Une série d’articles dans la Stanford Social Innovation Review propose de tirer quelques leçons de ce qui s’est passé à Minneapolis cet hiver : When Minnesota’s Civic Gyms Stayed Open (ma traduction : Quand les gymnases communautaires du Minnesota sont restés ouverts). Paru le 13 juillet, le premier de la série est intitulé The Gyms on the Corners (ma traduction : Les gyms communautaires) par Neeraj Mehta.

Non, il ne s’agit pas de salles de sports ou de bodybuilding ! L’expression de « gyms du coin de la rue » fait référence à une image utilisée par Hahrie Han quand elle parlait du développement des capacités civiques et et communautaires, de l’empowerment des citoyens :
La politologue Hahrie Han soutient que les gens ne naissent pas en sachant comment être actifs sur le plan civique; ils l’apprennent grâce à des structures et à des relations qui développent cette capacité au fil du temps. Ses recherches établissent une distinction entre les organisations qui mobilisent — en activant les capacités existantes lorsqu’un moment l’exige — et celles qui organisent — en développant de nouvelles capacités grâce à un travail relationnel soutenu. Les deux sont nécessaires, et aucune ne remplace l’autre.
Han utilise la métaphore d’un centre d’entraînement pour illustrer ce concept.
Tout le long de son article, Neeraj Mehta souligne à quel point les organisations locales peuvent parfois être invisibles ou difficiles à évaluer, et delà, moins soutenues et financées que les grandes organisations centralisées plus aptes à mener des programmes d’évaluation et de mesure d’impact qui impressionnent les philanthropes.
Les organismes qui ont pu rejoindre ces familles sont ceux qui avaient su instaurer une relation de confiance au fil des années grâce à une présence locale constante : ils sont passés à la livraison à domicile, ont effectué des visites porte-à-porte et ont mis à profit des liens que les organismes gouvernementaux et les grands organismes sans but lucratif n’ont pas pu reproduire.
Le deuxième article de la série sur Leçons du Minnesota, Resilience Is Built Before the Crisis, paraissait le 15 juillet : La résilience se construit avant la crise. Les auteurs font remonter les efforts de développement de la résilience à la seconde élection Trump.1suivant Han, elles sont plus vieilles encore. Ils dégagent des principes pour que les réseaux de solidarité soient durables et capables d’affronter l’adversité (résilients, quoi) : des réseaux construits autour d’une mission plutôt que d’une structure; des réseaux au leadership partagé plutôt que centralisé; des réseaux qui incluent des participants, des leaders venant des différentes communautés mobilisées-touchées.

Le troisième article, paru le 20 juillet, est écrit par une Anishinaabekwe, artiste, organisatrice qui a créé un site web qui a recueilli plus de 25 millions de dollars pendant la vague des raids de l’ICE. Elle interpelle les fondations philanthropiques pour qu’elles s’adaptent à l’urgence des besoins et des situations… avec tact et esprit dans Giving Can Be Simple (And During a Crisis, It Must Be). Ma traduction de son article : Donner, ça peut être simple (et en période de crise, ça doit l’être).

Le 7 janvier 2026 alors que j’écrivais un billet (lectures de janvier) où je citait le livre de Hahrie Han2(Prisms of the People: Power & Organizing in Twenty-First-Century America) qui décrivait le travail à long terme d’éducation et d’organisation communautaire dans cette région du Minnesota, j’apprenais le meurtre de Renee Good.

Cette coïncidence a certainement fouetté mon ardeur à poursuivre ma lecture du livre de Han (Prism) et m’a poussé à lire son titre suivant : Undivided. Dans le billet du 14 janvier, ce qui se passe à Minneapolis, j’y voyais la manifestation, sur le terrain, des effets de l’éducation au long cours décrite par Han. Mais aussi je me demandais si c’était réplicable ici, au Québec, une telle approche de mobilisations basées sur des valeurs souvent ancrées-portées par des organisations religieuses.3Aussi parus en janvier : la guerre intérieure (18 janv.); Il fait froid… dans le dos (25 janv.); Analyse détaillée d’un meurtre sous les caméras (27 janvier); sous le bruit et la fureur (28 janv.)
Mais aujourd’hui, six mois plus tard, je me demande…
La différence est-elle si grande entre la culture franco-catho-laïcisée du Québec et celle des communautés immigrantes, autochtones et rurales du upper-mid-west américain souvent animées par des organisations caritatives et philanthropiques religieuses ?
Finalement, les valeurs portées par des mouvements comme Multitudes, le néo-municipalisme, ou un certain coopératisme, un certain syndicalisme, un écologisme… rejoignent celles que portent des communautés religieuses, philanthropiques et ethniques dans plusieurs engagements qui visent l’empowerment de leurs communautés d’appartenance avant toute visée prosélyte.
Les leçons que tire Neeraj Mehta et les autres auteurs de ce qui s’est passé cet hiver au Minnesota ne parlent pas de religion… seulement de la proximité et la confiance développées par de petites organisations locales peu visibles mais dont l’importance fut démontrée par le déploiement rapide de formes de solidarité et d’entraide dans un contexte tendu par la violence policière et les risques d’extradition…
Il reste que l’histoire (pas si) récente du Québec dans ses rapports aux communautés et institutions religieuses rend sans doute certaines collaborations plus difficiles, et les liens avec les communautés immigrantes de culture musulmanes plus délicates.
J’ai voulu lire ou relire certains textes de Jürgen Habermas, décédé en mars dernier, qui s’est penché sur la question des relations entre sociétés laïques et communautés croyantes. Notamment dans cette conférence donnée en juin 2008 à Istanbul, Une société « post-séculière » : qu’est-ce que cela signifie ? (ma traduction). Cette même année 2008 le philosophe publiait un recueil intitulé Entre naturalisme et religion. Les défis de la démocratie. Un commentaire sur cette parution par Donald Ipperciel : Habermas et la religion au-delà des limites de la simple raison m’a permis de situer ce texte dans son contexte.
J’y reviendrai sans doute…
Notes
- 1suivant Han, elles sont plus vieilles encore.
- 2
- 3Aussi parus en janvier : la guerre intérieure (18 janv.); Il fait froid… dans le dos (25 janv.); Analyse détaillée d’un meurtre sous les caméras (27 janvier); sous le bruit et la fureur (28 janv.)









