison de retards, d’une augmentation des coûts et d’une grave corrosion de la jetée du port en eau profonde où les navires devaient accoster.
Un article du NYT illustré de graphiques dynamiques sur l’utilisation et la distribution d’électricité aux États-Unis : It’s the Age of Electricity and America Isn’t Ready. J’ai été surpris d’apprendre que l’éclairage était le principal usage domestique (et industriel) [aux USA] de l’électricité jusqu’à récemment (en 2000). La « révolution » des LED a fait chuter la consommation pour éclairage, la première place revenant dorénavant à la climatisation… mais bientôt, ce sera, pour le secteur résidentiel, la mise en charge de l’automobile.
[Le chargement de cette vidéo peut prendre quelques secondes. J’ai enregistré le passage de mon curseur sur le graphe dynamique illustrant l’évolution de l’affectation de l’électricité résidentielle. Pour ceux-celles qui n’ont pas accès au NYT]
L’argument principal de l’article du NYT porte sur les réseaux de distribution et centres de production d’électricité vieillissants qui n’ont pas été mis-à-jour, dans lesquels on n’a pas investi depuis des décennies, les propriétaires se contentant de faire fructifier l’investissement passé… sans considération des besoins futurs.
Plutôt que de se battre systématiquement contre l’installation de centres de données, les auteurs suggèrent qu’il faut saisir la nouvelle demande comme une opportunité, le client (i.e. les Big Tech) ayant des moyens, pour mettre à niveau les installations et équipements vieillissant ou dépassés… et brancher les régions sur de nouvelles connexions nationales reliant les régions productrices d’éolien et de solaire aux régions consommatrices d’électricité. L’auteur souligne que les projets de nucléaire (dont un dans l’État de New York) ont le soutien, chose rare, des partis Démocrate et Républicain.
En lisant cet article je me demandais si Hydro-Québec n’était pas de cette espèce de pourvoyeur traditionnel, plus intéressé à garder son monopole et ses profits (i.e. les redevances versées au gouvernement provincial du moment) qu’à développer une capacité de répondre aux besoins de demain, en tant que société et non en tant qu’entreprise de gestion de barrages.
S’agit-il pour autant de « libéraliser » la production et distribution d’électricité ? Ce serait soumettre les communautés locales aux fortes pressions et incitations d’entrepreneurs et de porteurs de capitaux pour installer un peu partout des parcs éoliens ou solaires. Pour éviter de mettre en péril l’équilibre social, la paix sociale dans les régions populeuses ne pourrions-nous éloigner l’implantation de telles installations dans des parties moins habitées du territoire ? Ce n’est pas ce qui manque au Québec et au Canada !
Il y a un enjeu de production et un enjeu de transport. Une production qui serait majorée pour compenser les pertes encourrues par le transport sur de longues distances. La mise en réseau des capacités nouvelles dans le moyen-nord à l’échelle du Canada permettrait de relier les nouveaux barrages de Terre-Neuve-Labrador aux besoins de l’Ontario et de l’Ouest en passant par cette nouvelle ligne nordique. Une ligne de transmission qui relierait au passage les communautés nordique aujourd’hui souvent dépendantes de générateurs diesels. Reliant aussi des expériences de production éolienne adaptée aux vents et aux températures du Nord ; des parcs solaires adaptés aux forêts boréales ?
Les prix de l’électricité pour les clients résidentiels aux É-U : augmentation de près de 50% en 5 ans !
La hausse de la demande finira par se traduire par une augmentation des prix, à moins que nous ne développions davantage de capacités de production d’électricité dans les années à venir. (…)
Ces États touchés par des catastrophes ont dû reconstruire le réseau de distribution de dernier kilomètre qui alimente les foyers et les entreprises. Cela a entraîné une augmentation des coûts de leur réseau, ce qui a fait grimper le prix de l’électricité et incité leurs habitants à réduire leur consommation globale.
Mais chaque État devra bientôt reconstruire de larges pans de son réseau. Une grande partie des équipements de distribution américains a plusieurs décennies et arriverait de toute façon bientôt en fin de vie. Nous devrons également moderniser et étendre le réseau de transport, qui achemine l’électricité sur de longues distances depuis les centrales vers les villes. (…)
En d’autres termes, l’inflation de l’électricité peut se produire de nombreuses façons. Parfois, le réseau doit être reconstruit. Parfois, les coûts des combustibles augmentent. Et parfois, la demande en électricité dépasse tout simplement l’offre, ce qui oblige à dépenser plus d’argent pour une quantité d’électricité moindre. Dans certaines régions du pays, comme le centre du littoral atlantique et le nord du Midwest, la croissance des centres de données a entraîné des déficits prévisibles d’approvisionnement et contribué à faire grimper les prix de l’électricité. (…)
Lorsqu’un nouveau gros consommateur d’électricité arrive sur le réseau, cela peut parfois contribuer à maintenir les coûts de l’électricité à un niveau bas pour tous les autres, car il achète tellement d’électricité qu’il peut couvrir une part bien plus importante des coûts du réseau, ce qui permet de limiter la hausse des tarifs. (…)
Certaines des entreprises les plus riches et les plus innovantes de l’économie sont prêtes à investir dans de nouvelles centrales électriques et à améliorer l’infrastructure du réseau. C’est une opportunité générationnelle. (…)
À l’heure actuelle, le réseau est planifié soit par les services publics locaux eux-mêmes, soit par des autorités régionales souvent dominées par les intérêts de ces services publics. Cela signifie souvent qu’ils mettent trop de temps à raccorder de nouvelles centrales électriques et qu’ils sous-investissent dans des projets de transport à grande échelle qui réduiraient les coûts de l’électricité pour les consommateurs — mais qui affaibliraient également leur pouvoir de monopole. (…)
Il faudrait plutôt obliger les entreprises technologiques à financer les améliorations à long terme du réseau en contribuant à un fonds national de modernisation du réseau. Ce fonds pourrait alors construire de nouvelles lignes électriques à grande échelle ou acheter en gros des équipements électriques de nouvelle génération. Il pourrait également installer des batteries au niveau des quartiers, mettre en place des programmes rémunérant les ménages pour qu’ils soient plus flexibles dans leur consommation d’électricité et apporter des améliorations ciblées afin que nos câbles et équipements existants puissent supporter davantage de puissance. (…)
Il n’y a pas beaucoup de machines vieilles de 120 ans que la plupart des Américains utilisent tous les jours — mais le réseau électrique en fait partie. Nos dirigeants ont une occasion rare de rajeunir ce système vieillissant mais essentiel pour un nouveau siècle de croissance.
Donner de l’espoir est vu comme une obligation morale quand on parle de l’éducation des jeunes… mais aussi en général dans les prises de parole, pour ne pas céder à la dépression, au fatalisme. Pourtant le plus souvent cet espoir conduit à l’attentisme, à des croyances naïves mais confortables, qui permettent de laisser à d’autres le soin de décider des changements qui seront faits, ou pas. Remettre à plus tard, ce n’est pas le moment, nous faisons déjà ce qu’il est possible de faire… nous n’avons pas encore le bon chef, le bon plan, le bon programme.
Supprimez l’obligation de paraître optimiste, et quelque chose de surprenant se produit : l’éducation devient honnête. Les jeunes, qui savent déjà pour la plupart que l’avenir qu’on leur vend est surchauffé, inégalitaire et politiquement précaire, peuvent apprendre à comprendre les systèmes, les limites, l’interdépendance et le pouvoir plutôt que d’être doucement manipulés pour qu’ils restent optimistes. (…)
[C]esser d’enseigner l’espoir comme une vertu et commencer à enseigner la lucidité, le courage et la responsabilité collective à la place.
« L’éducation devient honnête », je me demande ce que ça ferait, une telle approche, dans un milieu défavorisé mais combatif ? C’est peut-être, d’ailleurs, la seule façon d’enseigner dans un tel milieu. Honnête au point de dénoncer l’injustice qui marque, frappe les familles, les communautés.
<Ajout 3 mai> À propos d’espoir, une citation de Bourdieu, tirée de l’article2Que j’ai traduit de Loïc Wacquant dans le dernier New Left Review, Contre l’abolitionnisme :
« L’espoir messianique est l’un des grands obstacles à la transformation. À cette illusion messianique, nous devons substituer des espoirs rationnels tout à fait modérés, qui ont souvent été discrédités comme réformistes, comme des compromis, etc., même s’il en existe des formes qui sont très, très radicales »
Dépendance de classe à l’écran
Un autre texte critique, cette fois-ci à l’endroit de l’impact différencié du « temps d’écran » chez les jeunes de classes sociales différentes. Produit dans le cadre du LPE Project (Law and Political Economy), par Vincent Joralemon3Directeur du Centre de droit et de politique des sciences de la vie à la faculté de droit de l’Université de Californie à Berkeley : The Class Politics of the Feed que j’ai traduit en La politique de classe dans les flux d’information.
Joralemon introduit son argument en citant les récentes condamnations de Meta et YouTube dans deux procès dénonçant l’effet addictif de leurs produits. L’impact des écrans et des médias doit être pris au sérieux. « [L]a protection des enfants contre les flux addictifs est un enjeu démocratique. » Mais les enfants ne sont pas tous également touchés, « les préadolescents issus de familles à faibles revenus passent environ trois heures de plus par jour sur des écrans de divertissement que leurs pairs issus de familles plus aisées. Chez les enfants de moins de huit ans, le temps passé devant les écrans par les enfants issus de familles à faibles revenus est plus de deux fois supérieur à celui de leurs pairs plus aisés. »
Et ce n’est pas à cause de la négligence des parents, mais plutôt de l’absence d’alternative à l’écran, ces clubs, camps de vacance, activités périscolaires que les familles plus aisées peuvent se payer alors que les programmes publics ont été abolis ou réduits.
L’écart en matière de temps passé devant les écrans suit la suppression des financements des programmes périscolaires (la participation des familles à faibles revenus est passée de 4,6 millions à 2,7 millions entre 2014 et 2020) ; les horaires de travail atypiques des parents à faibles revenus ; et un écart de dépenses en activités extrascolaires, les familles à revenus élevés dépensant environ cinq fois plus pour ces activités. Selon une étude de l’hôpital pour enfants Lurie, un parent sur quatre utilisait des écrans parce qu’il n’avait pas les moyens de payer une garde d’enfants.
La conclusion de l’article (c’est moi qui souligne) :
[L]es obligations publiques sont incomplètes sans alternatives publiques. Une réponse adéquate doit associer les obligations des plateformes à des investissements dans les biens communs : des services de garde d’enfants abordables, des structures d’accueil périscolaire, des horaires de travail stables et des espaces publics sûrs. Réglementer le produit est nécessaire. Construire un monde dans lequel les enfants n’en ont pas besoin l’est tout autant.
Cet article est venu donner du poids, du sens à cette intuition déjà formulée ailleurs sur ce qui devrait distinguer un réseau numérique alternatif tel En commun: son articulation au réel, aux régions, réseaux d’action et mouvements qui ne sont pas que numériques, virtuels mais qui s’ancrent dans des territoires, fleurissent lors d’événements « analogiques » inscrits dans des contextes historiques et politiques.
Vive la friction
Dans un texte très personnel, The Divide, Elizabeth Lukehart raconte la difficulté d’être consciente de la situation à Gaza tout en papotant de choses et d’autres. Ma traduction : Le fossé. L’auteure décrit les nombreux fossés qui se sont creusés avec des proches, des voisins, des collègues.
« The Divide » peut prendre la forme d’un récit fondé sur des faits (ou soi-disant « faits ») opposés : les vaccins à ARNm sauvent des vies vs. les vaccins à ARNm altèrent votre ADN et vous implantent des puces ; Israël est un État ethnique religieux et un projet politique de colonisation et d’apartheid vs. Israël est un mouvement autochtone de récupération de terres engagé dans l’autodéfense et la résistance au génocide ; L’ICE agit comme une milice hors-la-loi qui viole les droits constitutionnels des gens et les fait disparaître dans des camps de concentration vs. l’ICE fait son travail en faisant respecter la loi et en protégeant l’Amérique d’une invasion d’étrangers violents et illégaux ; la crise climatique est une catastrophe existentielle d’origine humaine à laquelle nous devons faire face rapidement et avec audace vs. la crise climatique n’est pas réelle, la science n’est pas établie, et y faire face serait un suicide économique.
À cela s’ajoutent la division, le fossé entre genres, celui entre riches et pauvres… C’est un texte assez dur, et on se demande comment elle va conclure. Par exemple :
Je n’ai jamais rencontré d’homme qui semblait comprendre ce que c’est que de traverser le monde en se demandant si la moitié des personnes que l’on croise sont des prédateurs. (GB souligne)
Quelle solution ? Quelles pistes d’action ?
Et je sais bien que passer du temps avec les gens dans la vie réelle, apprendre à accepter les désaccords et désamorcer les conflits (je ne dirai même pas « résoudre » les conflits, mais simplement trouver un moyen de vivre avec) deviennent rapidement des compétences essentielles à la survie.
Si « passer du temps avec les gens dans la vie réelle » devient une compétence de survie à cultiver, c’est qu’on est souvent « hors du monde » ? Si être dans le monde signifie désaccords et conflits, je comprend qu’on veuille en sortir. Mais le réel n’est pas si méchant ni aussi bête. Vraiment ?
Après l’obscénité de l’espoir, la dépendance de classe aux écrans et les fossés qui nous divisent… ce quatrième texte Convenience is killing us – The case for chosen friction, par Jeff Giesea sur Substack le 19 avril, que j’ai traduit en La commodité nous tue – Plaidoyer pour une friction choisie. Malgré ce que le titre peut laisser entendre, ce texte est léger et plein d’humour. L’auteur nous avoue sa dépendance à l’écran et à la vie facile et « sans friction » que les commodités modernes induisent. Mais son propos s’élève rapidement au delà du discours personnel.
Pendant la majeure partie de l’histoire, les humains ont dû composer avec la pénurie. Les besoins fondamentaux comme la nourriture et le logement exigeaient des efforts considérables. Mais aujourd’hui, la vie nous confronte de plus en plus à des défis liés à l’abondance. Nos ancêtres avaient besoin de calories. Beaucoup ont aujourd’hui besoin d’Ozempic. Le nouveau défi consiste à dire non à l’excès, et rien dans notre biologie ne nous y a préparés. Notre cerveau reptilien est programmé pour choisir la facilité, ce qui conduit à l’obésité, à la dépendance numérique et à la solitude. La boucle de rétroaction évolutive n’a pas rattrapé la vie moderne. Où est mon Ozempic contre la dépendance numérique ?
Le résultat est ce que j’appelle le piège de la substitution. Pourquoi aller à l’hippodrome quand on peut parier depuis son téléphone ? Pourquoi aller à la conférence quand on peut en regarder une vidéo à son rythme ? Pourquoi aller au groupe de rencontre local pour hommes quand on peut jouer à des jeux vidéo en ligne ou poster sur Instagram ? L’alternative sans friction est toujours plus facile. On en voit les effets chez la génération Z, qui affiche des taux records d’anxiété et de dépression. Plus de la moitié des hommes américains âgés de 18 à 49 ans possèdent désormais un compte actif de paris sportifs en ligne, et près d’un tiers des parieurs se sont endettés à cause de cela. C’est l’absence de friction qui cause ce problème, et non qui le résout.
Le piège de la substitution nous prive également de la sérendipité.
La sérendipité et la communauté sont des sous-produits de la friction. On ne peut pas optimiser son chemin vers la joie et l’appartenance.
La comparaison qu’il fait entre une journée sans friction et une journée avec de la friction est parlante… même si lire Heidegger avant de me coucher me semble excessif 😉
L’idée de choisir la friction se répand déjà. Ironiquement, c’est sur TikTok que j’ai découvert cela. Certains appellent cela le frictionmaxxing, la pratique consistant à choisir délibérément l’option la moins pratique. (…)
Je réfléchis à la manière d’ajouter consciemment de la friction à ma propre vie. Que dois-je supprimer, et que dois-je ajouter ? Certaines de ces idées suscitent une résistance, me donnant un peu l’impression d’être saint Augustin : Seigneur, enlève-moi mon téléphone à l’heure du coucher… mais pas encore ! D’autres m’enthousiasment. Je n’ai pas fait de longue randonnée depuis longtemps et l’idée d’un pèlerinage m’attire. Et certaines choses m’aident à y voir plus clair. Être parent et s’occuper d’autrui sont des frictions que je choisis volontiers.
Ça m’a rappelé le livre magnifique de Anna Tsing, justement appelé Friction. Dans lequel elle décrit par le menu, sur plusieurs décennies, l’interaction entre les forces globales de l’économie et le mode de vie ancestral des communautés Dayak Meratus sur l’île de Bornéo.
Par Henry Farrell, L’IA a ses limites, même si de nombreux spécialistes de l’IA ne les voient pas, qui commente et résume assez en détails (4 000 mots, 20 min.) le livre de Benjamin Recht : The Irrational Decision – How We Gave Computers the Power to Choose for Us. Benjamin Recht4Professeur de génie électrique et d’informatique à l’Université de Californie à Berkeley avec Leif Weatherby5Directeur du Digital Theory Lab à l’Université de New York publiaient récemment, le 6 avril 2026, un texte sur l’irruption de l’IA dans le monde des sondages : Voilà ce qui va définitivement sonner le glas des sondages d’opinion.
Andrew Curry, dans la seconde partie (L’économie surchargée de l’IA) de son billet hebdomadaire , décrit, après d’autres (deLong, Noah), l’industrie de l’IA comme étant comparable à celle du transport aérien : beaucoup d’investissements dans l’infrastructure, mais des marges de profit qui seront minces. Un investissement d’abord défensif de la part des grands du numérique que sont Microsoft, Apple, Google.
Comment mettre l’IA au service du public, un texte en provenance de l’organisation OneProject qui vise à démocratiser non seulement l’IA mais aussi l’économie. Par Justin Rosenstein, cofondateur de One Project et Asana, conseiller fondateur du Center for Humane Technology. Je ne suis pas sûr si OneProject veut véritablement démocratiser la société ou vendre des « solutions démocratiques » comme la plateforme Common, proposée aux collectivités en ces termes : Conçu pour les communautés prêtes à partager le pouvoir et à co-créer le changement social — ainsi que pour les bailleurs de fonds qui leur font confiance pour prendre les rênes. Pas de tracas liés à la configuration. Pas de courbe d’apprentissage. Common fonctionne tout simplement, instantanément, pour tout le monde.
Dans la revue Jacobin, Une gouvernance démocratique de l’IA : la véritable solution. Ses deux derniers paragraphes : Le fait qu’OpenAI vienne de publier un rapport sur la nécessité d’une politique industrielle pour faire face aux bouleversements sociaux et économiques liés à l’IA — présenté comme une initiative visant à « lancer le débat » (avec une dizaine d’années de retard) — souligne à quel point le champ des idées politiques sérieuses reste encore largement ouvert. Des fonds de richesse publique aux idées d’efficacité, le rapport d’OpenAI et le débat politique plus large contiennent en réalité quelques bons concepts, bien qu’OpenAI ait pour habitude de bloquer bon nombre de ces propositions. Pour bon nombre de ces défis, des projets de loi ont déjà été rédigés. Mais tous nécessitent davantage de précisions, de délibération publique et un leadership progressiste. C’est la population qui devrait mener cette discussion, et non des entreprises comme OpenAI. Les bailleurs de fonds et les organisateurs des groupes environnementaux menant les efforts de blocage des centres de données devraient se concentrer sur un ensemble plus large de solutions — notamment l’engagement du public et l’éducation sur la technologie, les enjeux et les options politiques — et ne pas se laisser séduire par l’appât simpliste de moratoires sur les centres de données, qui sont sans issue et inéquitables.
Finalement un texte qui est moins critique qu’humoristique, par la doyenne de la littérature canadienne, Margaret Atwood : Claude, tu es un vrai chou !
Bonne lecture !
Notes
1
C’est une information que je devrais toujours inscrire quelque part… dans mon fichier Excel des traductions notamment. Et pour les documents non-traduits, que je classe dans mes répertoires ou que je sauve dans Devon, ou encore ces pages web que je sauve dans inoreader, je devrais les « taguer » : TS, Farrell, TMR, NYT, … ↩︎