Que se passe-t-il après l’hyperpolitique ?

Traduction de What Comes After Hyperpolitics? par Anton Jäger paru dans Jacobin le 7 octobre 2026.


D’ici la fin de l’année, les États-Unis auront battu deux records politiques. Selon les estimations des organisateurs eux-mêmes, la manifestation « No Kings Day » du 28 mars a été la plus grande manifestation d’une seule journée de l’histoire récente des États-Unis. Parallèlement, aucun président américain ne s’est enrichi avec autant de succès pendant son mandat que Donald Trump — 2026 s’annonce comme l’année la plus lucrative de sa carrière à ce jour.

Le concept d’« hyperpolitique » tente d’expliquer ces phénomènes concomitants. Il décrit un processus de repolitisation sans réinstitutionnalisation qui a envahi toutes les couches de la société au lendemain de la crise de 2008-2009. Cette recrudescence de l’activité politique a été inégale sur le plan organisationnel, difficile à rattacher à des précédents historiques et, plus inquiétant encore, n’a aucun effet garanti sur les rapports de force entre les élites et les masses.

Dans sa version actuelle, cette idée a d’abord vu le jour dans cette revue, où elle a suscité un débat animé. Publié sous forme de monographie quatre ans plus tard, Hyperpolitics1En traduction française aux éditions La Découverte : Hyperpolitique a également suscité des réactions variées, tant critiques qu’élogieuses, de la part d’auteurs de tous horizons politiques. Même les interprétations erronées se sont avérées productives.

L’une des raisons pour lesquelles nous revenons sur ces critiques est que les discussions suscitées par l’ouvrage ne relèvent pas d’un intérêt purement académique. Elles revêtent au contraire une importance stratégique pour la Gauche, puisque le livre s’achevait sur une question fondamentale : qu’est-ce qui peut faciliter la reconstruction du pouvoir de classe au cours de ce nouveau siècle, et qu’est-ce qui enferme la Gauche dans le marécage hyperpolitique ?

Généralité et abstraction

Hyperpolitics a débuté par une observation anecdotique qui est ensuite devenue le fondement d’une théorie plus large. L’ouvrage cherchait à proposer une description, une explication et une évaluation générales d’un problème général, à un niveau de généralité approprié. Le danger, bien sûr, est qu’une telle généralisation puisse frôler autre chose : l’abstractionnisme, c’est-à-dire un travail qui examine le terrain social à une telle distance qu’il n’a rien d’intéressant à dire sur les niveaux méso ou micro.

C’est cette généralité perçue dans Hyperpolitics qui a dérangé une partie des lecteurs. Ni ouvrage strictement consacré aux sciences sociales, ni critique culturelle pure, le livre leur apparaît comme ni chair ni poisson. « Si mes principes ne vous plaisent pas, j’en ai d’autres » pourrait être la réponse marxiste la plus convaincante à cela, mais je crains que le livre ne doive rester avant tout un ouvrage de vulgarisation. Les chauffeurs routiers longue distance n’utilisent pas les mêmes cartes que les randonneurs à la campagne. Au contraire, Hyperpolitics propose une théorie générale d’une tendance générale — avec tous les avantages et les inconvénients que cette généralisation implique.

Dans l’esprit des critiques, ce reproche est souvent lié à une autre question : la volonté de s’appuyer sur les réflexions d’auteurs de droite comme de gauche. Une réponse simple à cette accusation pourrait être celle donnée par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, lorsqu’on l’interrogea sur le recours qu’il faisait à Jean-Jacques Rousseau : « Aussi peu que je sois enclin à adhérer à sa pensée politique, la beauté de sa prose m’éblouit… Il dit en cinq mots ce qui m’en prendrait quinze. »

Pourtant, cette réponse est superficielle. Il existe une raison plus profonde pour laquelle la droite s’avère être un analyste plus habile de la décadence bourgeoise que la gauche : les réactionnaires ont souvent une perception plus aiguë des coûts du progrès capitaliste que les libéraux de gauche. Karl Marx et Friedrich Engels eux-mêmes préféraient les écrits d’un réactionnaire notoire tel qu’Honoré de Balzac pour leurs descriptions du XIXe siècle aux tracts pieux de la littérature prolétarienne. Comme l’a dit Engels lui-même, « le fait que Balzac ait été contraint d’aller à l’encontre de ses propres sympathies de classe et de ses préjugés politiques » et « qu’il ait décrit les nobles comme des gens ne méritant pas un meilleur sort… c’est là, à mon sens, l’une de ses plus grandes qualités ». La gauche, dogmatiquement attachée au libéralisme, est souvent incapable de faire preuve de cette curiosité que Marx et Engels considéraient précisément comme une vertu intellectuelle.

Avantage asymétrique

Une autre critique porte sur le fait que l’ouvrage n’explique pas pourquoi l’extrême droite semble avoir mieux tiré parti de cette nouvelle phase hyperpolitique que la Gauche. D’où vient cet avantage asymétrique ? Trois faits que le livre aborde déjà sans toutefois les développer méritent d’être rappelés ici — deux d’ordre structurel, un plus contingent.

Premièrement, la société de marché confère à la droite divers avantages fondamentaux, comme l’a observé Ralph Miliband dans son analyse de la « concurrence imparfaite » des démocraties libérales. Le premier de ces avantages est idéologique. Marx a un jour opposé le « Parti du progrès » au « Parti de l’ordre » : le premier cherchait à modifier les arrangements sociaux existants, écrivait-il, tandis que le second se contentait de vouloir les stabiliser et les consolider. Préserver le statu quo et garantir les rapports de propriété existants constituent un critère de réussite bien moins ambitieux.

Un deuxième facteur, lié au premier, est la disponibilité de financements privés. Qu’il s’agisse de financer des campagnes de type « astroturfing »2Faux mouvements citoyens à l’ancienne ou d’engager des influenceurs numériques, l’argent reste un outil de mobilisation efficace pour la droite, mais il fait défaut à la gauche (à moins de compter certains philanthropes libéraux qui cherchent à façonner un socialisme favorable au marché). Dépourvus de soutiens naturels au sein de l’État ou dans les milieux capitalistes, les projets de gauche ont généralement dû se contenter de collecter des dons épars et financièrement plus modestes. La disponibilité de fonds privés confère en revanche à la droite une capacité de mobilisation sans pareille. À cela s’ajoute l’asymétrie des pouvoirs dans la société dans son ensemble, comme l’a noté Perry Anderson :

Structurellement, en raison de leur nombre plus restreint et de leurs ressources plus importantes, pratiquement toutes les classes dirigeantes jouissent d’un avantage sur les classes dirigées en matière de capacité d’action collective. Leurs circuits de communication internes sont plus compacts ; leur richesse offre un moyen de pouvoir polyvalent, convertible en une multitude de formes de domination ; leurs systèmes de renseignement scrutent le paysage politique depuis une hauteur supérieure. Plus nombreuses et plus dispersées, moins bien équipées matériellement, moins armées culturellement, les classes subordonnées ont toujours tendance, selon l’expression du sociologue Michael Mann, à être « débordées sur le plan organisationnel ».

Il convient toutefois de noter un troisième facteur, plus contingent. Au sein de l’extrême droite, un débat bien plus audacieux sur la crise du libéralisme s’est ouvert, certains membres de la droite adoptant une position délibérément « post-libérale ». À l’inverse, la gauche actuelle présente une affinité sociologique avec le libéralisme — en raison des groupes sociaux qui la composent et de sa récente « académisation » —, ce qui a ralenti sa rupture idéologique avec celui-ci. Pour le reste, cette asymétrie est antérieure à l’époque hyperpolitique.

Compromis

Une autre facette de la thèse que l’ouvrage ne théorise pas concerne les corrélations entre ses deux axes analytiques : le politique et l’institutionnel. Comme l’ont noté les critiques, on peut difficilement affirmer que ceux-ci évoluent indépendamment l’un de l’autre. Jasper Bernes, par exemple, a démontré de manière convaincante qu’au cours du XXe siècle, l’institutionnalisation s’est souvent faite au prix d’une dépolitisation, tandis que la repolitisation a souvent érodé les structures institutionnelles existantes. En substance, il présente un dilemme entre une éthique weberienne de la conviction et une éthique de la responsabilité : institutionnaliser pourrait rendre la politique de gauche plus durable mais aussi potentiellement moins révolutionnaire, tandis qu’une politique de courte durée pourrait être gratifiante sur le plan libidinal mais s’avérerait incapable de renverser les structures de pouvoir existantes.

Il s’agit là de compromis délicats ; deux études de cas peuvent en illustrer les raisons. La campagne de Mao Zedong contre la bureaucratie du parti a recouru à une politisation radicale pour désinstitutionnaliser, mais a ensuite ouvert la voie à une période de dépolitisation plus tard dans le siècle. À l’inverse, la réaction des partis communistes français et italien face à la « longue année 1968 » dans leurs deux pays — une séquence qu’ils considéraient comme une révolte anti-institutionnelle aux conséquences politiques dangereuses — a probablement accéléré leur sclérose en tant que partis de masse dans les années 1980. Cela les a également rendus particulièrement vulnérables à l’assaut néolibéral.

Comme le montre Bernes, ces fluctuations peuvent donc se constituer mutuellement. Dans les années 1970, le mouvement ouvrier a été si facilement submergé par la contre-révolution néolibérale précisément parce qu’il privilégiait l’institutionnel au détriment du politique et qu’il était incapable de lancer un défi convaincant au retrait du capital par rapport au pacte d’après-guerre.

D’où le défi général que pose cet ouvrage : réinstitutionnaliser correctement l’énergie libérée par ce moment hyperpolitique.

Selon Bernes, une telle réinstitutionnalisation pourrait être envisagée soit sous l’angle communautaire, soit sous celui des intérêts. Dans le premier cas, le déclin de la vie civique depuis les années 1990 nous confronte à une tâche qui relève davantage du prépolitique que du politique. « Ce que Jäger propose peut-être », note-t-il, « c’est une politique de la brasserie sans le syndicat d’entreprise. » Cette lecture confirme l’intuition de Bernes selon laquelle « au moins dans ma vie, les milieux de gauche préservent des formes de vie sociale et de convivialité qui disparaissent rapidement ailleurs ». La tâche principale consisterait alors à reconstruire « un sentiment d’appartenance, de communauté et, dans de nombreux cas, la satisfaction de besoins matériels réels ». Dans la veine tocquevillienne, cela permettrait une réinstitutionnalisation sans repolitisation — un antidote à notre épidémie contemporaine de solitude, par exemple, ou des occasions de socialisation.

Pourtant, même les clubs de bowling ont besoin de fonds, et il est peu probable que les membres restent dans un syndicat si celui-ci est incapable de leur offrir des augmentations salariales. « Si de telles institutions ne parviennent pas à améliorer durablement la situation matérielle de la grande majorité, se demande Bernes, quel succès peuvent-elles revendiquer ? » À l’ère de la longue récession, il est en effet plus difficile de se réinstitutionnaliser en promettant des avantages directs aux membres. Pourtant, comme l’a dit Vladimir Lénine, il n’existe pas de situation impossible : les dix dernières années ont démontré qu’une gauche dépourvue d’un mouvement syndical puissant est capable de se faire une place sur la scène politique, mais qu’elle manquera généralement des leviers nécessaires pour imposer à la société un changement politique clair. Comme l’a formulé Sam Gindin, les chances d’obtenir aujourd’hui des avancées matérielles au nom des travailleurs sont peut-être plus minces, « mais que comptez-vous faire d’autre de votre vie ? »

Réinstitutionnalisation

Après tout, l’hyperpolitique n’est qu’une tendance parmi d’autres, et de nombreux signes indiquent que la réinstitutionnalisation est déjà en cours. La gauche occidentale — si l’on peut considérer comme une force unitaire ce collage hétéroclite d’organisations et de sous-cultures actuellement regroupées sous cette rubrique — se trouve dans une situation contradictoire en 2026. Bon nombre de ses causes bénéficient d’un soutien populaire croissant, mais il n’existe aucune force institutionnelle correspondante pour traduire ces causes en concessions directes de la part du capital. Depuis 2008, le consensus politique de l’ère néolibérale s’est clairement fracturé, mais cela n’a guère contribué à accroître le pouvoir des travailleurs ou de la gauche en tant que telle ; la plupart des mouvements sociaux apparus dans les années 2010 se sont révélés incapables d’inverser ces tendances.

Ce renouveau inégal a favorisé l’émergence de deux tendances de gauche concurrentes, mais pas nécessairement inconciliables. La première est ce que l’on pourrait appeler l’« immédiatisme ». Celui-ci insiste sur l’idée que les nouvelles énergies générées par les plateformes en ligne peuvent constituer la base d’un retour à la politique de masse, organisée autour d’une réponse à divers phénomènes « viraux » en ligne susceptibles de repolitiser une masse atomisée, rivée à ses écrans, et de la diriger vers un assaut insurrectionnel contre l’État capitaliste.

Il s’agit d’une proposition qui trouve un large écho auprès de certaines groupuscules post-trotskistes, mais aussi auprès des communistes de gauche et des anarchistes, dont la politique n’a jamais présupposé l’existence d’un mouvement ouvrier solidement organisé. Bon nombre de ces propositions n’ont rien de nouveau et rappellent la critique d’Alexandre Herzen à l’encontre du radical russe Mikhaïl Bakounine, qui aurait eu tendance « à confondre le deuxième mois de grossesse avec le neuvième ».

Une deuxième tendance reconnaît au moins la nécessité d’une réinstitutionnalisation, mais cherche à la personnaliser : il s’agit avant tout du populisme de gauche proposé par Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, qui ont cherché à offrir une variante de gauche du leaderisme. L’influence de ces idées est visible dans le « parti gazeux » construit par Jean-Luc Mélenchon ou dans les manigances entourant le Your Party de Jeremy Corbyn. Ces deux approches ont en commun le souhait de faire surgir comme par magie une forme de politique que la gauche a mis des décennies à construire à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, sans disposer du pouvoir de classe correspondant.

À quoi ressemblerait concrètement une réinstitutionnalisation plus progressive ? Face à l’impatience de l’hyperpolitique, nombreux sont ceux qui ont préconisé un retour à la « stratégie de la patience » originale de Karl Kautsky, datant d’avant la Première Guerre mondiale. Dans la vision de Kautsky, l’institutionnalisation et la politisation évoluent selon deux échelles de temps qui se chevauchent : l’une à long terme, l’autre à court terme. Pour la première, des acteurs institutionnels clairement identifiés — coopératives, syndicats, partis — peuvent être mobilisés en période d’exacerbation des tensions de classe, mais doivent sinon attendre leur heure dans les tranchées. Une telle approche permettrait d’équilibrer spontanéité et organisation. Elle semble également utile à notre époque de politisation croissante qui ne s’accompagne pas d’un poids institutionnel correspondant.

La défense de cette approche néo-kautskyste doit bien sûr être strictement conditionnelle. Kautsky lui-même a fini par devenir un briseur de grève anti-bolchevique, démontrant ainsi que les appels à la patience peuvent facilement déboucher sur une complaisance réformiste. L’institutionnalisation, comme on le voit ici, n’est en aucun cas intrinsèquement révolutionnaire. Comme l’a indiqué Bernes, elle pourrait même être la raison pour laquelle une percée révolutionnaire n’a pas eu lieu dans le propre pays et à l’époque de Kautsky : les cadres supérieurs du mouvement ouvrier ont cherché à tempérer la base, car ils estimaient que la construction d’institutions sous le capitalisme était plus importante que la rupture politique avec celui-ci. La fossilisation en était la conséquence la plus probable.

Manipulation génétique

Peu de ces dinosaures institutionnels survivent aujourd’hui, comme le note également Bernes. Certains partis de masse ont résisté à l’ère glaciaire postpolitique et au dégel hyperpolitique — on pourrait penser au Parti communiste grec —, mais ils ne présentent pour l’essentiel d’intérêt qu’en tant que curiosités historiques.

Tout le monde s’accorde à dire qu’on ne peut pas cloner un dinosaure. Pourtant, comme le savent les scientifiques, la manipulation génétique n’est pas impossible non plus, même s’il faut avoir une bonne connaissance de la matière sur laquelle on travaille. Comme l’a fait remarquer Dylan Riley, la tâche de la gauche contemporaine consiste à « créer un nouveau prince moderne adapté à l’ère des réseaux sociaux, de la viralité et de l’intelligence artificielle, en plus de l’omniprésente industrie culturelle », qui ne succomberait pas immédiatement à cette nouvelle liquidité.

À cet égard, la trajectoire récente du Parti des travailleurs de Belgique (PTB/PVDA) mérite au moins d’être mentionnée. Le PTB s’inspire d’un parti maoïste à cadres. Il applique une interdiction « marxiste-léniniste » prévisible des factions, dispose d’un modèle d’adhésion à plusieurs niveaux et affiche des chiffres records sur les réseaux sociaux belges.

Il est toutefois le seul, parmi les partis belges et européens, à avoir connu un succès mesurable dans l’élargissement de sa base ces dernières années. Il a noué des liens plus étroits avec le mouvement syndical belge, qui reste très important. Il considère son rôle parlementaire comme celui d’un tribun populaire plutôt que comme celui d’un candidat au pouvoir. Il a également fait obstacle à plusieurs tentatives gouvernementales visant à achever la restructuration néolibérale de la société belge, achevée depuis longtemps dans les pays voisins. Malgré toutes ses pathologies, le parti prouve que la patience porte ses fruits. (Il est bien sûr révélateur, d’un point de vue historique, que le PTB serait horrifié à l’idée d’être qualifié de « kautskyste », ce qui témoigne du siècle de changements qui est derrière nous.)

Le kautskysme des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) est une créature tout à fait différente. Officiellement, le DSA n’est même pas un parti mais une « organisation socialiste », comme ses membres ne cessent de le souligner. Comme l’a noté Joe Todd dans une étude comparative des deux organisations, le PTB et le DSA présentent également des différences radicales, même s’ils sont souvent cités ensemble.

Contrairement à la structure de pouvoir plus centralisée du PTB, celle du DSA est répartie de manière informelle entre les sections locales et les groupes de travail. Cette absence de centralisme strict signifie également que l’organisation a plus de mal à tracer une ligne de démarcation entre le débat interne et la communication vers l’extérieur. Contrairement au PTB, son modèle d’adhésion est horizontal plutôt qu’hiérarchisé, ce qui facilite l’adhésion. Sa direction est également relativement plus souple en comparaison, tandis que ses groupes de travail jouissent d’un degré d’autonomie bien plus important que les sections locales du PTB. C’est très probablement l’antistalinisme historique du DSA qui est à l’origine de ce relatif manque de centralisme.

Le PTB et le DSA ont tous deux connu une croissance significative au cours de la dernière décennie, tant en termes d’effectifs que d’influence sociétale. Pourtant, la question clé, comme toujours, est celle de Lénine : qui dirige qui ? Cela revêt une importance particulière dans la perspective d’une candidature présidentielle d’Alexandria Ocasio-Cortez. Le DSA finira-t-il par servir de tremplin électoral aux membres du Congrès de gauche qui visent une carrière au sein du DNC, ou constituera-t-il une force disciplinaire pour les législateurs qui utilisent les démocrates comme simple tremplin tout en conservant leur indépendance politique ? Le débat reste ouvert, mais il vaut la peine d’exposer clairement les risques liés à ces deux modèles.

Comme tout ouvrage de sciences sociales, Hyperpolitics n’est ni un manuel de développement personnel ni un horoscope de notre avenir politique. Tout ce que l’on peut faire, c’est mettre en évidence des tendances et des probabilités ; il n’existe aucune loi immuable décrétant la persistance ou la disparition immédiate de l’hyperpolitique aujourd’hui. La réinstitutionnalisation est difficile, en particulier dans le contexte économique actuel où la croissance se concentre au sommet de la société, et où les adversaires du programme prosocial de la Gauche sont bien financés et à l’aise avec le pouvoir. Pourtant, la course à la réinstitutionnalisation est lancée ; ce que Hyperpolitics a cherché à faire, avant tout, c’est de clarifier la différence entre les voies de sortie et les impasses.


Les traductions par Gilles en vrac (.xlsx ou .html)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.


Post-scriptum de Gilles : Déjà paru ici à propos de Hyperpolitics : gauche de rupture, oligarchie et démocratie (billet du 26.02.13). Et parmi mes traductions : La gauche souffre d’un problème d’hyperpolitique par Daniel Schlozman; Hyperpolitique en Amérique par Anton Jäger dans le New Left Review sept/oct 2024.


C’est le Père Deschesnes (Pourrons-nous sortir de l’hyperpolitique ?) qui m’a pisté vers le présent article et informé de la parution en traduction française du livre de Jäger : Hyperpolitique, aux éditions La Découverte.

Notes