2025 s’achève, enfin. Vivement 2026.

La folie de l’IA s’est poursuivie, s’est même accélérée au cours de l’année. Ce qui s’est surtout traduit par la multiplication des histoires fausses, des images et films générés machinalement et des textes insignifiants de plus en plus nombreux qui occupent les pages d’un Internet devenu le plus grand dépotoir de « slop« .

Une bulle qui a connu des sursauts ces derniers jours… mais qui est loin d’être dégonflée, comme le montrent ces courbes des cours de quelques actions du secteur.

J’ai appris à me méfier au cours de cette année des traductions faites par un moteur, par ailleurs très efficace. Surtout lorsqu’on parle de la Chine, c’est bizarre, dans les textes à traduire : voir la page 431Le lien hypertexte devrait y conduire directement du document Une alternative européenne pour la souveraineté numérique, que j’ai traduit avec DeepL.

sur Gilles en vrac

Près de cinquante billets (49), dont 13 « vendredi vrac » et quelques pot-pourries du lundi. Parmi les mots clés de l’année : souveraineté numérique (Amazon, « panier bleu » et souveraineté numérique, le pouvoir numérique, Le pouvoir numérique -2, un numérique souverain parce que public, démocratie algorithmique ?; en plus des nombreux articles traduits portant sur cette question); démocratie municipale (Un conseil municipal efficace et démocratique, des leçons à tirer de nos défaites, biorégion, habitation, finances…, et beaucoup des vendredi vrac portaient sur des initiatives municipales dans les domaines environnemental, social…); logement (Imaginons une autre façon d’habiter, métacrise et crise du logement…)

Plus d’une centaine d’articles (plus près de 200 !) parus en anglais (et un en allemand) tirés de revues, sites web et newsletters (dont Substack) que j’ai traduits en français.

Quelques livres ayant ponctué mon année

Breakneck, par Dan Wang. Un journaliste technologique qui a passé plusieurs années en Chine, dont une bonne partie pendant la pandémie. Une comparaison entre les styles américain (avocat) et chinois (ingénieur) de direction du développement. Comment Shenzhen est passé d’une ville de pêcheurs et d’éleveurs d’huitres à une capitale mondiale des technologies numériques en quarante ans… Une belle illustration de l’effet territorial, de grappe industrielle réunissant des entreprises en compétitions mais partageant un bassin de main-d’oeuvre et de connaissances. Un regard critique sur les faiblesses américaines et chinoises.

Underground Empire, par Henry Farrell et Dan New. J’ai découvert Farrell avec ce livre, dont le sous titre est How America Weaponized the World Economy. Aussi publié en français, L’ Empire souterrain: Comment les États-Unis ont fait des réseaux mondiaux une arme de guerre. Un article qu’il a publié dans la revue Foreign Affairs est une bonne introduction à son livre. J’en ai fait une traduction : L’économie mondiale comme arme. Je suis abonné, depuis, à sa lettre Substack dont j’ai aussi traduit plusieurs de ses articles, parmi lesquels : Le libéralisme transforme la pluralité d’une faiblesse en une force, Qu’est-ce que la société civile, et pourquoi devrions-nous nous en soucier ?

Our Crumbling Foundation, par Gregor Craigie. Un tour d’horizon mondial (y compris Vancouver et Montréal) des problèmes de logement et des solutions imaginées ou mises en oeuvre pour y remédier. J’en ai parlé dans mon billet du 14 février : métacrise et crise du logement…

Feeling at Home, Transforming the Politics of Housing, par Alva Gotby. Un regard critique et innovant sur l’habitation et l’habiter. « Alva Gotby remet en question le mythe de l’accession à la propriété en tant que succès et plaide en faveur d’une politique de transformation qui privilégie la stabilité, la prise en charge et la communauté plutôt que le profit, en faisant valoir qu’un système de logement juste pourrait révolutionner l’existence quotidienne. »

Mésoéconomie, par Thomas Lamarche et Jérémie Bastien. Une découverte récente qui pourrait guider nos efforts d’intégration des forces économiques dans les démarches de développement territorial. Voir la fin de mon billet du 1er décembre la transition qui s’amorce

Habermas, l’espace public numérique et mon engagement au conseil d’administration de Projet collectif

Projet collectif, issu d’une expérimentation (Passerelles) lancée par le TIESS il y a quelques années, est devenu une organisation autonome responsable d’une plateforme d’échanges numériques (Passerelles) rassemblant plus de 12500 participants dans des centaines de groupes thématiques ainsi que d’un dépôt de connaissances (Praxis) prenant la forme de carnets et de bases de connaissances.

J’ai été intéressé dès le départ par cette expérience qui permettait de construire quelque chose en dehors des plateformes américaines dominées par la publicité et l’appropriation privée des données générées par les échanges numériques. Cela ne m’a pas empêché d’être critique (de savoirs et d’actions) notamment par rapport à l’interopérabilité entre les savoirs logés et échangés sur les plateformes de Projet collectif et ceux qui existent en dehors, dans les milliers de sites web développés par les mêmes organisations participant au projet (et par les institutions et organisations publiques ou d’intérêt public).

Aussi j’ai posé ma candidature et j’ai été élu au conseil de Projet collectif en mai dernier. À partir du concept d’espace public de Habermas (public sphere, en anglais et en allemand) j’ai voulu nourrir ma réflexion sur les enjeux théoriques et politiques soulevés par un tel projet. Ce qui m’a amené à lire et traduire une vingtaine d’articles parus dans deux revues qui publiaient des numéros spéciaux consacrés à cette question de la transformation de l’espace public : Philosophy & Social Criticism (Transformation structurelle de la sphère publique) et Theory, Culture & Society (Une nouvelle transformation de la sphère publique ). J’ai rassemblé mes commentaires et liens vers mes traduction dans une Note de lecture du 7 août, et dans une page publiée le lendemain : Chronique habermassienne.

Cette plongée dans des considérations philosophiques me sera-t-elle utile au conseil d’administration de Projet collectif ? Pas sûr. Mais ces discussions à propos du rôle des médias, de la délibération démocratique et la transformation imposée à nos institutions et notre culture par les géants du numérique (et le pouvoir politique américain) définissent le cadre stratégique dans lequel notre petit Projet collectif doit s’inscrire.

J’ai cru, au début de l’année, que les astres s’alignaient pour une riposte par les états dont la souveraineté numérique était malmenée par les GAFAM. La virulence de l’attaque du vice-président JD Vance contre les européens en février dernier y a certainement contribué. Le lancement de l’initiative Gander le nouveau réseau social canadien, certaines déclarations ou campagnes (de la commission de l’éthique en science, comment le Canada peut affirmer sa souveraineté numérique, la souveraineté numérique, entre rêve et nécessité, Eurostack – Une alternative européenne pour la souveraineté numérique, Reprenons le contrôle de nos données…) ont donné l’impression que les choses allaient changer. Mais ce sera compliqué de s’extirper des mailles de plateformes qui définissent notre quotidien numérique depuis des décennies !

Comme je le rappelais en septembre dernier, dans un numérique souverain parce que public, il faudra que le secteur public récupère des compétences qu’il a depuis trop longtemps externalisées, tout en respectant, soutenant le développement des compétences de la société civile. Notre petit Projet collectif peut paraître bien minuscule dans ce contexte mais, avec l’appui de philanthropies aptes à créer des liens avec les ministères, universités et entreprises, nous pouvons jouer un rôle. Vivement 2026 !

Notes

  • 1
    Le lien hypertexte devrait y conduire directement

notes de lecture

Des notes « en vrac ». Voir aussi chronique habermassienne.

Ma lecture de L’industrie culturelle à l’ère de la démocratie post-vérité fut pénible dans la première partie : j’avais l’impression d’un cours sur la première école de Francfort, avec Adorno qui ferraillait contre l’industrie culturelle avant et après la Shoah, pour y débusquer les formes d’aliénation… mais le parallèle avec les années ’60 puis avec les années Trump…

« les différentes sphères publiques ne sont plus confrontées à une seule et même réalité, mais à la représentation d’une réalité qui a été adaptée dès le départ aux différentes sphères publiques. À cette fin, le groupe Springer a créé Upday, « un nouveau service d’agrégation d’actualités mobiles développé par Axel Springer en partenariat avec Samsung Electronics. Le service (…) utilise une série d’algorithmes pour suivre les habitudes de lecture des utilisateurs et sélectionner un flux personnalisé de contenus provenant de l’ensemble du web » »

« Les nouvelles formes de médias se sont transformées en divertissement, et au lieu d’un discours critique, nous assistons au spectacle d’une classe de commentateurs, de tous bords idéologiques, qui préfère l’indignation à la complexité et rejette l’incertitude dialectique au profit de l’affirmation narcissique d’idéologies cohérentes, chacune étant diffusée sur sa propre chaîne câblée privée. L’expression remplace la critique ». (P. Gordon, The Authoritarian Personality Revisited: Reading Adorno in the Age of Trump)

La sphère publique et le mode de communication systématiquement déformée,

La bataille des scientifiques pour l’Open Access : un soutien public à des plateformes sans but lucratif nécessaire pour consolider les avancées des dernières années. La transformation structurelle de la sphère publique scientifique : constitution et conséquences de la transition vers le libre accès.

« comment le discours sur la « crise de la sphère publique » déclenche à son tour une résonance publique et se traduit par des mobilisations sociales. Le diagnostic d’une disruption dystopique des médias ne gagne en pertinence qu’en le reliant à l’utopie de la sphère publique démocratique qui continue d’inspirer le discours critique. Il ne s’agit pas ici de réhabiliter le modèle habermasien de la sphère publique, mais simplement d’indiquer que son modèle normatif reste valable pour l’auto-évaluation critique de la société transnationale et numérique quant à ses propres lacunes et son potentiel. »

(La théorie de la sphère publique comme théorie cognitive de la société moderne)

Malgré les diagnostics d’éclatement et de dissolution du public, c’est encore en fonction et dans le cadre d’une sphère publique démocratique que le débat se mène.


Je viens de terminer la lecture du dernier article du numéro spécial « Transformation structurelle de la sphère publique » de la revue Philosophy & Social Criticism.


11 juillet – Je termine la lecture de la préface de l’édition de 1990 (pdf) de L’espace public (17e édition allemande du document de 1962), par Habermas. Il revient sur les limites et errements du document original, reconnaissant (entre autres) qu’il n’avait pas inclu la dimension féministe de la critique du monde bourgeois-capitaliste.

Il serait temps que je cesse de lire de nouveaux textes, des mises en contexte, ou l’archéologie des premiers textes… pour me concentrer sur les effets, l’utilité de ces textes-concepts pour orienter, comprendre la situation maintenant.

Je ne suis pas un spécialiste de Habermas… ni ne suis philosophe. À peine un peu sociologue. Je connaissais l’auteur pour avoir lu La technique et la science comme idéologie au baccalauréat puis Théorie de l’agir communicationnel pendant mes études de maîtrise en sociologie. Je n’aurai, finalement, jamais lu1Je viens de l’emprunter à la BAnQ le fameux document de 1962 : L’espace public : Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise.

Mais j’ai lu tellement de commentaires, de critiques, de théories élaborées à partir de ce texte de 1962… Le concept d’Espace public est devenu une évidence, un concept assimilé, incorporé à la culture actuelle.

Le concept d’espace public appliqué à l’internet, aux nouveaux espaces numériques

Ce texte de septembre 20052avant l’arrivée des FaceBook, Twitter et al.; avant l’arrivée des téléphones « intelligents » : Habermas’ heritage: The future of the public sphere in the network society, par Pieter Boeder. Je l’ai traduit ici. Un retour sur Habermas mais aussi sur les théories qui s’étaient développées depuis l’avènement du web, puis du web commercial. Un texte que j’ai lu et commenté en octobre 2005, un mois après la parution de l’article de Boeder sur FirstMonday.

La société en réseaux est le concept à la mode. Et on semble bien optimiste sur l’avenir de ces nouvelles technologies numériques. « [S]on avenir [de la sphère publique] réside dans les médias numériques, qui offrent des possibilités passionnantes à mesure que les réseaux numériques améliorent et modifient les structures sociales. »

Les auteurs cités par Boeder sont assez (ou très) optimistes devant les possibilités de « revitalisation » de l’espace public grâce à une utilisation judicieuse des technologies numériques.

John Keane, cité par Boeder, dont j’ai retrouvé le « Structural transformations of the public sphere » (pdf) de 1995, est un auteur qui nourrira notre réflexion sur la société civile, alors que nous préparions le colloque de juin 2000 (Développer la société civile par l’action communautaire) : Civil Society – Old Images New Visions (1999).

« Si l’utilisation de l’Internet s’étend aux groupes à revenus moyens, aux groupes à faibles revenus et aux femmes, elle pourrait encore offrir une réelle opportunité pour une plus grande participation, une communication démocratique et une véritable revitalisation de la sphère publique. » C’est Alinta Thornton qui dit cela, en 1996.


5 août – J’ai terminé hier la lecture de Marietje Schaake : The Tech Coup: How to Save Democracy from Silicon Valley (2024.11). Un livre téléchargé sur ma tablette depuis quelques mois. Je venais de lire Underground Empire – How America Weaponized the World Economy, par Henry Farrell et Abraham Newman (2023.09) et j’ai bien aimé le côté « pratique » de Schaake : elle a été députée au parlement européen pendant dix ans.

Ces deux ouvrages et d’autres encore (Géopolitique du numérique – L’impérialisme à pas de géants, de Ophélie Coelho; Faut-il se passer du numérique pour sauver la planète ?, de Cédric Durand; How infrastructure works: inside the systems that shape our world, de Deb Chachra; Le rapt d’Internet: Manuel de déconstruction des Big Tech, ou comment récupérer les moyens de production numérique, de Cory Doctorow) donnent une idée de l’impact des « big tech » sur nos vies, nos infrastructures, notre culture.

L’infrastructure, tant que ça fonctionne, on a tendance à l’oublier. Et la technologie numérique, Internet et tout le tralala, les gouvernements ont préféré laisser l’innovation et l’investissement entre les mains des capitaux privés, plutôt que de maintenir la propriété publique sur les réseaux (et protocoles) développés grâce aux investissements publics des années ’60-’70-’80. Avec les années ’90, le nombre de citoyens connectés grandissant, plusieurs souhaitaient que le réseau des réseaux permette le commerce, facilite l’émergence d’entreprises privées qui sauraient répondre aux désirs et besoins des consommateurs connectés.

Je ne suis pas sûr que l’État aurait pu se montrer aussi prolifique dans l’accompagnement des innovations et expérimentations de ces années. L’effervescence des années ’90 conduisit à la bulle de 2000. Une bulle dont l’éclatement a permis la concentration et la consolidation de quelques gagnants, qui surent racheter à bon prix les produits les plus prometteurs.

L’initiative privée a pu paraître mieux adaptée face à des besoins inconnus devant une technologie nouvelle : il fallait expérimenter, avec des taux d’échec élevés… un taux qui aurait été difficile à accepter de la part d’initiatives collectives (publiques). Si l’initiative privée a permis d’expérimenter et de faire émerger des produits, des services, des marchés, ces marchés se sont peu à peu transformés en monopoles, puisque les pouvoirs publics n’ont opposé que peu de contraintes ou d’orientation devant ces « success story » du savoir faire entrepreneurial états-unien. Le pouvoir du premier arrivé, renforcé par une protection élargie et prolongée des brevets et propriétés intellectuelles. Une protection imposée par le gouvernement américain dans ses négociations commerciales au profit des entreprises américaines dominant le secteur. Voir Le rapt d’Internet: Manuel de déconstruction des Big Tech, ou comment récupérer les moyens de production numérique de Cory Doctorow.

Il faut revenir à une propriété publique, un contrôle collectif des infrastructures nécessaires aux échanges, à la mémoire, à la recherche qui soutiennent l’identité, les projets et l’affirmation des peuples et nations. Une souveraineté numérique à travers la construction de « piles publiques » (public stacks) : Public Stack – pour des espaces publics numériques « open, democratic and sustainable »; PublicSpaces – un réseau d’organisations publiques qui luttent pour un Internet fondé sur des valeurs publiques; BranchA Just and Sustainable Internet for All.

Un renforcement des médias publics jouant un nouveau rôle devant la multiplication des « vérités », des publics, des collectivités.

Une action qui devra se mener à l’échelle internationale. comme le suggèrent Durand, Rikap et al. dans Reclaiming Digital Sovereignty.


Par ailleurs, comme je le notais en conclusion de ma « chronique habermassienne« , où je rassemblais quelques éléments tirés de cette plongée dans et autour du concept d’Espace public, il y a une illusion de la transparence, de la demande de « publicité » et d’accessibilité aux mécanismes et algorithmes présidant aux décisions… La complexité et l’opacité du réel ne disparaîtront pas avec la numérisation. S’il y a quelque chose, la numérisation ajoute à la complexité !

Et c’est là que réside sans doute la riposte aux pouvoirs de la Big Tech : nos communautés ne sont pas d’abord numériques mais bien réelles, matérielles, vivantes. Le tacite, le non-dit, l’analogique sont plus importants que l’explicite, l’écrit et le numérique. L’utilisation démocratique et viable du numérique doit reposer sur une emprise, une compréhension et une pratique qui ne sont pas numériques mais vivantes, solidaires, vraies.

Notes

  • 1
    Je viens de l’emprunter à la BAnQ
  • 2
    avant l’arrivée des FaceBook, Twitter et al.; avant l’arrivée des téléphones « intelligents »

40 ans de gestion de crise

Temps-Achete

« Il s’agit probablement d’un essai parmi les plus pertinents à ce jour sur l’analyse de l’évolution du système capitaliste depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ».

Le livre Du temps acheté. La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique (Gallimard, 2014), récemment traduit en français, est au cœur d’une vive controverse au sujet de l’Euro qui a opposé le philosophe Jürgen Habermas, fervent défenseur du projet d’une union politique européenne construite sur la base de l’Union monétaire, et Wolfgang Streeck. Pour ce dernier, l’Union monétaire, en imposant une monnaie uniforme à des pays socialement et économiquement trop différents, les a montés les uns contre les autres. Wolfgang Streeck définit l’Euro comme une « expérience irréfléchie » qui est, selon lui, le dernier stade d’un processus historique qu’il nomme « la crise du capitalisme démocratique », désignant ainsi la crise des institutions mises en place après 1945. [conférence-débat, 11 février 2015, Missions allemandes en France]

Je ne tenterai pas de vous résumer ce texte touffu de 300 pages (+ 70 pages de notes).

La présentation du livre de Wolfgang Streeck (DU TEMPS ACHETÉ − La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique), genre quatrième de couverture, sur le site Gallimard renvoie à cette présentation commentée de Benjamin Caraco sur le site nonfiction.fr, dont les paragraphes suivants sont tirés.

L’idée qui traverse l’ouvrage est simple : le capitalisme, en crise structurelle depuis la sortie des Trente Glorieuses, a retardé son implosion grâce à la financiarisation de nos économies. Les solutions adoptées sont temporaires et fragiles : une dialectique s’installe, chaque remède adopté se transforme progressivement en problème en moins de dix ans. (…) L’inflation, la dette publique puis privée (…) ont permis de continuer à contenter le travail tout en augmentant la part du capital en l’absence d’une croissance aussi forte que durant les décennies précédentes.

L’État semble devenu impuissant à prélever des impôts sur les plus fortunés de ses administrés, ces derniers exploitant au maximum les échappatoires offerts par la mondialisation. En conséquence, l’État finance davantage ses dépenses par l’emprunt que par l’impôt. Un tel mode de financement convient doublement aux classes possédantes puisqu’il leur permet, outre d’être moins imposées, de placer de façon sûre leur capital tout en contrôlant de façon quasi censitaire la politique des États. Les détenteurs de dettes nationales deviennent en effet de véritables actionnaires de ceux-ci : ils se constituent alors en une force de contrôle à égalité avec les électeurs, que Streeck désigne comme des Marktvolk à opposer au Staatsvolk, actionnaires contre citoyens.

Dans la version française de l’ouvrage de Streeck, une postface est ajoutée « en réponse à Habermas« . J’ai cherché la critique faite par Habermas à l’origine de cette réplique. N’ai trouvé que la version allemande, sur le site Bleatter.de. [Trouvé en 2026, en italien, traduit en français : Habermas : je vais vous expliquer pourquoi la gauche anti-européenne a tort]

Les débats entre les deux positions de gauche concernant l’Europe, l’une – celle de Streeck – proposant un abandon de l’union monétaire afin de redonner pouvoir aux États-nations, l’autre – Habermas – désirant poursuivre la construction d’une Europe démocratique en renforçant ses institutions. Un commentaire d’origine italienne résume ici (The debate between Habermas and Streeck about the Left and Europe’s future) à quel point Habermas est en accord avec Streeck en ce qui concerne le diagnostic et la description de l’assujettissement des États devant les demandes et conditions du capital. [Le débat entre Habermas et Streeck sur la gauche et l’avenir de l’Europe]

Par ailleurs, c’est vrai que j’ai trouvé ça gênant cet appel aux « mouvements sociaux à manifester leur rage contre tout ça, y compris avec des pavés. » Comme le souligne dans un mot lapidaire Chavagneux sur Alternatives Économiques.

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Comment ce débat, ce texte a-t-il quelque pertinence pour celui qui n’habite pas l’Europe ? Les politiques d’austérité de l’État du Québec sont parmi les plus rigoureuses du monde. Elles sont contre-productives, dit Pierre Fortin :

Ça va atténuer les effets positifs sur le PIB découlant de la baisse du prix du pétrole, de la dépréciation du dollar canadien, de la baisse des taux d’intérêt et de la croissance de la demande américaine pour nos produits.

Une position sur laquelle renchérit aujourd’hui Francine Pelletier dans Le Devoir : Les bienfaits toniques de la purge


[2026] Voir L’héritage de Jürgen Habermas, et des liens vers une dizaine de textes.