Défendre la biodiversité avec des ventes de gâteaux

Traduction de The Great Biodiversity Bake Off, par Audrey Irvine-Broque et Jessica Dempsey sur The Break-Down le 29 mai 2026.


Les marchés de la biodiversité promettent de générer des fonds pour protéger des écosystèmes vitaux. Ce faisant, ils renforcent les conditions d’austérité mêmes qui rendent ces écosystèmes vulnérables au départ.

Les trente dernières années de politique en matière de biodiversité auraient fait une série télévisée (plus ou moins) captivante. À chaque saison, de nouveaux promoteurs de projets font leur apparition, suscitant l’enthousiasme autour de leur idée visant à transformer la biodiversité en un actif dans lequel investir. Le pilote aurait pu porter sur la bioprospection des ressources génétiques du Costa Rica. Puis les crédits de biodiversité en Amazonie, suivis d’une obligation liée au nombre de rhinocéros ou d’un satellite qui suit les baleines en tant que crédits carbone.

Certaines de ces idées ont contribué à financer d’importants projets de conservation : la tribu Yurok, par exemple, a tiré parti des marchés du carbone forestier pour racheter des parcelles de son territoire en Californie et mener des actions de restauration écologique. D’autres idées se sont révélées spéculatives, non scientifiques ou ridiculement ignorantes de leurs impacts sociaux et écologiques. Toutes se sont disputé l’attention des ONG, des gouvernements et du secteur privé, en vantant leur capacité à créer un marché capable de « débloquer des milliards » de capitaux pour la conservation et la restauration de la biodiversité.

Mais l’afflux de capitaux promis ne s’est jamais produit. Au lieu de cela, les observateurs ont pu constater que la prolifération des projets pilotes, des fonds spécialisés et des initiatives volontaires démontre à maintes reprises que la conservation de la biodiversité motivée par le profit reste difficile à vendre. À chaque fois, les fonds mobilisés ont été modestes, irréguliers et dépendants des subventions publiques et des garanties philanthropiques. Il en résulte une perspective pour la biodiversité qui ne ressemble pas à un marché de capitaux en plein essor, mais plutôt à quelque chose qui s’apparente davantage à une vente de pâtisseries.

Pour ceux qui ne vivent pas dans le monde anglophone, les « ventes de pâtisseries » sont devenues populaires au XIXe et au début du XXe siècle, lorsque les églises, les écoles et les associations caritatives vendaient des gâteaux, des tartes et du pain faits maison pour collecter des fonds en faveur de diverses causes. Au fil du temps, ces ventes sont devenues un pilier des collectes de fonds scolaires ; aujourd’hui, elles servent souvent à financer des activités extrascolaires telles que le sport, la musique et les sorties éducatives. Les ventes de pâtisseries sont bénévoles, ponctuelles et subventionnées par des capitaux et une main-d’œuvre à conditions préférentielles (les parents achètent les ingrédients et préparent eux-mêmes les gâteaux et les biscuits), tandis que les recettes sont imprévisibles. Elles ne sont pas conçues pour soutenir des investissements continus dans des infrastructures essentielles ; ce sont des solutions provisoires dans des systèmes publics affaiblis.

Comme pour les ventes de pâtisseries, la plupart des projets de financement de la biodiversité dépendent de subventions : des fonds publics ou philanthropiques qui absorbent les pertes potentielles afin d’inciter les investisseurs privés à participer. Toute une série d’acteurs publics et d’ONG travaillent en coulisses pour faire fonctionner ce marché, convaincus que ces efforts sont plus efficaces et évolutifs que le financement direct de la conservation. Ainsi, bien que les financements privés liés à la nature ne parviennent jamais à atteindre les projections ambitieuses de croissance du marché, le spectacle est toujours renouvelé pour une nouvelle saison.

Les écosystèmes ne sont bien sûr pas les seuls biens publics exposés aux efforts de marchandisation : les soins de santé, l’éducation, les services publics et les systèmes de transport dans de nombreuses régions du monde subissent des pressions pour transformer les infrastructures de base en modèles économiques rentables. Mais même dans ce contexte, la biodiversité est confrontée à un ensemble unique de contraintes en matière de privatisation et de rentabilité : en termes simples, il n’existe pas de marché pour le type de protection et de restauration mondiales nécessaires pour rester dans les limites planétaires. Le manque de revenus, les coûts de transaction élevés, la faible liquidité et la nécessité de satisfaire les profils risque-rendement des investisseurs limitent tous l’ampleur et la portée distributive des projets.

Ainsi, malgré les prévisions fréquentes d’une expansion du marché, l’absence d’un véritable argumentaire commercial en faveur de l’investissement dans la biodiversité a relégué la « conservation fondée sur le marché » au rang d’une vente de gâteaux sans fin.

Incitations perverses

Pourquoi, alors, consacrer tant d’énergie à essayer de séduire les investisseurs privés alors que l’on ne dispose pas de la seule chose dont ils ont besoin : le profit ?

Le financement public reste, de loin, la principale force motrice de la conservation de la biodiversité. Mais avec une concentration croissante des capitaux privés et une raréfaction des finances publiques, ceux qui cherchent des fonds pour des travaux de conservation se voient souvent dire qu’ils doivent développer des idées génératrices de rendement pour puiser dans ce capital abondant.

S’il est essentiel de lever des fonds pour la protection et la restauration, le manque de financement de la conservation n’est pas le principal facteur de la crise écologique. La plupart des écosystèmes disparaissent non pas à cause d’un manque de fonds, mais parce que les pressions visant à les convertir à d’autres usages sont si fortes. On estime que jusqu’à 90 % de toute la perte de biodiversité terrestre est due à des changements d’affectation des terres à des fins d’extraction, notamment l’exploitation minière, la sylviculture et l’agriculture industrielle. Une grande partie de ces activités se déroule avec l’approbation sans réserve de l’État, bien qu’elles se produisent également par le biais de pratiques informelles ou illégales.

Le financement suit un schéma similaire : si certains financements soutiennent des activités illicites, souvent protégées par des paradis fiscaux, la majeure partie de cette destruction est tout à fait légale. Le rapport « State of Finance for Nature » 2026 du PNUE estime qu’en 2023, les subventions néfastes, dominées par celles en faveur des combustibles fossiles, de l’agriculture et de l’utilisation de l’eau, ont atteint environ 2 400 milliards de dollars, tandis que les financements privés nuisibles à la nature s’élevaient à 4 900 milliards de dollars.1Cela inclut les flux de finances publiques qui encouragent une production ou une consommation non durable et nuisent à la nature par l’épuisement des ressources, la dégradation des écosystèmes ou des impacts négatifs sur la santé de la planète. Les finances privées se mesurent à travers les obligations, les prêts et les capitaux propres, qui affluent vers des secteurs à fort impact tels que les services publics, l’industrie, l’énergie et les matières premières.

Ceux qui défendent l’argumentaire économique en faveur de la nature espèrent qu’un jour, la véritable valeur des services écosystémiques se reflétera dans l’activité économique et pourra ainsi l’emporter sur la pression visant à convertir ces espaces à d’autres usages. Rapport après rapport, on proclame que la destruction de la nature finira bientôt par nuire aux profits. Un chiffre souvent cité, produit par le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers, suggère que 44 000 milliards de dollars du produit intérieur brut (PIB) mondial dépendent de la nature ; tandis que le Forum économique mondial classe systématiquement la perte de biodiversité parmi les principaux risques mondiaux pour le PIB, la population et les ressources naturelles. Pourtant, peu de choses ont changé en ce qui concerne les moteurs économiques sous-jacents de cette perte. Pourquoi ?

À l’heure actuelle, l’extraction est ancrée dans la structure du système financier et monétaire international. Dans le cadre des dispositions actuelles de ce système, renoncer à l’extraction n’est pas un problème de parité dollar pour dollar, comme si toutes les sources de revenus ou tous les postes budgétaires étaient créés égaux. Pour de nombreux pays — et en particulier ceux du Sud, où se trouvent la majorité de la biodiversité et des forêts tropicales restantes de la planète —, les revenus provenant des activités extractives qui entraînent la destruction de l’environnement sont essentiels au maintien de la stabilité financière. Les industries extractives et les matières premières qu’elles produisent pour l’exportation rapportent les devises étrangères nécessaires pour gérer la balance des paiements, honorer les remboursements de dette pesants et maintenir les flux d’investissement vers le pays. Sans cet afflux de devises étrangères (et sans un engagement fort envers les secteurs qui le génèrent), les gouvernements sont confrontés non seulement à une perte de recettes, mais aussi à une détérioration supplémentaire de leur situation financière sous forme de fuite des capitaux, de dégradation de la notation de crédit, de ruée sur la monnaie et de litiges avec les investisseurs.

Dans ces conditions, les écosystèmes sont souvent mis en gage pour rétablir la stabilité en période de crise budgétaire. Les écosystèmes de mangroves en sont un exemple. Les mangroves jouent un rôle infrastructurel clé dans les zones côtières : outre leur fonction dans le cycle global du carbone, elles protègent contre les tempêtes et l’élévation du niveau de la mer et fournissent un habitat essentiel pour la pêcherie en milieu naturel. Mais les mangroves ont été détruites à un rythme record au cours des dernières décennies, ce qui en fait l’un des écosystèmes les plus menacés au monde. La majeure partie de cette destruction a eu lieu à la suite de la crise de la dette des années 1980, lorsque les pays d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est ont été encouragés, financés et parfois contraints d’accroître rapidement leurs exportations. Il en a résulté un boom de la production agricole et aquacole, qui a représenté près de la moitié de la perte totale de mangroves, l’élevage intensif de crevettes en étant le principal responsable.

L’élevage de crevettes a été mis en place — avec un soutien massif des banques de développement et des institutions financières internationales — comme stratégie pour retrouver une stabilité financière face aux chocs externes de l’économie mondiale. Si, au départ, l’expansion de l’élevage intensif de crevettes a stimulé les rendements, les exportations et les revenus locaux, elle a également créé des vulnérabilités à long terme face aux épidémies et à l’effondrement des écosystèmes, ainsi qu’une exposition accrue aux tempêtes et aux inondations. Puis, à mesure que les systèmes de production échouaient et que les entreprises se délocalisaient, les communautés se sont souvent retrouvées face à des environnements dégradés, une sécurité alimentaire réduite et une dette croissante. La priorité accordée à la stabilisation financière à court terme et au remboursement des créanciers a imposé des vulnérabilités sociales, économiques et écologiques durables, notamment la perte de mangroves.

Ces vulnérabilités constituent les conditions mêmes à partir desquelles la « vente de gâteaux » cherche désormais à construire un marché. Pour que les efforts de conservation fournissent des services commercialisables, en particulier sur les marchés du carbone et de la nature, les projets doivent démontrer leur « additionnalité », c’est-à-dire prouver que des actions telles que la protection ou la restauration des mangroves n’auraient pas eu lieu sans financement privé. Cela signifie que les gouvernements doivent être scientifiquement reconnus comme incapables ou peu disposés à mener à bien la conservation ou la restauration, sous peine de voir le marché perdre sa légitimité. L’insuffisance des capacités de l’État fournit donc un contre-fait qui légitime ce marché, transformant la dégradation des écosystèmes et des capacités publiques de gestion environnementale en une opportunité. L’austérité ne coexiste pas simplement avec les marchés de la biodiversité, mais constitue une prémisse sur laquelle ceux-ci prétendent générer de la valeur.

Certes, de nombreux États manquent de budget, de personnel ou de mandat pour protéger les écosystèmes à l’échelle nécessaire. Mais les réponses apportées à cette austérité renforcent souvent les conditions auxquelles elles sont censées remédier. En s’engageant dans des marchés environnementaux tels que les compensations carbone écosystémiques, les États peuvent percevoir des incitations perverses les dissuadant de réglementer la protection des écosystèmes ou de financer leur restauration, ce qui les rendrait non viables sur le plan financier. Et comme le financement privé est présenté comme la seule option viable pour de tels investissements, ce consensus se renforce dans la conception même du marché. Compte tenu des faibles perspectives de lever des fonds suffisants sur ces marchés, cela est particulièrement préoccupant. Il en résulte un paysage de « natures d’austérité » : des écosystèmes en prolifération qui ont besoin d’être restaurés, face à des États considérés comme structurellement incapables de le faire.

Natures d’austérité contre extractivisme d’abondance

Face à l’austérité de l’État, la vente de gâteaux est souvent considérée comme mieux que rien. Si les budgets ne peuvent pas augmenter, alors le financement privé semble pragmatique plutôt qu’idéologique.

Mais les ventes de gâteaux ne sont pas un spectacle secondaire sans importance. Elles sont le symptôme d’un compromis politique plus profond, qui relègue la biodiversité et les communautés qui la gèrent et en dépendent à nager à contre-courant face à un torrent d’extraction subventionnée. Pendant ce temps, alors que les groupes de conservation s’efforcent de lever des millions par le biais de programmes privés, les gouvernements mobilisent des milliards de dollars, agissant de manière décisive et à grande échelle, pour étendre les pipelines, subventionner les combustibles fossiles ou soutenir le développement industriel.

Dans ce contexte, le pouvoir de l’État s’oriente résolument vers ce que l’on pourrait appeler l’« extractivisme de l’abondance ». Comme le soulignent de nombreux partisans du programme « Abondance », à l’instar d’Ezra Klein et de Derek Thompson, de nombreux États sont en proie à l’intransigeance bureaucratique et à des réglementations mal coordonnées. L’extractivisme de l’abondance réoriente cette attention, l’utilisant avec le plus d’ardeur pour accélérer et rationaliser l’exploitation des ressources, notamment les pipelines de combustibles fossiles, les exploitation minières et les plantations en monoculture.2Un exemple extrême récent, en Papouasie occidentale, a vu la conversion d’une étendue de forêt d’une superficie équivalente à celle de la Belgique en une monoculture rentable. Voir : https://www.lrb.co.uk/blog/2025/august/the-world-s-largest-deforestation-project De tels projets sont considérés comme essentiels, non seulement pour la stabilité financière, mais aussi pour la sécurité nationale. Il en résulte une explosion du soutien financier de l’État — les impôts que vous et nous payons — utilisé pour réduire les risques liés aux activités extractives.

Nous ne nions pas la réalité sur laquelle se concentrent Klein et Thompson, ni le besoin urgent de construire des infrastructures telles que des logements abordables, des transports en commun et des réseaux d’électricité renouvelable. Mais cela doit s’accompagner d’une accélération et d’un financement tout aussi spectaculaires pour préserver des forêts abondantes et diversifiées, des pâturages, des zones humides et, oui, des mangroves. Au lieu de cela, ce que nous observons dans de nombreux débats sur la conservation de la biodiversité, ce sont des perceptions exagérées de la volonté ou de la capacité du capital privé à résoudre les problèmes environnementaux, ce qui détourne l’attention de la nécessité d’investissements publics à grande échelle, de la protection des écosystèmes essentiels et, au niveau international, d’une coordination visant à défaire l’ancrage profond de l’extraction effrénée dans l’économie politique de la stabilité financière.

Ces alternatives ne promettent pas d’innovations spectaculaires ni de solutions gagnant-gagnant. Elles impliquent au contraire des compromis et de la planification, ainsi que la nécessité d’agir par le biais de mécanismes démocratiques auxquels beaucoup ont perdu confiance. Elles exigent de reconstruire l’espace politique et les capacités publiques pour gérer la nature à grande échelle, et d’apprendre à le faire d’une manière qui respecte les droits et réponde aux besoins de la société. Elles nécessitent des bâtons, et pas seulement des carottes : protection des habitats, sanctions significatives en cas de non-respect de la législation environnementale et de la réglementation financière.

Si la biodiversité est une infrastructure essentielle, alors sa protection exige des budgets, des lois et des engagements politiques à la hauteur de ce statut. Nous n’avons pas besoin de plus de séries télévisées à dévorer d’une traite ni d’un « Great Biodiversity Bake Off » — nous avons besoin d’investissements publics et d’une planification stables, ennuyeux, durables et à grande échelle, capables de protéger les avantages publics généraux des systèmes écologiques intacts ainsi que les droits et les régimes fonciers des peuples autochtones et des communautés locales.

Au-delà de la vente de gâteaux

Alors que les États dépensent de plus en plus pour leurs armées, parallèlement à une inflation croissante et à la pression pour plafonner les dépenses publiques, soutenir la biodiversité en tant qu’infrastructure essentielle et critique, en collaboration avec les titulaires de droits autochtones et les communautés locales, peut sembler un rêve chimérique : moins probable que de remporter le Bake Off ou de trouver l’âme sœur sur Love Island. La réalité est un endroit qui donne à réfléchir.

Mais nous ne pouvons pas y échapper, ni nous contenter de solutions de contournement élaborées. Les écosystèmes menacés ne seront pas sauvés par des obligations de conservation des rhinocéros ou en transformant les baleines en crédits carbone. Nous ne pouvons pas partir du principe qu’il suffit d’inscrire une nouvelle valeur monétaire dans la colonne intitulée « nature » et de laisser le reste du système financier international exactement tel qu’il est. Les entrepreneurs recherchent des innovations sur des marchés de niche ; seuls les mouvements politiques sont capables de faire évoluer les contraintes du monde réel.

Prendre au sérieux la biodiversité en tant que projet politique signifie soutenir le travail nécessaire (mais souvent sous-financé et marginalisé) de gestion des écosystèmes pour répondre aux besoins des populations : gérer les forêts pour réduire le risque d’incendies, garantir une eau propre et protéger les pêcheries sauvages. Cela impliquerait de promouvoir une vision de la stabilité totalement différente, soutenue par une économie politique conçue à cet effet. Cette vision doit respecter et faire progresser la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Mais, comme l’illustrent les mangroves, l’espace politique nécessaire pour entreprendre ce projet est conditionné par de puissantes pressions économiques internationales. Une politique environnementale audacieuse risque de provoquer une fuite des capitaux, des paniques monétaires et une instabilité financière. Bien que ces pressions soient loin d’être les seules auxquelles les États sont confrontés lorsqu’ils réforment des secteurs nuisibles, leur emprise sur la politique environnementale reste ferme. Dans de nombreux contextes, une transition écologique ne peut donc se produire que si nous empêchons une logique financière axée sur la rapidité et les rendements à court terme, qui prend le pas sur la planification structurelle à long terme nécessaire à la stabilité de la planète.

Pour ce faire, il faudrait passer d’un recours aux capitaux privés concentrés porteurs d’idées rentables à une prise en compte de la manière dont ces capitaux passent entre les mailles du filet des faibles taux d’imposition des sociétés, de l’évasion fiscale et des subventions aux secteurs extractifs, autant de facteurs qui restreignent encore davantage les budgets des gouvernements. Nous devons nous concentrer sur la fermeture de ces failles, tout en augmentant les budgets publics grâce à une fiscalité progressive, en réglementant les secteurs nuisibles à la source et en orientant les investissements vers des infrastructures vitales. Cela implique de s’associer aux mouvements qui tentent de créer les conditions politiques et économiques d’une planète vivable et véritablement abondante, notamment ceux axés sur la justice en matière de dette, de fiscalité et de ressources, et de rééquilibrer la relation asymétrique entre les gouvernements et la finance.

Ce sont là les types de réformes que tout défenseur de la biodiversité devrait prendre au sérieux. Plutôt que de nous battre pour des miettes, nous devrions proposer une vision audacieuse d’une économie politique internationale capable d’assurer la stabilité écologique mondiale. Cela peut sembler s’écarter de la politique de conservation habituelle, mais c’est nécessaire pour transformer les conditions qui menacent la vie sur Terre.


Audrey Irvine-Broque est doctorante au département de géographie de l’Université de Colombie-Britannique et chercheuse associée au Climate and Community Institute.

Jessica Dempsey est professeure de géographie à l’Université de Colombie-Britannique et chercheuse principale au Climate and Community Institute.


Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.

Notes

  • 1
    Cela inclut les flux de finances publiques qui encouragent une production ou une consommation non durable et nuisent à la nature par l’épuisement des ressources, la dégradation des écosystèmes ou des impacts négatifs sur la santé de la planète. Les finances privées se mesurent à travers les obligations, les prêts et les capitaux propres, qui affluent vers des secteurs à fort impact tels que les services publics, l’industrie, l’énergie et les matières premières. ↩︎
  • 2
    Un exemple extrême récent, en Papouasie occidentale, a vu la conversion d’une étendue de forêt d’une superficie équivalente à celle de la Belgique en une monoculture rentable. Voir : https://www.lrb.co.uk/blog/2025/august/the-world-s-largest-deforestation-project ↩︎