La disparition du banc public

Traduction de The Disappearance of the Public Bench, par Gabrielle Bruney sur placesjournal.org, avril 2026 – (11 800 mots)


Les bancs sont des microcosmes d’un vaste débat sur la question de savoir qui a sa place dans les espaces publics urbains. Lorsqu’ils sont supprimés ou rendus peu accueillants, nous perdons bien plus qu’un simple endroit où se reposer.

Gabrielle Bruney

Le plafond voûté et vitré du Moynihan Train Hall est constitué de milliers de panneaux de verre soutenus par des colonnes et des fermes en dentelle, vestiges de l’ancienne fonction du bâtiment en tant que bureau de poste principal de New York. En son centre est suspendue une horloge géométrique cannelée de plus de trois mètres de haut, surnommée « le Chrysler Building sous forme d’horloge » par un blog destiné aux passionnés d’horlogerie. 1 La verrière, les fermes et l’horloge — autant d’éléments qui indiquent que nous sommes dans une gare au style grandiose d’antan.

Il ne manque qu’une seule chose à ce tableau idyllique des banlieusards : des bancs. Comme la plupart des gens dans le hall, j’attendais un train. Il y a un salon pour les voyageurs de première classe de l’Amtrak et les VIP du club de fidélité, et un autre pour les détenteurs de billets ordinaires. Je faisais partie de la deuxième catégorie, mais la salle d’attente réservée aux détenteurs de billets semblait peu accueillante tant elle était bondée. Elle était loin d’avoir atteint sa capacité officielle de 320 personnes, mais si l’on tenait compte des bagages des voyageurs et de la distance confortable que la plupart d’entre nous préfèrent garder avec des inconnus, elle semblait bien remplie. L’embarquement, d’après mon estimation approximative, était prévu dans environ 20 minutes.

J’ai pesé le pour et le contre. En trois minutes de marche, je pouvais rejoindre la salle à manger. Là-bas, je pourrais probablement trouver une place, mais je serais loin des écrans de départ et des employés d’Amtrak. Et si je ratais une annonce, ou perdais la notion du temps, juste pour m’asseoir pendant quatorze minutes ? Alors, comme la plupart des autres personnes dans la gare, je suis resté debout, alternant entre tenir mon téléphone et ma tasse de café à emporter qui fuyait dans ma main dominante. À proximité, une famille — un homme et une femme à l’air stressé, deux petites filles sereines vêtues de t-shirts roses assortis qui regardaient quelque chose de coloré sur une tablette — a trouvé une autre solution. Leurs quatre valises et leurs trois sacs étaient tous appuyés contre un mur. La femme et les enfants étaient assis par terre, le dos contre leurs bagages, tandis que l’homme faisait les cent pas autour d’eux.

Ce n’était pas une journée particulièrement chargée à Moynihan. En fait, je n’ai jamais visité la gare sans voir des voyageurs affalés par terre. À deux kilomètres et demi de là, les passagers improvisent des perchoirs similaires sous le plafond en forme de constellation étoilée du Grand Central Terminal. Dans le hall de restauration en bas, qui abritait autrefois des dizaines de tables et de chaises, il n’y a plus que des tables hautes. À Washington, D.C., la destination de mon train, la très majestueuse Union Station dispose également de très peu de sièges publics, privilégiant plutôt des tables de café regroupées autour des restaurants. Il est difficile de savoir où l’on peut s’asseoir sans être obligé d’acheter un cappuccino.

Les bancs ne disparaissent pas seulement des grandes gares ferroviaires, mais aussi des métros, des parcs, des places, des trottoirs et des esplanades. Les réseaux de transport public de Philadelphie, Chicago, Anaheim et New York ont perdu leurs bancs, tout comme l’entrée du Pike Place Market de Seattle, une place du parc national à Washington, D.C., une artère du quartier Tenderloin à San Francisco, un boulevard dédié aux vétérans coréens à Nashville, et un petit parc au bord de la rivière à Janesville, dans le Wisconsin. 2 Certains de ces sièges ont été remplacés par des armatures permettant de s’asseoir ou de s’appuyer, mais ce n’est pas le cas de la plupart. Il n’existe pas de données précises sur le nombre total de bancs qui ont été retirés, ni sur la date exacte à laquelle cette tendance a commencé. Mais des témoignages anecdotiques suggèrent qu’au cours de la dernière décennie, à travers les États-Unis, des centaines d’endroits où s’asseoir en public ont discrètement disparu.

Les bancs, comme les autres équipements publics, sont des lieux où les visions optimistes de la vie civique se heurtent à des réalités encore plus chaotiques. Ce sont des lieux de loisirs et de contestation qui attirent des publics aux besoins et aux désirs très divergents. Les employés de bureau peuvent y déjeuner et les personnes âgées s’y reposer, mais les adolescents peuvent y socialiser à un niveau sonore jugé inacceptable par leurs aînés. Les bancs attirent les skateurs qui tentent de perfectionner leurs nosegrinds, et les hommes qui sirotent des boissons dissimulées dans des sacs en papier. Contrairement aux parcs ou aux refuges pour sans-abri, ce sont des interventions modestes et relativement peu coûteuses, des microcosmes de deux mètres de long reflétant un débat bien plus large sur les personnes pour lesquelles nos villes devraient être structurées et sur la meilleure façon d’y parvenir. Supprimer les bancs, ou décider qui a le droit de s’y asseoir, revient à renoncer à définir un idéal civique et à déterminer, ensemble, comment y répondre. Lorsque les sièges disparaissent, notre rapport à l’espace public devient plus réticent et utilitaire. Les bancs sont des symboles d’hospitalité, une invitation à participer à la vie civique.

Lorsque le Moynihan a ouvert ses portes en 2021, il a été salué pour son hall principal, ses installations artistiques et pour le contraste saisissant qu’il offre avec la Penn Station voisine, ce dédale tant décrié qui se cache sous le Madison Square Garden. Mais les gens ont également remarqué le manque de sièges. Une multitude d’élus, dont le membre du Congrès américain Jerry Nadler et le sénateur d’État Brad Hoylman-Sigal, ont écrit une lettre à Amtrak et à la Metropolitan Transit Authority pour demander davantage de places assises. Leur lettre, signée par des représentants de divers organismes gouvernementaux qui ne disposaient d’aucun pouvoir collectif pour réglementer Amtrak ou la MTA, n’a eu aucun effet apparent.

Pourtant, la lettre reconnaissait la théorie la plus répandue quant à la raison pour laquelle il y avait si peu de places assises. « Nous sommes conscients qu’un certain nombre de personnes sans domicile fixe fréquentent ce quartier », écrivaient les signataires, « ce qui peut susciter certaines inquiétudes. » 3 Pour empêcher les sans-abri de s’asseoir ou de s’allonger, laissaient entendre les auteurs, le hall privait presque tout le monde d’un endroit où s’asseoir.

En 2024, le nombre de sans-abri dans les rues de New York a atteint son plus haut niveau depuis 19 ans. 4 C’est une crise née d’autres crises, dans les domaines du logement, de la santé mentale et de la toxicomanie. Ce dont elle ne découle pas, cependant, ce sont les bancs publics — ils ne sont qu’un des lieux les plus visibles où se manifeste le sans-abrisme. À l’instar du métro et de la bibliothèque publique, les bancs sont des lieux où se rendent les personnes qui n’ont nulle part où aller. Les observateurs de l’espace public soulignent depuis longtemps que priver les personnes en détresse d’un endroit où s’asseoir est une cruauté gratuite. « Tant que le problème de logement des indigents de la ville ne sera pas résolu de manière adéquate,

il est moins déchirant que les abandonnés aient au moins le réconfort rudimentaire d’un banc de parc vers lequel se tourner à la tombée de la nuit… que de les voir se blottir les uns contre les autres dans la misère, dormant dans les caniveaux », écrivait en 1916 l’architecte paysagiste George Burnap, concepteur de la première roseraie de la Maison Blanche. 5

S’il serait évidemment ridicule de fermer la MTA ou la bibliothèque locale pour empêcher les sans-abri d’utiliser ces ressources, supprimer les bancs est désormais une pratique courante. On ne sait même pas si cette stratégie fonctionne. En attendant mon train à Moynihan, j’ai observé un jeune homme à la démarche raide et traînante faire le tour de la gare encore et encore, chaussé de chaussures beaucoup trop grandes et pleines de trous.

L’idée que les bancs sont destinés à certaines personnes et pas à d’autres n’est pas nouvelle. En 1908, un promoteur immobilier de Saint-Pétersbourg, a lancé une tendance en installant des bancs à un carrefour du centre-ville. Ils ont été si appréciés que d’autres personnes en ont installé à leur tour, dans une gamme de couleurs variées, jusqu’à ce que la ville adopte un arrêté n’autorisant que les bancs verts. Finalement, on en comptait environ 3 000 et Saint-Pétersbourg a gagné le surnom de « La ville des bancs verts ». 6 Ils sont devenus des éléments incontournables des efforts de promotion de la ville, apparaissant sur des cartes postales et dans des publicités comme emblèmes de son climat sans hiver, de sa communauté accueillante et du mode de vie tranquille des retraités. 7

Tout le monde n’était pas le bienvenu sur les bancs verts. Tout au long de l’ère Jim Crow, la police empêchait les Noirs de les utiliser. 8 « Je me souviens d’avoir marché avec ma mère sur Central Avenue, bordée de bancs verts, en sachant que nous ne pouvions pas nous y asseoir », a déclaré Gwendolyn Reese, une habitante noire, à un média local en 2025. « Ce n’était pas la loi. C’était la pratique. » 9 Un autre habitant noir se souvenait dans une interview accordée au Tampa Bay Times : « Pour moi, ces bancs verts étaient synonymes de racisme… Ils signifiaient “non”. Ils signifiaient : “Tu n’es pas assez bien.” » 10 Les bancs verts de Saint-Pétersbourg rappellent ceux de la Vienne des années 1930, qui portaient la mention « Réservé aux Aryens ». 11

Lorsqu’un groupe ne bénéficie pas d’une pleine inclusion civique, il n’est pas le bienvenu pour partager les bancs avec ceux dont le statut est assuré. Les bancs font partie de la manière dont nous définissons nos communautés, révélant des engagements communs envers des idéaux égalitaires ou, à l’inverse, envers le renforcement des divisions raciales, religieuses ou de classe.

On peut considérer que les bancs ne se contentent pas de refléter nos sociétés, mais qu’ils façonnent activement nos valeurs et notre rapport au monde. Les différences entre les cultures où l’on s’assoit sur des chaises et celles où l’on s’assoit par terre vont bien au-delà de la posture d’assise. Le philosophe et bouddhiste japonais D.T. Suzuki a comparé le Penseur de Rodin, perché sur un rocher, à un méditant zen assis par terre. « Le “penseur” zen est enraciné, pour ainsi dire, dans le fondement de toutes choses, et chaque pensée qu’il peut chérir est directement liée à la source de l’être d’où nous, les êtres de la terre, provenons », écrivait Suzuki. « Se soulever du sol, ne serait-ce que d’un pied, signifie un détachement, une séparation, une abstraction, un éloignement vers le royaume de l’analyse et de la discrimination. » 12 Pour les héritiers de Descartes, en revanche, s’échapper du sol est précisément l’attrait d’une chaise. Le critique d’art Arthur C. Danto, dans son essai sur les chaises et leurs significations, « The Seat of the Soul », note qu’en « reposant le corps », les « facultés supérieures » sont libérées « pour se consacrer à leurs préoccupations plus élevées ». 13

Tout comme s’asseoir sur une chaise et s’asseoir par terre revêtent une signification symbolique, les différentes formes de sièges ont chacune leurs propres connotations. En anglais, on parle de sièges au Congrès, de bancs judiciaires et de présidents. La hiérarchie s’exprime souvent à travers les positions assises et debout — pensez à l’huissier demandant « Que tout le monde se lève » lorsqu’un juge entre dans la salle d’audience. L’art de l’Égypte antique suggère que les chaises n’étaient utilisées que par les personnes de haut rang. 14 Cela semble être une situation légèrement meilleure par rapport à la cour de Versailles, où le public était régulièrement invité à regarder la famille royale dîner, mais où seules les princesses et les duchesses étaient autorisées à s’asseoir. 15

Dans une hiérarchie des sièges qui s’étend des trônes majestueux aux modestes repose-pieds, les bancs publics se situent quelque part dans la classe moyenne inférieure. Collectifs et anonymes, ils offrent la dignité et la reconnaissance que notre culture associe au fait de s’asseoir sur une chaise, mais ne confèrent aucun statut particulier. En Occident, le banc public nous éloigne à la fois du sol humble et du trône tant vanté. Grâce au banc, nous entrons dans la vie politique. Lorsque les bancs sont retirés, nous perdons plus qu’un simple endroit où nous reposer.

Aucun banc de New York n’est aussi célèbre que ceux de Central Park. Le parc abrite plusieurs modèles, chacun ancré dans un moment spécifique de l’histoire de la ville. Lors de son ouverture au public en 1858, le parc proposait deux types de sièges : des bancs rustiques et des canapés de Central Park. Les bancs rustiques étaient minutieusement fabriqués à la main en bois brut de style Adirondack. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une douzaine — elles agrémentent des paysages particulièrement pittoresques et sont souvent intégrées à des ponts, des pergolas et des pavillons. 16

Les canapés de Central Park, en revanche, sont fabriqués en série ; ils comportent cinq lattes de siège en bois légèrement inclinées et deux autres lattes formant le dossier, le tout reposant sur un fin cadre en fer. La silhouette est volontairement épurée, car les concepteurs du parc, Frederick Law Olmsted et Calvert Vaux, souhaitaient minimiser l’impact des constructions humaines sur le paysage environnant.

Olmsted considérait Central Park comme « un projet démocratique de la plus haute importance » — ouvert à tous, riches ou pauvres, mettant la nature à la portée des citadins qui n’avaient pas accès à des maisons de campagne ou à des escapades en bord de mer. 17 Mais à ses débuts, Central Park était loin d’être un modèle d’égalitarisme. Dans les années 1860, 55 % des visiteurs du parc arrivaient en calèche, alors que seuls 3 à 5 % des ménages de la ville possédaient ces moyens de transport coûteux. 18 Les pelouses n’étaient accessibles que le samedi, jour qui faisait partie de la semaine de travail pour la classe ouvrière new-yorkaise. 19

La conception qu’avait Olmsted des parcs en tant que bien public était également nettement paternaliste ; il supposait que les parcs, à l’instar des écoles et des bibliothèques, aideraient les pauvres à « acquérir le raffinement, le bon goût et le capital intellectuel et moral des gentlemen ». 20 L’idée que les plus démunis puissent utiliser l’espace public, à condition de bien se tenir et de respecter les règles des puissants, a toujours coexisté difficilement avec des visions plus inclusives. Au cours de l’été 1901, le président de la Commission des parcs de la ville de New York accorda à un vendeur entreprenant un contrat lui permettant de louer des sièges privés dans les parcs de la ville. Les chaises — vertes, à bascule avec assise en rotin disponibles pour cinq cents, et des fauteuils pour trois cents — pouvaient être louées entre dix heures du matin et dix heures du soir. Des systèmes similaires de location de chaises existaient déjà dans les villes européennes. 21

Une fois le programme new-yorkais mis en place, la ville a retiré de nombreux bancs publics gratuits pour les réparer. Mais une vague de chaleur record de huit jours s’est alors abattue sur la ville, et environ 700 New-Yorkais sont morts alors que les températures grimpaient jusqu’à 37 °C à l’ombre. Des centaines de milliers de personnes se sont réfugiées dans les parcs, qui restaient ouverts jour et nuit pour offrir un répit vital. Les personnes qui cherchaient refuge à Central Park ont découvert qu’à part quelques bancs exposés en plein soleil, ils devaient désormais payer pour s’asseoir. 22

Des jours d’émeutes s’ensuivirent. À Madison Square Park, une foule se précipita pour défendre un homme qui s’était assis sur une chaise sans payer. La foule jeta un policier dans un étang et menaça de lyncher le préposé à la location. À Central Park, un préposé fut chassé de son poste par une femme qui le poignarda avec son épingle à chapeau tout en criant qu’il était « un oppresseur des pauvres ». 23 Les fauteuils à bascule furent volés, réduits en morceaux à coups de pied ou jetés sous les roues des calèches. 24

Les chaises de location avaient leurs défenseurs. Certains les louaient pour leur propreté et leur mobilité, et pour permettre aux nantis de se tenir à l’écart de la racaille. « Les parcs sont-ils destinés uniquement aux pauvres et aux oisifs ? », s’indignait un défenseur dans une lettre anonyme adressée au New York Times. « Ce sera une grande aubaine pour beaucoup de ceux qui souhaitent passer une heure ou deux dans le parc de pouvoir se procurer, pour 5 cents, une chaise propre et confortable, qu’ils pourront placer là où ils ne seront pas contraints d’inhaler la fumée de pipes malodorantes, ni d’être écœurés par les crachats des « messieurs » qui monopolisent les bancs. »25 Mais les partisans de la location n’ont pas eu gain de cause. Sous la pression massive du public, le commissaire a révoqué la licence du vendeur. Les chaises de location ont disparu, et un financement a été approuvé pour 5 000 nouveaux bancs gratuits. 26

Pour la plupart des New-Yorkais, les bancs de Central Park sont un plaisir réservé aux week-ends, aux vacances d’été ou à un déjeuner occasionnel par une journée ensoleillée. Les bancs de parc sont, bien sûr, charmants — mais il n’est pas surprenant de trouver une scène charmante dans un parc. En revanche, les bancs installés en bordure de rue par le Département des transports — qui font partie de son programme CityBench — sont des bêtes de somme des jours de semaine, méconnus mais indispensables, que l’on trouve dans toutes sortes d’endroits modestes et souvent peu attrayants : trottoirs, îlots piétonniers, arrêts de bus. Ces bancs offrent un répit dans les moments où l’on en a vraiment besoin, quand le bus ne vient pas ou quand, en rentrant péniblement à la maison avec ses courses, on a besoin d’un endroit pour s’arrêter et reprendre son souffle.

Avant que le DOT ne lance CityBench, en 2012, la ville de New York n’avait aucune initiative officielle concernant les bancs de rue. 27 « Tous les autres bancs qui existaient étaient soit privés, soit, pour l’essentiel, [installés] illégalement », m’a confié Shari Gold, directrice adjointe des opérations de l’unité Mobilier urbain du DOT. Grâce à une subvention fédérale, de nouveaux bancs rutilants ont commencé à faire leur apparition dans les rues de New York, pour un coût d’environ 3 000 dollars par banc. 28 Depuis lors, le DOT a installé plus de 2 100 bancs, soit environ six par mois. 29

Conçus par Ignacio Ciocchini, les CityBenches mesurent 2,30 mètres de long, disposent de trois sièges spacieux et de quatre accoudoirs, et sont disponibles en version avec ou sans dossier. 30 Les bancs avec dossier sont plus confortables, mais ceux sans dossier peuvent accueillir plus de personnes. « « Vous pouvez y asseoir jusqu’à six personnes si vous êtes en famille avec des enfants, ou si cela ne vous dérange pas de toucher quelqu’un », m’a expliqué Gold. Le modèle sans dossier permet également à la personne assise de se tourner dans la direction de son choix. Les sièges et les dossiers sont tous deux parsemés de fines découpes rectangulaires qui ressemblent un peu à du code Morse et permettent d’évacuer la neige, la pluie et la chaleur. Les bancs d’origine étaient argentés et recouverts d’un revêtement en poudre résistant aux graffitis qui a tendance à s’écailler, donnant aux anciens modèles l’apparence d’avoir subi un grave coup de soleil. Pour éviter cet écaillage, les CityBenches plus récents ont des sièges noirs mats. 31 L’ensemble du design est modulaire, de sorte que si une voiture percute une extrémité, seul le siège endommagé doit être remplacé, plutôt que le banc entier. 32

Pour décider où installer un banc, le DOT donne la priorité aux emplacements situés dans les quartiers de niveau 1, une classification géographique déterminée par le taux de pauvreté de la zone et le niveau d’investissement antérieur du département. 33 La fréquentation d’un arrêt de bus est un facteur majeur, mais le service prend également en compte la proximité d’établissements très fréquentés tels que les écoles.

Les New-Yorkais peuvent contacter directement le DOT pour demander des bancs, bien que de nombreuses réglementations en matière d’emplacement doivent être prises en compte pour garantir que les nouveaux sièges soient sûrs et n’obstruent pas les trottoirs. 34

J’ai suivi l’installation de deux bancs du DOT dans le quartier de Longwood, dans le Bronx, et j’ai constaté que les habitants réagissaient à ces nouveaux bancs avec un mélange complexe d’optimisme, d’inquiétude et d’ambivalence. Pendant des années, le triangle routier à l’intersection de Westchester Avenue, Fox Street et 165th Street n’était qu’une parcelle d’asphalte pavée, où les voitures se garaient illégalement et où les déchets jonchaient le sol. 35 Lors de ma première visite, la transformation avait commencé : le bitume était en ruines, délimité par des barrières de signalisation. Dans les semaines qui ont suivi, le triangle a été pavé, des rampes d’accès rouge vif ont été installées et le passage piéton a été peint.

Les bancs constituaient la touche finale. Bien qu’ils se trouvaient encore à l’arrière d’un camion lorsque je suis arrivé le jour de l’installation, le débat sur leur avenir battait déjà son plein. Alors que les trains grondaient sur la ligne aérienne au-dessus de Westchester Avenue, un habitant du quartier nommé Jose Rojas a déclaré aux employés du DOT que le nouveau triangle piétonnier n’était pas un endroit idéal pour des bancs. Rojas vivait à Longwood depuis des décennies et possédait une maison à proximité. « Ça ne me dérange pas qu’il y ait des espaces publics où les gens peuvent venir se détendre », m’a-t-il dit, « Ça, ça ne me dérange pas. » Mais il craignait que ces bancs en particulier n’incitent au désordre. « L’une de mes préoccupations, c’est que des gens y passent la nuit », a-t-il dit. « La drogue. » 36 Il ne voulait pas avoir à ramasser des seringues.

Longwood et le quartier voisin de Hunts Point comptent parmi les communautés les plus défavorisées de la ville. Quatre-vingt-treize pour cent des habitants du quartier sont hispaniques ou noirs, et le taux de pauvreté est près de deux fois supérieur à la moyenne de la ville. La communauté est confrontée à une criminalité grave à un taux disproportionné, et un tiers des locataires consacrent plus de la moitié de leurs revenus au loyer. 37 L’air y est plus pollué que dans d’autres quartiers. 38

Le triangle routier lui-même était un point noir pour les piétons, cyclistes et automobilistes, avec une moyenne de sept accidents par an. Avec une route en diagonale coupant le quadrillage rectangulaire des rues, comme c’est souvent le cas sous les lignes de train surélevées, des endroits comme le triangle de Westchester Avenue sont « intrinsèquement dangereux », a déclaré Amy Howden-Chapman, la chef de projet du DOT qui a supervisé la rénovation. Les voies surélevées projettent une ombre sur la route, et les piliers obstruent la vision des conducteurs. Les voitures garées (illégalement) sur le triangle obligeaient les piétons à slalomer entre elles et autour d’elles, parfois à s’engager sur la chaussée juste pour passer. « Nous constatons malheureusement que de nombreux accidents impliquant des piétons — ou, dans le pire des cas, des décès — peuvent se produire à des endroits comme celui-ci », a déclaré Mme Howden-Chapman. 39

En réalité, un décès s’est produit à ce carrefour, bien qu’il ne s’agisse pas du type d’accident que le DOT a pour mission de prévenir. En mai 2022, Kyhara Tay, âgée de onze ans, a été touchée par une balle perdue et tuée. 40 Le souvenir de ce meurtre occupait une place importante dans l’esprit de Rojas, preuve supplémentaire que ce n’était pas un endroit sûr où s’attarder. « La petite fille, juste là… » dit-il en désignant Fox Street. « Elle a été touchée par une balle. Sans aucune raison. » 41

Au cours de mes visites sur place, j’ai essayé de prendre la température de l’opinion locale concernant les bancs. « Sachant ce qui se passe dans ce quartier, je ne m’assiérais jamais là », a déclaré Brooklyn Nimoh, qui travaillait derrière le comptoir chez Uptown Fashions sur Westchester Avenue, juste au coin du triangle. « Je me sentirais comme une proie facile si quelque chose arrivait. » Nimoh a déclaré qu’elle était au magasin l’après-midi où Tay a été tuée.

Il y a un mémorial sur les lieux — un coffret en bois orné de guirlandes de fleurs, de bougies et de photos de Tay — où Nimoh voyait régulièrement le père de la jeune fille s’asseoir pendant des heures. Quand Nimoh l’a trouvé là-bas le jour de la fête des pères, dit-elle, elle lui a apporté une carte. « J’ai demandé à tout le monde ici de la signer, et je la lui ai donnée », m’a-t-elle confié. « Je me sentais tellement mal. » 42

D’autres personnes à qui j’ai parlé s’inquiétaient surtout de la menace que représentent les voitures qui filent de tous côtés. « C’est un endroit bizarre [pour un banc] parce que la nuit, les voitures roulent vite », m’a dit Alejandra. (Comme beaucoup de New-Yorkais à qui j’ai parlé pour cet article, elle a refusé de donner son nom de famille.) « Les gens ivres roulent à toute vitesse par ici, donc ça n’a aucun sens. » Kenya, qui portait une petite trottinette violette lorsque je l’ai rencontrée sur Westchester Avenue, a déclaré qu’elle ne s’assiérait probablement pas non plus sur le triangle — il était trop facile d’imaginer son enfant de cinq ans se précipiter dans la circulation environnante. On avait le sentiment que les bancs ne suffisaient pas à redonner vie à ce coin négligé de New York. Nimoh a fait remarquer que le triangle rénové manquait toujours d’une poubelle. « Il faut avoir les moyens », a-t-elle déclaré. « On ne peut pas nous donner l’un sans l’autre. Vous allez installer des bancs ? Mettez une poubelle. » 43

Par une soirée fraîche et nuageuse d’août 2024, j’ai observé un jeune homme assis tranquillement sur un banc du triangle, le regard tourné vers Fox Street, aux côtés d’une dame âgée plongée dans une conversation téléphonique. Des traces indiquaient que quelqu’un avait pris un repas sur l’autre banc, qui était partiellement recouvert du contenu d’un récipient de poulet et de riz à emporter renversé. J’ai discuté avec le jeune homme, Mohammad, qui venait d’arriver aux États-Unis depuis la Mauritanie et parlait un anglais hésitant. « Pour se détendre, c’est un bon endroit », m’a-t-il dit. « Je n’ai jamais eu de problème. » 44

Lors d’une visite ultérieure, les bancs étaient vides. Je me suis arrêté pour m’asseoir et voir si quelqu’un viendrait me rejoindre. Au bout de quinze minutes, Tanya s’est approchée, marchant lentement à l’aide d’une canne. Elle m’a dit qu’elle vivait dans le quartier depuis seize ans et qu’elle était grand-mère. Elle faisait une promenade quotidienne sur Westchester Avenue, et depuis l’installation des bancs, elle s’y asseyait à chaque sortie. Tanya était enthousiaste à propos des rénovations. La chaussée pavée de briques était dangereuse à parcourir avec sa canne, et comme elle prenait de l’âge, a-t-elle dit, elle avait besoin d’endroits pour se reposer. Elle avait vu des jeunes assis sur les bancs en train de boire de l’alcool, mais ils ne l’avaient jamais dérangée. Elle comptait continuer à venir dans ce coin. « J’ai besoin de ma vitamine D », disait-elle, « et de mon air frais. »

Il était difficile d’imaginer que deux bancs puissent transformer ce carrefour particulier — bruyant, animé, sans ombre ; situé près du lieu du meurtre d’un enfant — en un lieu plutôt qu’en un simple espace. « Les bancs en eux-mêmes ne suffisent pas à créer […] un sentiment d’appartenance socialement actif et générateur de démocratie », m’a confié Setha Low, directrice du Public Space Research Group à la City University of New York. « Nous avons également besoin de ce qu’on appelle la culture publique, qui repose sur le fait que les gens se croisent et créent des façons d’être ensemble, ainsi qu’une sorte d’atmosphère affective. » 45

Il est peut-être vrai que les bancs ne peuvent pas créer de communauté, mais ils peuvent favoriser les interactions qui y contribuent. Ils permettent aux personnes âgées de se déplacer dans leur quartier, offrant ainsi des occasions d’interaction intergénérationnelle. Les conversations téléphoniques bruyantes et les repas à emporter salissants, qui seraient autrement consommés à l’intérieur, sont au contraire savourés en public, créant de petits désagréments mais attirant les gens — et des regards vigilants — dans des rues qui ont été marquées par la violence. Malgré toutes les difficultés auxquelles ils sont confrontés, les bancs du Bronx sont une invitation à partager un espace et à construire une culture publique sur ce qui était autrefois une étendue de pavés.

Tous les bancs de rue de New York n’ont pas été installés par le DOT. Certains sont le fruit de partenariats public-privé impliquant des promoteurs immobiliers et des Business Improvement Districts. Souvent, ces bancs visent à servir les intérêts de leurs bailleurs de fonds privés. Sur la Plaza33, récemment réaménagée, un tronçon de la 33e rue jouxtant le Madison Square Garden, cinq jardinières en marbre font également office de bancs circulaires. Elles ont été installées par Vornado Realty Trust, un promoteur immobilier pesant 6,5 milliards de dollars qui contrôle 930 000 m² d’espaces commerciaux et de bureaux à Midtown, y compris le Moynihan Train Hall.

La place est un lieu de passage très fréquenté par les touristes, les acheteurs et les navetteurs. Signe Nielsen, associée fondatrice de Mathews Nielsen Landscape Architects, qui a conçu l’espace, m’a confié que Vornado souhaitait que les bancs incitent les gens à continuer leur chemin. « Comme c’est souvent le cas, l’installation de sièges suscite la controverse », a-t-elle déclaré avec diplomatie. « C’était donner d’une main et reprendre de l’autre… nous devions être très attentifs aux préoccupations du promoteur et du quartier, pour être tout à fait franc, afin de ne pas créer quelque chose de trop confortable. » 46

À l’autre extrémité du spectre se trouvent des bancs uniques et exceptionnels. À New York, ceux-ci sont souvent intégrés à des protections d’arbustes ou placés à l’extérieur des bars et des cafés. D’autres villes, cependant, comptent des militants des bancs qui se sont consacrés à l’installation massive de bancs non autorisés. 47 Parmi les installateurs de bancs clandestins les plus prolifiques figure le duo composé de Mingwei Samuel, ingénieur en informatique à Berkeley, et de Darrell Owens, militant pour le logement. Les deux hommes se sont rencontrés lorsque Owens a publié sur X une photo d’un homme âgé assis sur un trottoir à côté de sa canne. Cet homme était son voisin, a écrit Owens, et il venait de subir une opération chirurgicale et souffrait de douleurs chroniques. « Maintenant, il est assis par terre dans le centre-ville de Berkeley parce que @CityofBerkeley et @rideact n’ont pas de bancs à leurs arrêts de bus », a-t-il ajouté.48 « Je peux installer un banc là-bas », a répondu Samuel. Un mois plus tard, sur les réseaux sociaux, il a publié une photo d’un banc nouvellement installé à ce même arrêt de bus, attaché à un poteau de signalisation à l’aide d’un antivol de vélo. 49 Depuis lors, Samuel et Owens ont installé plus de trente bancs, et la ville les a pour l’essentiel laissés tranquilles. « Ça ne fait tout simplement pas bonne impression », m’a confié Samuel ; pour la ville, retirer un banc qu’elle « ne peut pas remplacer ». 50

Samuel et Owens utilisent un modèle au design convivial appelé le banc Duderstadt. Le style est simple, mais il comporte quelques jolies touches. Le dossier est légèrement incurvé, tandis que l’assise s’incurve vers l’arrière de sorte que les fesses de la personne assise s’inclinent vers le sol. Je ne me suis pas rendu en Californie pour les essayer, mais j’ai cru Samuel lorsqu’il m’a dit que ces bancs en bois étaient « très confortables ». Ils ont été conçus par Chris Duderstadt, un autre citoyen installateur de bancs de la région de la baie de San Francisco. Duderstadt construit et installe des bancs à San Francisco depuis près de 50 ans, bien qu’il le fasse avec l’autorisation, et parfois à l’invitation, du propriétaire du terrain. Lorsque je lui ai parlé, il travaillait sur son 205e banc Duderstadt. 51

D’autres militants ont pris pour cible les accoudoirs qui, parce qu’ils découragent le sommeil, constituent de loin l’élément le plus controversé de la conception des bancs. À Boston, la Massachusetts Bay Transportation Authority a commencé à installer des accoudoirs sur les bancs existants en 2020, et des militants ont commencé à les retirer l’année suivante, généralement de nuit. En mars 2021, des militants ont retiré les accoudoirs des bancs de Central Square à Cambridge, puis ont publié un communiqué condamnant ces accoudoirs comme une « architecture hostile » qui « contribue à l’ostracisme et à l’oppression des personnes sans domicile en leur faisant comprendre qu’elles ne font pas partie de notre communauté, qu’elles ne méritent même pas un endroit où dormir la nuit ». 52 Un porte-parole de la MBTA a rétorqué que les accoudoirs n’avaient pas été installés pour empêcher de dormir, mais pour « offrir un soutien structurel aux usagers à mobilité réduite lorsqu’ils souhaitent se lever ou s’asseoir ». 53

Malgré l’adoption de l’American Disabilities Act il y a plus de trois décennies, les villes américaines restent profondément inaccessibles. Sharon McLennon Wier, directrice exécutive du Center for the Independence of the Disabled, à New York, a confirmé que les accoudoirs peuvent être utiles aux personnes ayant des besoins en matière de mobilité. « Il y a des personnes qui, une fois assises, ne peuvent plus se relever », m’a-t-elle dit, « et c’est un problème. » 54 Les accoudoirs offrent un appui utile aux personnes souffrant de blessures, d’arthrite ou avançant en âge.

Pourtant, comme l’a souligné l’urbaniste Sara Chellew dans un article pour Azure, « il est possible d’utiliser l’accessibilité de mauvaise foi ». 55 Les défenseurs des sans-abri trouvent un peu trop commode que les urbanistes, sous le prétexte de l’accessibilité, se soient focalisés sur une caractéristique de conception qui rend les bancs peu adaptés aux personnes souhaitant s’allonger. À ce sujet, ils font valoir que certains accoudoirs sont trop bas pour être utiles à quelqu’un qui a réellement besoin de stabilité ; que leur véritable objectif est de dissuader les personnes qui dorment. 56 La ville d’Amsterdam a récemment annoncé qu’elle allait retirer tous les accoudoirs centraux des bancs publics, après avoir déterminé que ce changement ne nuirait pas à l’accessibilité pour les personnes âgées. 57 Selon le porte-parole avec lequel je me suis entretenu, les responsables d’Amsterdam voulaient éviter de donner l’impression que les bancs sont « hostiles aux sans-abri, car ce n’est absolument pas le cas ». 58

Ni les partisans ni les opposants aux accoudoirs ne semblent reconnaître qu’il est possible de concevoir des sièges tenant compte des besoins de multiples groupes d’utilisateurs. Les bancs mesurent souvent entre 1,80 m et 2,40 m de long, et il n’est pas nécessaire que les accoudoirs soient placés exactement au centre ; un banc de 2,40 m peut accueillir à la fois un accoudoir et une personne qui dort. 59 Dans les lieux où il y a de nombreux bancs, un fabricant de mobilier urbain recommande que deux cinquièmes soient équipés d’accoudoirs. 60 Le Brooklyn Bridge Park de New York, d’une superficie de 34 hectares, adopte cette approche : on y trouve des centaines de bancs reliés entre eux selon des configurations qui commencent et se terminent souvent par des bancs dépourvus d’accoudoirs centraux, créant ainsi à la fois un espace pour s’allonger et suffisamment d’accoudoirs pour tout le monde. 61

Concilier les besoins et les désirs contradictoires des utilisateurs de bancs peut nécessiter une négociation entre des inconnus — une compétence qui s’est rouillée dans notre monde dépersonnalisant du commerce mobile et des caisses automatiques. Ces tendances ont été accélérées par la pandémie de Covid, dont les mois d’isolement forcé ont réduit notre tolérance face aux intimités inattendues de l’espace public. La perception de l’espace personnel s’est considérablement élargie chez de nombreuses personnes pendant la pandémie, passant d’une norme culturelle d’environ 1,20 mètre à environ 1,80 mètre ou plus. 62 Un inconnu assis à l’autre bout d’un banc peut désormais sembler trop proche de notre bulle personnelle, et le moindre signe de toux représentait une menace. 63 La regrettée théoricienne Lauren Berlant qualifiait ce genre d’interactions de « frictions familières de la relation ». 64 Ces derniers temps, ces frictions semblent particulièrement explosives.

Mais les légères frictions sociales favorisent également le développement d’une sorte de « callosité émotionnelle » utile, celle qui nous permet de nous heurter à des désirs contraires aux nôtres sans en ressortir trop meurtris. Selon la théoricienne Bonnie Honig, les conflits mineurs autour des ressources partagées sont essentiels à la santé de la démocratie. « La démocratie trouve ses racines dans l’amour commun, l’antipathie et la contestation des biens publics », écrit-elle. 65 Peut-être suis-je à la bibliothèque à la recherche d’un livre en particulier, ou au parc à la recherche d’un banc. Mais en plus de trouver (ou de ne pas trouver) un livre ou un banc, je me suis placé à proximité d’autres personnes, y compris certaines que je pourrais trouver désagréables.

En interagissant avec les infrastructures civiques, nous renonçons à une certaine maîtrise. Si le livre que je veux a été emprunté, ou si le siège que je cherchais est occupé, je n’ai d’autre choix que d’attendre mon tour. Ces biens collectifs nous offrent un cours de remise à niveau sur une compétence rarement enseignée après la maternelle : le partage. Les biens publics nous aident à apprendre, comme l’écrit Honig, que « nous ne sommes pas toujours aux commandes ». 66

Si nous essayons d’éviter un échange gênant ou intimidant, nous risquons de passer à côté des avantages offerts par les bancs. Une étude de 2016 sur le rôle des bancs dans la vie des personnes âgées à Vancouver a révélé qu’ils favorisaient les liens sociaux, amélioraient la mobilité et facilitaient l’accès à l’espace public. Mais pour profiter de ces avantages, il fallait parfois négocier. « Il y a beaucoup de personnes âgées dans le quartier, mais il y a aussi des sans-abri. Alors, qui va s’asseoir ? », a déclaré aux chercheurs une femme de 85 ans prénommée Beatrice. « Il y a des sans-abri qui s’installent là pour la journée. Je ne voulais pas que [le parc] soit totalement envahi, alors je demandais parfois à quelqu’un : Pourriez-vous vous déplacer ? J’aimerais m’asseoir un moment. » En général, Béatrice obtenait une place. 67

Je voulais comprendre comment les New-Yorkais sans domicile fixe géraient ce genre de situations, et j’ai été surprise de constater qu’il y avait très peu de personnes (apparemment) sans domicile assises sur des bancs. Au lieu de cela, les gens s’asseyaient par terre, ou sur des caisses de lait retournées et d’autres tabourets de fortune. J’ai demandé à Elizabeth, qui mendiait sur un trottoir de Midtown, si elle préférait s’asseoir sur un banc.

Il n’y en avait aucun à l’horizon, mais même s’il y en avait eu, m’a-t-elle dit, elle aurait préféré rester par terre car elle recevait un accueil plus bienveillant de la part du public lorsqu’elle était assise là. « Les gens jugent, quand on est sans-abri », a déclaré Elizabeth. Elle était nerveuse à l’idée de parler à un écrivain et a mis fin à notre conversation brusquement, mais j’ai trouvé ses paroles frappantes : Elle se sentait davantage jugée lorsqu’elle se conformait aux normes de comportement en public en s’asseyant sur un banc qu’en les enfreignant pour s’asseoir sur le trottoir. En occupant un banc public, les membres les plus marginalisés de la société revendiquent une visibilité, ce qui revient également à revendiquer leur statut de personne. Et tout le monde ne les juge pas dignes de cette reconnaissance.

Les bancs commémoratifs tirent parti de cette visibilité, grâce à des plaques qui garantissent que les personnes honorées restent des figures incontournables de l’espace public. Au Fort Greene Park de Brooklyn, une plaque portant un message plus long que d’habitude a attiré mon attention. On pouvait y lire :

En mémoire de Traore Leigh
Un artiste local de Fort Greene qui aimait profondément son quartier.
Il a passé d’innombrables heures dans ce parc — à peindre,
à jouer avec ses chiens et à se détendre au coin « Reunion ».
Il voyait le monde à sa manière, si particulière.
Tu nous manques et nous t’aimerons toujours.

Le message a été rédigé par Amari Rose Leigh, la fille de Traore. Elle et sa famille ont dédié ce banc à sa mémoire en 2023. 68 Lorsque je l’ai contactée en ligne, nous avons réalisé que nous avions fréquenté le même lycée à quelques années d’intervalle. Elle m’a donné rendez-vous pour un café près du parc, et nous nous sommes assis ensemble sur un banc situé près de celui dédié à son père, qui était occupé par un couple bavard. Ses parents s’étaient rencontrés pour la première fois à Fort Greene Park, à quelques mètres seulement de l’endroit où nous étions assis. Derrière nous se trouvait le « lieu de rendez-vous », l’endroit préféré de son père pour retrouver ses amis. Après la naissance d’Amari Rose, il l’emmenait souvent au parc, où il se rendait tous les jours avec les deux pitbulls de la famille. 69

Amari Rose m’a raconté que Traore était un artiste, un enseignant et un voyageur. Il souffrait également de schizophrénie. Alors qu’il luttait contre sa maladie, il a subi des hospitalisations, des incarcérations et des périodes de sans-abrisme. Après une dernière hospitalisation, il a été libéré sans que sa famille en soit informée. Il a passé deux semaines dans la rue, a-t-elle raconté, puis s’est rendu sur un pont et a mis fin à ses jours.

Au lieu d’une pierre tombale — « ce n’était pas son style » — la famille a cherché un autre type de mémorial. Traore se sentait profondément lié à Fort Greene, ce quartier noir riche en histoire et bordé de brownstones où il avait grandi dans les années 1970. Au fil des ans, son quartier avait été transformé par la gentrification. Ces changements rendaient un banc commémoratif d’autant plus approprié — un moyen de garder un natif noir de Fort Greene au cœur de la communauté alors que tant de personnes de sa génération étaient chassées par la hausse des prix.

Il y a une tragique ironie dans le fait que le banc public sur lequel Traore est commémoré soit un endroit où il n’aurait peut-être pas été le bienvenu de son vivant. « Je pense que mon père a souvent été perçu comme un fou qui compliquait la vie des gens autour de lui dans les espaces publics », a-t-elle déclaré. « Ils ne se disaient pas forcément : “ Bon, il a une vie, il a une famille. » Le banc réfute discrètement ces a priori, et grâce à lui, Traore reste un membre de sa communauté.


Sous les débris volcaniques de Pompéi, les archéologues ont découvert : un os de jambe de girafe, des mosaïques formant l’inscription « Attention au chien », les restes d’environ 2 000 personnes — et 100 bancs. 70 Jeremy Hartnett, professeur de lettres classiques au Wabash College et auteur de The Roman Street: Urban Life and Society in Pompeii, a étudié ces bancs, dont beaucoup étaient rattachés à des maisons privées, en essayant de comprendre pourquoi ils avaient été construits et comment ils étaient utilisés. Dans le cadre du système de patronage, l’élite fortunée de Pompéi apportait un soutien financier et juridique à des « clients » plus pauvres et plus vulnérables. En échange, les clients offraient déférence, gratitude et soutien politique. L’une des obligations des clients était de se rendre quotidiennement chez leur patron, une visite appelée salutorio. Les salutorios avaient lieu le matin, et les clients devaient être là à attendre lorsque le patron ouvrait ses portes.

Hartnett m’a expliqué que les bancs semblaient avoir été un endroit où les clients pouvaient s’asseoir — un geste d’hospitalité de la part des patrons. Et, bien sûr, comme d’autres formes de noblesse oblige, les bancs étaient une démonstration de richesse. Une forte présence de clients témoignait du pouvoir et de l’influence du patron. Certains qui n’étaient pas des clients pouvaient également s’asseoir sur les bancs ; tant mieux. La présence de quiconque sur le banc rejaillissait sur la réputation du propriétaire, donnant l’impression, m’a dit Hartnett, que les gens « attendaient le grand homme de la maison ». 71

Les bancs de Pompéi s’inscrivaient dans une tradition selon laquelle de riches donateurs offraient des équipements publics. « Dans le monde romain, on attendait des membres de l’élite qu’ils mettent la main à la poche pour le bien public », a expliqué Hartnett. « Ils construisaient des thermes, engageaient une troupe de gladiateurs ou installaient un cadran solaire dans un temple. Ces bonnes actions étaient destinées au public, mais elles étaient censées rejaillir favorablement sur le bienfaiteur. » 72

Cette négociation entre richesse privée et biens publics se poursuit aujourd’hui. La ville de New York compte aujourd’hui près de 600 « espaces publics privés », ou POPS, fruit de partenariats entre promoteurs immobiliers et la municipalité. Mis en place pour la première fois en 1961 par le Département de l’urbanisme, le programme permet aux promoteurs d’obtenir des dérogations au zonage en échange de la construction et de la gestion d’espaces ouverts au public.

Peut-être aucun POPS n’a-t-il été autant scruté que celui du 725 Fifth Avenue. En échange de l’ajout d’environ 1 200 m² d’espace prétendument public — répartis entre un atrium, des jardins et un passage reliant un autre POPS situé à proximité —, le promoteur Donald Trump a été autorisé à agrandir la Trump Tower de 9 770 m². 73 Les POPS doivent également comporter des équipements, qui comprennent ici la climatisation, des toilettes, des tables et des chaises mobiles — ainsi que des bancs. 74

J’ai visité la Trump Tower en décembre 2024, alors que Midtown Manhattan était bondé de visiteurs venus pour les fêtes. Trois agents de la police de New York et leur labrador étaient postés près des portes, et dans le hall d’entrée, un panneau sur un socle doré avertissait les visiteurs que tous les sacs étaient susceptibles d’être fouillés par la sécurité de la Trump Tower.

À droite, il y avait quatre bancs bondés, sans dossier et en métal noir. 75 Comme je l’ai découvert, ces sièges modestes étaient le résultat d’un long litige juridique entre la Trump Organization et la ville de New York. La tour a ouvert ses portes en 1984 avec un seul banc de 6,7 mètres de long en marbre noir. Il a rapidement été entouré — et obstrué — par de grandes jardinières. 76 Un responsable du Département de l’urbanisme — qui supervise le respect des règles POPS — a demandé à la Trump Organization de retirer les jardinières. 77 « Nous avons rencontré d’énormes difficultés avec ce banc », a écrit Trump en réponse, « Des toxicomanes, des vagabonds, etc., sont venus en grand nombre dans l’Atrium. … De plus, toutes sortes d’« horreurs » se sont produites, ruinant de fait la belle ambiance de cet espace que tout le monde aime tant. » 78

Les toxicomanes et les vagabonds font bien sûr partie du public, et ils ont le droit d’exister dans l’espace public. Les POPS sont « censés être tout aussi publics que n’importe quel autre espace public », m’a confié Michael Pollack, professeur à la Cardozo School of Law. En réalité, cependant, « il y a davantage de surveillance des activités, une application plus stricte des règles, ou une sélection plus stricte de qui est exclu ou inclus. » 79

C’était certainement le cas de l’autre espace public géré par le secteur privé où j’ai passé du temps, le Plaza33 susmentionné, construit et entretenu par Vornado Realty Trust. Là-bas, une liste de choses à faire et à ne pas faire est affichée bien en évidence sur un panneau. Les activités interdites sont plus nombreuses que celles autorisées, et certaines de ces dernières sont en réalité les premières, présentées sous un jour plus enjoué : j’étais invité à « utiliser une chaise par personne » et à « profiter des plantations sans entrer dans les parterres ni cueillir de fleurs ». Le mobilier personnel et les tentes étaient interdits, tout comme les chariots ; comme à la Trump Tower, la zone était surveillée par des agents de sécurité privés en uniforme.

Au bout d’un certain temps, la ville a contraint Trump à retirer les jardinières qui masquaient les bancs de la Trump Tower ; mais la question des sièges a de nouveau fait l’objet d’un litige dans les années 2000. Cette fois-ci, Trump a retiré le banc en marbre et installé des vitrines en verre vendant des DVD de The Apprentice et d’autres produits dérivés. La Trump Organization s’est vu infliger une amende d’environ 14 000 dollars, bien plus que l’amende standard de 5 000 dollars pour violation d’un accord POPS. Mais de tels montants sont insignifiants comparés à la valeur des biens immobiliers supplémentaires de premier choix à New York. 80 Et tandis que la Trump Tower fait l’objet d’une surveillance étroite, les autres POPS sont rarement contrôlés pour vérifier leur conformité. Un audit réalisé en 2017 par le bureau du contrôleur municipal a révélé que 83 % de ces espaces n’avaient pas été inspectés depuis au moins quatre ans. 81

Finalement, Trump a perdu son combat contre la ville, et quatre bancs en métal noir ont été installés en 2016. Le processus a toutefois pris environ dix ans — et il semble donc qu’il y ait eu une décennie durant laquelle l’espace « » de Trump n’offrait pas au public les sièges qu’il était tenu de fournir en échange de 9 780 m² de biens immobiliers générateurs de profits. 82

Il n’est peut-être pas surprenant que ces quatre bancs durement gagnés, situés là où les sacs peuvent être fouillés à tout moment, où la police et les agents de sécurité surveillent en permanence, et où la marque Trump est sans cesse mise en avant, ne soient pas propices à des moments spontanés de repos, de rencontre ou de découverte. Alors que j’étais assis dans l’atrium, me préparant à retourner dans le froid, les distinctions sociales entre moi et les autres utilisateurs des bancs s’étaient peut-être estompées. Mais il n’y avait qu’un seul nom au-dessus de la porte, et ce n’était le nôtre.

Un jour, j’ai fait environ deux heures de route vers le nord de Manhattan pour me rendre dans le petit hameau de Livingston Manor et découvrir un tout autre type de banc. Là-bas, les œuvres du sculpteur Francis Cape sont exposées dans la galerie lumineuse du deuxième étage du Catskill Art Space. Les sculptures se composent de dix bancs en peuplier, certains assez longs pour accueillir quatre ou cinq personnes, d’autres n’offrant de la place que pour deux. Bien qu’ils soient tous dépourvus de dossier, chacun présente un design différent : pieds en panneaux, pieds en tréteaux robustes, pieds en forme de fuseau. Ces bancs sont aussi semblables et différents que des inconnus dans une foule.

Elles font partie de la série Utopian Benches de Cape, sur laquelle l’artiste travaille depuis 2010. Chacune est une reproduction méticuleuse d’un modèle de banc issu d’une communauté intentionnelle américaine, passée ou présente. Les pièces vont de l’élégance sobre d’un banc fabriqué par les Shakers, dont l’expérience de vie communautaire dans le Nouveau Monde a débuté en 1774, au banc massif et de grande série que Cape a trouvé dans la communauté de Ganus, fondée à Staten Island en 1979. Œuvres d’art belles et lisibles, riches de liens historiques, les bancs de Cape ont été salués lors d’expositions à travers les États-Unis et l’Europe. Ce sont aussi des sièges fonctionnels. En effet, l’artiste pose comme condition à leur exposition qu’elles soient utilisées pour des discussions publiques. 83

J’ai rencontré Cape à la galerie, et nous avons discuté assis sur deux de ses bancs. Il m’a expliqué qu’il s’était intéressé aux sociétés utopiques après avoir passé un été de sa jeunesse à vivre au sein d’une communauté intentionnelle au Canada. « J’ai grandi à la fin des années 60, au début des années 70, à une époque où nous pensions que nous allions changer le monde et, si ce n’était pas le cas, que nous allions tout laisser tomber pour aller vivre dans une communauté quelque part », m’a-t-il dit. « Et en 2010, il n’y avait plus d’espoir — le mur de Berlin était tombé, il n’y avait aucune vision d’une alternative au capitalisme libéral. L’important pour moi était donc de me souvenir et de rendre hommage aux personnes… qui vivent en partageant tout. » 84

Les bancs font référence à un large éventail de communautés, depuis le très pieux Ephrata Cloister, fondé en Pennsylvanie en 1732, dont les sœurs et frères semi-monastiques se levaient de leur lit tous les soirs à minuit pour guetter la seconde venue, jusqu’à la Glomus Commune, non religieuse et composée de huit membres, formée en 2015 autour d’une ferme communautaire.

Certaines des communautés étudiées par Cape étaient très contrôlées et strictement hiérarchisées ; d’autres ont été qualifiées de sectes. 85 Ce que Cape admire, cependant, c’est simplement le fait qu’elles aient été construites autour d’un ensemble de convictions. « Il s’agit de rêver d’un monde meilleur », a déclaré Cape, « et de l’idée que cela existe, ou que cela puisse exister. » 86 Les bancs publics symbolisent un engagement envers la vie publique. Elles sont un petit signe de foi en un idéal.

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Note de la rédaction

Cet article est le dernier d’une série intitulée «Writing the City», une collaboration entre Places Journal et le programme Arts et Culture de la Columbia Journalism School. Financée par une subvention de démarrage d’Elise Jaffe et Jeffrey Brown, et désormais soutenu par l’école, cette série offre à des journalistes en début de carrière l’occasion de produire un reportage ambitieux sur un sujet qui, sans cela, ne recevrait guère d’attention.

Notes

  1. Zach Kazan, « The New Moynihan Train Hall, and the Art Deco Clock at the Center of It », Worn & Wound, 2 janvier 2021.
  2. Voir (New York) Anna Kodé, « La mort lente des bancs publics de New York », New York Times, 18 octobre 2025 ; Desheania Andrews et David Propper, « Une station de métro new-yorkaise remplace ses bancs par des barres d’appui farfelues — et les usagers sont perplexes », New York Post, 19 mars 2025 ; (Philadelphie) Hannah Kannik, « La SEPTA remplace les bancs par des « barres d’appui », au grand dam de certains usagers », PhillyVoice, 18 août 2021 ; (Washington, D.C.) Julie Strupp, « Les personnes en situation d’itinérance à Washington réagissent au retrait des bancs », Greater Greater Washington, 3 décembre 2019 ; (Chicago) Jamie Nesbitt Golden, « Un banc d’arrêt de bus du South Side retiré alors que la ville sévit contre le vagabondage, créant un “désordre” pour les usagers âgés », Block Club Chicago, 23 septembre 2019 ; (Anaheim) Carla Green, « “Nulle part où aller” : près de Disneyland, les bancs prisés par les sans-abri sont retirés », The Guardian, 10 juillet 2017 ; (Seattle) Katie Trent, « Suppression des bancs de la pergola de Pike Place (rétroactive) », 8 août 2025 ; (San Francisco) Eleni Balakrishnan, « “On ne peut pas avoir de belles choses” : S.F. ne cesse d’ajouter des espaces publics dans le Tenderloin, puis de les supprimer, Mission Local, 4 septembre 2025 ; (Nashville) Eli Motycka, « Des bancs retirés le long du boulevard du centre-ville, suscitant une levée de boucliers », Nashville Scene, 19 août 2025 ; (Janesville, Wisconsin) « La ville retire les tables de pique-nique et les bancs des parcs pour tenter de dissuader les “comportements antisociaux” », Katie Castellano et Andrew McMunn, KSLA News 12, 23 octobre 2025.
  3. Dave Colon, «ORDRE DU JOUR : les législateurs réclament des sièges publics au Moynihan Train Hall », Streetsblog NYC, 4 février 2022.
  4. Andy Newman, « Le nombre de personnes vivant dans les rues de New York atteint son plus haut niveau depuis deux décennies », The New York Times, 13 juin 2024.
  5. George Burnap, Parks, Their Design, Equipment and Use (J.B. Lippincott Co., 1916), p. 252.
  6. Voir Divya Kumar, « Les bancs verts de Saint-Pétersbourg évoquent l’histoire et un héritage mitigé », Associated Press, 28 décembre 2017 ; et Saundra Weathers, « Les habitants veulent que l’histoire de Saint-Pétersbourg, « ville des bancs verts », soit préservée », Spectrum Bay News 9, 13 juillet 2025.
  7. Kumar, « Les bancs verts de Saint-Pétersbourg ».
  8. Kumar, « Les bancs verts de Saint-Pétersbourg ».
  9. Weathers, « Les habitants veulent que Saint-Pétersbourg ».
  10. Waveney Ann Moore, « Les bancs verts emblématiques de St. Pete : leur héritage est plus douloureux que vous ne le pensez », Tampa Bay Times, 25 février 2020.
  11. [Leo Spitzer], « Lizi Rosenfeld, une amie des Spitzer, assise sur un banc de parc portant l’inscription “Réservé aux Aryens” », 1938 (photographie numérisée en noir et blanc), Collections du Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis Collections du Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis, Washington, D.C. Si les Juifs souhaitaient s’asseoir au parc, ils apportaient leurs propres chaises pliantes. Voir par exemple, « Tabouret pliant utilisé par Memli Rabinowitsch à Vienne après que les Juifs se virent interdire de s’asseoir sur les bancs des jardins publics », vers 1937, (objet en bois), Yad Vashem, Jérusalem, Israël.
  12. Edward Tenner, « How the Chair Conquered the World », The Wilson Quarterly, 21:2 (printemps 1997), 70.
  13. Arthur C. Danto, «The Seat of the Soul: Three Chairs», Grand Street 6:4 (été 1987), 161.
  14. Witold Rybczynski, Now I Sit Me Down: From Klismos to Plastic Chair: A Natural History (Farrar, Straus and Giroux, 2016), 17.
  15. Voir Daniëlle O. Kisluk-Grosheide et Bertrand Rondot, éd. Visitors to Versailles: From Louis XIV to the French Revolution (Metropolitan Museum of Art, 2018), 21.
  16. Voir Amileah Sutliff, «L’histoire, la conception et l’entretien des bancs emblématiques de Central Park», Central Park Conservancy Magazine, 21 décembre 2023 ; et Jessica Sain-Baird, «L’histoire derrière l’architecture rustique de Central Park», Central Park Conservancy Magazine, 15 juin 2017.
  17. Nancy C. Unger, «Landscaping Democracy: Frederick Law Olmsted and the Power of Public Parks », critique de Genius of Place: The Life of Frederick Law Olmsted, Abolitionist, Conservationist, and Designer of Central Park par Justin Martin, dans The Journal of the Gilded Age and Progressive Era 12:1 (janvier 2013), 138.
  18. Roy Rosenzweig et Elizabeth Blackmar, The Park and the People: A History of Central Park (Cornell University Press, 1992), 214.
  19. Rosenzweig et Blackmar, The Park and the People, 214.
  20. Rosenzweig et Blackmar, The Park and the People, 241.
  21. Voir Jardin du Luxembourg, « The Seats », 20 novembre 2025 ; et Burnap, Parks, 254.
  22. Herbert Asbury, « The Rocking-Chair Scandal », The New Yorker, 13 août 1932, 17.
  23. Asbury, « Rocking-Chair Scandal », 18.
  24. Rosenzweig et Blackmar, The Park and the People, 382.
  25. [« UN LECTEUR » à Bethlehem, New Hampshire], « A Plea for the Park Chairs », lettre à la rédaction, New York Times, 5 juillet 1901.
  26. Asbury, « Rocking-Chair Scandal », 19.
  27. Au moment de la publication de cet article, en avril 2026, le Département des transports de la ville de New York semblait abandonner l’utilisation du néologisme « CityBench ».
  28. «La commissaire du Département des transports de New York, Sadik-Khan, le maire adjoint Gibbs et d’autres responsables municipaux lancent un programme visant à multiplier les sièges publics dans les cinq arrondissements», communiqué de presse, Bureau du maire de la ville de New York, 20 octobre 2011.
  29. La statistique de six bancs par mois représente une répartition uniforme du nombre total de bancs sur la période écoulée, alors que le rythme réel d’installation a été très variable. Pour plus d’informations, voir « Safe Places, Active Spaces! A Community Playbook for Transforming Public Spaces in your Neighborhood », Bureau du maire chargé de la justice pénale, New York, 2017. Selon Jennifer Harris-Hernandez, directrice de l’unité Mobilier urbain au Département des transports de New York, la ville a pour mandat d’ajouter 500 bancs supplémentaires. Jennifer Harris-Hernandez et Shari Gold, entretien avec l’auteur, 20 mai 2024.
  30. «Bancs», Département des transports de la ville de New York.
  31. Entretien avec Harris-Hernandez et Gold. (Harris-Hernandez et Gold sont respectivement directrice et directrice adjointe de l’unité chargée du mobilier urbain au Département des transports de la ville de New York.)
  32. Entretien avec Harris-Hernandez et Gold.
  33. Département des transports de la ville de New York, Mise à jour du plan des rues de New York 2025.
  34. Les bancs doivent être encastrés dans le béton, à au moins trois pieds du trottoir, et laisser au moins huit pieds pour les voies piétonnes. Voir « Bancs », Département des transports de la ville de New York.
  35. Amy Howden-Chapman, chef de projet au Département des transports de la ville de New York, entretien avec l’auteur, 23 juillet 2024.
  36. Jose Rojas, entretien avec l’auteur, 8 juillet 2024.
  37. Furman Center de l’Université de New York, «Hunts Point/Longwood BX02 : Locataires et conditions de location», 8 mai 2025.
  38. Ville de New York, Portail des données sur l’environnement et la santé, «Qualité de l’air», consulté le 8 janvier 2026.
  39. Entretien avec Howden-Chapman.
  40. Voir Natalie Hernandez, « Kyhara Tay Way : une rue de Longwood baptisée en l’honneur d’une jeune fille tuée par une balle perdue », News 12 : The Bronx, 17 décembre 2023.
  41. Entretien avec Rojas.
  42. Brooklyn Nimoh, entretien avec l’auteur, 17 juillet 2024.
  43. Entretien avec Nimoh.
  44. Les citations de Muhammad et Tanya ont été recueillies lors des trois visites que j’ai effectuées aux bancs de Longwood en juillet et août 2024.
  45. Setha Low, entretien avec l’auteur, 29 juillet 2024.
  46. Signe Nielsen, entretien avec l’auteur, 30 mai 2024.
  47. Voir Diane Taylor, « Des militants obtiennent des dommages-intérêts contre la police municipale pour détention arbitraire », The Guardian, 16 juillet 2016 ; 60 Second Docs, « Guerilla Bench Builder », 29 mars 2023, vidéo YouTube, 1 min 16 s ; Adina Solomon, « Les urbanistes guérilleros « font les choses eux-mêmes », Smart Cities Dive, 23 mai 2024 ; Jada Camille, « Banc de musculation ! Les habitants de Ditmas Park protestent contre le retrait d’un banc coloré », Brooklyn Paper, 11 juillet 2023.
  48. Leenah Najeiah Bassouni, « Buses, Bromance, and Bureaucracy: A Love Letter to Public Transit », KALW Public Media, 12 juin 2024.
  49. Bassouni, « Buses, Bromance, and Bureaucracy ». Ce banc a rapidement été retiré et remplacé par un modèle en métal vert, gracieusement fourni par la ville de Berkeley.
  50. Mingwei Samuel, entretien avec l’auteur, 30 avril 2024.
  51. Chris Duderstadt, entretien avec l’auteur, 8 mai 2024. Les bancs de Duderstadt sont généralement décorés sur mesure — peints de fleurs, de paysages, de messages sociaux et politiques, et, dans un cas, de peinture violette et de gouttes de pluie, pour un banc dédié au musicien Prince.
  52. @shlubacus, « message publié au nom des “shlubs” », Twitter, 4 mars 2021. Arianna MacNeill, « ‘Hostile Architecture’ : un groupe recherché pour avoir retiré les accoudoirs des bancs du MBTA affirme qu’il vient en aide aux sans-abri », Boston.com, 9 mars 2021.
  53. MacNeill, « ‘Hostile Architecture’ ».
  54. Sharon McLennon Wier, entretien avec l’auteure, 19 août 2024. Voir également Steve Wright, « Pourquoi les villes américaines ne sont toujours pas accessibles après 33 ans d’existence de l’ADA », Streetsblog USA, 26 juillet 2023.
  55. Cara Chellew, « Mesure d’accessibilité ou architecture exclusive ? », Azure, 29 juillet 2020.
  56. r/Hamilton, « Une architecture hostile ? Il y a un « accoudoir » au milieu qui fait environ 10 cm de haut », Reddit, 13 mars 2023.
  57. « Amsterdam supprime l’accoudoir central des bancs pour mieux accueillir les sans-abri », NL Times, 21 mai 2024.
  58. Porte-parole de la ville d’Amsterdam (qui a souhaité rester anonyme), entretien avec l’auteur, 23 août 2024.
  59. Laurie Olin, Be Seated (Applied Research + Design, 2017), p. 38.
  60. « Bancs conformes à l’ADA — Voici ce que vous devez savoir », TerraCast Products, 30 décembre 2019.
  61. Anne Raver, « Here Comes Everybody », Landscape Architecture Magazine, 17 décembre 2018.
  62. Le domaine de la proxémique, ou l’étude de la manière dont les personnes perçoivent l’espace personnel dans différents contextes culturels, a été établi par le sociologue Edward T. Hall, qui a défini quatre zones d’interaction déterminées par la culture, chacune s’étendant à partir du corps en cercles concentriques. La sphère intime a un rayon pouvant atteindre 45 cm, suivie de la sphère personnelle (jusqu’à 1,20 m), de la sphère sociale (entre 1,20 m et 3,60 m) et de la sphère publique (de 3,60 m à 7,60 m ou plus). Ces dimensions ne sont pas fixes et varient en fonction des dynamiques culturelles, comme cela a été le cas pendant la pandémie. Voir Vikas Mehta, « The New Proxemics: COVID-19, Social Distancing, and Sociable Space », Journal of Urban Design 25:6 (juillet 2020), 669, doi:10.1080/13574809.2020.1785283.
  63. Eleanor Cummins, « We’re All Bad Neighbors Now », The New Republic, 6 juin 2023.
  64. Lauren Berlant, On the Inconvenience of Other People (Duke University Press, 2022), 2.
  65. Bonnie Honig, Public Things: Democracy in Disrepair (Fordham University Press, 2017), p. 4.
  66. Honig, Public Things.
  67. Voir C.A. Ottoni et al., « ‘Benches Become Like Porches’ : Built and Social Environment Influences on Older Adults’ Experiences of Mobility and Well-Being », Social Science & Medicine 169 (2016), p. 37, https://doi: 10.1016/j.socscimed.2016.08.044.
  68. Les bancs publics sont dédiés en échange de dons à partir de 5 000 $. Voir Fort Greene Park (@fortgreenepark), « [A Special Bench Now Stands] », Instagram, 17 novembre 2023. Voir également « Dedicate A Bench Today », Fort Greene Park Conservancy.
  69. Amari Rose Leigh, entretien avec l’auteure, 27 novembre 2024. Toutes les citations de Leigh dans les trois paragraphes suivants sont tirées de cette interview.
  70. Jeremy Hartnett, « Si Quis Hic Sederit : Streetside Benches and Urban Society in Pompeii », American Journal of Archaeology 112:1 (janvier 2008), 91, https://doi.org/10.3764/AJA.112.1.91.
  71. Jeremy Hartnett, entretien avec l’auteur, 13 mai 2024.
  72. Entretien avec Hartnett.
  73. Josh Barbanel, « Un banc de la Trump Tower déclenche une initiative pour reconquérir les espaces publics », The Wall Street Journal, 1er mars 2017.
  74. Jerold S. Kayden, « 725 Fifth Avenue / Trump Tower », Advocates for Privately Owned Public Space | Municipal Art Society of New York, mars 2023.
  75. À proximité se trouvaient Trump Pizza, Trump Sweets et une boutique de souvenirs proposant des t-shirts, des gourdes et des ours en peluche à l’effigie de Trump. Il y avait également une longue file d’attente pour prendre des photos à côté d’un grand emblème du 45e président accroché au mur. Autrefois, l’attraction photo de l’atrium était une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Vous êtes viré ! ». Voir Kristine F. Miller, Designs on the Public: The Private Lives of New York’s Public Spaces (University of Minnesota Press, 2007), 118.
  76. Matt A.V. Chaban, « Les bancs controversés font discrètement leur retour à la Trump Tower », The New York Times, 22 juillet 2016.
  77. Marjorie Landa, contrôleuse adjointe chargée de l’audit, Bureau du contrôleur de la ville de New York Scott M. Stringer, «Rapport d’audit sur la surveillance par la ville des espaces publics détenus par des propriétaires privés», 18 avril 2017, p. 1.
  78. Matt A. V. Chaban, « Un autel dédié à Donald Trump envahit l’espace public à Manhattan », The New York Times, 13 juillet 2015.
  79. Michael Pollack, entretien avec l’auteur, 16 décembre 2024.
  80. Voir Matt A.V. Chaban, « La Trump Tower va retirer les kiosques controversés de son atrium public », The New York Times, 28 janvier 2016 ; et Urvashi Uberoy et Keith Collins, « Les New-Yorkais ont eu des promesses non tenues. Les promoteurs ont obtenu 1,86 million de m² », The New York Times, 22 juillet 2023.
  81. Landa, « Audit Report », 2. Bureau du contrôleur de la ville de New York, 2017.
  82. La date exacte du retrait du banc en marbre est inconnue. Voir Chaban, « La Trump Tower va retirer les kiosques controversés ». Bien que les bancs soient désormais en place et dégagés, la Trump Organization continue de renier ses promesses relatives aux POPS. À trois reprises, au cours de trois visites, j’ai tenté de monter dans l’ascenseur situé en face des bancs afin d’accéder aux terrasses paysagées des quatrième et cinquième étages, qui sont également censées être des espaces publics. À chaque fois, les gardes m’ont refoulé. En hiver, on m’a dit que les terrasses ouvriraient au printemps. Au printemps, on m’a dit que les terrasses étaient en travaux. Lors de ma dernière visite, un après-midi de semaine durant l’été 2025, un gardien m’a simplement répondu que les terrasses étaient fermées — et m’a fait un clin d’œil.
  83. Francis Cape, We Sit Together: Utopian Benches from the Shakers to the Separatists of Zoar (Princeton Architectural Press, 2013), 10. L’exposition de Cape au Catskill Art Space est visible jusqu’en 2027.
  84. Francis Cape, entretien avec l’auteur, 22 décembre 2024.
  85. Pour en savoir plus sur ces communautés, voir Francis Cape et Claire Durborow, we sit on the same bench (brochure de l’exposition « A Gathering of Utopian Benches »), (Catskill Art Space, 2022).
  86. Entretien avec Cape.

Citer

Gabrielle Bruney, « The Disappearance of the Public Bench », Places Journal, avril 2026. Consulté le 25 avril 2026. <https:/ /placesjournal.org/article/the-disappearance-of-the-public-bench/>

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