Non, il ne s’agit pas de salles de sports ou de bodybuilding ! L’expression de « gyms du coin de la rue » fait référence à une image utilisée par Hahrie Han quand elle parlait du développement des capacités civiques et et communautaires, de l’empowerment des citoyens :
La politologue Hahrie Han soutient que les gens ne naissent pas en sachant comment être actifs sur le plan civique; ils l’apprennent grâce à des structures et à des relations qui développent cette capacité au fil du temps. Ses recherches établissent une distinction entre les organisations qui mobilisent — en activant les capacités existantes lorsqu’un moment l’exige — et celles qui organisent — en développant de nouvelles capacités grâce à un travail relationnel soutenu. Les deux sont nécessaires, et aucune ne remplace l’autre.
Han utilise la métaphore d’un centre d’entraînement pour illustrer ce concept.
Tout le long de son article, Neeraj Mehta souligne à quel point les organisations locales peuvent parfois être invisibles ou difficiles à évaluer, et delà, moins soutenues et financées que les grandes organisations centralisées plus aptes à mener des programmes d’évaluation et de mesure d’impact qui impressionnent les philanthropes.
Les organismes qui ont pu rejoindre ces familles sont ceux qui avaient su instaurer une relation de confiance au fil des années grâce à une présence locale constante : ils sont passés à la livraison à domicile, ont effectué des visites porte-à-porte et ont mis à profit des liens que les organismes gouvernementaux et les grands organismes sans but lucratif n’ont pas pu reproduire.
Dans un long article (L’IA en tant que technnologie sociale) Henry Farrell et Cosma Rohilla Shalizi développent la comparaison entre l’IA et la bureaucratie. Cette dernière ayant été développée pour gérer de grands ensemble et appliquer des procédures et lois de manière uniforme et impersonnelle. Mais les défauts de la bureaucratie (la bureaucratisation) quand elle est mal comprise ou interprétée risquent d’être accentués par une utilisation de l’IA réduisant les différences autour de moyennes imposées pour réduire les coûts.
« Les fonctionnaires de niveau inférieur peuvent comprendre des circonstances locales ou particulières que le sommet de la hiérarchie ne saisit pas. Donner à ces fonctionnaires une marge de manœuvre pour adapter les politiques à de telles circonstances peut comporter un risque de défaillance de la coordination ou de malversation, mais peut aussi permettre d’obtenir de meilleurs résultats globaux qu’une combinaison d’abstractions à usage général et de microgestion centralisée. »
« tous ces modèles statistiques sont optimisés pour offrir une performance moyenne satisfaisante plutôt que pour gérer des événements rares qui semblent anormaux. (…) les LLM, comme d’autres formes de traitement du langage naturel, sont performants pour identifier et regrouper des modèles généraux, mais faibles pour détecter des informations rares, inattendues et, pour cette raison même, précieuses. »
Un sentiment de déjà vu
Des programmes (ou des politiques) qui généralisent et imposent des normes établies à partir de moyenne… on a vu ça bien avant l’IA. Et des fonctionnaires qui sont d’autant plus affirmatifs et sûrs d’eux qu’ils ont une compétence limitée… on a aussi vu ça avant les agents IA…
En fait, dans le domaine de la santé que je connais mieux, les vagues successives de centralisation et de bureaucratisation ont conduit à une déresponsabilisation des entités locales et à une « optimisation » des mesures et procédés qui tendait à normaliser, rendre comparable et comptabilisable les services, besoins et programmes au détriment de la marge de manœuvre et de l’expérimentation sur le terrain. Mais il ne faudrait pas pour autant idéaliser le « local » : beaucoup d’acteurs du terrain sont confortable dans un rôle d’applicateur d’une norme plutôt que d’évaluateurs de besoins différenciés. Les dits acteurs n’ont peut-être pas la formation ou les compétences pour faire de telles évaluations. Les administrateurs préférant parfois embaucher des techniciens plus dociles et respectueux des consignes que des professionnels plus aptes à tenir compte des situations diverses mais qui peuvent être plus critiques, moins malléables et… coûtent plus cher !
Au début des CLSC, dans la phase d’expérimentation qui allait définir les services que cette nouvelle institution allait offrir, les fonctionnaires à Québec avaient déjà beaucoup de mal à « mettre dans de petites cases comparables » toutes ces initiatives différentes… qui prenaient « à bras le corps » des problématiques complexes (vieillissement, délinquance, pauvreté) et trouvaient des solutions adaptées aux ressources (communautaires, familiales, régionales) locales mais difficilement réplicables ou même évaluables à court terme (ou à peu de frais).
La centralisation implicite dans l’utilisation des grands modèles linguistiques actuels (LLM) n’est pas la seule forme possible. Comme le souligne Farrell, on peut imaginer
« un avenir proche dans lequel de petits modèles linguistiques peu coûteux pourraient accomplir une grande partie du travail des grands modèles favoris[ant] une économie politique moins centralisée que si les grands modèles conservaient un avantage décisif.
« [L]’optimisation ne fournit tout simplement aucun moyen objectif de peser les types de choix entre des éléments non commensurables qui sont essentiels au processus bureaucratique. »
Les bureaucraties ont toujours eu de la difficulté à faire appliquer fidèlement les plans venus d’en haut…
« les responsables du Parti qui dirigent la République populaire de Chine sont régulièrement frustrés par leur incapacité à savoir ce qui se passe à leurs échelons inférieurs. Les responsables de niveau inférieur déforment régulièrement les politiques à leur avantage personnel et ont également coupé les flux d’information alternatifs vers le sommet »
« Il ne s’agit pas seulement que les acteurs non étatiques puissent eux-mêmes utiliser la technologie pour brouiller les données, mais que celles-ci ne soient peut-être pas si utiles que ça au départ. Des données systématiquement incomplètes risquent d’aggraver les angles morts bureaucratiques plutôt que de les compenser. »
Nous savons l’état déplorable de la planète et du climat. Les événements climatiques catastrophiques se répètent. Selon le Living Planet Report 2024 de la WWF les populations d’espèces sauvages ont diminué de 73% en 50 ans !
Deux grands rapports viennent d’être publiés qui pourraient nous redonner espoir, du moins c’est ce que les titres nous donnent à penser.
« Nouvelles économies pour l’éradication de la pauvreté (NEEP) est une initiative dirigée par l’ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Olivier De Schutter, visant à promouvoir des voies de développement alternatives capables de mettre fin à la pauvreté et aux inégalités sur une planète habitable . »
The Roadmap for Eradicating Poverty Beyond Growth (pdf 182 pages). En anglais seulement, mais le site web est traduit : choisir la langue dans le bloc-menu en haut à droite et les différentes pages seront traduites.
Une feuille de route pour éradiquer la pauvreté autrement que par la croissance. Les perspectives sont ambitieuses, et les moyens sont radicaux organisés autour de six piliers :
La troisième Conférence sur les inégalités mondiales 2026 organisée par le World Inequality Lab s’est tenue à Paris du 4 au 6 juin dernier. Le Global Justice Report y fut présenté. Le World Inequality Lab est co-dirigé par Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman.
Un rapport de 136 pages qui se veut un Plan pour l’égalité et la prospérité dans les limites de la planète.
Ma traduction de quelques paragraphes tirés de l »introduction :
Sa principale conclusion est simple : il est possible de concilier l’habitabilité de la planète et un niveau de bien-être élevé pour tous, mais seulement si la transformation repose simultanément sur trois piliers. Une décarbonisation rapide des systèmes énergétiques est nécessaire. Mais nous avons également besoin d’un virage majeur vers la suffisance – entendue comme une réduction marquée des heures de travail et de l’empreinte matérielle, ainsi que des changements importants dans les modes de consommation, les habitudes alimentaires, l’utilisation des terres et le couvert forestier. De plus, ni la décarbonisation ni la suffisance ne peuvent être financées et maintenues politiquement sans une réduction drastique des inégalités de revenu, de richesse et de pouvoir, tant entre les pays qu’au sein de ceux-ci. La réduction des inégalités mondiales n’est pas seulement compatible avec une décarbonisation en profondeur; c’est une condition nécessaire à une prospérité partagée sur une planète aux ressources limitées.
Le Rapport sur la justice mondiale constitue la première tentative visant à proposer un plan entièrement quantifié allant dans cette direction, combinant quatre dimensions que les débats actuels traitent souvent séparément : la redistribution à l’échelle mondiale, une réforme en profondeur de l’ordre financier et économique international, une transformation radicale des systèmes énergétiques et des changements substantiels dans les modes de consommation. Contrairement à la plupart des scénarios climatiques, y compris ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la principale nouveauté réside dans le fait que nous modélisons ces quatre dimensions ensemble et que nous plaçons les inégalités et la suffisance au cœur de l’analyse.
Concrètement : le revenu national mensuel par habitant converge vers 5 000 € dans chaque pays, comblant ainsi un écart de 16 fois. La part de la moitié la plus pauvre de la richesse mondiale passe de 2 % à 30 %, tandis que celle de la classe des milliardaires diminue de 6 % à 0,05 %. Près de 90 % de la population mondiale double son revenu tout en travaillant environ la moitié du nombre d’heures qu’elle effectue aujourd’hui. Le réchauffement atteint 1,8 °C d’ici 2100, au lieu de plus de 4 °C selon les tendances macroéconomiques et politiques de référence.
Les intentions sont, là aussi, radicales : « 90 % de la population mondiale double son revenu tout en travaillant environ la moitié du nombre d’heures qu’elle effectue aujourd’hui » ! Et la part de la richesse des milliardaires passerait de 6% à 0,05% !
« Les flux financiers transfrontaliers sont une bonne chose », a déclaré M. Macklem dans son allocution devant la Chambre de commerce France-Canada. « Mais lorsque ces flux deviennent excessifs, ils peuvent creuser les déficits commerciaux, alimenter le protectionnisme et fausser les prix des actifs. Les capitaux sont mal alloués. Les pressions s’accumulent et les risques pour la stabilité financière s’accroissent. »
M. Macklem a indiqué qu’il existait certains signes encourageants allant dans ce sens.
Le dernier plan quinquennal de la Chine met l’accent sur la consommation intérieure, ce qui pourrait faire des consommateurs chinois un moteur de croissance plus important et alléger ainsi la pression sur les exportations. En Europe, on observe un intérêt accru pour l’intégration continentale, ainsi que pour les investissements dans les infrastructures et la défense. Aux États-Unis, on aspire à réduire le déficit budgétaire.
D’autres pays peuvent contribuer à cet effort en créant davantage d’actifs propices à l’investissement, afin que l’épargne mondiale puisse s’orienter vers d’autres marchés que celui des États-Unis. « Au Canada, cela passe notamment par l’élimination des barrières commerciales interprovinciales et la réduction de l’incertitude réglementaire », a déclaré M. Macklem.
Zones désignées pour le développement de l’énergie éolienne en mer – john sopinski/the globe and mail, Source: novascotia.ca
Sites d’éoliennes terrestres-À titre indicatif – john sopinski/the globe and mail, Source: novascotia.ca
Un beau projet d’actifs canadiens dans lesquels investir. Mais qui risque de servir surtout aux américains…
In February, Mr. Houston signed an agreement with Massachusetts Governor Maura Healey to work toward supplying the state with clean energy from offshore wind. He said New England and New York are interested in similar agreements.
Le Canada a pris une nouvelle mesure remarquable pour diversifier ses relations au-delà des États-Unis. Cette semaine, une délégation de 300 personnes composée de cadres supérieurs canadiens, de fournisseurs du secteur de la défense, d’ingénieurs en aérospatiale et d’exploitants de minéraux essentiels a fait ses valises, a complètement ignoré les rebondissements politiques de Washington et a pris des vols intercontinentaux à destination de Tokyo.
Le Japon est déjà l’investisseur le plus important de cette région
Tokyo est déjà la première source d’investissements directs au Canada provenant de l’ensemble de la région indo-pacifique, avec 54,8 milliards de dollars. Rien que l’année dernière, les échanges de marchandises entre ces deux pays ont atteint 35,6 milliards de dollars. (…) Les entreprises japonaises assurent la fabrication d’environ 70 % de tous les véhicules assemblés sur le sol canadien.
Mais les intérêts derrière l’approfondissement des relations entre nos deux pays sont peut-être contradictoires :
Le Canada se tourne explicitement vers le Japon parce qu’il a désespérément besoin d’une alternative à sa dépendance économique écrasante et accablante envers les États-Unis. Ottawa veut un moyen de pression. Il veut des options. Il veut un refuge pour le moment où le climat politique américain deviendra toxique.
Mais voici le paradoxe hilarant : le Japon veut le Canada précisément en raison du lien structurel que ce dernier entretient avec le marché américain. La raison pour laquelle ces gigantesques conglomérats automobiles et ces géants de la technologie japonais ont injecté 54,8 milliards de dollars dans les usines de l’Ontario et les secteurs des ressources de l’Ouest était avant tout d’établir une porte dérobée stable et sécuritaire vers l’énorme marché de consommation des États-Unis, en vertu des règles du libre-échange continental.
Il y a dix ans, le 22 juin 2016, paraissait sur ce blog : des théories pour nos pratiques. Je ne vais pas souvent relire les billets qui s’accumulent ici depuis 25 ans ! Mais c’est la « machine » Jetpack qui m’a fait remarquer. C’était quelques mois après le démembrement des CRÉ1Conseils régionaux des élus par le gouvernement Couillard, qui nous avait amené, chez Communagir, à créer nous.blogue2Dont les archives ont été déplacées dans un carnet Praxis, qui se voulait un espace ouvert pour comprendre, réagir à ce coup de barre, cette perte d’un pouvoir (tout relatif) démocratique que la société civile avait gagné dans les régions.
La mise en échec, la déconstruction des espaces et organisations démocratiques et sociales qui se consacraient à des objectifs de santé, de développement social concerté – ce recul de la place accordée aux acteurs et réseaux de la société civile mobilisant citoyens et volontaires, au profit d’une société plus centralisée autour d’une alliance politico-technocratique – ce reflux pourrait être l’occasion d’une alliance renouvelée de forces professionnelles conscientes de la toxicité de tels mouvements avec des forces citoyennes, civiques et communautaires pour formuler la prochaine mouture de politiques publiques favorables à la santé et au développement social.
La publication de deux « briques » par Jean-Louis Laville et al. avait alimenté ma réflexion et mes espérances.
Laville et Salmon proposaient une belle synthèse critique de l’influence de Hayek, théoricien du néolibéralisme, tout en mobilisant les Habermas, Ostrom, Polanyi ou Dewey pour mieux situer les enjeux confrontant les associations de la société civile.
La lecture de la lettre dans Le Devoir d’aujourd’hui par trois leaders-professeurs importants de la mouvance associative québécoise Un Québec distinct, mais distinct comment? m’amène à reprendre le commentaire que je faisais il y a dix ans :
Il ne suffira pas de défendre et faire valoir la place des associations et de la société civile pour « changer le monde ». Il faudra encore que les secteurs « marché » et « État » soient aussi intégrés dans un éventuel « plan de Transition ». Et pour cela il faudra que les différentes « gauches » trouvent à s’entendre pour pouvoir, enfin, faire contrepoids à une droite devenue quasi hégémonique depuis trois décennies.
Fontan, Klein et Van Schendel en appellent aux forces de l’alternative « groupes communautaires, l’économie sociale, les mouvements étudiants et citoyens, les nations autochtones » pour développer un rapport de force à même de « transformer nos formes institutionnelles (l’État, le marché…) ». Pas un mot sur les forces syndicales, ni sur les portions de l’État et du marché qui peuvent, doivent être mobilisées.
Depuis dix ans
Il s’en est passé des choses ! Nos voisins ont eu droit à non pas un mais deux mandats trumpistes ! Ici la CAQ a poursuivi en les approfondissant les politiques néolibérales.
Par ailleurs les régions se sont mobilisées autrement, après la disparition des CRÉs, souvent avec l’appui d’une philanthropie plus éclairée et respectueuse que dans les années précédentes.3Voir ce billet de 2017 Sommets, PIC et dons Le Saguenay-Lac-St-Jean s’est même lancé dans un Grand dialogue pour la transition socio-écologique.
La pandémie, les guerres… nous ont appris que le chemin vers la transition ne sera pas tranquille ! Mais cela nous a aussi appris que les gouvernements peuvent parfois reprendre du collier, quand l’urgence et l’appui populaire sont au rendez-vous.
L’article de Fontan et al. dans Le Devoir m’a fait repenser à ce billet par The Minority Report du 9 juin que j’ai traduit : Le système immunitaire – Pourquoi le conflit interne de la gauche est ce qui la maintient en vie. S’adressant à « la gauche » dans le sens américain, il met en valeur l’importance de maintenir un lien entre les forces radicales et réformistes. Ce qu’on pourrait interpréter, en contexte québécois, comme le lien entre… le Parti Québécois et Québec Solidaire ? Ou encore entrer le mouvement communautaire et le mouvement syndical…
De l’audace pour sortir de la marge
Vous me permettrez de recentrer cette réflexion, pour terminer ce billet, sur un sujet plus limité que la Grande transition. Je suis impliqué, comme participant d’abord puis depuis un an comme administrateur, dans le projet En commun qui se veut une alternative aux GAFAM en créant des espaces de communication/délibération/partage numériques qui nous appartiennent et servent à autre chose que de vendre de la publicité. C’est une initiative qui a été depuis ses débuts largement soutenue par la philanthropie.
Depuis un peu plus d’un an le contexte politique a vu monter des appels à la souveraineté numérique qui sont portés plus largement que jamais par les États jusqu’ici soumis à l’influence et la domination des oligarchies américaines. Par ailleurs les grands médias publics ou d’intérêt public ont continué d’être pris en otage par les grands de la tech qui monopolisent la source traditionnelle de financement qu’est la publicité. La multiplication des canaux de diffusion favorisée par l’émergence des nouveaux médias (YouTube et cie) a aussi contribué à réduire l’attractivité des anciens mass médias qui demeurent cependant des sources essentielles et incomparables pour une information de qualité.
Le principal diffuseur public canadien, CBC/Radio-Canada, a su développer une présence en ligne diversifiée et innovante avec OHdio, notamment. La Presse s’est transformée en un média uniquement numérique. Toutefois, l’arrivée de l’intelligence artificielle risque de réduire encore l’attrait des médias indépendants des GAFAM.
Plutôt que de simplement renchérir sur la hype entourant l’intelligence artificielle, les gouvernements devraient soutenir l’établissement d’une véritable infrastructure numérique permettant aux forces sociales et institutionnelles du pays de se loger, d’interagir et d’échanger indépendamment des Big Techs américaines. Permettre une identité numérique indépendante des fournisseurs d’accès et des HotMail, Gmail de ce monde serait un bon départ. Dans son petit livre L’archipel des GAFAM – Manifeste pour un numérique responsable4Voir mon billet de septembre dernier : souverain parce que public, Vincent Courboulay y allait de quelques (25) propositions, dont celle-ci :
Je crois que les forces assemblées autour de l’expérience En commun pourraient agir en aiguillon initiateur pour mener une telle bataille. À condition de voir grand, de se situer dans la page plutôt qu’à la marge et d’approcher les autres forces avec respect et détermination.
Un peu de philosophie… à propos de l’IA. Leif Weatherby, Tyler Shomaker et Benjamin Recht ont publié Réifiez ceci (ma traduction) dans The Ideas Letter, le 11 juin. Un assez long article sur la réification (La réification est le processus par lequel quelqu’un traite une abstraction comme s’il s’agissait d’une chose tangible) avec référence à Lukács et, surtout à Stephen Jay Gould qui critiquait le développement du concept de QI comme une réification. Appliqué à l’IA, cela donne à réfléchir. Ceci dit, j’ai préféré le résumé (plus digestible) qu’en donnait Ben Recht sur son fil Substack : Modèles linguistiques et réification automatisée.
« De temps à autre, une personne ordinaire, qui essaie simplement de vivre sa vie, se retrouve coincée dans la situation fâcheuse de devoir faire la conversation avec moi. Même si « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » est généralement une bonne façon d’engager la conversation, dans mon cas, la réponse (« Je suis professeur de philosophie ») a souvent pour effet de tuer l’ambiance. »
Si les questions de politique vous intéressent, Henry Farrell,2Auteur de L’Empire souterrain – Comment les États-Unis ont fait des réseaux mondiaux une arme de guerre, publie un billet en commentaire du livre (Muskism: A Guide for the Perplexed) de Quinn Slobodian et Ben Tarnoff : Que serait le « muskisme » sans Musk ? – Le mode de production derrière l’homme. Un commentaire que Farrell situe dans le contexte de l’introduction en bourse de SpaceX : « L’introduction en bourse de SpaceX marque l’inflation expansionniste massive d’un univers entièrement imaginaire. » Le « muskisme », forme contemporaine du fordisme, « un mode d’organisation de la production, une idéologie générique, un ensemble de compromis politiques, une forme de fusion entre l’État et les entreprises, ou un étrange amalgame des quatre. »
Sur les politiques de gauche, ou plutôt les relations entre tendances politiques de gauche, qui conduisent, trop souvent, à des luttes intestines et des excommunications nuisant à l’avancée des revendications populaires, The Minority Report écrivait le 9 juin dernier : Le système immunitaire – Pourquoi le conflit interne de la gauche est ce qui la maintient en vie. Ce groupe (ou cet individu ?) qui se donne comme devise « On a mission to turn minority insight into majority action » (Notre mission : transformer les perspectives des minorités en actions de la majorité) amène une réflexion intéressante sur la relation entre les radicaux et réformistes dans les groupes politiques. Naturellement, ça interpelle les Démocrates américains, qui voudraient bien exclure les fauteurs de troubles… Zohran Mamdani… mais il parle aussi de la relation entre les Black Panthers et la NAACP… et même des sociaux-démocrates canadiens. Les revendications plus radicales sont souvent récupérées par les réformistes, ce qui aboutit à… sauver le système. Mais ce n’est pas si simple.
« Je crois que la machine doit tomber. Je ne pense pas qu’elle puisse être rénovée pour devenir quelque chose d’humain, car son but n’est pas humain et ne l’a jamais été. L’État dans lequel nous vivons a été conçu pour protéger la propriété et l’accumulation. On ne peut pas le transformer en un vecteur de libération, pas plus qu’on ne peut transformer un abattoir en sanctuaire en changeant la signalisation. Mais je laisse de la place aux deux tendances, et je pense que le conflit entre elles est la chose la plus importante dont dispose la gauche. C’est la pression exercée par les révolutionnaires qui empêche les réformateurs de dériver vers le rôle de gestionnaires du système qu’ils étaient censés changer. Sans cette pression, le réformateur devient ministre. Le ministre devient administrateur. L’administrateur approuve le projet de pipeline. C’est la pression exercée par les réformateurs qui empêche les révolutionnaires de glisser vers une rupture pour la rupture, déconnectés des gens qu’ils doivent rallier à leur cause. Sans cette pression, le révolutionnaire devient une secte. La secte devient une posture. La posture devient hors de propos. »
Je ne savais pas que Musk avait relayé et encouragé la violence récente à Belfast… Non que cela me surprenne ! C’est Laurens Hof qui me l’apprend, ce matin dans un billet plutôt politique que techno, pour ce défenseur d’un Web social ouvert. J’ai traduit son billet : Pas de changement. Ce qui me convainc de l’importance d’appeler nos politiciens à SORTIR DE « X ». À défaut de punir les agissements irresponsables du propriétaire de cette plateforme (X), nous devrions au moins demander, exiger de nos représentants qu’ils n’utilisent plus ce réseau.
Pour rester sur le thème de la fascisation de nos démocraties, Josée Blanchette dans Le Devoir de ce matin, et c’est sa dernière chronique avant les vacances, me fait connaître ce message vidéo de à la fois humoristique et très pédagogique :