ce qui se passe à Minneapolis

« She’s one of the most effective grassroots activists I’ve ever met. She introduced me to a handful of the 13,000 trained legal observers operating in the Twin Cities, people embedded in networks of up to 1,000 volunteers who respond to ICE reports within minutes. » [C’est l’une des militantes locales les plus efficaces que j’ai jamais rencontrées. Elle m’a présenté quelques-uns des 13 000 observateurs juridiques formés qui opèrent dans les villes jumelles, des personnes intégrées dans des réseaux comptant jusqu’à 1 000 bénévoles qui réagissent aux rapports de l’ICE en quelques minutes.]

My First 72 Hours in Minneapolis… Chris Armitage

En terminant, le livre Prisms Of The People je me demande jusqu’à quel point ces leçons et savoirs s’appliqueraient à une société comme le Québec. Oui, certainement nous avons des minorités opprimées, qu’elles soient de couleur, d’origine ethnique ou de langue, mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas ici la fluidité de la société américaine, le déplacement d’un État à l’autre ou la présence si importante de l’immigration.

Ce qui me chicote le plus, suite à cette lecture, c’est ce que je perçois comme une différence entre une société Anglo protestante et une société de culture catholique, française, québécoise, à savoir l’importance accordée au volontariat, à l’action volontaire dans les organisations sociales, une question qui est associée aussi dans le contexte américain à l’importante présence religieuse souvent étroitement impliquée dans les organisations sociales, locales et nationales. Une question qu’il faut relier à l’affirmation identitaire du laïcisme de la société québécoise.

Oui, l’emprise de la religion a été forte au Québec, plus forte, sans doute que dans le monde anglo-saxon à la même époque. L’influence religieuse catholique était sans doute renforcée par la situation doublement minoritaire de la province dans un monde anglophone et protestant. Le centralisme, caractéristique des institutions catholiques soumises au magistère de Rome par un réseau d’évêchés et de paroisses, devait faciliter les négociations avec l’État de l’époque pour le financement des services d’éducation et de santé. Mais je ne veux pas donner une image monolithique de la religion catholique, de sa présence dominante dans la culture du Canada-français. Si les paroisses étaient liées et soumises aux archevêques, les communautés religieuses, dont dépendaient les institutions de santé, sociales et éducatives de l’époque, étaient reconnues par Rome directement et bénéficiaient d’une certaine autonomie.

Le travail social, le travail se soins, le travail éducatif étaient généralement accompli par des religieuses et des religieux qui devaient porter la bure pour se réaliser professionnellement. Autrement dit une jeune fille qui voulait faire du travail social ou devenir infirmière devait joindre une communauté.

L’action sociale en milieu historiquement catholique vise à responsabiliser l’État, la collectivité, afin que celle-ci soit plus égalitaire, offre des services publics (ou communautaires) accessibles ou gratuits. Alors que l’action sociale en milieu historiquement protestant valorise l’engagement personnel, le bénévolat comme manifestation de sa foi, de ses valeurs. Le recours ou la pression pour une responsabilité publique y est moins prononcé…1quoique les luttes pour des garderies décrites par Han dans son livre ou encore les batailles pour faire passer telle ou telle loi, sont à l’évidence des pressions pour plus de responsabilité publique.

J’ai souvent eu l’impression, au cours de ma carrière d’organisateur communautaire, que les Québécois se mobilisaient plus facilement pour faire reconnaître un besoin, dénoncer une injustice, afin que des lois, des services viennent répondre à ce besoin. Après quoi, chacun rentre chez soi pour retourner à ses affaires. On laisse la suite aux professionnels et aux « permanents » des organisations embauchés grâce au financement public (ou philanthropique) obtenu par l’action collective. Alors que dans les société d’obédience ou de culture protestante le recours aux professionnels et salariés est pondéré, relativisé par une certaine méfiance à l’égard de l’État et une place plus grande accordée à l’engagement personnel et au volontariat.

Avec la disparition des communautés religieuses et la réduction drastique des structures et oeuvres paroissiales catholiques dans une société comme le Québec, les professionnels de la charité ont fait place aux personnels des institutions publiques et communautaires. Mais les solidarités et réseaux d’entraide locaux animés par les communautés religieuses et les paroisses, assistés des bénévoles et paroissiens, au nom de valeurs partagées, se sont réduits comme peau de chagrin.

Est-il possible de faire renaître de telles solidarités, sans ramener la religion ? Peut-on imaginer une philosophie, une communauté de partage et de responsabilité commune qui soit adaptée à la société laïque actuelle ? Dans les initiatives décrites par Han dans son livre Prisms mais aussi son dernier livre Undivided, les communautés religieuses sont présentes de façon importante. Suffisamment importantes pour que, par exemple, les dénonciations du recul des droits à l’avortement (au moment de la décision de la cour suprême américaine) soient faites au niveau des organisations locales et non à l’échelle de la coalition large, multi-raciale, multi-classes construite sur le long terme.

Je crois qu’on peut voir l’effet de la formation des leaders (telle que décrite par Han dans ses deux livres) dans les organisations sociales et mouvements, notamment au Minnesota, dans l’auto-restriction dont font preuve les populations en contexte de provocation et de violence infligés par l’ICE et certaines polices fédérales à Minneapolis actuellement. Le caractère pacifique des manifestations populaires semble sacré. C’est un message souvent porté par le discours religieux que le refus de répondre à la violence par la violence. Comment se fait-il que dans un pays où le nombre d’armes possédées par les citoyens est aussi élevé, il n’y ait pas eu de dérapage encore ? Peut-être est-ce ce que cherchent les forces « de l’ordre » qui s’activent actuellement à semer le désordre : provoquer une réponse violente qui justifierait une riposte encore plus musclée du pouvoir central… Et sans doute les citoyens et citoyennes de Minneapolis le savent…

Les stratégies de développement du pouvoir populaire décrites dans le livre Prisms passent pas la formation de leaders autonomes, capables eux-mêmes d’initiatives et d’ajustements dans des situations inédites. Comment ce pouvoir des minorités opprimées, habituellement exclues de la table des décideurs, a pu se construire à travers les gains, mais aussi, surtout, les défaites dont on tirait les leçons parce que la société qu’on souhaite construire ne se gagnera pas d’une seule bataille, d’un seul amendement ou d’une seule loi adoptée suite à une mobilisation monstre…

Ce que ces stratégies formatrices cherchent à faire, c’est de développer les liens, les solidarités et l’ouverture aux autres, à travers les luttes pour plus d’équité, de justice mais aussi les activités d’entraide, de réflexion, de formation. Ce que Han et ses collègues ont pu entrevoir et démontrer par leur enquête dans six États américains, auprès de dizaines de militants, professionnels et membres d’organisations sociales, Han a voulu l’approfondir dans sa recherche suivante : Undivided2dont je n’ai pas encore terminé la lecture, où elle s’est attachée à une seule organisation, qui a développé un programme de formation, justement intitulé Undivided. Là encore l’initiative a ses racines dans une église protestante.

Mais comme elle le reconnaissait à la fin de Prisms, les initiatives décrites ne sont pas facilement reproductibles. Elles ne résultent pas d’un programme qu’on pourrait répliquer facilement. Les leaders interviewés, identifiés, ne sont pas simplement « produits » par des formations ponctuelles, ou même plus intenses… ils et elles ont été accompagnés, soignés, soutenus, mais ils-elles étaient là, issus de leurs histoires personnelles et collectives. Des leaders en qui on a encouragé le développement de capacités de réflexion et d’orientation, de partage et d’apprentissage. Ces leaders construisent des communautés. Des villages, comme disait si bien The Minority Report, dans Tout le monde veut un village mais personne ne veut être villageois.

Des communautés d’appartenance, c’est ce que représentaient les paroisses et communautés religieuses d’antan. Aujourd’hui, nos carrières, nos engagements sont circonstanciés, limités, pour protéger nos vies privées, notre confort. Il me semble que l’engagement le plus similaire à celui promu par les religieux dans ces églises protestantes, c’est celui pour le Parti. Où une articulation forte des valeurs, des idées et des actions est possible. Mais la différence entre ces églises locales et le Parti, c’est l’humilité, l’ancrage dans une communauté réelle, locale, limitée plutôt que dans un Parti qui souhaite agir à l’échelle macroscopique.

J’ai été, jadis, engagé pendant dix ans dans une organisation marxiste-léniniste qui aspirait à devenir LE parti de la classe ouvrière… j’ai connu la puissance d’une organisation disciplinée qui partageait une même vision… mais cette vision et cette discipline n’ont pu résister à la montée des nouveaux mouvements sociaux et l’effet centrifuge des luttes identitaires et sectorielles. Au moment de la dissolution de notre organisations les militants et militantes disaient vouloir s’investir dans ces divers mouvements (culture, jeunesses, femmes, autochtones, environnement, orientation sexuelle…) quitte à se regrouper de manière stratégique, quand la conjoncture l’exigerait. Mais l’unité des forces populaires n’est pas quelque chose qui s’improvise au gré des opportunités tactiques.

J’ai l’impression qu’il nous manque une « bible », un texte commun, assemblant une sagesse éprouvée, capable de stimuler la réflexion dans les moments de doute et de reculs stratégiques. Un message qui dépasse les intérêts personnels et corporatistes pour viser l’intérêt à long terme, sur plusieurs générations, des hommes et des femmes mais aussi de notre maison commune que nous partageons avec les multiples autres formes de vie qui nous ont précédé comme espèce et nous accompagnent aujourd’hui. Une vision suffisamment large et généreuse pour inspirer en retour des engagements forts et persistants vers plus de justice, plus de solidarité, plus de paix. Non pas un plan ni une stratégie pour des gains à court terme, plutôt des récits qui nourrissent une conception des rapports humains qui soit compatible avec un équilibre à retrouver entre les habitants de la terre.


Sur le sujet en titre… ce billet de Paul Krugman du 15 janvier que j’ai traduit : Le creuset de Minneapolis. Je repique de son billet son « coda musical » :


P.S. Un article dans The Newyorker porte essentiellement sur le livre Undivided de H. Han : The Megachurch That Tried to Confront Racim.

Notes

  • 1
    quoique les luttes pour des garderies décrites par Han dans son livre ou encore les batailles pour faire passer telle ou telle loi, sont à l’évidence des pressions pour plus de responsabilité publique. ↩︎
  • 2
    dont je n’ai pas encore terminé la lecture ↩︎

lectures de janvier

organisation communautaire et organisation syndicale

J’ai pris plaisir à lire ce dramatique compte-rendu (Travail préparatoire) d’une lutte pour la syndicalisation dans le monde universitaire par Alyssa Battistoni, sur N+1 (ma traduction). Un article que j’ai tellement apprécié que j’ai acheté le dernier livre de l’auteure (devenue entretemps professeure) : Free Gifts, Capitalism and the Politics of Nature.

J’ai trouvé intéressant de lire cet article (Travail préparatoire) en parallèle avec le livre de Hahrie Han (et al.) Prisms of the People: Power & Organizing in Twenty-First-Century America qui propose une ambitieuse analyse des mécanismes de transfert de pouvoir dans les luttes menées par différentes organisations communautaires (et organisatrices-organisateurs) dans six états américains. Une étude fascinante à la fois pour les leaders qu’elle présente, les stratégies qu’ils ont déployé à long terme, et pour la méthodologie que les chercheurs ont mis en oeuvre pour saisir ce qu’il est difficile de mesurer : le pouvoir.

J’avais déjà remarqué Hahrie Han avec son livre How Organizations Develop Activists: Civic Associations and Leadership in the 21st Century, que je m’apprêtais à lire… quand j’ai remarqué qu’il datait de 2014. Alors j’ai préféré lire celui de 2021 (Prisms), écrit après la première arrivée de Trump au pouvoir. Incidemment, une des organisations (ISAIAH) et un des États (Minnesota) analysés par les auteurs impliquent le candidat à la vice-présidence (Tim Waltz) qui vient d’annoncer (article La Presse) qu’il ne briguera pas de troisième mandat afin de se consacrer à la défense de ce qu’on peut considérer comme son héritage en terme de politiques progressistes, suivant cet article relatant les gains réalisés Our Power is Organized People :

En 2023, le « Minnesota Miracle » a permis aux familles du Minnesota de bénéficier de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides du pays, grâce à une série de mesures ambitieuses adoptées pendant le mandat de Tim Walz en tant que gouverneur.

Cet article fut co-écrit par Hahrie Han à l’automne 2024. J’en propose une traduction : Notre pouvoir c’est le peuple organisé.

Ça me convainc de poursuivre ma lecture de Prisms… Est-ce que la fraude, dénoncée par les Démocrates et les Républicains, mais instrumentalisée par ces derniers, a été induite ou facilitée par des politiques plus « généreuses » ? Le fait que les personnes arrêtées soient membres de la communauté Somalienne locale servira certainement aux visées réactionnaires trumpistes.

Ajouté le 8 janvier : j’ai écrit cet article avant de connaître la tragédie qui se passait au même moment à Minneapolis, à savoir le meurtre par un agent ICE de Renee Nicole Good)

Pour ce qui est de la comparaison entre organisation syndicale et organisation communautaire, je ne suis pas sûr de pouvoir aller bien loin, tellement les conditions d’organisation syndicale auprès des graduate students dans le monde universitaire sont différentes des conditions dans le monde du travail « ordinaire ». Mais je dis ça, et la dimension passagère du statut étudiant ne me semble plus si différente des conditions dans beaucoup de secteurs : emplois précaires (entrepôts Amazon, commerces fast-food), avec des conditions si affreuses que les taux de roulement approchent ceux du monde étudiant !

J’aimerais bien pousser un peu plus loin la réflexion amorcée dans une discussion dans un groupe Passerelles (En commun – soutien et développement) – de savoirs et d’actions – où je notais :

J’ai bien aimé la page sur l’Enquête conscientisante et ses références à l’éducation populaire. Le retour à l’enquête de Marx… oui mais John Dewey aussi aurait pu être inspirant. Mais le contexte syndical…

Entre la position syndicale de négociation sur un terrain délimité par le travail produit, l’activité rémunérée et la position du « public » (celle de Dewey) qui peut évaluer le produit, définir ses attentes, ses besoins… Et l’action militante, communautaire ou civique, souvent liée, ancrée dans un territoire, à une communauté, cette dernière action se situe à mi-chemin entre le public et le syndicat.


Quantophrénie : (Péjoratif) Tendance excessive à appliquer des méthodes mathématiques pour analyser les phénomènes sociaux et humains, souvent perçue comme une pathologie intellectuelle.

Je retiens ce mot d’une étude française Une analyse institutionnelle du lien inégalité-environnement : Quelles politiques sociales et industrielles pour une transition juste ? qui me semble (TL;DR) bien construite sur un sujet d’importance : comment les politiques sociales peuvent-elles être transformées sans échapper ni la justice sociale, ni l’économie, ni l’écologie.

Un mot qui s’applique très bien à cet autre article Heterogeneity and global climate action, qui analyse les différences de politiques entre les pays, avec des formules mathématiques de haut vol ! Pourtant j’avais bien apprécié le premier auteur de ce dernier article (Giorgos Galanis) dans son L’humanité a besoin d’un contrôle démocratique de l’IA.


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Le fichier Excel, mis à jour régulièrement : traductions-2026

P.S. J’oubliais l’IA !

Ce livre, suggéré par Bruno Dubuc, sur son blogue, et que j’ai dévoré en quelques jours.

L’IA et après ?, de Jean-Michel Truong. Une puissante synthèse de l’évolution des théories de l’IA, en parallèle d’une compréhension qui se développait du fonctionnement du cerveau, des neurones biologiques associées. Passage d’une théorie évolutionniste portée par les pionniers (Turing, von Neumann, Barricelli) à l’approche cognitiviste des systèmes experts puis à la voie connexionniste aujourd’hui dominante. Selon Truong nous assistons à la résurgence de la théorie évolutionniste qui pousserait infiniment plus loin les premiers essais de « biologie synthétique » de Barricelli.

Si j’ai bien suivi et accepté le récit et les trois voies de conception et développement de l’IA, je décroche un peu quand il fait la promotion de laisser les êtres synthétiques-vivants se reproduire librement, créer…

Contrairement aux approches cognitivistes et connexionnistes, l’approche évolutionniste met en œuvre une méthode d’apprentissage dynamique de conduites adaptées dans des situations totalement nouvelles.

Le risque de dérive d’organismes évolutifs s’éloignant des valeurs ou des intentions initiales de leurs concepteurs est sans doute l’obstacle principal à la généralisation du paradigme évolutionniste.

Truong, Jean-Michel. L’IA, et après ?: Imiter la raison, former un cerveau, laisser germer la vie (p. 218, et 224).

Malgré le risque de dérive, Truong rêve quand même…

L’évolution artificielle nous invite à imaginer une nouvelle forme de relation avec les machines, dans laquelle nous serions davantage Déméter que Zeus : plutôt que de contrôler chaque détail de leur développement, nous pourrions guider et encadrer l’évolution des systèmes, un peu comme nous le faisons avec les écosystèmes naturels ou les cultures biologiques.

Je ne sais pas pour les cultures biologiques mais pour les écosystèmes naturels, on ne guide pas très souvent dans le bon sens…

Les impératifs économiques et les stratégies géopolitiques déterminent trop souvent les limites et orientations de nos encadrement (et notre compréhension) des systèmes naturels. « Imaginer une autre forme de relation avec les machines » exigerait d’abord d’en avoir un plus grand contrôle et d’être moins soumis aux fins et rythmes imposés par les actuels propriétaires de ces machines, dans la forme de relation actuelle.

Je ne sais plus où donner de la plume!

J’ai quelques projets d’articles que je veux écrire mais je me demande où les placer, dans quel répertoire les ranger, avec quel outil les travailler ?

Au cours de la dernière année (ou un peu plus), j’ai essayé plusieurs logiciels : IA WriterUn environnement sans distraction pour écrire, simplement (qui, malgré son nom, n’est pas un logiciel d’intelligence artificielle), puis Draft, avec lequel j’écris la présente, puis je me suis remis à utiliser DEVONthink, que j’avais utilisé quelques temps au bureau (il y a plus de dix ans). Les limites de l’espace disque n’étant plus ce qu’elles étaient, je l’utilise pour stocker, classer les PDF et pages web cueillies au passage, mais aussi comme agrégateur RSS, une fonction que je ne lui connaissais pas. Je me retrouve parfois à transposer mes brouillons sur mon blogue ou encore comme documents Word stockés dans un des nombreux répertoires de mon OneDrive.

C’est probablement le prix à payer pour avoir un ensemble éclectique d’intérêts. Mon blogue ne s’appelle pas « en vrac » pour rien1Incidemment je commencerai ma vingt-cinquième année sur Gilles en vrac en février prochain… Mais je ne suis plus dans la même position qu’il y a 25 ans ! Je ne suis plus webmestre d’un regroupement d’organisateurs et organisatrices communautaires dont les champs de pratique sont divers… ni ne suis responsable d’un observatoire couvrant diverses dimensions de la réalité sociale-sanitaire-écologique-économique-culturelle. Aussi je pourrais me concentrer, me consacrer à un nombre plus restreint de sujets, non ?

J’ai l’impression qu’il est un peu tard pour changer de style.

Deux ou trois idées d’articles :

  • Quelles discussions pourrons-nous avoir dans les deux groupes Passerelles créés pour les membres des conseils d’administration de Communagir et de Projet collectif ? Comment lancer, mettre la table pour des échanges plus fructueux que les rencontres de (quasi-) »rubber-stamping » que sont devenues nos réunions formelles ?
  • Comment juger de la gabegie de traductions réalisée cette année (200 articles traduits !) ? Associée aux 49 billets produits cela fait beaucoup. Plusieurs articles ont été traduits en vue d’une lecture ultérieure qui n’est pas encore venue… mais pas tant que ça: 10-15% ?
  • Quand est-ce que je vais commencer ma « biographie » ? Je l’ai toujours reportée à plus tard, quand je serai vieux… mais là, c’est pas mal arrivé, la vieillesse ! J’ai déjà élaboré un presque plan : un titre ou une phrase pour chacune des années de 1970 (année de mes 18 ans) à 2012 (année de ma retraite). Évidemment, je devrais ajouter pour les années depuis 2012, mais pour les années antérieures à 1970, je ne sais trop. Me plonger dans la vie familiale, ce serait plus… délicat ? douloureux ? Si j’attends trop, ce projet tombera faute de combattant ! Mais il y a aussi un doute qui s’est immiscé récemment : comment être sincère, ne pas faire dans l’esbroufe et la vantardise du « on pouvait faire ça, dans mon temps », genre revenir de San Cristobal de las Casas (Chiapas, Mexique) sur le pouce avec 10$ en poche… J’ai l’impression que si j’étais sincère et transparent par rapport à mes défauts, mes erreurs, mes manquements, ce ne serait pas très drôle, ça pourrait même devenir gênant, surtout pour mes enfants et petits-enfants. Et si je glisse sur ces défauts, je donne une fausse image de moi-même, idéalisée, unilatérale, ce qui peut me nimber de gloriole en me rendant plus qu’humain ! Je devrai trouver la juste mesure de sincérité et de leçons à tirer… trouver un peu de sagesse dans ce retour sur un parcours qui fut… chanceux, parce que je ne me suis pas fait tout seul ! Malgré ce que mon attitude peut parfois laisser penser.
  • Comment poursuivre la réflexion amorcée suite au colloque Résister et Réinventer de fin novembre ? La question de la mésoéconomie et de l’intégration des économies locale et territoriale dans les démarches de développement de ces mêmes territoires qui sont souvent animées par des organisateurs et animatrices peu lié.e.s aux réalités économiques. J’ai terminé ma lecture du livre suggéré par Benoît sur la mésoéconomie, puis celui que j’ai trouvé sur la Nouvelle anthropologie économique… Devrais-je me plonger dans la « somme » de 600+ pages Théorie de la régulation, un nouvel état des savoirs ?
  • Et aussi, la fameuse question de la souveraineté numérique… qui vient me hanter par le biais de l’engouement actuel pour les nombreuses définitions de l’intelligence artificielle, mais aussi par celui des enjeux soulevés par l’expérience de Projet collectif et autres essais de constructions indépendantes à l’endroit des GAFAM. Les questions entourant l’IA se mêlent allègrement avec celles relatives à la conscience, en particulier depuis ma lecture, recommandée par Bruno Dubuc, auteur du site (et puis du livre) Le cerveau à tous les niveaux : L’IA et après ? Par Jean-Michel Truong.

Vous avez des commentaires, suggestions ? N’hésitez pas. Pour commenter, au bas de cet article, on vous demande votre courriel, mais il ne sera pas partagé (visible). Ou par courriel (gilles . beauchamp @ gmail . com) – enlevez les espaces 😉

Notes

  • 1
    Incidemment je commencerai ma vingt-cinquième année sur Gilles en vrac en février prochain ↩︎

2025 s’achève, enfin. Vivement 2026.

La folie de l’IA s’est poursuivie, s’est même accélérée au cours de l’année. Ce qui s’est surtout traduit par la multiplication des histoires fausses, des images et films générés machinalement et des textes insignifiants de plus en plus nombreux qui occupent les pages d’un Internet devenu le plus grand dépotoir de « slop« .

Une bulle qui a connu des sursauts ces derniers jours… mais qui est loin d’être dégonflée, comme le montrent ces courbes des cours de quelques actions du secteur.

J’ai appris à me méfier au cours de cette année des traductions faites par un moteur, par ailleurs très efficace. Surtout lorsqu’on parle de la Chine, c’est bizarre, dans les textes à traduire : voir la page 431Le lien hypertexte devrait y conduire directement du document Une alternative européenne pour la souveraineté numérique, que j’ai traduit avec DeepL.

sur Gilles en vrac

Près de cinquante billets (49), dont 13 « vendredi vrac » et quelques pot-pourries du lundi. Parmi les mots clés de l’année : souveraineté numérique (Amazon, « panier bleu » et souveraineté numérique, le pouvoir numérique, Le pouvoir numérique -2, un numérique souverain parce que public, démocratie algorithmique ?; en plus des nombreux articles traduits portant sur cette question); démocratie municipale (Un conseil municipal efficace et démocratique, des leçons à tirer de nos défaites, biorégion, habitation, finances…, et beaucoup des vendredi vrac portaient sur des initiatives municipales dans les domaines environnemental, social…); logement (Imaginons une autre façon d’habiter, métacrise et crise du logement…)

Plus d’une centaine d’articles (plus près de 200 !) parus en anglais (et un en allemand) tirés de revues, sites web et newsletters (dont Substack) que j’ai traduits en français.

Quelques livres ayant ponctué mon année

Breakneck, par Dan Wang. Un journaliste technologique qui a passé plusieurs années en Chine, dont une bonne partie pendant la pandémie. Une comparaison entre les styles américain (avocat) et chinois (ingénieur) de direction du développement. Comment Shenzhen est passé d’une ville de pêcheurs et d’éleveurs d’huitres à une capitale mondiale des technologies numériques en quarante ans… Une belle illustration de l’effet territorial, de grappe industrielle réunissant des entreprises en compétitions mais partageant un bassin de main-d’oeuvre et de connaissances. Un regard critique sur les faiblesses américaines et chinoises.

Underground Empire, par Henry Farrell et Dan New. J’ai découvert Farrell avec ce livre, dont le sous titre est How America Weaponized the World Economy. Aussi publié en français, L’ Empire souterrain: Comment les États-Unis ont fait des réseaux mondiaux une arme de guerre. Un article qu’il a publié dans la revue Foreign Affairs est une bonne introduction à son livre. J’en ai fait une traduction : L’économie mondiale comme arme. Je suis abonné, depuis, à sa lettre Substack dont j’ai aussi traduit plusieurs de ses articles, parmi lesquels : Le libéralisme transforme la pluralité d’une faiblesse en une force, Qu’est-ce que la société civile, et pourquoi devrions-nous nous en soucier ?

Our Crumbling Foundation, par Gregor Craigie. Un tour d’horizon mondial (y compris Vancouver et Montréal) des problèmes de logement et des solutions imaginées ou mises en oeuvre pour y remédier. J’en ai parlé dans mon billet du 14 février : métacrise et crise du logement…

Feeling at Home, Transforming the Politics of Housing, par Alva Gotby. Un regard critique et innovant sur l’habitation et l’habiter. « Alva Gotby remet en question le mythe de l’accession à la propriété en tant que succès et plaide en faveur d’une politique de transformation qui privilégie la stabilité, la prise en charge et la communauté plutôt que le profit, en faisant valoir qu’un système de logement juste pourrait révolutionner l’existence quotidienne. »

Mésoéconomie, par Thomas Lamarche et Jérémie Bastien. Une découverte récente qui pourrait guider nos efforts d’intégration des forces économiques dans les démarches de développement territorial. Voir la fin de mon billet du 1er décembre la transition qui s’amorce

Habermas, l’espace public numérique et mon engagement au conseil d’administration de Projet collectif

Projet collectif, issu d’une expérimentation (Passerelles) lancée par le TIESS il y a quelques années, est devenu une organisation autonome responsable d’une plateforme d’échanges numériques (Passerelles) rassemblant plus de 12500 participants dans des centaines de groupes thématiques ainsi que d’un dépôt de connaissances (Praxis) prenant la forme de carnets et de bases de connaissances.

J’ai été intéressé dès le départ par cette expérience qui permettait de construire quelque chose en dehors des plateformes américaines dominées par la publicité et l’appropriation privée des données générées par les échanges numériques. Cela ne m’a pas empêché d’être critique (de savoirs et d’actions) notamment par rapport à l’interopérabilité entre les savoirs logés et échangés sur les plateformes de Projet collectif et ceux qui existent en dehors, dans les milliers de sites web développés par les mêmes organisations participant au projet (et par les institutions et organisations publiques ou d’intérêt public).

Aussi j’ai posé ma candidature et j’ai été élu au conseil de Projet collectif en mai dernier. À partir du concept d’espace public de Habermas (public sphere, en anglais et en allemand) j’ai voulu nourrir ma réflexion sur les enjeux théoriques et politiques soulevés par un tel projet. Ce qui m’a amené à lire et traduire une vingtaine d’articles parus dans deux revues qui publiaient des numéros spéciaux consacrés à cette question de la transformation de l’espace public : Philosophy & Social Criticism (Transformation structurelle de la sphère publique) et Theory, Culture & Society (Une nouvelle transformation de la sphère publique ). J’ai rassemblé mes commentaires et liens vers mes traduction dans une Note de lecture du 7 août, et dans une page publiée le lendemain : Chronique habermassienne.

Cette plongée dans des considérations philosophiques me sera-t-elle utile au conseil d’administration de Projet collectif ? Pas sûr. Mais ces discussions à propos du rôle des médias, de la délibération démocratique et la transformation imposée à nos institutions et notre culture par les géants du numérique (et le pouvoir politique américain) définissent le cadre stratégique dans lequel notre petit Projet collectif doit s’inscrire.

J’ai cru, au début de l’année, que les astres s’alignaient pour une riposte par les états dont la souveraineté numérique était malmenée par les GAFAM. La virulence de l’attaque du vice-président JD Vance contre les européens en février dernier y a certainement contribué. Le lancement de l’initiative Gander le nouveau réseau social canadien, certaines déclarations ou campagnes (de la commission de l’éthique en science, comment le Canada peut affirmer sa souveraineté numérique, la souveraineté numérique, entre rêve et nécessité, Eurostack – Une alternative européenne pour la souveraineté numérique, Reprenons le contrôle de nos données…) ont donné l’impression que les choses allaient changer. Mais ce sera compliqué de s’extirper des mailles de plateformes qui définissent notre quotidien numérique depuis des décennies !

Comme je le rappelais en septembre dernier, dans un numérique souverain parce que public, il faudra que le secteur public récupère des compétences qu’il a depuis trop longtemps externalisées, tout en respectant, soutenant le développement des compétences de la société civile. Notre petit Projet collectif peut paraître bien minuscule dans ce contexte mais, avec l’appui de philanthropies aptes à créer des liens avec les ministères, universités et entreprises, nous pouvons jouer un rôle. Vivement 2026 !

Notes

  • 1
    Le lien hypertexte devrait y conduire directement ↩︎

Changer de paradigme, c’est possible

Quelques jours avant Noël je suis tombé sur ou plutôt on m’a élevé vers ce petit texte, en fait un « moyen » texte d’une vingtaine de pages, qui raconte une histoire que je connaissais déjà mais d’une nouvelle façon.

Il raconte la montée de l’idéologie néolibérale jusqu’à sa domination des quarante dernières années. Comment, d’un petit groupe de marginaux jugés excentriques, ces idées ont influencé politiques, pays et économies à grande échelle.

Ce n’est ni par magie ni même par la seule force de leurs arguments (dans le contexte d’alors) que leur point de vue est devenu dominant. Des stratégies et principes, du travail à long terme financé intelligemment ont permis au néolibéralisme de devenir le paradigme dominant.

Quels principes et quelles stratégies nous permettront de faire basculer le paradigme actuellement dominant?

Le texte de Kramer, écrit en 2017, aborde ces questions et me donne un peu d’espoir. Ou peut-être est-ce simplement qu’il atténue mon désespoir? Toujours est-il que c’est bon à prendre. Comme un cadeau en cette veille de Noël! Aussi je l’ai traduit pour vous en faire, à mon tour, cadeau. 

P.S. Je me suis demandé ce qu’il était advenu de cette démarche depuis 2017… Le site de la fondation Hewlett parle, en 2022, d’un effort concerté de plusieurs fondations philanthropiques à l’endroit d’institutions universitaires de premier ordre (Reimagining Capitalism: Major Philanthropies Launch Effort at Leading Academic Institutions).

la transition qui s’amorce

La conférence internationale Résister et réinventerLe développement des communautés comme pilier de la transition socioécologique, organisée par le Collectif des partenaires en développement des communautés, s’est conclue… dans le plaisir du devoir accompli, après plusieurs années de travaux et recherches ayant conduit à la publication de Développement des communautés territoriales et transition socioécologique et au colloque des 27-28 novembre.

Je n’étais pas sur place, au Centre Saint-Pierre à Montréal, mais j’ai quand même assisté virtuellement à tout l’évènement, avec des moments de participation en petits groupes fort appréciés. Je pense en particulier au premier atelier où nous avons pu échanger avec le conférencier Philippe Carbasse, de l’Union Nationale des Acteurs de Développement Local (UNADEL). J’y reviendrai.

Plénière d’ouverture

Une conférence de Nicolas Duvoux, président du  Conseil National des Politiques de Lutte contre la Pauvreté et l’Exclusion Sociale (CNLE), en France. Il est l’auteur du rapport Faire de la transition écologique un levier de l’inclusion sociale, (version synthétique). « Les politiques environnementales risquent d’aggraver la pauvreté si elles ne sont pas fondamentalement conçues sous l’angle de la justice. »

La dimension sociale de la transition doit être pleinement intégrée à la gouvernance de la planification, notamment par une meilleure prise en compte des territoires et des collectivités, à qui échoit la mise en œuvre des politiques sociales, ainsi que de la participation des personnes en situation d’exclusion sociale, de pauvreté et de précarité à la conception des politiques de transition.

Faire de la transition écologique un levier de l’inclusion sociale

Nous avons eu un aperçu des travaux du CNLE, dont ce rapport de 300 pages témoigne. Les impacts de la transition souhaitée sont différents selon que votre budget alimentation représente 12 % ou 20 % de votre budget…


Le panel suivant, avec Elisabetta Bucolo, du Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (Lise) rattaché au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), suivi de Sophie Van Neste, de L’INRS-Urbanisation Culture Société, Chercheuse principale du Labo Équité Climat. Le Lise-Cnam, n’était-ce pas le lieu de rattachement de Jean-Louis Laville ? Autrement dit, ce laboratoire a une longue tradition d’étude de l’économie sociale et solidaire. Je ne pourrais pas vous résumer ces deux conférences, n’ayant pas pris de notes. Mais nous pourrons sans doute retrouver les présentations du 27 novembre sur une page dédiée (à venir) du site du Collectif des partenaires en développement des communautés.

Panel : Démocratiser la transition socioécologique pour un engagement collectif partagé ou comment concevoir ensemble la question socioécologique.

Mme Bucolo était invitée du CRISES en 2024, du 6 mai au 7 juillet. Elle a co-dirigé une publication comparative : Soutenir l’autonomie à domicile : entre innovation et régression. Regards croisés France-Québec dans le champ du vieillissement ( à paraître aux Presses de l’Université Laval). Elle a aussi publié en 2020 Antimafia, une histoire de solidarité – Les associations et les coopératives contre la criminalité aux éditions Le Bord de l’eau.

Mme Van Neste a été titulaire de la Chaire de recherche du Canada en action climatique urbaine. Elle a publié Transitions socioécologiques et milieux de vie Entre expérimentation, politisation et institutionnalisation, disponible gratuitement en format pdf ou epub.

Face à la crise climatique, la transition socioécologique se déploie sous la forme d’initiatives citoyennes qui cherchent à transformer les milieux de vie et qui s’organisent autour de pratiques dans différents domaines d’action, notamment en matière de zéro-déchets, de verdissement, de modes d’habiter ou de production d’énergie. La politisation de ces actions est variée et non linéaire : certains prônent une transformation profonde du monde, d’autres revendiquent une place pour des expérimentations citoyennes qui évitent le conflit.

Transitions socioécologiques et milieux de vie

Panel : La transition socioécologique et la philanthropie dans le développement des communautés territoriales au Québec : résultats d’une recherche partenariale


André-Anne Parent et Ariane Hamel nous ont présenté une synthèse de la recherche sur le rôle, l’évolution et la perception de l’action des sociétés philanthropiques dans le soutien au développement des communautés.

Je ne tenterai pas de résumer la recherche sur les relations entre les communautés territoriales et les fondations philanthropiques, le chapitre 3 du livre lancé à l’occasion du colloque y est consacré. Pour ceux et celles qui n’étaient pas présents au Centre St-Pierre (une copie du livre était remise aux participants sur place), vous devrez faire comme je l’ai fait : l’acheter. Incidemment, je me demande pourquoi les résultats de ces deux recherches qui ont été subventionnées par le CRSH1Deux projets : Transition socioécologique et lutte aux changements climatiques dans les démarches de développement territorial (CRSH #890-2019-0058) et Nouvelles formes de philanthropie en soutien aux démarches de développement territorial (CRSH #435-2020-0927) et soutenues par des fondations philanthropiques, pourquoi les résultats ne sont pas diffusés plus librement, comme l’ont été les résultats de la recherche Transitions socioécologiques et milieux de vie, par Sophie L. Van Neste et al, publiés aux Presses de l’Université de Montréal ?

Par ailleurs, beaucoup des travaux réalisés au cours de ces deux recherches ont déjà été diffusés : les huit (8) monographies réalisées sur des démarches de développement territorial; un Outil de réflexion pour un développement des communautés territoriales inscrit dans la transition socioécologique; en plus de dizaines de communications et publications : voir la liste des publications (en date du mois de mai). Pour un bon résumé de la démarche et des résultats, l’article (en libre accès) de René Lachapelle et al. dans la Revue canadienne de recherche sur les OSBL et l’économie sociale : Transition socioécologique et économie sociale et solidaire en développement des communautés territoriales.

J’ai trouvé particulièrement intéressant ce compte-rendu d’une « journée inter-sites » tenue en décembre 2024, qui résume les enjeux et pointe (liens hypertextes) vers les présentations : Transition socioécologique et philanthropie dans le développement des communauté territoriales au Québec : enjeux actuels. Compte rendu de la rencontre intersites des recherches partenariales sur la Transition socioécologique et la philanthropie dans le développement des communautés territoriales, par Geneviève Le Dorze-Cloutier. Parmi les présentations du jour : Andrée-Anne Parent sur la Théorie de l’acteur-réseau et celle de Ariane Hamel sur une Analyse transversale de la philanthropie.

Deux ateliers

Du premier atelier (en ligne) auquel j’ai participé (Comment se modulent les métiers et pratiques du développement des territoires à l’heure de la transition socioécologique? avec Philippe Carbasse, de l’UNADEL) je retiens ses références aux outils et processus développés par la Fabrique des transitions. Parmi les guides et manuels qui me semblent d’intérêt pour notre objet : Les 5 dimensions de la mise en récits (M.E.R.) (La Mise en récits comme véritable outil stratégique de conduite du changement, 76 pages); Les 4 Fondamentaux de la conduite de changement systémique (4 principes directeurs fondamentaux repérés dans les territoires pionniers pour engager, coopérer, piloter et révéler la valeur des transitions, 66 pages); Les 4 Fantastiques des territoires en transition (une synthèse des principaux enjeux propres aux élus, aux agents des collectivités, aux acteurs socio-économiques et aux agents de l’État territorial à l’heure des transitions, 58 pages)

La démarche de la Fabrique avec ses alliés de 2020 à 2023

Mon deuxième atelier (en ligne) avait pour titre Comment travaille-t-on avec des « pas pareils »? De l’industrie aux groupes communautaires. Région de biosphère Manicouagan-Uapishka. Probablement à cause de la situation géographique et du nom Uapishka, j’étais sous l’impression que les « pas pareils » référeraient aux nations autochtones ! Mais non, il s’agissait de la grande entreprise (ALCOA), qui est un grand employeur de la région et qui soutient une démarche collective régionale animée par RMBMU, qui a pris la forme de trois entités (MU Conseils, une boite de services-conseils en stratégies participatives, la Station Uapishka, une station de recherche et d’écotourisme et Biosphère, le volet de développement de projets environnementaux, scientifiques et éducatifs) et la Fondation Uapishka, pour financer les projets soumis au volet Biosphère.

Davis Béland, chargé de projet et conseiller au RMBMU, nous a décrit les processus d’engagement des partenaires (entreprise, municipalité, société civile, citoyens…) et la structuration des instances mises en place pour coordonner et diriger les initiatives.

Ma question résiduelle : comment situer l’économie dans les DDT2Démarches de développement territorial ?

Considération préalable

Je ne voudrais pas que ma question soit interprétée comme un rejet ou une sous-estimation de la valeur des démarches décrites par les recherches de Bourque et al. Huit démarches territoriales ont été retenues parmi les 17 qui semblaient d’intérêt au regard des critères de sélection, 17 démarches qui elles-mêmes avaient été identifiées parmi quelques 200 « démarches territoriales ». Les nombreux acquis et expériences relatés dans les monographies et documents issus des recherches sur les DDT et la TSE de même que ceux et celles qui ont été exposées lors des ateliers au colloque (je n’ai pu participer aux ateliers sur place) doivent continuer d’être étudiés et soutenus.

Je comprends qu’on ait interprété la transition socio-écologique en insistant sur la dimension sociale de la transition, les porteurs des projets (démarches retenues et recherches menées) étant pour l’essentiel des travailleuses sociales, organisateurs communautaires et animateurs-accompagnatrices de collectivités et des professeur.e.s et doctorantes en travail social.

extrait du site web du CPDC présentant la recherche

Justice sociale VS transition écologique

J’ai été surpris de voir (dans les textes consultés) l’opposition entre ces tendances (justice sociale VS transition écologique) présentes au sein des démarches étudiées présentées comme des controverses importantes. Je m’attendais à ce que ce soit plutôt l’opposition entre le développement économique et une transition juste… mais l’absence des acteurs économiques explique sans doute ce déplacement de la controverse.

Ça me fait penser aux luttes entre les ML et les trotskistes ! On s’obstine sur les trémas et points de suspension pendant que le Capital s’en met plein les poches. Bon, je charrie un peu mais vous voyez ce que je veux dire.

De plus, il est très difficile de mobiliser des représentants du secteur économique dans les processus de planification et de développement, quels qu’ils soient : les petites et moyennes entreprises ont d’autres chats à fouetter que d’aller palabrer dans des réunions qui n’en finissent plus. D’autant plus si celles-ci sont animées par des gauchistes et des écologistes, qui se pincent le nez aussitôt qu’on parle d’économie.

Une autre façon de parler d’économie : la mésoéconomie

Je ne voulais pas choquer les travailleurs sociaux et les militants écologistes… ou peut-être un peu. Mais on les aime bien quand même : il faudrait les inventer s’ils-elles n’étaient pas là pour nous rappeler ce qu’on oublie trop facilement, quand on roule, la « broue dans l’toupet », sur les routes de nos emplois et carrières : ces populations exclues, ces équilibres bio-écologiques fragilisés…

Mais si l’on veut vraiment « sortir de nos silos » et mobiliser « tous les secteurs » dans nos démarches visant la Transition… il faudra se résoudre à élargir le champ de l’économie au-delà de l’économie sociale et coopérative. Il faudra pour ce faire déployer beaucoup de créativité afin de retenir l’attention de personnes très occupées et peu enclines à la palabre… mais qui ont des moyens et des intérêts qui ne sont peut-être pas si éloignés des nôtres : l’avenir de leurs enfants, de la planète ne les laissent pas indifférents. Heureusement les accompagnateurs des démarches collectives en ont, de la créativité !

Si nous devons imaginer un autre futur pour nos sociétés, il faudra que nos frères, nos soeurs, nos cousins, cousines, nos voisins, voisines s’y retrouvent, s’y sentent aussi chez eux. Nous devrons comprendre, saisir et exprimer la valeur des contributions qu’ils-elles ont, actuellement et auront potentiellement dans une société en transition. Les régions, localités ou collectivités d’appartenance des entreprises qui oeuvrent dans nos milieux se situent parfois à des échelles différentes de celles qui fondent les démarches territoriales. C’est ce qu’un commentaire de Béatrice Alain, DG du Chantier de l’économie sociale laissait entendre : certaines entreprises doivent se brancher sur un bassin plus large pour assurer la rentabilité d’un produit (des habitations).

Pour intégrer correctement la dimension économique dans les DDT, il faut un langage commun, une manière d’appréhender les enjeux, les frontières, les identités et réseaux mobilisés par les entreprises. La mésoéconomie propose des outils théoriques et méthodologiques pour une telle appréhension. Les auteurs Thomas Lamarche et Jérémie Bastien l’identifient comme l’économie politique des milieux, ou encore une économie des territoires.3Présentation par l’éditeur : Les économistes d’aujourd’hui sont souvent limités dans leurs travaux par les approches microéconomiques et macroéconomiques qui peinent à rendre compte de certaines réalités trop plurielles, par exemple dans les secteurs du numérique ou de la santé.
La mésoéconomie fait le lien entre les niveaux macro et micro, et donne les outils pour faire face aux problématiques actuelles touchant à l’économie politique, industrielle et territoriale.

la méso-analyse naissante va articuler études empiriques (analyse statistique, enquêtes, etc.) et construction théorique (concept de sous-système par exemple, cf. infra) dans le but de produire un mode d’explication endogène de variations considérées alors comme exogènes par la majorité des théories économiques.

Lamarche, Thomas; Bastien, Jérémie. Mésoéconomie : Penser une économie politique, industrielle et territoriale (Éco Sup) (p. 27).

Se distinguant des modèles standards de l’économie (micro et macro) la mésoéconomie veut « rend[re] compte ici des dynamiques territoriales qui structurent la mésoéconomie, en insistant sur la variété des liens aux milieux. » Les territoires ne sont pas abordés comme uniquement des ressources et sous l’angle des « avantages comparatifs » mais plutôt celui des « avantages différenciatifs » (Bernard Pecqueur). La mésoéconomie s’inscrit, ajoute aux travaux sur l’économie territoriale et l’économie de proximités.

Il s’agit notamment de faire discuter économie industrielle (institutionnaliste) et économie régionale. Le positionnement est résolument critique par rapport à certaines évolutions de l’économie industrielle, refusant une vision allocative des ressources pour privilégier une démarche centrée sur la production en s’intéressant plus à la création de ressources qu’à une approche par la dotation. (p. 51)

la mésoéconomie s’attache à la pluralité des modes d’organisation économique, même s’ils sont dominés, peu visibles. Il y a une implicite dimension polanyienne de cette réflexion : l’encastrement dans la sphère culturelle, sociale, communautaire reste essentiel pour une grande partie de l’activité économique, mêlant redistribution et réciprocité, mais ce ne sont pas ces activités qui font l’objet d’une politique publique en faveur de la croissance, de l’emploi ou de la compétitivité des nations. (p. 58)

À l’instar des enjeux environnementaux qui sont invisibles durant la période fordiste du fait notamment de la quasi-gratuité de la nature considérée et exploitée comme une ressource (Rousseau, 2003), le territoire a pu être invisibilisé, écrasé par la construction d’une vision macroéconomique nationale, et d’une politique économique qui s’est façonnée sur le cadre national – et qui a pris la forme du keynésianisme favorisant la croissance pendant un long après-guerre. (p. 58)

Idem

Je n’irai pas plus loin, ici, à propos de cette mésoéconomie. Je compte y revenir prochainement plus en détails car cette approche, qui est à la fois une théorie et une méthodologie, me semble une avenue prometteuse pour mieux saisir et inclure les processus et dynamiques économiques dans les démarches de développement territorial.


Je le redis : je ne veux pas diminuer d’aucune manière la richesse et la réussite de la démarche ambitieuse réalisée par l’équipe nombreuse réunie autour de Denis Bourque. Je crois simplement qu’il nous faudra aller plus loin dans l’ouverture des silos et la compréhension de la dimension économique de nos territoires pour faire qu’advienne une véritable transition qui soit à la fois sociale, écologique et économique.

Notes

  • 1
    Deux projets : Transition socioécologique et lutte aux changements climatiques dans les démarches de développement territorial (CRSH #890-2019-0058) et Nouvelles formes de philanthropie en soutien aux démarches de développement territorial (CRSH #435-2020-0927) ↩︎
  • 2
    Démarches de développement territorial ↩︎
  • 3
    Présentation par l’éditeur : Les économistes d’aujourd’hui sont souvent limités dans leurs travaux par les approches microéconomiques et macroéconomiques qui peinent à rendre compte de certaines réalités trop plurielles, par exemple dans les secteurs du numérique ou de la santé.
    La mésoéconomie fait le lien entre les niveaux macro et micro, et donne les outils pour faire face aux problématiques actuelles touchant à l’économie politique, industrielle et territoriale. ↩︎

vendredi vrac (13)

Médecins utilisant l’IA = millions de minutes d’économie

Le Journal de Montréal: «Ç’a révolutionné ma pratique!»: l’intelligence artificielle s’impose dans les bureaux de médecins québécois
« Après avoir obtenu le consentement du patient, l’urgentologue utilise le logiciel sur son cellulaire pour enregistrer la consultation. Une retranscription est ensuite complétée en quelques secondes avec l’aide de l’intelligence artificielle (IA). »

Faudrait qu'avec le consentement du patient, ce dernier ait aussi un droit de révision... le médecin, conseillé par l'IA, n'aura peut-être pas remarqué1lui qui n'habite pas dans le même quartier, ou n'est peut-être pas de même origine culturelle ou ethnique l'interprétation erronée d'une expression vernaculaire utilisée par le patient. 

1987 – Le CLSC s’informatise, enfin…

Les enjeux et l’engouement actuels autour de l’IA m’ont rappelé les circonstances entourant la décision d’informatiser le CLSC où je travaillais, depuis 1976. On était en 1987 et j’avais moi-même un ordinateur depuis fin 1983, avec lequel je m’étais familiarisé avec le traitement de texte, la gestion de listes et bases de données. Les organisations avec lesquelles nous, organisateurs communautaires, travaillions possédaient presque toutes un ou des ordinateurs. Les services de courriel et messagerie numérique privés (CompuServe2le premier des grands fournisseurs de services en ligne aux États-Unis. Il domine le marché pendant les années 1980-Wikipedia) ou publics (universités, Minitel) devenaient courants.

Le CLSC a fait appel à un consultant de la firme Mallette-Major pour assister le comité de gestion dans sa décision. On s’est retrouvé avec des imprimantes à marguerite connectées à un écran jaune… des systèmes conçus pour des bureaux d’avocats ou de notaires, ou peut-être des cliniques médicales, mais pas pour des services sociaux et communautaires devant produire des documents attrayants pour l’éducation et l’information de la clientèle, ou des portraits statistiques et cartographiques de la situation. J’avais l’impression que le consultant n’avait aucune idée de ce qu’était un CLSC. En fait on s’équipait en fonction de ce qu’on avait été3Ce que le consultant imaginait qu’on avait été plutôt que de ce qu’on pouvait devenir.

Ce qu’il y a de semblable entre la période actuelle et celle des années ’90, en plus de l’effervescence entourant les capacités « mirifiques » d’un nouvel outil techno, c’est que nos décideurs n’y connaissent rien et doivent s’appuyer sur les conseils de consultants plus près des intérêts des producteurs de machinerie que des services publics. Des décideurs aux prises avec des contraintes économiques grandissantes (déficits, manque de main-d’oeuvre) qui orientent l’utilisation des technologies vers l’automatisation de ce qu’on faisait hier plutôt que l’invention de ce qu’on devrait faire aujourd’hui pour demain. Pour imaginer cela (ce qu’on devra faire demain), il faut travailler avec ceux-celles qui sont en contact avec la population, le terrain qui, eux ne changeront pas parce qu’on aura utilisé l’IA plutôt que des entrevues pour établir le plan de soin…


Réinventer, réclamer, résister, refuser : quatre stratégies devant l’IA

J’ai tiré le graphique suivant (que j’ai ensuite traduit) du texte Resisting, Refusing, Reclaiming, Reimagining: Charting Challenges to Narratives of AI Inevitability, une suggestion de Laura Burney Nissen qui publie quelques fois l’an des Notes en provenance du futur, un futur examiné, imaginé à partir de la lunette du travail social (intervention, gestion, conditions de pratique et problématiques nouvelles ou anciennes confrontées au changement…). Voir son dernier Notes from the Future (November 2025 Edition) que j’ai traduit (Notes en provenance du futur du travail social) pour plus de facilité d’examen. Attention : les libellés des nombreux liens dans le texte ont été traduits, mais pas les textes auxquels ils réfèrent, qui sont tous en anglais.

Le phénomène de l’IA se présente sous plusieurs couverts et incitations. Il impose déjà des changements et ajustements dans plusieurs milieux (dont celui de l’enseignement, auquel réfèrent plusieurs des documents cités par Laura B. Nissen). Certains en font déjà leur pain et leur beurre dans la foulée des expérimentations et développements (réels ou potentiels) qui se multiplient. Mais il faut résister au discours emphatique clamant l’inévitable ubiquité de l’IA.

Quelques perles parmi les dizaines qui sont enfilées dans ce Notes en provenance du futur de novembre, organisées sous les thèmes Signaux et tendances générales, L’avenir des questions sociales, L’avenir du changement social, L’avenir de la protection sociale, L’avenir des professions, Informations, outils et/ou informations prospectifs :


Autres critiques et avertissements concernant l’IA : [articles traduits] L’IA se propage comme une traînée de poudre. Cela va être très douloureux, mais incroyablement salutaire, par Dion Lim. La bulle de l’IA est plus importante que vous ne le pensez, par David Dayen. L’ère sociologique de l’IA, par Jenny L. Davis et Mona Sloane. L’humanité a besoin d’un contrôle démocratique de l’IA, par Giorgos Galanis.

Dion Lim n’est pas le premier à prévoir un feux de broussaille dans les forêts de data-centers, ce qui devrait , à terme, offrir ces ressources à bon marché… une fois la valeur spéculative dégonflée. Ce qui serait une aubaine pour les ministères, gouvernements, villes et universités qui souhaiteraient devenir plus souverains et en contrôle de leurs données. Il ne s’agit pas seulement de l’IA, mais bien de tout l’environnement numérique, constitué d’un « stack », d’un empilement de hardwares et de softwares qui, pour l’instant, sont entre les mains des Big Tech. Comme le souligne François William Croteau dans Le Devoir d’aujourd’hui, en citant plusieurs pays (Italie, Danemark, France…) ayant posé des gestes clairs. « La souveraineté numérique n’est plus un caprice technologique, c’est une question de sécurité, de résilience et de démocratie. L’Europe l’a compris. Il serait temps que le Québec engage la même réflexion.« 

Dans son billet du 26 novembre, intitulé O(N^2) nationalism, Cory Doctorow dit la difficulté, l’immense tâche que représente cette souveraineté :

Une véritable souveraineté numérique nécessite plus que la construction de centres de données Eurostack et des logiciels qui les font fonctionner. Elle nécessite plus que l’abrogation des lois sur la propriété intellectuelle qui empêchent les clients du cloud de migrer leurs données vers ces serveurs Eurostack. Elle nécessite le remplacement des logiciels cloud et du code intégré qui alimentent notre infrastructure et nos outils administratifs.

Il s’agit d’une tâche gigantesque. Supprimer tout le code propriétaire qui alimente nos logiciels et appareils cloud et le remplacer par des logiciels libres/open source robustes, vérifiables et modifiables par l’utilisateur est un projet colossal. (…)

Car si le code Eurostack est ouvert et libre, il peut également être le code canadien, mexicain, ghanéen et vietnamien. Il peut être un bien commun, un ensemble de technologies de base que tout le monde étudie pour en détecter les vulnérabilités et les améliorer, auquel tout le monde ajoute des fonctionnalités, que tout le monde localise et administre et dont tout le monde supporte les coûts.

Extrait de ma traduction de l’article O(N^2) nationalism

Parmi les critiques francophones du numérique, Olivier Ertzscheid (et son Affordance) vient en haut de ma liste. Récemment il s’entretenait (video sur Youtube) à propos de son dernier article sur le web pourrissant et l’IA florissante. Aussi, en haut de ma liste : Dans les algorithmes, de Hubert Guillaud.

Voir aussi Une vision pour le data space de la démocratie.


Prochaines traductions de PDF

Mon abonnement au service de traduction en ligne DeepL me permet de traduire autant de texte que je veux mais un nombre limité de fichiers (PDF, Word…). Voir la page TRADUCTIONS. Mais je n’ai droit de traduire que cinq (5) fichiers par mois. Aussi, après avoir traduit 4 documents, je me demande lequel des titres suivants je devrait traduire :

SVP : répondre sur ce formulaire


Varia – action collective


P.S. Je serai au colloque du Collectif des partenaires en développement des communautés: Résister et réinventer – Le développement des communautés comme pilier de la transition socioécologique, les deux prochains jours. Aussi je me permets de publier ce treizième Vendredi vrac un… mercredi !

Notes

végétal-isme

Cet article de Elise Desaulniers, Aimer les animaux et les gens qui les mangent, m’append que se tient présentement le Festival végane de Montréal. Son long billet est riche d’exemples des frictions et tensions culturelles et sociales qui accompagnent les changements alimentaires. Et Lloyd Alter qui rediffusait récemment son billet de janvier : Fight Trump Tariffs with a Patriotic Canadian Diet dans lequel il se remémore une expérience de régime canadien XIXe siècle… Des constats surprenants : la facture énergétique (et en carbone) des tomates de serre cultivées ici (au Canada) en hiver est plus élevée que celle de tomates importées par camion depuis le Mexique !

Bon, celles cultivées au Québec avec de l’hydroélectricité, sont sans doute moins carbo-intensives. Et si les serres sont chauffées avec de la chaleur récupérée des toits (comme Lufa le fait), alors ce sont des tomates vertueuses ! Mais je ne suis pas sûr qu’il faille toujours accepter l’argument de l’électricité « propre » du Québec : remplacer le gaz ou l’essence par l’électricité sans changer les modes (de transport, de nourriture, d’habitation) nous empêche d’investir l’électricité que nous avons dans les bonnes filières…

L’article de Lloyd me rappelle les données (de Our World in Data) connues mais oubliées trop facilement, qu’il vaut de répéter : l’alimentation carnée produit des émissions de GES ET mobilise de l’espace qui autrement pourrait servir à la séquestration de carbone en laissant les forêts reprendre leur place.

Devenir végétalien permettrait de réduire considérablement les émissions de carbone, mais même une simple réduction de la consommation de viande et de produits laitiers, sans les éliminer complètement, peut également avoir un impact considérable. En fait, un régime alimentaire qui remplace le bœuf par du poulet et supprime les produits laitiers permettrait d’obtenir des résultats presque équivalents à ceux d’un régime entièrement végétalien.

What are the carbon opportunity costs of our food?

Ce que ce graphe ajoute aux effets immédiats de la diète végé sur la réduction des émissions de GES, c’est l’utilisation des sols ainsi libérés (pâturage et agriculture pour nourrir les animaux) comme vecteurs de séquestration de carbone.

Même si les changements de régime alimentaire peuvent avoir un impact appréciable sur nos objectifs climatiques, ils ne peuvent nous exempter de sortir des énergies fossiles : Dietary changes could double our carbon budget for 1.5°C – but it’s no substitute for getting off fossil fuels.


Nous pourrions réduire des trois-quarts la surface mobilisée par l’agriculture humaine, en passant à l’alimentation non-carnée.

If the world adopted a plant-based diet, we would reduce global agricultural land use from 4 to 1 billion hectares

Voir aussi sur ce carnet : empreinte et désirs (2021)

démocratie algorithmique ?

« Pour Jacobin, l’économiste britannique Giorgos Galanis convoque le récent livre de l’économiste Maximilian KasyThe Means of Prediction: How AI Really Works (and Who Benefits) (Les moyens de prédictions : comment l’IA fonctionne vraiment (et qui en bénéficie), University of Chicago Press, 2025, non traduit), pour rappeler l’importance du contrôle démocratique de la technologie. Lorsqu’un algorithme prédictif a refusé des milliers de prêts hypothécaires à des demandeurs noirs en 2019, il ne s’agissait pas d’un dysfonctionnement, mais d’un choix délibéré, reflétant les priorités des géants de la tech, guidés par le profit. »

Du contrôle des moyens de prédiction, Hubert Guillaud

Voir ma traduction de l’article de Galanis, L’humanité a besoin d’un contrôle démocratique de l’IA.

Des fiducies (trusts) de gestion démocratique des données, « des institutions collectives qui gèrent les données au nom des communautés à des fins publiques telles que la recherche en matière de santé ». C’est ce que propose Galanis, comme moyen de reprendre du pouvoir sur nos données, et affaiblir celui qu’exercent les Big Techs sur nos vies… et sur la survie de tous.

Il appartient à ceux qui se sont enrichis de la course à la domination technologique (et financière) de réparer les pots cassés (Move Fast and Break Things, l’ancien motto de FaceBook et de la Silicon Valley en général).

Pourquoi serait-ce si important de contrôler nos centres de données alors que l’eau monte, les forêts brûlent, les métiers se perdent, les communautés se dissolvent ?

En quoi une gestion démocratique et dans l’intérêt collectif des données sera-t-elle bénéfique ? Quelles données ? Recueillies à quelles fins ? Avec quelle participation, quelle qualité en termes de validité, de disponibilité fine, réticulaire ?

Tellement habitués à laisser ces préoccupations à d’autres, comme rétribution pour l’accès à des outils, logiciels, plateformes à peu ou pas de frais… qu’il est difficile d’entrevoir d’autres usages pour ces données.

Peut-être faut-il imaginer un autre usage pour ces données, en relation avec un autre usage des biens et services, ceux de demain, en fonction des besoins d’aujourd’hui et de demain. Par exemple, les données liées à la gestion d’une flotte de véhicules disponibles en remplacement des autos de propriété individuelle. Une appropriation collective, avec compensation honorable aux anciens propriétaires, dans une démarche transitionnelle visant à réduire la quantité d’automobiles dans nos cités pour investir dans des modes plus économiques (bus, trams, trains) ou plus légers (vélos assistés, trottinettes électriques) de transport.

Un système qui intégrerait Taxis, Uber, Communauto, Bixi… pour une ville avec trois (5, 8 ?) fois moins d’autos, plus de parcs, plus de vélos, de meilleurs transports interurbains, et entre les banlieues et la ville centre et entre elles. Des trams à usage mixtes : des conteneurs et des personnes… selon les heures, les parcours = moins de camions sur les routes = moins de routes à réparer.

Et si on intégrait les commerces locaux, autour d’un système de transport et de locaux d’entreposage partagés ? Chaque marchand local avait un service de livraison quand j’étais enfant. Et puis les ménages ont eu des autos, et les centres d’achat sont arrivés. Bien avant Amazon, cela avait été dur pour les commerces. Et Amazon avait tellement d’argent qu’il pouvait subventionner une flotte de livreurs, pas payés chers il est vrai, pour faire qu’il soit plus facile (et moins coûteux) de commander en ligne et faire livrer que d’aller à la quincaillerie. Plus facile pour celles et ceux qui n’ont pas d’auto, en tout cas. Et si les commerces locaux pouvaient compter sur un système de livraison partagé ?

Données de circulation, de consommation, de production, d’impacts, de viabilité, de santé, de productions culturelles, de mémoires, de fictions… données de consultation, de recherche, de conscience et d’alertes… données publicitaires, publications et appels… ce sont des matériaux qui, actuellement, sont accumulés, analysés, triturés par les serveurs et data centres des GAFAM, auxquels nous avons très peu accès et sur lesquels nous avons encore moins de pouvoir.


Sur la question d’un numérique plus démocratique : L’archipel des GAFAM – Manifeste pour un numérique responsable, par Vincent Courboulay; Comment bifurquer – Les principes de la planification écologique, par Cédric Durand et Razmig Keucheyan; Le capital algorithmique, par Durand Folco et Martineau.

Et sur ce blogue (parmi d’autres) : Un numérique souverain parce que public (2025.09); Le pouvoir numérique (2025.02); Le pouvoir numérique (2) (2025.02); Infrastructure numérique démocratique (2025.07); Communication numérique (2023.12); Information et démocratie (2023.12); Écosocialisme numérique (2022). Sur la planification démocratique (qui suppose une dose de numérique démocratique) : Brève présentation de quatre modèles de planification économique démocratique; La finance et la planification.