C’est la lettre de Samuel Mercier1prof de littérature au cégep Saint-Laurent et auteur qui publie sur Substack Les nouvelles du Père Duchesne (Pourrons-nous sortir de l’hyperpolitique ?) qui m’a rappelé ce titre qui a fait du bruit lors de sa parution en anglais en février dernier : Hyperpolitiques, par Anton Jäger dont la version française vient d’être publiée aux éditions La Découverte (version papier disponible en janvier prochain, mais numérique disponible maintenant).
J’en ai parlé au moment de la sortie de ce livre le 13 février dernier dans gauche de rupture, oligarchie et démocratie :
[L]es dernières années ont vu des manifestations monstres se tenir (500 000 personnes à Montréal pour l’environnement; des millions aux USA pour BlackLivesMatter;…). Un monde que certains qualifient pourtant de Hyperpolitique. Les gens sont politisés mais dans leur bulle, sur un sujet, pour un moment, sans que cela conduise à des changements durables, structurels ni, le plus souvent, à un engagement à long terme.
J’avais même traduit plusieurs commentaires parus à l’époque ou antérieurement : La gauche souffre d’un problème d’hyperpolitique (« Si la gauche parvient souvent à mobiliser un grand nombre de personnes pour manifester, elle ne parvient pas à exploiter cette énergie pour construire un pouvoir politique durable. »), Hyperpolitique en Amérique (article de Jäger dans New Left Review de septembre 2024) . Le Père Duchesne pointe vers cet article récent de Jäger dans le Jacobin du 7 octobre dernier : Que se passe-t-il après l’hyperpolitique ?2Ma traduction de What Comes After Hyperpolitics? J’ai finalement acheté la version française de ce livre que je me promettais de lire il y a huit mois. Je ne sais plus trop ce qui m’a retenu… quelque chose à propos du titre « Hyper » qui me tannait. Et j’étais sans doute influencé par ce commentaire de Schlozman3Dans La gauche souffre d’un problème d’hyperpolitique :
Jäger peut se montrer complaisant, plus impressionnant que persuasif, se complaisant dans son érudition et se délectant de ses aperçus. (…) Trop souvent, les conclusions d’autres auteurs sont prises pour des faits.
Pourtant ce même Schlozman note en fin de compte « Pourtant, Hyperpolitics est un livre d’une grande substance sous ses apparences brillantes. » Ce que semble confirmer le commentaire positif du Père Duchesne que je vous suggère de lire si vous n’avez pas le temps de lire le livre, qu’il résume mieux que je ne saurais le faire.
À la veille des élections américaines de « mi-mandat », alors que la corruption et l’incompétence du camp Trump sont devenues indéniables, il est bien possible que les Démocrates reprennent du pouvoir à Washington. Est-ce que ce sera feu de paille et simple alternance « entre deux maux… » ? Au lendemain de la deuxième victoire de Trump les démocrates américains ont eu à faire un sérieux examen de conscience. Henry Farrell disait, le 29 novembre 2024 :
Les partis politiques […] devraient impliquer les citoyens ordinaires et les dirigeants dans un dialogue bidirectionnel, où les objectifs politiques ne sont pas dictés par les élites ou déterminés par celles-ci sur la base de sondages d’opinion et de rapports de consultants, mais façonnés dans le cadre d’un échange. Dans la pratique, un tel échange est extrêmement pénible, chaotique, controversé et difficile. Mais il permet non seulement d’obtenir des informations, mais aussi de créer des liens et d’instaurer la confiance.
Cela rejoint Jäger qui souhaite une « réinstitutionnalisation de l’engagement politique« . Père Duchesne résume son propos, à partir de trois lieux principaux d’organisation :
Il y a d’abord celui du travail reproductif (c’est-à-dire tout ce qui a trait à la reproduction sociale : parentalité, éducation, culture) et du soin. Il cite ensuite les instances politiques locales et municipales et les mouvements pour l’accès au logement et les droits des locataires. Jäger insiste finalement sur l’importance d’organiser les lieux de travail et de production, qui ont encore un rôle important à jouer dans notre organisation sociale, et qui ont largement été négligés par la gauche antipolitique de l’époque des guerres culturelles.
Bon, l’école (et la garderie), la clinique et l’hôpital, le logement et le voisinage et puis le travail… c’est finalement assez large comme front de lutte ! Ce qui relie tout cela cependant c’est le caractère matériel, de terrain concret plutôt que virtuel et idéel de ces « fronts ».
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- 1prof de littérature au cégep Saint-Laurent et auteur qui publie sur Substack Les nouvelles du Père Duchesne ↩︎
- 2Ma traduction de What Comes After Hyperpolitics? ↩︎
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