Pourquoi les villes ont besoin de plus de sièges convenables

Pour que les villes soient accessibles à tous, elles doivent offrir des endroits où marcher, s’asseoir et faire pipi. Ce n’est pas sorcier.

Traduction de Why cities need more decent seating par Lloyd Alter le 11 septembre 2026

Un banc accueillant à Londres / Lloyd Alter

Je ne me sens pas très bien depuis notre retour à Toronto mercredi; le billet d’aujourd’hui sera donc court et comportera principalement des extraits d’archives.

Un récent éditorial du Globe and Mail nous rappelle que les villes ont besoin de sièges, non seulement pour les personnes âgées, mais pour tout le monde :

« Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les gens pourraient vouloir s’asseoir au cœur d’une ville. Pour bavarder avec un ami, jeter un coup d’œil aux alentours, lire un livre ou peut-être simplement se reposer lors d’une chaude journée d’été. Sans de bons sièges publics, ces possibilités disparaissent. Cela transforme les villes en lieux où l’on ne fait que passer, plutôt que de s’y arrêter pour en profiter. Et dans une société vieillissante, les villes dépourvues d’endroits où s’asseoir sont de fait inaccessibles aux piétons âgés. »

Pas un banc sur lequel j’aurais envie de m’asseoir à Lisbonne / Lloyd Alter

Les villes dépensent beaucoup d’argent pour des projets coûteux, mais celui-ci est simple et abordable. Le Globe note : « Ce n’est pas sorcier. Installez de simples bancs en grand nombre, plus qu’il n’en semble nécessaire. Placez-les là où les gens auront envie de s’asseoir. Et veillez ensuite à ce qu’ils ne tombent pas en ruine. »

Vu au Jardin du Luxembourg

Le Globe a également souligné que les sièges mobiles sont préférables aux bancs horribles et hostiles que l’on voit partout. Je l’ai constaté à Paris il y a des années et j’ai été choqué. Des gens assis face à face! Qui s’amusent! Qui boivent une bière entre amis dans un parc! Comment est-ce possible?

« L’urbaniste et observateur social William Whyte a remarqué il y a un demi-siècle que les gens appréciaient l’autonomie offerte par les sièges mobiles. Comme il l’a écrit dans The Social Life of Small Urban Spaces, ce type de sièges permettait aux gens de se déplacer à l’ombre ou au soleil, près d’un ami ou loin du gars avec sa chaîne stéréo. »

Lire aussi : Another reason we need more public washrooms: Aging baby boomers 8 juil.

Je me plains depuis longtemps que les villes doivent offrir un minimum de services à environ la moitié de la population qui ne conduit pas et qui est généralement ignorée. Les trois principaux sont :

Et ces sièges n’ont pas à être hostiles et inconfortables; comme le conclut le Globe : « Partir du principe que les gens sont bienveillants, plutôt que malveillants, peut parfois porter ses fruits. » Pour en savoir plus, dans les archives, sur l’aménagement hostile :

L’aménagement hostile ne convient à aucun groupe d’âge

J’ai déjà écrit à ce sujet. Extrait des archives de MNN de 2018 :

Beaucoup de gens ont été indignés en apprenant que certaines villes avaient installé des pics anti-oiseaux dans les arbres pour empêcher les oiseaux de s’y percher. Mais en réalité, les versions « humaines » de ces pics anti-oiseaux sont bien plus répandues — et bien plus agaçantes.

C’est ce qu’on appelle l’architecture hostile, définie par Cara Chellew comme « un type de conception persuasive utilisé pour orienter les comportements dans l’espace urbain en empêchant par la conception certaines utilisations du mobilier urbain ou de l’environnement bâti, dans le but de prévenir la criminalité ou de protéger la propriété. » (Chellew est administratrice de recherche pour le Global Suburbanisms Project à l’Université York et écrit sur la politique de l’espace public.)

On comprend facilement la motivation : il y a beaucoup de personnes sans-abri qui cherchent un endroit où s’allonger. Mais plutôt que de s’attaquer au problème de l’itinérance, il est plus facile pour les villes de s’attaquer aux symptômes et d’empêcher quiconque de s’allonger.

Cela signifie que notre mobilier urbain est conçu pour être inconfortable — pour tout le monde — et c’est là un problème. D’une part, nous voulons que les gens sortent et bougent, qu’ils fassent de l’exercice, qu’ils profitent du plein air. Mais à mesure que nous vieillissons, pouvoir s’asseoir n’est pas seulement agréable; c’est essentiel.

William H. Whyte a écrit dans « The Social Life of Small Urban Spaces » :

Idéalement, s’asseoir devrait être physiquement confortable — des bancs avec dossier, des chaises bien profilées. Il est toutefois plus important que ce soit socialement confortable. Cela implique le choix : s’asseoir à l’avant, à l’arrière, sur le côté, au soleil, à l’ombre, en groupe ou seul.

Vous ne voulez pas vous asseoir ici, vraiment. (Photo : Cara Chellew)

Vous pouvez vous asseoir sur certains de ces bancs que Chellew montre, mais vous ne pouvez certainement pas vous y installer confortablement. En fait, c’est justement le but de ces conceptions.

Les bancs de Camden offrent un appui — mais pas grand-chose de plus — devant le Freemasons’ Hall à Londres. (Photo : Eluveitie/Wikipédia)

Le concepteur de ce bloc de béton qu’est le banc de Camden, l’un des exemples les plus flagrants et choquants d’architecture hostile, explique à CNN qu’il répondait à un besoin.

Lorsque nous avons conçu le banc de Camden, on nous a remis une longue liste d’exigences, avec un budget assez restreint. Nous n’avions pas le temps de nous pencher sur les raisons pour lesquelles ces problèmes existaient. Nous avons simplement abordé la question sous un angle assez direct. (Le conseil municipal exigeait que les gens) ne puissent pas y dormir, y cacher de la drogue ou y faire du patin. Quand on met toutes ces exigences au même niveau, on obtient un meuble plutôt défensif, mais en réalité, tout ce que nous faisons, c’est permettre qu’il soit utilisé comme un meuble — afin que les gens puissent se rendre en ville et s’y reposer.

Souvent, ce genre de mesures est pris parce que les gens se plaignent de ne pas avoir d’endroit où s’asseoir, que tous les bancs sont occupés par ce qu’on appelle au Royaume-Uni les « sans-abri ». Mais il existe d’autres approches possibles : peut-être davantage de bancs, plus de logements pour les sans-abri, ou même simplement un ensemble de chaises.

Assis dans un parc à Paris. (Photo : Lloyd Alter)

Si vous vous rendez dans un parc à Paris, vous constaterez une approche différente. On y trouve en effet des chaises mobiles que l’on peut déplacer et disposer en groupes de discussion. Certes, cela coûte plus cher; quelqu’un vient fermer le parc à clé chaque soir. On y investit également beaucoup d’argent dans le logement social, de sorte qu’on ne voit pas beaucoup de personnes sans-abri dans la rue ou sur les bancs. Mais on y trouve des gens de tous âges et de tous horizons, qui profitent du parc et s’assoient sur des chaises confortables.

Nous avons constaté que 30 minutes d’activité physique, quelle qu’elle soit, prolongent la vie, et que l’exercice physique préserve la jeunesse du cerveau. Si nous voulons que notre population vieillissante sorte et fasse de l’exercice, nous avons besoin d’une infrastructure de marche de qualité et sécuritaire, de toilettes publiques convenables et d’endroits confortables où s’asseoir. Ces aménagements hostiles ne font que constituer un obstacle.

Fichier Excel des traductions par Gilles en vrac
Fiches avec les premières phrases (et non seulement les titres)
Les caractères gras dans le texte sont de Gilles.


Ajout par Gilles

Dans l’article du Globe cité par Lloyd, Montréal est donné en exemple

Ce qui est particulièrement exaspérant dans le peu d’intérêt accordé aux sièges publics dans les grandes villes canadiennes – Montréal, comme toujours en matière d’urbanisme, fait mieux à cet égard –, c’est que ce n’est pas sorcier.

Mais, en tant que marcheur dans les rues de Montréal, je peux vous dire qu’il en manque, des bancs publics.